2016/48: L’accident, Agnès AZIZA

9782700031423

« Ca parle de la mort et les adultes ne veulent jamais en parler. » Aujourd’hui, j’ai quinze ans trois jours et vingt heures comme mon frère le jour de l’accident. Un roman qui parle aussi de la vie. Un roman qui parle aussi de l’amour. Un roman bouleversant.

Un livre dont j’aime le style. J’ai lu L’accident en quelques minutes.

L’histoire de ce livre est très touchante. Ca parle d’une famille composé d’un couple avec deux enfants. Henri et Vanessa sont des enfants qui aiment se chamailler pour des broutilles et se lancent des vannes du style,  » va mourir, je serais plus tranquille ». Mais ce jour-là, Vanessa n’imagine pas une seconde, bien sur, que c’est la dernière fois qu’elle le dira à son frère.

Un accident et sa vie va basculer.  Comme celle de toute la famille, ses parents et les amis proches. Et comment ne pas se sentir coupable quand on a souhaité la mort de son frère, même pour rigoler. Vanessa a mis du temps à réaliser, et quand elle y a cru, ça été la dégringolade.

Une histoire très poignante, touchante, et qui peut faire réagir les jeunes aux dangers de la route, à la nécessité de prendre certaines précautions, aux conséquence d’une certaine frivolité. Bien sur, le jeune n’est pas forcément responsable de l’accident qu’il subit, ce n’est pas mon propos, avant que tu râles. Mais cela met le doigt sur une réalité à laquelle beaucoup préfèrent ne pas penser. Et pourtant. Lequel d’entre vous n’a pas perdu un proche (un membre de sa famille ou un ami) sur la route, que la victime ait été responsable ou non de l’accident qui l’a emportée?

Chez nous, il y en a eu plusieurs. Cette histoire courte, le ressenti de cette jeune fille face à la mort, à la perte brutale de son frère, m’a fait pleurer. Et a fait remonter à la surface quelques souvenirs douloureux.

A lire.

 


2016/47: Le sixième jour, Andrée CHEDID

0055182

« On fait sa vie. Il faut vouloir sa vie. La volonté d’aimer, de vivre est un arbre naturel… » Pour Hassan, enfant beau et vigoureux il y a peu, aujourd’hui ratatiné comme un pruneau sec et bleu, la vie est un combat depuis que le cholera a posé sur lui son masque cruel. Dans cette course contre la mort, Saddika est là, grand-mère attentive, qui fait un barrage contre ceux qui l’épient, qui se méfient, qui veulent lui prendre l’enfant par peur de la contagion. Mais la vieille le sait. S’ils l’emportent elle ne le reverra jamais. Alors il faut tenir. Jusqu’au sixième jour! Le sixième jour, ou bien on meurt, ou bien on ressuscite…

Nous sommes en Egypte, à la fin des années 40. Saddika, Om Hassan, prend soin de son époux paralysé dans leur bicoque du Caire et élève son petit-fils dont les parents sont décédés. L’histoire s’ouvre sur la visite de Saddika à sa famille, dans son village natale, ravagée par l’épidémie de cholera qui fait rage. Les survivants la prennent à parti et la renvoient chez elle, lui expliquant qu’ils sont seuls et qu’ils font avec. Ceux qui sont emmenés à l’hôpital n’en reviennent jamais. Alors ils cachent leurs malades et enterrent discrètement leurs morts.

Peu après son retour, c’est l’instituteur d’Hassan que la vieille Saddika va voir partir avec les autorités sanitaires, victime lui aussi de l’épidémie. Il lui dit que le sixième jour, soit on meurt, soit on ressuscite. Lui non plus ne reviendra pas. Alors quand Hassan présente les premiers symptômes de la maladie, Saddika n’hésite pas un instant. Elle fera tout ce qu’elle peut pour le sauver. Pendant 6 jours, elle va le cacher, le veiller, le soigner comme elle le pourra, jusqu’au sixième jour, le jour béni de la guérison…

Ce roman est celui de l’amour filial, indéfectible. Le style est simple, limpide. Pourtant, je n’ai plus adhéré que cela à ce récit tout en émotions.

 


2016/46: Maman a tort, Michel BUSSI

9782266265843

Rien n’est plus éphémère que la mémoire d’un enfant… Quand Malone, du haut de ses trois ans et demi, affirme que sa maman n’est pas sa vraie maman, même si cela semble impossible, Vasile, psychologue scolaire, le croit. Il est le seul. Il doit agir vite. Découvrir la vérité cachée. Trouver de l’aide. Celle de la commandante Marianne Augresse par exemple. Ils ne tiennent plus qu’à un fil. Le compte à rebours a commencé. Qui est vraiment Malone?

