Archives de Catégorie: Drame

2018/72: Le malheur du bas, Inès BAYARD

9782226437792-j.jpg« Au cœur de la nuit, face au mur qu’elle regardait autrefois, bousculée par le plaisir, le malheur du bas lui apparaît telle la revanche du destin sur les vies jugées trop simples. » Dans ce premier roman suffoquant, Inès Bayard dissèque la vie conjugale d’une jeune femme à travers le prisme du viol. Un récit remarquablement dérangeant.

Comme dans Chanson douce de Leïla Slimani, ce roman s’ouvre sur l’épilogue tragique de l’histoire, qui est ensuite retracée jusqu’au drame.

Marie mène une vie agréable et rangée avec son mari Laurent. Mais Marie va être victime d’un viol: par son directeur dans sa voiture. Profondément humiliée, Marie va se taire. Et quand peu après elle découvre qu’elle est enceinte, il n’y a aucun doute pour elle quant à la paternité de l’enfant. Alors face à ses proches qui célèbrent cette naissance, elle se mure dans un silence destructeur et s’effrite jusqu’à l’inéluctable.

C’est un roman coup de poing que ce premier roman. Un roman cash, brut, difficile, douloureux. Pour Marie, cet enfant dont elle va devoir s’occuper, qu’elle aura chaque jour face à elle, est la preuve vivante et irréfutable de son agression. Preuve omniprésente qui le lui rappelle à chaque instant. Une douleur à la fois physique, morale et psychologique.

Le style est critiquable, peut être un peu trop brut. Personnellement, j’ai aimé justement cette écriture cash, crue, sans concession. Telle le ressenti de Marie face à sa vie qui se désagrège. Une écriture acerbe, coléreuse, agressive. Une écriture qui exprime la violence ressentie dans les rapports conjugaux, les rapports sexuels, la grossesse, l’accouchement, la joie honnie de l’entourage, … Violence vécue intensément, traumatismes intenses.

Il s’agit d’un récit d’une noirceur absolue. Un récit dérangeant, percutant, choquant. Un récit glaçant, qui frappe au cœur. Même si l’on ne croche pas au personnage de Marie, on ne peut que comprendre sa peur, son dégoût, son mutisme ravageur, sa honte, sa haine.  Et s’indigner des réactions des proches qui se voilent les yeux, ne relevant pas (ou ne voulant pas voir) les changements pourtant radicaux dans le comportement de Marie.

Très certainement un des plus gros succès de cette rentrée littéraire.

 

Publicités

2018/64: Le silence des oeuvres accomplies, Marc SANDHOMME

41gFFWkzJfL

Après un grave accident de la circulation, Thomas a perdu le fil de sa vie. Il souffre d’une profonde amnésie et ne se souvient pas de ses proches ni de sa propre identité. Son corps ne répond plus. Tout, ou presque, lui a été ôté : le mouvement, le langage et même certaines de ses fonctions vitales que quelques machines maintiennent en vie. Il ne lui reste que la vue, l’ouïe et l’odorat pour garder un contact avec l’extérieur.
Emmuré dans son corps et coupé du monde, il n’aura d’autre recours que sa force intérieure et son imaginaire pour ne pas sombrer dans la folie. Il va alors tenter de retisser le lien qui le relie à son passé, notamment avec cette jeune femme qui chaque jour vient lui rendre visite et qu’il ne reconnaît pas.
« Le silence des œuvres accomplies » est un roman relatant la vie intérieure d’un homme, l’amour profond que lui portent ses proches et sa résilience face à l’adversité.

Voici un court roman dont le préambule a suffi à complètement me captiver.

Le premier chapitre s’ouvre sur la description d’une vie douce, agréable, bien rangée. Et puis…

Je lui répondrai alors que le bonheur est une vue de l’esprit. Qu’être heureux de vivre suffit. […] la vie n’est que changement et perpétuel devenir. Profitons de l’instant!

Et puis, c’est le drame…

Ce 24 juin, pour tenter d’éviter un camion fou, Thomas s’est encastré dans un platane.

Quand il reprend conscience, Thomas ne se souvient pas de grand chose ni de grand monde. Son corps ne réagit plus, son regard est vide de toute expression. Juste comprend-il qu’il est polytraumatisé. Son corps est en charpie. Son état de conscience n’est qu’intérieur.

