2017/116: Je ne retrouve personne, Arnaud CATHRINE

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Aurélien Delamare débarque à Villerville pour régler la vente de la maison familiale. Il est censé ne passer qu’une nuit en Normandie. Mais son séjour se prolonge et prend l’allure d’un état des lieux personnel. Face aux fantômes de l’adolescence, Aurélien interroge son histoire jusqu’à sonder les racines d’une solitude à la fois subie et choisie. Maintenant qu’il est revenu en presque étranger dans son village natal, la question se pose autrement: s’agit-il de retrouver quiconque ou de rencontrer enfin quelqu’un? « Je ne retrouve personne » est un livre d’abandon au principe d’incertitude. A travers le journal d’un trentenaire en crise, Arnaud Cathrine ose se perdre pour mieux surmonter un à un les pièges de la mélancolie.

Voici un roman acheté sur un coup de tête au dernier salon du livre de Trouville sur Mer parce qu’il se déroule à deux pas de chez moi. Eh bien, je ne regrette pas mon achat.

Aurélien reviens de Paris à Villerville pour superviser l’estimation de la maison familiale, maintenant que ses parents ont déménagé dans le Sud. Son frère et lui n’y vont plus et la maison devenue une charge doit être vendue. La nuit prévue au départ va se transformer en séjour qui sera en effet l’occasion d’un été des lieux personnel pour Aurélien. Une introspection devenue nécessaire qui va se mettre en place du fait de son isolement soudain par un jeune homme qui souffre de son passé et de la solitude qu’il s’est imposée.

Il va rencontrer les figures importantes de son adolescence, celles qui ont laissé des traces indélébiles dans sa vie. Les croiser, les redécouvrir. Et prendre aussi du recul vis à vis de sa famille.

L’écriture est fluide et très agréable. J’ai beaucoup aimé Aurélien. Je me suis reconnue dans certains traits de caractères, dans sa façon d’appréhender cet isolement et ses relations familiales. Beaucoup d’interrogations, quelques regrets et remords. Une vie qui défile…

Un roman émouvant, un personnage attachant, une belle sensibilité.

 

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2017/115: Le journal de l’observateur (les manuscrits complets), Jean-Michel MARTIN

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« Je commence ce journal pour les générations futures. Sachez ce que nous avons vécu, comment nous avons vécu et, si nous arrivons à reprendre les choses en main, comment nous l’avons fait. […] Il y a quelques milliers d’années nos ancêtres ont dû connaître ces « dieux », le problème c’est que l’humanité les a oubliés. Dans l’ancienne citée de Nyr peut être les priaient-on ? ». Marchez aux côtés de l’homme normal dans un monde qui sombre. Entre raison et folie, l’objectif reste la survie, continuer à tout prix. Nous avons tous une raison de poursuivre le voyage.

Nous sommes très vite plongés dans un futur apocalyptique. Jean-Michel Martin donne vie à des créatures fantasmagoriques oubliées des hommes puisque endormies depuis des millénaires. Mais quand soudain elles se réveillent et exigent ce qu’elles estiment être leur dû, notre monde s’écroule. Une poignée d’humains survivent et tentent d’organiser une résistance…

C’est bien mené, c’est original et intelligent. J’ai adoré suivre notre narrateur puis Eve lorsqu’elle reprend vie. Cette histoire m’a complètement absorbée. C’est prenant, étonnant, singulier. J’ai adoré me plonger dans cet univers surnaturel, une odyssée fantastique.

Certains aspects de ce récit m’ont fait penser au film de Steven Spielberg, « La guerre des mondes » adapté du roman de Herbert George Wells: les engins qui surgissent de sous la terre, la désintégration des humains, l’armée impuissante face aux forces adverses, la volonté de survivre des personnages, les épreuves qu’ils traversent qui tour à tour les unissent et les séparent.

Un bémol cependant: l’épilogue me laisse sur ma faim. J’espère que c’est une porte ouverte pour une suite.