Eh ben, il a fait couler de l’encre celui-ci! J’en ai vu passer des avis sur ce bouquin. Il m’a même été plusieurs fois conseillé. Donc voilà, c’est fait, je l’ai lu!

Donc, voici Malone, un bambin de trois ans et demi. Malon détient une vérité: sa maman n’est pas sa vraie maman. Personne ne prête réellement attention à cet enfant à l’imagination débordante. Sauf Vasile, le psychologue scolaire. Car Vasile va attentivement écouter ce que dit Malone. Et selon lui, il y a urgence à démêler l’écheveau de cette histoire, car la mémoire d’un enfant de cet âge est éphémère. Bientôt, très bientôt, Malone aura tout oublié.

Et de là, nous allons découvrir une histoire « familiale » bien compliquée. Les parents de Malone sont-ils finalement bien ses parents? Tous les éléments mis à jour par l’administration scolaire tendent à le prouver. Pourtant, il a bien un lien entre cet enfant et l’enquête que Vasile mène sur lui et les investigations menées par la commandante Augresse. Mais lequel? Que vient donc faire cet enfant dans cette histoire?! De quoi s’arracher les cheveux! Beaucoup de rebondissements, des informations finement distillées, comme toujours.

La conclusion n’est pas tout à fait celle que j’attendais mais c’est le propre de Michel BUSSI de toujours réussir à nous mener en bateau et à surprendre son lecteur jusqu’à la dernière page. C’est aussi pour ça qu’on l’aime, hein? Du bon polar, tendance thriller.

 


2016/45: Echo, Ingrid DESJOURS

9782266194266

Ils étaient beaux, riches et pervers. Leur émission pulvérisait l’audimat; les invités en sortaient humiliés, insultés, blacklistés. Petite lucarne et jeux du cirque… Aujourd’hui, les Frères Vaillant ne sont plus. Et la scène de crime n’est pas belle à voir. En arrivant sur les lieux, le commandant Vivier constate l’horreur des mutilations. Les deux pantins semblent figés en un tableau grotesque, d’un effroyable sadisme. Et l’avis de Garance Hermosa, sexo-criminologue au profil incendiaire, confirme ce premier diagnostic. Certes, les jumeaux ne manquaient pas d’ennemis, mais ce degré de violence rituelle laisse deviner un véritable monstre… Pour le démasquer, le flic et l’experte devront se voir en son miroir sans entrer dans son jeu. Car le crime, comme l’écho, se répète…

153

Narcisse: Mythologie grecque. Narcisse est un jeune homme chanceux: la nature l’a doté d’une grande beauté. Une prophétie dit qu’il vivra longtemps pourvu qu’il ne voit pas son visage. Adulte, il repousse l’amour de la nymphe Echo, ce qui provoque la colère des dieux. Assoiffé, il se penche au-dessus d’une source et tombe amoureux de son reflet. Il dépérit et meure à rester se contempler.

Echo: Elle avait la coupable habitude de retenir l’attention d’Héra par d’incessants bavardages lorsque Zeus trompait son épouse légitime et folâtrait avec les belles mortelles. Un jour, Héra s’aperçut de la ruse et punit Echo en la condamnant en ces termes : « Tu auras toujours le dernier mot, mais jamais tu ne parleras la première. »  Or, il arriva que la nymphe tomba amoureuse du beau et solitaire Narcisse. Le sort jeté par la déesse jalouse se réalisa : Narcisse parla à Écho, et la malheureuse ne put que répéter les dernières paroles de celui qu’elle aimait. Le jeune homme, lassé, abandonna bien vite la nymphe, qui, désespérée, s’abîma dans une profonde prostration et maigrit tant qu’il ne resta plus d’elle que cette voix qui fait écho dans les montagnes en répétant les derniers mots d’une phrase.

Vous trouverez bien vite le parallèle entre la mythologie et ce thriller sombre comme je les aime.

Le roman se divise en deux récits. Celui du crime et de l’enquête menée par Garance Hermosa et le commandant Patrick Vivier. Et celui, issu d’un journal, racontant le calvaire et la croissance pervertie d’un enfant. Bien évidemment, tu ne sauras qu’à la fin du roman qui est l’auteur du journal.

Les victimes, des jumeaux animateurs d’une émission TV, un talk-show, qui détruit ses invités, sont perverses et sadiques. Tout est bon pour atteindre le but qu’ils se sont fixé. Et ils ne sont pas regardants sur les moyens. Mais voilà, il y a des limites à tout. Qui donc ne pouvait plus les supporter au point de les trucider ainsi?