Bien sûr, au départ, il ne mesure pas vraiment ce qui est en train de se jouer. Il est dans le coton, du fait des médicaments qui lui ont été injectés. Il est diagnostiqué comme étant plongé dans un coma profond stade 3. Voilà: nous sommes plongés au coeur de la problématique.

Il est muré dans ce corps disloqué. Personne ne perçoit son retour à la conscience. Et lui va petit à petit se rendre compte de l’étendue du problème. Autant pour lui que pour les autres. Pour les autres, il est un corps sans réaction avec un coeur qui bat encore. Il ne peut donc pas être abandonné, bien qu’il soit inerte. Il est une obligation que les autres doivent remplir, les renvoyant en même temps à leur impuissance, à leur douleur, au vide qu’il laisse. Pour lui, la réalité de son état le prend de plein fouet. Outre la souffrance et la douleur d’exister encore, il doit gérer la possibilité de l’impotence, celle de rester tel quel définitivement…

L’écriture est très belle, très fine, subtile. Le ressenti est terrible. L’impression de vécu est très marquée. La sensation de toucher à quelque chose de profondément intime transpire de ce roman. L’écriture retranscrit parfaitement le lent retour à la conscience, la lente évolution durant laquelle la moindre parcelle d’espoir est un évènement. Chaque détail prend une importance capitale: les attentions du personnel soignant et de ses proches, chaque sollicitation, même haïe…

Je ne suis pas encore mort pour parler de moi au passé, mais pas assez vivant pour que l’on s’exprime au présent.

Il y a l’instant de déni, puis de révolte, de désespoir, puis l’acceptation. Il profite de tout ce que son état de conscience lui permet. Il vit chaque instant en pleine conscience. C’est prenant, percutant, tragique.

Un coup de cœur.

 


2018/58: Ashley Loyd, Matthieu ELHACOUMO

 

414qRBHaUZL

AVERTISSEMENT : certains passages explicites peuvent heurter votre sensibilité et sont destinés à des lecteurs avisés. 

« Je m’appelle Ashley Lloyd, je suis morte il y a trois jours, je me suis suicidée après avoir subi de nombreuses intimidations, des insultes et après qu’un mec m’a brisé le cœur. »

Voici une nouvelle entre thriller ésotérique, science-fiction et horreur. Le récit est présenté comme un reportage, nous avançons dans l’histoire par une série de documents.

Le récit s’ouvre avec la lettre qu’Ashley Loyd a laissé à sa mère, dans laquelle est lui donne quelques explications. Tout commence par une déception amoureuse (un traquenard plutôt)  et un cas de harcèlement scolaire qui se termine par un drame, puisque Ashley finit par se suicider. Vont suivre des rapports psychiatriques et des documents confidentiels de l’enquête (entretiens divers, extraits de conversations sms entre Ashley et Shannon, procès verbaux et échanges mail des enquêteurs, …).

Ashley est une jeune fille fragile. Sa mère et elle ont quitté le Canada pour s’installer en Californie suite à des problèmes rencontrés dans son établissement scolaire. Elles changent de vie, mais hélas, pour Ashley, ce ne sera que le début de la dégringolade… Elle allait déjà mal avant son arrivée en Californie, ce déménagement ne fera qu’enfoncer le clou: crises d’angoisses, dépression, scarification, sociophobie, paraphilie, tentatives de suicide.

Ashley est trop naïve et manipulable. Elle est une marionnette entre les mains des autres lycéens qui s’en donnent à cœur joie. Mais suite à sa disparition, beaucoup de questions se posent, notamment quelle a pu être l’influence de cette nouvelle amie Shannon, dont on ne sait rien.

Je ne peux pas en dire plus sans spoiler le récit.

Donc, un bon récit, bien mené, un stress et une angoisse parfaitement maîtrisés. L’écriture est fluide, le scénario est bien construit, intelligemment dirigé. J’ai beaucoup aimé et ai lu ces quelques pages d’une traite. J’ai été happée par le drame d’Ashley. Je pense même que cette nouvelle pourrait être une très bonne base pour développer un roman.

