2017/90: Un sac, Solène BAKOWSKI

En pleine nuit, une jeune femme attend face au Panthéon, un sac dans les bras qu’elle sert comme un étau. Cette femme, c’est Anna-Marie Caravelle, l’Affreuse Rouquine, la marginale. Lorsque, vingt-quatre ans plus tôt, Monique Bonneuil a pris en charge son éducation à l’insu du reste du monde, elle n’imaginait pas qu’elle abritait un monstre. Car la petite s’est mise à tuer. Un peu, d’abord, puis beaucoup. Voici l’histoire d’Anna-Marie Caravelle. Que fait-elle là, agenouillée en plein Paris, au milieu de la nuit? Et que contient ce sac qui semble avoir tant d’importance?

Encore un très bon thriller.

Voici donc l’histoire hors du commun d’Anna-Marie. Une histoire sombre, glauque d’une enfant qui se retrouve parachutée là… Dès sa naissance, la chance n’est pas avec elle. Bien sûr, Monique s’est occupée d’elle et lui a donné un semblant d’éducation. Mais, bien malgré elle, Anna-Marie, dès son enfance, est déjà une marginale, au destin trouble, morose, sordide.

Sa vie entière se déroulera sur la même lignée. Elle les collectionne Anna-Marie… Et puis s’enticher comme ça du premier venu… Mais, en dépit de ses actes, on l’aime bien cette jeune fille paumée, la pauvre… Faut comprendre aussi…

Jusqu’au dénouement, funeste évidemment.

 

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2017/89: Prédation, Jérôme CAMUT & Nathalie HUG

Un cadavre dénudé est découvert dans une friche industrielle, la main droite déchiquetée. Un homme se tire une balle en pleine tête, dans un centre commercial bondé. Un jeune père, dressé comme un chien, est tourmenté sans relâche au fond d’un cachot sans porte ni fenêtre. Aucune piste, aucun lien, aucun mobile… Qui sont ces hommes? Pourquoi ont-ils été choisis? Pour quelle mise à mort aberrante? « Prédation » entrouvre la porte d’un univers imprévisible et angoissant, étrangement en prise avec les faits divers les plus choquants de notre époque.

C’est le premier roman du duo que je lis et évidemment pas le dernier! Wouah!! C’est détonant et perturbant.

Un très bon thriller, au rythme soutenu. Pas le temps de s’ennuyer… Un méchant vraiment méchant et détraqué. Un type extrêmement dangereux parce que sans limites, un manipulateur hors pair. L’idée qui a germé dans son esprit malade est juste diabolique et glaçante. Un scénario qui interroge sur la capacité de l’homme à se soumettre et à se dépasser. Jusqu’où seriez-vous capable d’aller pour sauver la personne qui compte le plus pour vous? Accepteriez-vous d’être dressé? Obéiriez-vous aveuglément à votre tortionnaire? Seriez-vous capable de vous rebeller? A quel prix?

Très bon… Les deux tomes suivants ne vont pas tarder à sortir de ma PAL…

 


2017/88: Le voyage de Kirikoustra, Livre premier, KIRIKOUSTRA

Kirikoustra, lui qui se voulait devenir, se verra peut-être lu par vous cet autre qui dans vos mains détenez un fragment de son histoire, de notre Histoire. « A travers les âges, je vous mènerai malgré vous à ce présent que vous avez voulu ignorer. Oh! oui vous qui l’avez chassé, l’Homme Dernier se rappellera aujourd’hui à vous. Alors un peu de courage, le voyage saura se faire court et loin de moi l’idée de vous sortir de votre quotidien, seulement le mettrais-je à la lumière de la pensée, de notre pensée! » Ainsi aura parlé Kirikoustra, lui qui par vous aura toujours voulu être compris…

Je suis sure que je ne suis pas la seule, mais quand j’ai vu ce livre, j’ai forcément pensé à un mix entre Kirikou et Zarathoustra. Que peut-il bien y avoir entre ces deux extrémités? Eh bien, un ovni… Cet ovni.

« Cet ouvrage est déconseillé aux personnes adeptes de normes et autres conventions. Dépourvu de toute logique, il vous laissera soit dans l’indifférence la plus totale, soit dans un état quelque  peu perplexe.

Se voulant ni subversif, ni constructif et en aucune manière utile, il semble n’être qu’un simple étalage abracadabrantesque des méandres de la pensée de celui qui est parmi nous. »

Le ton est donné, puisque c’est ainsi, avec cet avertissement, que commence ce petit livre. Ce n’est pas un roman. Ce n’est pas un conte philosophique ni tout à fait un essai spirituel. Je le vois plutôt comme un journal atypique, au genre indéfinissable; un journal de notre société, comme une empreinte du moment.