J’aime beaucoup. Un style fluide, pas de temps mort, le rythme est soutenu. Un roman efficace: perversités, déviances, manipulation, pouvoir… Il y a un très net problème d’identité, la personnalité des protagonistes est complexe. Les victimes notamment sont totalement haïssables. Ils sont odieux, ignobles. On a du mal à les plaindre. Leur paraître est déjà repoussant, alors … Le jeu des apparences est prépondérant. D’ailleurs les apparences dans cette histoires pourraient quasiment être une entité à part entière. Un jeu entre l’image donnée et l’essence des personnages. D’autant que les victimes sont des peoples, qui doivent maîtriser parfaitement l’image publique qu’ils renvoient.

Un bémol cependant: je n’ai pas croché au personnage de Garance. Elle a beau être intelligente et perspicace, et torturée évidemment (l’enquêteur principal est toujours un être torturé, écorché vif), elle m’a assez vite inspiré une antipathie qui est restée accrochée jusqu’à la fin. J’aurais aimé une place un peu plus marquée pour l’inspecteur Vivier, qui se retrouve en second rôle. Garance prend le dessus et finalement c’est elle qui mène l’enquête, alors que dans l’affaire, elle n’intervient qu’en tant que consultante. Il n’est reste pas moins qu’il s’agit là d’un bon roman.

J’attaque bientôt Potens

 


2016/44: Chanson douce, Leïla SLIMANI

product_9782070196678_195x320

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère,  ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame. A travers la description précise du jeune couple et de celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c’est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l’amour et de l’éducation, des rapports de domination et d’argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspens envoûtant.

Tout d’abord, je remercie vivement Babelio et les Editions Gallimard de cette découverte.

Ce récit s’ouvre sur un drame. Le roman qui suit décrit les évènements, le quotidien qui va mener petit à petit à ce drame.

Myriam et Paul ont deux enfants, Mila et Adam. Myriam est mère au foyer, elle élève patiemment ses petits, mais dépérit dans ce rôle qui l’étouffe complètement. Quand Myriam retrouve un ancien camarade de fac qui lui propose un poste dans son cabinet, elle n’hésite pas une seconde. Elle saute sur l’occasion. Paul n’est tout d’abord pas très réceptif au besoin de sa femme de construire une carrière, mais finit par s’y faire. Ils vont donc se mettre à chercher une nounou.

C’est ainsi que Louise entre dans leur vie. Louise, la perle rare. Louise qui va très très vite devenir indispensable à leur stabilité. Le pilier de leur vie familiale parfaite. Louise, totalement disponible. Louise qui va faire bien plus que de gérer les enfants: ménage, petits plats, linge… La perfection faite femme. Petit à petit, Leïla Slimani va nous décrire ces personnages dans la profondeur. Nous allons totalement entrer dans la vie, le quotidien de ces gens. Jusqu’au drame par lequel commence ce roman.

Je n’en dirai pas plus sur la psychologie des personnages, sinon je vais trop vous en dévoiler. Et il n’en est pas question. Car il faut lire ce roman. C’est très fluide, ça se dévore. Il est juste impossible à lacher. Juste vous assistez ici à l’autopsie du drame d’ouverture, la lente montée de l’inéluctable tragédie, au travers d’une analyse discrète de notre société et de nos modes de vies codifiés. La détresse de certains, les ambitions des autres.

Un bon roman, une très belle découverte, une des perles de cette rentrée littéraire assurément. Il est évident que le premier roman de l’auteure, Dans le jardin de l’ogre, fera partie de mes prochains achats.

 


2016/43: 96 Tome 1: La sixième corde, Caroline et Benjamin KARO

sans-titre

Certains matins, la vie vous laisse sacrément seul. Seul devant vos choix, avec vos doutes, face à l’avenir et, parfois pire, confrontés à votre histoire. Qu’avais-je décidé cette nuit-là ? Difficile de le dire… mais je savais que j’avais une semaine pour évacuer douze années de mon passé, une semaine à vivre sans modération, une semaine pour préparer mon futur avec Emma. L’heure était venue de faire une valise, pleine de mes trois meilleurs amis, de Doliprane et de la bande originale du plus capital des road trips de ma vie.