 

 

 

 


2018/49: L’enfant qui arpentait ses rêves sur des patins de soie, Pierre GENESTE

978_2_9552_1018_5_090cb3bc

Par un très vieux soir de guerre, le Toine voit son père descendre l’allée gelée des premiers grands froids de janvier. Il est mené par deux gendarmes et un autre homme vêtu d’un long manteau de cuir sombre. Il ne le reverra jamais. Dès lors, Le Toine est orphelin. Il grandira mais dans son esprit, il va rester petit.

Dans son village en Auvergne d’altitude, sa vie suivra un parcours délicat. Pourtant, c’est avec une lointaine et douce indifférence qu’il en reconnaîtra le chemin. Il entend parler de la mer… ou l’océan, il ne sait pas très bien. Il se dit qu’il aimerait bien la rencontrer, la mer… ou l’océan. Il attend d’être seul, le soir, pour dans ses rêves l’imaginer. Quand il la verrait, cette étendue d’eau si vaste que les bateaux eux-mêmes s’y perdent, il saurait bien la reconnaître.

Le Toine, c’est un être qui, comme la terre et d’autres êtres en ce lieu un peu rond des montagnes d’Auvergne, souffre. Mais il regarde les souffrances de ses grands yeux étonnés, la tête un peu penchée, comme un qui, du monde, chercherait encore à s’émerveiller. Lui sera-t-il donné, au long de cette vie pas toujours très bien traitée, de trouver enfin le sentier qui mène à la mer-océan?

Un roman très sombre, conté avec excellence.

Les rêves étaient une éclaircie dans l’obscurité de la nuit mais ils pouvaient être aussi fragiles et délicats que des sentiers de verre. Il arrivait trop souvent qu’ils se brisent et ouvrent des voies effroyables, de braises et de cendres.

Il fallait les arpenter avec des patins de soie.

De prime abord, on pense rêve, enfance, insouciance, ingénuité, fraîcheur… Eh bien non… On est loin de tout ça.

Au cours des ans, Le Toine avait grandi mais son esprit était resté petit. C’était pas arrivé là tout seul par hasard un soir […] Non, c’était arrivé bien autrement. bien plus gravement.

C’était un soir. Un très vieux soir de guerre.

[…] Il posa le front contre la vitre gelée, cherchant dans la nuit un signe, un appui. Il essaya très fort, autant qu’il le put, dans son esprit toujours petit, de trouver un coin seulement à lui et comment s’y réfugier. A ce moment-là, son avenir rencontra son passé. Il y resta bloqué.

Voici le Toine, élevé par son père. Il n’a pas connu sa mère. Un jour, pendant l’Occupation, le Toine a une dizaine d’année, des gendarmes viennent arrêter son père, le laissant seul et démuni, livré à lui-même.

Abandonné, l’enfant fusionne avec la nature qui l’entoure, avec sa montagne, dont il parcourt les chemins incessamment. Il perçoit les rumeurs, s’interroge sur la mer qui porte ces grands bateaux synonymes de liberté retrouvée… Le Toine s’avance doucement vers l’adolescence en marge de cette guerre, qui l’effleure à peine. Mais voilà, rien n’est rose dans sa vie, et pour bien faire, son pauvre destin va vite le rattraper.

La police française, à la botte de l’occupant, a remis aux autorités allemandes le père du Toine. Par loyauté sans doute. A moins que ce ne fut, après tout, qu’une façon discrète de montrer à l’humanité une part de sa vérité!

L’ours borgne veille sur le sommeil de l’enfant. Il n’y a plus dans la pièce que le silence saccadé de la nuit. Comme si la guerre, soudain prise d’accalmie, était presque finie. Mais la guerre n’est pas finie. Les hommes règlent leurs comptes, brisent des jours impatients. S’emploient férocement à débâtir le monde.

[…] Les temps passaient. Le Toine grandissait, devenait fort. […] Mais dans son esprit, le Toine restait petit.

Et puis, un jour, il y aura Tiphaine. Que la vie n’a pas épargnée non plus…

La vie, au travers des yeux du Toine, est douce, innocente, s’écoule lentement. L’on n’éprouve pas le temps passant, mais les sentiments et ressentis du Toine. Toujours bienveillant. Toujours sensible. Cette écriture est comme un pansement sur les blessures terribles infligées au pauvre enfant.

C’est beau, poétique, tout en images, touches d’émotions, touches de sensations. La pureté de cet esprit un peu lent. Ses rêves d’enfant et la terrible réalité. La solitude incommensurable de ce petit bonhomme… L’espoir qui s’amenuise petit à petit… Et pourtant, il s’est accroché le Toine!