Merci à Emma Freya, conseil littéraire La Voie de Calliope, pour cette découverte.


2017/114: Serial Mother: comment survivre avec des enfants, Jessica CYMERMAN

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« Tout a commencé le jour où, en regardant mes enfants, je me suis dit que j’étais une meilleure mère avant de les avoir. Alors j’ai décidé d’en rire plutôt que d’en pleurer et j’ai créé serialmother.fr. » Jessica Cymerman offre ici une sélection des chroniques (anecdotes, billets d’humeur, résolutions, lettres ouvertes, …) postées sur son blog, autour du quotidien rocambolesque de la maternité. glousser doucement devant les conseils foireux de sa propre mère, essayer de faire ami-ami avec les autres parents sur la plage, se demander qui a eu l’idée folle d’inventer le lit parapluie, … Et détester les mères parfaites! Un livre plein d’humour et d’esprit. Pour regarder la vie de famille du bon côté.

C’est très bien résumé.

C’est effectivement bourré d’humour. Personnellement, je m’y suis totalement retrouvée. C’est simple, j’aurais pu écrire une partie de ces chroniques tant j’ai eu l’impression qu’elles parlaient de moi…

Ca se lit très (trop?) vite, ça fait ricaner. On pense à notre mère quand elle évoque la sienne, à nos copines, … Nous aussi, les mères parfaites, on a envie de les dézinguer.

Bref, l’écriture est gaie et enlevée. Un très bon moment de détente.


2017/113: 35 mm, Christophe COLLINS

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Un cadavre retrouvé dans la chambre froide d’un restaurant.

Un ancien agent du FBI, brisé par le passé.

Des autorités locales aveuglées par le profit.

Un tueur déterminé.

Vous pensiez avoir tout lu ? Vous vous trompez.

Tout d’abord un grand merci aux Editions Lune Ecarlate pour ce service presse.

Ce roman démarre très fort. Le premier chapitre s’ouvre sur le quotidien d’un jeune garçon qui finit par décapiter son père… Après quoi, nous faisons un bond dans le temps. Nous nous retrouvons à Birdie’s Fall où nous allons faire connaissance avec ses charmants habitants. Et en premier lieu avec Jacky Palmito, gérant du restaurant La Stella Bianca, qui va avoir la surprise de trouver un corps dans sa chambre froide…

D’autant qu’à Birdie’s Fall, il ne se passe jamais rien. Mais rien de rien. Si ce n’est le tournoi annuel de golf qui réunit les puissants de ce monde. Sauf que… Birdie’s Fall va devenir le théâtre d’une tragédie.

Un bon thriller selon moi, qui fonctionne parfaitement. C’est bien noir, l’ambiance est glauque, les meurtres sont réfléchis, il y a du suspens. Le jeu des leurres est parfaitement maîtrisé. Les personnalités et notables de cette petite ville cachent bien leur jeu. Le style est fluide et agréable. Beaucoup de références cinématographiques, et pas des moindres. Je me suis totalement laissée prendre par cette intrigue. Un thriller captivant, très bien mené.

Une agréable découverte.

 


Interview #4: Marjorie LEVASSEUR

Coucou tous!

Aujourd’hui je suis heureuse de te faire découvrir, si tu ne la connais encore, Marjorie LEVASSEUR. J’espère que tu as lu ma chronique sur « Ces oiseaux qu’on met en cage », son troisième roman, un très beau roman. Dis bonjour!

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Bonjour Marjorie. Pour commencer, pouvez-vous vous présenter à vos  lecteurs ?

ML: Je suis Marjorie Levasseur, nivernaise. Auxiliaire de vie scolaire et auteur à temps partiel, et maman à plein temps…

Qu’est-ce qui vous a poussée à écrire?

ML : J’ai eu l’envie de coucher sur le papier (enfin sur l’écran de mon ordinateur en l’occurrence) toutes les idées que j’avais dans la tête et qu’il me démangeait de raconter. J’écris parce que cela me fait du bien, et parce qu’étant quelqu’un d’assez réservé, écrire est plus naturel et plus aisé pour moi. Dans mon ancienne profession d’aide-soignante, on me racontait beaucoup d’histoires, j’ai eu envie de raconter les miennes.