Quand Benjamin Karo m’a demandé de bien vouloir donner mon avis sur le premier volume du diptyque qu’il co-écrit avec sa sœur, je n’ai pas su résister. En même temps, il l’a super bien vendu. Je cite: « Simplement ce que je vous propose ce n’est pas un livre, c’est de l’Amour, de l’Amitié et de l’Humanité de saison. Ce roman ne se lit pas, il se descend comme un petit verre de vin blanc au soleil couchant, et que le temps s’arrête pour un tout petit instant quand on pose les yeux sur lui. » Impossible de refuser, n’est-ce-pas?

Donc: Emma et Arnaud envisagent de se marier. Peut être. Mais avant de sauter le pas, Emma va proposer à Arnaud de se confronter à leur passé. Pour cela, chacun va partir une semaine de son côté. Arnaud va donc pendant ces quelques jours, accompagné de ses trois meilleurs amis (et pas des moindres), partir à la rencontre de cinq de ses ex, celles qui ont marqué sa vie, d’une manière ou d’une autre. Il va affronter ses doutes, ses craintes. Combattre ses pulsions, ses désirs. Grandir, mesurer son amour pour Emma. Tourner des pages, faire des choix.

Ce voyage dans la vie d’Arnaud est aussi l’occasion d’évoquer l’amitié qui le lie à Eni, Romain et Vincent, et d’en renforcer encore les liens. Ce voyage est aussi le prétexte pour ses amis à une semaine de fête folle, d’abus total.

Les trois amis sont aussi pénibles qu’attachants. Ils sont maladroits, de grands ados en somme. Eni, entrepreneur qui foire tous ses projets, froid et distant dans ses relations avec les femmes. Romain, très fleur-bleue qui cherche activement la femme de sa vie mais qui n’est pas très doué, et qui subit ces rejets successifs comme autant de coups de poignards en plein cœur. Vincent, plein aux as, macho pénible, qui utilise les femmes comme des mouchoirs. Branleur et prétentieux. Bon après, il se passe des choses, il y a explications et tout ça, mais tout ça justement, à toi d’aller le découvrir.

C’est un peu un « Very bad trip » (alcool, sexe et rigolade) sans les emmerdes, mais avec plein de filles. Ambiance…. J’avoue que je ne croche pas plus que ça; ce n’est pas trop mon style de lecture, j’avoue préférer mon petit verre de vin blanc. Mais c’est une lecture détente, ça se lit bien et plutôt rapidement (idéal en cette saison estivale), sans doute du fait de la part très importante de dialogues. Un style très familier voir cru, un humour caustique, une ambiance enjouée. Bref, un roman sympathique dont je lirai certainement la suite (je veux savoir!!!).


2016/42: Un pays pour mourir, Abdellah TAIA

9782757856949

Paris, été 2010. Zahira, une prostituée marocaine en fin de carrière, est une femme généreuse malgré les humiliations et la misère. Son ami Aziz, sur le point de changer de sexe, est dans le doute. Motjaba, un révolutionnaire iranien homosexuel qui a fui son pays, loge chez elle durant le mois du ramadan. Jusqu’au jour où Allal, son premier amour venu à Paris pour la retrouver, frappe à sa porte.

Roman ramené du Salon Epoque de Caen

Mai 2016

IMG_0238

Voici un roman bien différent de ce que j’ai pu lire jusqu’ici.

Zahira est marocaine. Elle a fuit l’Atlas et les siens. C’est une prostituée au grand cœur. Elle se vend aux démunis, les réconforte; personne ne sait mieux qu’elle les écouter et les soulager un peu, même si pour elle, les fins de mois sont dures. Ce n’est pas une pute. C’est une mère, une accompagnatrice. Elle fait dans le social, mais jamais dans le pathos.

Zahira arrive en fin de carrière. Elle se souvient. Elle évoque l’exil, la disparition de sa tante Zineb, le déracinement tant géographique que familial, la misère. A travers elle, l’auteur va dresser le portrait de personnages improbables, perdus, rejetés aussi; une sexualité ou une personnalité troubles, des prises de positions taboues ou défendues. Des personnages hantés par leur passé, qui subissent d’une certaine manière leur présent.

Des monologues, des phrases courtes, un rythme rapide et haché, spasmodique. Aucun des récits n’est vulgaire, mais très direct, cru. Chacun évoque à sa façon la violence quotidienne, l’abandon, la précarité mais aussi l’amour, l’espoir, les mains tendues. L’ensemble ne donne pas un récit complètement homogène, mais, à l’image de ses protagonistes, ressort une cohérence, une harmonie. C’est un récit coloré, bigarré, fortement emprunt d’humanité.

Une fort jolie et surprenante découverte.


Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 3 974 autres abonnés