Nombreux sont les thèmes abordés: la mort, la différence, le racisme, le féminisme, l’égoïsme, la liberté individuelle, la perception du terrorisme, notre devenir. Ce recueil amasse les pensées qu’en général nous ne disons pas, même si on les pense très fort.

Alors voilà, on a la sensation de pensées jetées là sur le papier, sans structure, sans grande logique, si ce n’est ce ping-pong entre Kirikoustra et Plume (sa plume qu’il personnifie). Mais chaque chapitre, très concis, s’attache à un sujet. Les chapitres sont entrecoupés d’intermèdes qui mettent le doigt sur les contradiction de notre société.

Alors oui, ce livre me laisse perplexe. Je ne m’y retrouve pas. Je trouve dommage que ces sujets qui tous portent à réflexion ne soient pas plus développés. J’aurais aimé quelques arguments. Au moins que Kirikoustra déroule le fil de ses pensées.

 


2017/87: Le livre que je voulais pas écrire, Erwan LARHER

Je suis romancier. J’invente des histoires. Des intrigues. des personnages. Et, j’espère, une langue. Pour dire et questionner le monde, l’humain. Il m’est arrivé une mésaventure, devenue une tuile pour le romancier qui partage ma vie: je me suis trouvé un soir parisien de novembre au mauvais endroit au mauvais moment; donc lui aussi.

Erwan Larher écrit à la main, ce qui lui laisse peu de temps pour faire autre chose de sa vie.

Ce livre qu’Erwan Larher ne voulais pas écrire est précisément le livre que je ne voulais pas lire.

Erwan Larher se trouvait au Bataclan ce 13 novembre 2015, tout près d’un ami cher qui lui n’en est pas sorti vivant. Les images qui sont passées en boucle ce soir-là m’ont profondément marquée et sont restée incrustées sur mes rétines. Pour moi, il s’agissait d’un adieu. C’est pourquoi je me suis toujours refusée à lire tout ce qui a été publié au sujet des attentats du 13 novembre. Trop dur.

Et puis, j’ai vu cet article qui parlait de la sortie de ce livre. Celui-ci, je ne sais pas pourquoi, il fallait que je le lise. Un besoin impérieux. Etrange. Peut-être pour tenter de combler un peu le vide laissé béant depuis bientôt deux ans. C’est bête, je sais. J’ai entendu le discours de cet homme  qui a assisté au meurtre de mon ami et de dizaines d’autres personnes. Cet homme qui a ressenti dans ses chairs cette terreur indicible et cette douleur terrible.

Alors voilà, Erwan Larher évoque « son » 13 novembre au Bataclan, et ses suites. Il évoque son histoire personnelle au milieu de l’évènement national. Il ne voulait pas en faire un livre, il ne voulait pas en parler. Aussi a-t-il noté ce qu’il refusait de diffuser. D’un côté, Erwan raconte son drame avec beaucoup de pudeur, l’avant, le pendant et l’après; il raconte la surprise, l’angoisse, la douleur, les perceptions accrues… De l’autre, ses proches relatent leur soirée quand la nouvelle est tombée, leur perception de cette barbarie. Un objet littéraire très particulier, très dur et très digne.

 


2017/86: Chorale, Nick GARDEL

Un magasin qui explose, un mitraillage à la kalashnikov, une sirène recherchée, un gang sanguinaire, Peter, Jean-Edouard et Lorelei sont des habitués du chaos. quand leurs extraordinaires aptitudes pour les ennuis s’entrecroisent, cette troupe soudée par l’amitié prend la route à bord d’une vieille DS qui en a vu d’autres. Mais jusqu’où peut conduire l’amitié?

Comme pour Droit dans le mur, voici un roman totalement improbable mais pourtant ça fonctionne parfaitement.

Je ne connaissais pas encre Peter, Jed et Lorelei, des personnages hauts en couleurs, truculents et excentriques. Mais ô combien attachants! Et on ne s’ennuie pas avec eux! On n’a pas le temps. Le rythme est effréné, ça ne s’arrête pas une minute. Pris malgré eux dans une histoire qui les dépasse, à la recherche d’Aykut, un ami commun, ils vont enchainer les surprises et les catastrophes. En effet, depuis que sa boutique d’aspirateurs a explosé, Aykut s’est évanoui dans la nature…

Un roman à suspens bourré d’humour mordant et sarcastique. On y retrouve un peu l’esprit d’Audiard. Une sorte de road-trip déjanté, loufoque, rocambolesque, même picaresque. Un très bon moment de lecture.


