2016/59: Régis, James OSMONT

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Régis aime la littérature et l’automne, les décibels et l’errance. Il n’a pas choisi le mal qui le ronge. Vivant la plupart du temps en lui-même, il perçoit une réalité déformée et angoissante, où tout fait sens. Dans sa psychose, il s’accroche à de fragiles repères: des personnages sans nom, des impressions sans fondement, des chansons sans espoir… Pourtant, peu de temps avant les attentats du 13 novembre 2015, le retour d’un mystérieux persécuteur va faire vaciller son équilibre précaire. Jusqu’au pont de non-retour…

Bienvenue dans l’univers sombre et tourmenté de Régis. Un jeune homme dont la vie se résume à une série de maltraitances et agression, puis à un enfermement permanent en institution. C’est un plongeon dans les abysses des pensées de Régis, dans la plaie béante qu’est sa vie.

Voici un très bon thriller psychologique, psychiatrique même. Une immersion dans la folie. C’est bien écrit, je l’ai dévoré. Ce roman est une perle dans son genre. Régis, c’est tout un poème. Une dégringolade de l’isolement, de l’incompréhension au désespoir, à … Eh bien… Qu’y a-t-il au-delà sinon la cruauté subie dans sa jeunesse, la perte de ses repères, la maladie qui le ronge… Il sombre dans ses tourments, il est emporté par ses démons, dévoré par ses psychoses.

On trouve là une playlist intéressante même si j’ai trouvé parfois les retranscriptions un peu longues. Mais en même temps, c’est là tout l’univers de Régis. Je dois avouer que la fascination plus ou moins morbide des deux personnages féminins m’a un peu mise mal à l’aise. L’Etudiante plutôt. Parce que concernant Sandrine, l’approche est différente. Et félicitations au graphiste: la couverture de cet ouvrage colle parfaitement au personnage.

Une découverte, donc. Pas déçue du tout, bien au contraire. Suis impatiente de lire Sandrine, en prévente bientôt.


2016/58: Héloïse ouille!, Jean TEULE

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Ile de la Cité, 1118. Théologien et dialecticien acclamé, Abélard était promis, aux dires de tous, aux honneurs de Rome. Chargé par le chanoine Fulbert de veiller à l’éducation de sa nièce, la moins candide qu’il n’y paraît Héloïse, le sage professeur prendra ses devoirs plus qu’à cœur – à corps, et à cris. Au programme: foin de grammaire ni de latin! Rien de moins que l’amour, l’amour fol, absolu. Hors pair(e).

J’adore revoir mon Histoire avec Jean Teulé.

Abélard est né près de Nantes en 1079. Ce fut un philosophe, dialecticien et théologien chrétien, père de la scolastique et inventeur du concept du conceptualisme. Il pratique la logique et le doute méthodique. « En doutant, nous nous mettons en recherche, et en cherchant nous trouvons la vérité. » Il élabore des théories morales: droit d’intention, liberté d’opinion, enseignement libre. (Merci Wikipédia)

Je n’évoquerai pas plus sa passion avec Héloïse, non plus que sa vie désastreuse, les scandales, non plus que la vie d’Héloïse et ses sacrifices. Tout cela, tu le découvriras en lisant ce roman.

Sinon, pour le qualifier, eh bien les mots qui me viennent à l’esprit sont les suivants: grivois, licencieux, amoral (1118, hein), libidineux, lubrique, romanesque. Abélard et Héloïse sont l’image même de l’amour fou, dans ce qu’il peut avoir de plus insensé, irrationnel, dément même, sacrificiel, définitif, dramatique. C’est un amour extraordinaire, fabuleux, légendaire.


2016/57: Camille mon envolée, Sophie DAULL

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Camille, 16 ans, a été emportée en quatre jours par une fièvre foudroyante. Dans les semaines qui ont suivi la mort de sa fille, Sophie Daull a commencé à écrire. Ecrire pour ne pas oublier Camille, son regard « franc, droit, lumineux », les moments de complicité; l’après, le vide, l’organisation des adieux, les ados qu’il faut consoler, les autres dont les gestes apaisent. Ecrire pour rester debout, vivre quelques heures chaque jour en compagnie de l’enfant disparue, endiguer le raz de marée des pensées menaçantes. Loin de l’épanchement d’une mère endeuillée, Camille mon envolée est le récit d’une résistance à l’insupportable, où l’agencement des mots tient lieu de programme de survie.