Quelles ont été vos sources d’inspiration pour la rédaction de « Ces oiseaux qu’on met en cage »?

ML : A la base, j’avais juste en tête le dénouement du premier chapitre, beaucoup de choses sont parties de là. J’ai abordé des thématiques qui me sont chères, comme la difficulté des rapports familiaux. J’ai également voulu traiter des violences conjugales et familiales parce que je pense qu’on en oublie beaucoup trop les victimes de nos jours. Sans vouloir être un porte-drapeau ou être moralisatrice, j’ai désiré en parler, mais il était important pour moi de ne pas tomber dans l’excès du roman sombre. J’ai essayé d’apporter des notes positives, d’espoir, de solidarité. Les liens intergénérationnels ont aussi toujours une place importante dans mes romans.

Vous y avez parfaitement réussi. J’ai vu que votre expérience d’aide-soignante avait largement nourri votre trilogie. Vos expériences professionnelles ont-elles contribué à vous insufflé ce nouveau récit?

ML : Pour tout ce qui était relatif aux rapports de Colette avec ses enfants, oui.

Où puisez-vous donc une telle force, tant d’empathie? Qu’est-ce qui alimente, si je puis dire cela ainsi, cette empathie indubitable pour vos personnages?

ML : Mes personnages font partie de moi. Ils sont nés de mon imagination et forcément, je m’y attache, tout comme je peux m’attacher aux gens dans la vie réelle. La vie n’a rien de facile dans la réalité, et j’aime écrire sur cette réalité. C’est de ça que je nourris mes histoires. On a tous des blessures qui nous ont fait évoluer, nous ont rendus plus forts et qui nous permettent également de comprendre celles des autres, sans les juger. J’avoue être quelqu’un d’hypersensible dans la vie et beaucoup de choses me touchent, parfois à l’extrême. Je suis un peu comme une éponge, mais le revers d’une éponge, c’est qu’on absorbe aussi bien le bon que le mauvais…

En effet oui… ? Et quelles ont été les influences littéraires qui vous ont aidée à construire votre style si fin et subtil? Quels sont vos auteurs fétiches?

ML : Sincèrement, je ne sais pas si mon style s’inspire de celui d’autres auteurs. J’écris des histoires de la façon, je crois, la plus simple possible, sans utiliser de mots tarabiscotés ou trop compliqués. J’écris les choses comme elles me viennent. Ce sont des tranches de vie, d’une vie dans laquelle n’importe qui pourrait se reconnaître. Alors bien sûr, il y a des auteurs que j’adore : Agnès Ledig, Virginie Grimaldi, Agnès Martin-Lugand, pour ne citer qu’elles. J’aime beaucoup les récits de femmes fortes ou qui le deviennent, j’aime voir l’évolution des personnages au fil d’un roman.

Et si vous étiez un personnage de roman justement, qui incarneriez-vous?

ML : Une femme simple qui ne demande rien de plus que vivre tranquille avec ses proches et à qui il arriverait toutes sortes de situations rocambolesques, car la vie est aussi faite d’imprévus. Vous vouliez peut-être le nom d’un personnage précis ? Je ne me retrouve pas forcément dans un personnage de roman particulier.

 

Avez-vous de nouveaux projets en cours ?

ML : Une autre tranche de vie qui se déroulera dans le pays nantais cette fois-ci. Je ne peux pas en dire plus si ce n’est qu’il devrait sortir en janvier ou février; tout dépendra du temps consacré à la relecture, à la bêta lecture et à la correction. La couverture est déjà presque terminée…

Avant de nous quitter, avez-vous un dernier message à adresser à vos lecteurs?