Un récit tragique, mais une plume majestueuse, subtile, élégante et poétique. Un récit dévoré en quelques heures, impossible à lâcher. Un enfant qu’on aimerait prendre dans ses bras et soulager. Tiphaine que l’on voudrait tant sortir de là… Il faut se laisser porter par le récit de cette misère, comme l’on écouterait dévaler le courant léger d’un ru.

Un grand merci à Pierre Geneste et aux Editions l’Astre Bleu de ce très beau cadeau.

 


2018/26: 13 reasons why, Jay ASHER

sans-titre1

Clay Jensen reçoit sept cassettes enregistrées par Hannah Baker avant qu’elle se suicide. Elle y parle de treize personnes qui ont, de près ou de loin, influé sur son geste. Et Clay en fait partie. D’abord effrayé, il écoute la jeune fille en se promenant au son de sa voix dans la ville endormie. Puis, il découvre une Hannah inattendue qui lui dit à l’oreille que la vie est dans les détails. Une phrase, un sourire, une méchanceté ou un baiser et tout peut basculer.

Hannah a mis fin à ses jours. L’histoire commence sur cet état de fait.

Clay trouve devant sa porte un paquet anonyme. Ce paquet contient sept cassettes. Ces cassettes ont été enregistrées par Hannah. Elle y explique ces petites choses, ces détails insignifiants pris un par un, mais qui mis bout à bout, l’on conduite à cette décision irréversible. Treize personnes sont concernées. Chacune a joué un rôle, parfois insignifiant, parfois important, dans l’histoire de Hannah. Chacune de ces tranches de vie ont contribué au décès de Hannah. Treize personnes. A chacune une face de cassette. A chaque face, une histoire… A chacun de passer le paquet au suivant, selon l’ordre des cassettes.

Hannah explique son geste. Elle explique le cheminement de ses sentiments, de ses ressentis, son vécu et sa façon de percevoir les choses. Un suicide peut être une conséquence de beaucoup de choses. Pour Hannah, son lycée est un microcosme qu’elle subit au quotidien, un univers sali et perverti par la bêtise et la méchanceté de ceux qu’elle côtoie.

Un récit empreint de beaucoup d’émotions et de sensibilité.

Nota: Ne pas se baser sur la série diffusée sur Netflix, qui bien que construite sur ce roman, comporte des différences non négligeables.


2018/22: Deux secondes en moins, Marie COLOT & Nancy GUILBERT

CVT_Deux-secondes-en-moins_4331

« – Vas-y, joue quelque chose. Ce que tu veux, ce que tu aimes, ce qui t’emporte! » Depuis qu’un accident de voiture l’a complètement défiguré, Igor se mure dans le silence. Sa rancune envers son père, responsable de l’accident, est immense, comme sa solitude. Rhéa sombre dans le chagrin après le suicide de son petit ami. Encore sous le choc, elle ne sait plus à qui ni à quoi se raccrocher dans la ville où elle vient d’emménager. Pour l’un et l’autre, tout s’est joué à deux secondes. Deux secondes qui auraient pu tout changer… Et pourtant, Igor et Rhéa reprenne jour après jour goût à la vie en se raccrochant à la musique. Une fantaisie de Schubert et un professeur de piano pas comme les autres vont les réunir et les mener sur un chemin inespéré.

Le père d’Igor est un homme très occupé. Ce jour-là, dans la voiture, en rentrant du conservatoire, il pianote un sms, lâche la route des yeux quelques instants. Suffisamment pour percuter une voiture mal garée le long d’un trottoir. Le père s’en sortira avec quelques égratignures. Mais l’airbag d’Igor ne s’est pas déclenché et celui-ci se retrouve défiguré.

Quant à Rhéa, elle vient d’emménager dans la même ville qu’Igor. Elle ne se remet pas du drame de sa vie. Son petit ami, Alex, s’est suicidé en se jetant sous un train. Elle ne parvient pas à comprendre ce qui a motivé son geste désespéré. Sa vie d’adolescente insouciante s’est arrêtée à cet instant-là.