Un livre à la fois très beau et effroyable. Une écriture douce, fine, sensible, gracieuse. Un cri du cœur, une déchirure, une plaie béante. Il est 23h30, je tourne la dernière page. Les larmes ne se tarissent pas. Elles ont coulé toutes seules tout au long de cette lecture et ne cessent plus. L’angoisse m’étreint. Justement, dans la chambre d’à côté, ma fille, 15 ans, est malade depuis deux jours. Camille, Camille, ma Maëlle…

Terriblement bouleversant. J’ai des larmes plein les yeux et plein le cœur.

J’ai eu l’image de mon Ado sur cette civière, sur ce lit d’hôpital, branchée, puis partie. J’ai eu l’image de cette mère qui s’effondrait. L’image de la fin de sa vie. Quelle horreur! Mon dieu quelle horreur! J’ai pensé que j’étais chanceuse de ne pas être à sa place, de ne pas connaître son calvaire. C’est terriblement égoïste, oui. Mais toi aussi, quand tu liras ce livre, ce témoignage, ce vibrant cri d’amour à Camille, tu auras le même réflexe.

En tournant ces pages, j’aurais voulu prendre Sophie Daull dans mes bras, la serrer contre moi, sans échanger un mot. Une compassion de mère à mère, montrer qu’on est là même si on est bien incapable de consoler, de vraiment comprendre puisqu’on a pas subi la même tragédie.

Une semaine est passée depuis cette lecture et mes premières impressions jetées là dans la foulée. Tout va bien chez nous, pourquoi en aurait-il été autrement. Mais cette inquiétude reste latente. Si un jour je devais moi aussi être confrontée à cette perte tragique? Voudrai-je y survivre? Je n’en sais rien et ce n’est pas une question à laquelle j’ai envie de répondre. Un livre comme une bouée, comme une trouée de ciel bleu après un orage. Un témoignage atroce, une confrontation avec mon pire cauchemar. Un livre magnifique.


2016/56: Le renversement des pôles, Nathalie CÔTE

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Les bourdon et les Laforêt ont loué deux appartements voisins dans une résidence avec piscine en bord de mer. Chacun est arrivé avec la même envie: consacrer ce temps béni aux enfants, au repos, aux projets. Et tous sont rattrapés par leurs obsessions propres: fuir un mari ennuyeux, faire oublier qu’on a pris dix kilos, faire semblant que tout va bien. Ils attendaient l’été avec impatience mais risquent fort de finir la tête dans le sable…

C’est ce que j’appelle personnellement un roman de plage. Un roman sans prétention, léger, facile à lire.

Voici deux couples en vacances. Des voisins de passage qui font faire superficiellement connaissance. Et derrière le vernis bien lisse, derrière l’apparence, la belle image familiale qu’ils souhaitent montrer, les failles plus ou moins profondes de chacun, les frustrations accumulées, les complexes que l’on n’assume pas. Les vacances auront tendance à exacerber chaque situation, à rendre acerbe une remarque anodine, une petite phrase mille fois entendue et supportée,  un geste ou une réaction malvenue.

Un roman assez superficiel en somme, sarcastique mais qui ne s’attache pas plus que ça à ses personnages. Une lecture pas désagréable mais qui ne restera pas dans les annales.

 


2016/55: La maladroite, Alexandre SEURAT

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Diana, 8 ans, a disparu. Ceux qui l’ont approchée dans sa courte vie viennent prendre la parole et nous dire ce qui s’est noué sous leurs yeux. Institutrices, médecins, gendarmes, assistantes sociales, grand-mère, tante et demi-frère… Ce chœur de voix, écrit dans une langue dégagée de tout effet de style, est d’une authenticité à couper le souffle. Un premier roman d’une rare nécessité.

Voici une histoire inspirée d’un fait réel comme il y en a tant. Diana a disparu, morte sous les coups de ses parents. L’histoire, le calvaire de Diana, est raconté par ceux qui l’ont côtoyée. A tour de rôle, les enseignants, les personnels des services sociaux, les membres de la famille vont s’exprimer, décrire ce qu’ils ont vu, constaté, ce qu’ils ont tenté de faire pour venir en aide à l’enfant (en vain hélas) ou ce qu’ils ont tu.