ML : Merci de lire et d’aimer mes histoires. J’aime écrire pour toucher les lecteurs, même si, comme chacun le sait, un auteur écrit avant tout pour lui-même. Alors j’espère continuer à le faire…

Et pour terminer, que lisez-vous en ce moment ?

ML : J’ai commencé La tresse, de Laetitia Colombani. Je lis beaucoup moins en ce moment, j’écris les derniers chapitres de mon roman en cours…

Merci beaucoup Marjorie de nous avoir accordé cet entretien. J’attends donc impatiemment le début d’année…

 


2017/112: Les enfants des Justes, Christian SIGNOL

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En 1942, dans le département de la Dordogne, la ligne de démarcation croise le cours de l’Isle. La ferme des Laborie est à deux pas de la rivière et Virgile, n’écoutant que son cœur, ne refuse jamais sa barque à ceux qui tentent de passer en zone libre. Lorsqu’on propose à Virgile et Victoria, qui n’ont jamais eu d’enfant, de cacher Sarah et Elie, deux gamins juifs perdus dans la tourmente, ils accueillent les petits réfugiés comme un don du ciel. Au fil des jours, malgré les trahisons, les dénonciations, les contrôles incessants, la Résistance s’organise…

Jacques Signol livre ici un bel hommage à ces Justes qui ont pris tous les risques pour sauver quelques uns de leurs compatriotes. Victoria et Virgile sont magnifiques d’humanité, de simplicité, d’abnégation. Sarah et Elie sont terriblement touchants de par leur histoire, leur vécu, leur rage, leur colère, leur douleur.

C’est une histoire très touchante, un remerciement à ces hommes et ces femmes qui n’ont pas hésité un instant à tendre la main, au péril de leur vie. Ces gens-là sont simples, issus du milieu rural. Virgile est menuisier, mais passe plus de temps à la pêche. Victoria fait tourner la maison et la marmite. Une lutte de chaque instant, au travers de chaque geste, contre l’occupant nazi. Sont évoquées les relations tendues au sein du village, la peur. Ils ne savent plus à qui ils peuvent faire confiance, qui est susceptible de trahir. Même parmi les plus proches.

Un roman trop court, captivant, prenant, poignant, à la fois dramatique et plein d’espoirs. La fin m’a serré le cœur…

 


2017/111: L’intérêt de l’enfant, Ian MCEWAN

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A l’âge de cinquante-neuf ans, Fiona est une brillante magistrate spécialiste du droit de la famille. Passionnée, parfois même hantée par son travail, elle en délaisse sa vie personnelle et son mari Jack. Surtout depuis cette nouvelle affaire: Adam, un adolescent de dix-sept ans atteint de leucémie, risque la mort. Les croyances religieuses de ses parents interdisant la transfusion sanguine qui pourrait le sauver, les médecins s’n remettent à la cour. Après avoir entendu les deux parties, Fiona décide soudainement de se rendre à l’hôpital, auprès du garçon. Mais cette brève rencontre s’avère troublante et, indécise, la magistrate doit pourtant rendre son jugement.

Bien bien bien…

Ce roman me laisse dubitative.

Les déboires conjugaux de Fiona et Jack ne m’ont pas vraiment passionnée. Plusieurs affaires sont évoquées, en plus de celle d’Adam, mettant en relief des thèmes comme les croyances et pratiques religieuses face à la loi et à la science, la place à accorder à la foi, l’ambivalence de certaines relations amoureuses, l’impact de l’action judiciaire sur les vies dans lesquelles elle s’immisce, … Pour autant, j’ai trouvé un côté un peu voyeuriste à la façon dont sont évoquées certaines affaires.

Je regrette que ne soient pas un peu plus développés les problèmes d’éthique évoqués, la foi et le sentiment face à la déontologie, par exemple … Je pense aussi que la vie intime de Fiona prend trop le pas sur le reste; ce n’est pas vraiment le sujet que l’on attend à la lecture du 4ème de couv. Si le sujet est intéressant, les idées ne sont pas creusées et l’on survole littéralement les questions de fond. Cela manque de profondeur.

Une déception.