Un très joli roman jeunesse, dans la parfaite lignée de Nos étoiles contraires de John Green. Un roman bouleversant mettant en scène des adolescents que la vie à laissés sur le bord de la route. La vie de ces deux-là est une palie ouverte, à vif. Ils ont tout perdu en quelques secondes. Un roman dur mais plein d’espoir.

La musique avait une place prépondérante dans leur vie d’avant. Un professeur du conservatoire, à l’instinct très affuté, va les prendre sous son aile, et à force de patience et de fine psychologie, va les amener à se dépasser et à revivre. Il leur permettra de surmonter leurs traumatismes et de se reconstruire.

Les thèmes abordés ici sont très sombres: le suicide, la mort, le drame, le déni, le deuil, la colère, la révolte, la reconstruction. Parce qu’il faut trouver une pierre sur laquelle construire une nouvelle vie, accepter le regard des autres, s’accepter soi-même, pardonner aussi. Il leur faudra faire preuve d’indulgence, d’empathie aussi. Ce qui est loin d’être simple, écouter les autres quand on est plus qu’un gouffre béant de douleur et de ressentiment. Ils devront accepter leur état. Ils devront accepter qu’ils ne peuvent pas tout maîtriser, qu’ils peuvent parfois être les marionnettes d’un destin incontrôlable et impitoyable. Ils devront faire preuve d’une incroyable volonté pour continuer à vivre.

Un très beau roman. Un grand merci à Babelio et aux Editions Magnard Jeunesse.

 

 


2017/109: Ces oiseaux qu’on met en cage, Marjorie LEVASSEUR

51fR+NuHEzL__SX331_BO1,204,203,200_

SAMUEL, FABRICE, MANON, FRANCK, ANNE-LISE…
Vu de l’extérieur, leur vie semble parfaite, mais doit-on toujours se fier aux apparences ? Un jour arrive le geste de trop, l’événement qui fait dérailler la marche routinière du train de l’existence. Les masques tombent, le vernis craque. Au fil des rencontres, des tragédies, apparaît la nécessité pour ces jeunes gens et leur entourage d’évoluer, de retrouver une liberté perdue… D’ouvrir la cage, quel que soit le prix à payer.

Un roman coup de poing!

Fabrice, 21 ans, homosexuel rejeté par son père qui va faire de sa vie un enfer, se suicide dans le bureau de ce dernier. C’est Samuel, 25 ans, son frère, qui va le trouver. Et sa lettre d’adieu avec. Samuel va tourner le dos à sa famille, ne supportant pas la responsabilité de son père dans la perte de son frère. Il va trouver refuge chez Colette, 78 ans, qui souhaite offrir le gîte à un jeune pour contrer les velléités de ses enfants de la placer en maison de retraite afin de récupérer son appartement. Manon, 25 ans, collègue de Samuel, est une jeune femme brillante. Elle vit avec Franck, 32 ans, lieutenant à la Brigade de protection des mineurs. Manon a beau être une femme de caractère, quand elle rentre chez elle, elle ne fait pas le poids face à la colère et la rage que son compagnon abat sur elle. Et quelques autres que la vie n’a pas épargnés non plus.

Déjà, je dois avouer que le titre et la couverture m’ont franchement attirée. Qui sont je pense le parfait écho de cette histoire.

Marjorie Levasseur aborde ici des thèmes très durs: l’homophobie, le suicide, la culpabilité, la gestion du deuil, les violences conjugales, les violences psychologiques, les schémas relationnels bourreau/victime, les conflits dans les relations intergénérationnelles, … C’est un roman sombre, empli de drames. Les personnages sont parfaitement dépeints, on s’y attache immédiatement. Chacun souffre, chacun porte en lui un drame. Chacun se débat avec ses doutes, sa culpabilité, ses regrets, mais aussi ses espoirs. Pourtant ce roman n’est en rien mélodramatique. Bien au contraire.

C’est un roman prenant (impossible de le lâcher avant la fin), dans lequel la souffrance des personnages est palpable. Nous sommes face à une réalité crue, à ces violences ordinaires tellement courantes, parfaitement décrites. L’écriture est élégante, fine, touchante. Il y aurait tant à dire encore sur ce roman, mais j’en dévoilerais trop. Je vais donc m’arrêter là et t’enjoindre à le lire.

Un vrai coup de coeur. Un grand merci à Emma Freya d’avoir initié cette découverte.