Un roman impossible à lâcher, lu dans la soirée. Une écriture sobre, pudique. Un roman qui met le doigt sur les failles d’un système dans lequel chacun va d’abord se protéger avant de tenter quoi que ce soit pour l’autre. On aide, ok, on va dénoncer, mais seulement si on est sur, seulement si on a en mains des faits avérés (et encore…); il ne faudrait pas dénoncer trop hâtivement et payer les pots cassés. D’autant que la famille de Diana a l’air soudée, l’enfant a l’air d’être choyée, s’il n’y avait ces bleus et ces blessures à répétition. Seulement parfois, à force d’attendre un fait ou que quelqu’un d’autre se décide, il arrive qu’il soit trop tard. Comme c’est le cas de Diana. Les maltraitances subies par l’enfant auront raison d’elle. Un étau qui va la broyer, inéluctablement.

Un premier roman percutant, fin et subtil.


2016/54: Une fille comme les autres, Jack KETCHUM

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Une petite ville des Etats-Unis dans les années 1950. Un jour d’été, au bord du ruisseau où il pêche des écrevisses, le jeune David fait la connaissance de la jolie Meg, sa nouvelle voisine. Meg et sa sœur vivent depuis peu chez Ruth Chandler, leur tante et mère du meilleur copain de David. Petit à petit, intrigué et fasciné, le jeune garçon se rend compte qu’il se passe quelque chose d’anormal chez les Chandler, que les choses ne sont pas ce qu’elles paraissent être dans ce paisible quartier résidentiel. Trente ans plus tard, David se souvient…

Meg et sa sœur ont perdu leurs parents dans un terrible accident de voiture. Elles sont donc confiées à leur tante, Ruth Chandler, déjà mère de trois garçons qu’elle élève seule. La charge de deux fillettes supplémentaires n’est pas pour lui plaire. David, leur voisin et meilleur ami de l’un de ses fils, passe beaucoup de temps chez eux. Il va assister, et participer malgré lui, à l’érosion de cette famille peu ordinaire, à leur basculement dans la folie. A la descente en enfer de Meg et sa sœur.

David va être à la fois spectateur et acteur de la tragédie qui se joue dans cette maison. Il a une fascination pour ce qui se passe là, pour ce qui va aussi se passer ensuite. Il a beau se dire que tout ça va trop loin, beaucoup trop loin, c’est plus fort que lui, il est irrésistiblement attiré par le lieu et par la victime. Le sadisme des comportements monte doucement en intensité, (aussi bien ceux de Ruth que ceux des enfants d’ailleurs, entretenu et encouragé par Ruth) jusqu’à devenir inacceptable.  Les jeunes gens vont se livrer à des actes d’une violence et d’une cruauté incroyable.

Un roman violent donc, très sombre. Percutant et glauque. Très bien écrit et très prenant. Une bonne trouvaille.


2016/53: Black out, Marc ELSBERG

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Par une froide soirée d’hiver, le réseau électrique européen commence à lâcher. De nombreux pays s’enfoncent dans l’obscurité et plusieurs centrales nucléaires mettent en danger la vie de millions d’êtres humains. Menace terroriste ou défaillance technique? Piero Manzano, ex-hacker italien, croit savoir qui est responsable. Avec l’aide d’un policier français d’Europol, François Bollard, Manzano s’engage dans une véritable course contre la montre face à un adversaire aussi rusé qu’invisible.

Voici un roman qui fait froid dans le dos. Moi, Marc Elsberg m’a donné des sueurs froides. Parce que ce roman est parfaitement crédible. Cela pourrait arriver. Cette perspective rend le livre à la fois intéressant dans la gestion de la catastrophe, percutant, effroyable.

Rends toi compte: un jour, il n’y a plus de courant. Plus du tout. Hors, aujourd’hui, l’électricité régit absolument tout. Sans électricité, nous n’avons plus rien, tout est bloqué. Plus de chauffage, plus de lumière, plus d’eau chaude, plus d’information, plus de musique, plus de confort, plus d’hôpitaux fonctionnels. Plus d’essence, donc plus de transports. Plus de possibilité de conservation (donc toute la filière agro-alimentaire s’écroule). Pour commencer. Et ensuite, tout le reste….

Voilà un scénario angoissant au possible. Et si? Bien sur, on se projette dans ce possible avenir apocalyptique. On prend conscience de l’ampleur des possibilités et du chaos que cela engendrerait. Et encore là, les choses sont minimisées puisque pour les besoins du roman et de sa conclusion, les autorités conservent un accès énergétique et à internet. Ce qui ne serait pas le cas bien sur dans la réalité.

Un roman qui amène donc à une intense réflexion. A lire absolument.