2017/85: Poupées de cire Episode 1, Greg QUESNE

Paris, 8 octobre 1899. Au milieu de la nuit, le corps d’une jeune femme est retrouvé allongé sur un canapé au milieu des Grands Magasins, près du Louvre. Cela pourrait être la routine, et pourtant, la scène de crime dénote. Ce cadavre n’est pas comme les autres… C’est le corps d’une femme savamment métamorphosé en poupée de cire. Hélas, ce n’est pas la première victime à avoir été découverte dans une macabre mise en scène de ce genre. La brigade chargée de cette affaire traque le moindre indice… en vain.

Émilien Granget, jeune diplômé de l’École de police de Rouen, est un homme fluet et timide qui monte à la capitale pour tenter sa chance. En quête de son premier poste, pour lequel il doit rencontrer le commissaire Malandain, il espère ne pas aboutir au fond d’un placard à faire de la paperasserie. Il arrive tout juste à Paris, qu’il découvre. Mais la rencontre incongrue de Camille, et de sa mère Jeanne par la même occasion, va venir bouleverser son programme.

Ce roman, à la fois policier et romanesque, sera publié sous forme d’épisodes (8 au total) dont le premier est sorti en septembre. Le second arrive bientôt. La publication est prévue au rythme d’un épisode tous les deux mois. Dans ces 39 premières pages se posent l’intrigue et les principaux personnages, qui évoluent dans le Paris de la fin du XIXème siècle. L’occasion de découvrir le quotidien de l’époque au sein de la capitale (à propos duquel ce récit semble être très bien documenté).

J’avoue que ma curiosité est piquée. J’ai envie de faire la connaissance du commissaire et de savoir quelle tournure prendra son rendez-vous avec Emilien. J’ai envie de savoir comment va évoluer sa relation avec Jeanne et Camille. Et puis aussi de découvrir qui est le tueur des poupées de cire…

 


2017/84: Prendre Lily, Marie NEUSER

Une mère de famille retrouvée assassinée dans sa baignoire, les seins tranchés, les doigts comme un écrin renfermant deux mèches de cheveux. Le corps d’une étudiante coréenne abandonné la nuit dan un quartier désert. Et des jeunes femmes qui témoignent: leurs cheveux coupés net, tandis qu’elles vivent, marchent, respirent dans une petite ville balnéaire d’Angleterre qui ne connaît pas les débordements. Non loin de la salle de bain de Lily Hewitt vit Damiano Solivo. On lui donnerait le bon Dieu sans confession si ce n’étaient ces déviances auxquelles il s’adonne en secret. Mais son épouse peut le jurer: Damiano est innocent. Damiano est même victime. victime, oui: de la complexité d’une machinerie sociale et judiciaire qui sait comment on façonne les monstres.

Lily Hewitt est retrouvée massacrée dans sa baignoire par ses deux filles. Les seins tranchés, égorgées, et serrant dans ses mains deux mèches de cheveux. Un meurtre terrible et abject, d’autant qu’il apparaît que l’assassin ait voulu que le corps soit découvert par les fillettes… Les policiers trouvent vite leur coupable: le voisin de Lily, Damiano Solivo. Tout converge vers lui : le meurtre quelques mois auparavant d’une étudiante à quelques rues de là (pour lequel un coupable est déjà en prison), les mèches coupées, et puis le passé de Solivo… Seulement, c’est une chose de le savoir coupable, mais encore faut-il pouvoir le prouver. D’autant que Solivo clame son innocence.

Une enquête qui s’attache à la réalité de l’investigation et du terrain. Une enquête qui va s’étendre sur huit longues années, à traquer la moindre poussière de preuve, puisque l’auteur du crime n’a pas laissé grand chose derrière lui. Parce que même si les enquêteurs sont convaincus de la culpabilité du voisin, ils n’ont rien pour l’arrêter. Mais Gordon ne lâchera rien, c’est l’enquête de sa carrière. Lily l’obsède et il lui rendra justice.

Un très bon roman, très bien écrit. On ne peut pas dire qu’il y ai beaucoup de suspens, ce n’est pas haletant, l’action se déroulant sur huit ans avec de longues plages creuses, dans l’attente d’un nouvel élément pour relancer l’enquête, mais c’est un récit très prenant. Je n’ai pu que continuer à tourner les pages pour savoir si Gordon trouverait de quoi inculper Solivo, et puis si Solivo est finalement le vrai coupable ou pas. J’ai littéralement été captivée. J’ai adoré Gordon et son équipe. J’ai aimé suivre leurs errements, leurs doutes, leur désarroi, partager leurs petites victoires…

L’écriture est fluide et addictive. Ce roman est une vraie réussite; encore une auteure à suivre…