Archives d’Auteur: Lysée

2018/47: Céline & Céline, Michel RUFFIN

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Stanislas Dambreville est le spécialiste de Louis-Ferdinand Céline. Conférencier, critique littéraire, professeur dans les grandes écoles, il est LA référence. C’est vers lui qu’on se tourne lorsqu’on évoque Céline.

Il écrit un livre, qui doit faire date, pour lever à la fois les contradictions de l’auteur et les critiques inutiles qui le concernent. C’est le moment que le hasard — s’il s’agit bien de lui — choisit pour faire entrer Juliette dans sa vie, pour son malheur. D’abord inattentif à cette rencontre, Stanislas Dambreville va progressivement désirer la jeune femme, un désir passionné qui va pourrir sa vie. Lentement, il va abandonner ses convictions, rejeter tout ce qui était « son monde », jusqu’à la déchéance.

J’ai adoré ce roman!

D’abord parce que j’ai appris plein de choses sur Louis Ferdinand Céline. Que je ne connaissais que de « réputation ». Et qu’il va falloir que je lise!

L’histoire ensuite, rocambolesque et fort distrayante.

Stanislas Dambreville est en balade dans Calvi, où il a hérité d’une villa et où il passe ses vacances, avec son ami Mateo. Tous les deux se posent sur un banc pour bavarder. C’est là qu’une jeune fille s’incruste: Juliette. Face à l’insistance de Mateo, qui la trouve très à son goût mais qui est marié, il se trouve contraint de lui offrir le gîte pour la nuit. Et c’est le début des ennuis et de la dégringolade…

Stanislas est d’ordinaire plutôt hargneux, acerbe, sarcastique, mordant. Juliette est spontanée, très familière, sans aucun complexe, impertinente, perspicace et désinvolte. Pourtant, face à elle, Stanislas s’attendrit doucement mais sûrement. Juliette va réussir à l’apprivoiser et c’est là ce qui le conduira à sa perte.

Une lecture très agréable et fluide. Le récit d’un homme rattrapé par l’amour, une relation façon « je t’aime moi non plus ». Un scénario habilement mené, mis tout du long en parallèle avec la vie et l’œuvre de Céline, dont Stanislas est un expert. Je connaissais l’histoire sulfureuse de Céline mais finalement j’en savais bien peu sur l’homme et sur sa vie. Voilà une lacune comblée!

Un roman qui se dévore. Tant pour en apprendre davantage sur Céline que poussée par la curiosité de savoir ce que Juliette va encore pouvoir inventer qui mettra les nerfs de Stanislas à vif…

Alors un grand merci aux Editions Chum et à Emma Freya, agent littéraire bénévole, sans qui je serais passée à côté de cet ouvrage.

 

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2018/46: La vie est toujours vécue dans l’attente d’une histoire d’amour, Pierre GENESTE

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Ceci n’est pas une histoire. Ou plutôt, ceci n’est pas seulement une histoire. Elle est de celles dont on ne sait pas vraiment comment elle commence, parce que peut-être n’a-t-elle jamais seulement commencé… ou alors sur une note si basse, qu’il ne nous était pas donné de nous en rendre compte.

La vie est toujours vécue dans l’attente d’une histoire d’amour. Celle-ci vivra au-delà de son dernier matin, un simple matin de lune. Elle se prolongera dans le silence d’une musique patiente, immesurée. Elle nous emportera, sans conscience d’un quelconque repos du temps, car c’est ainsi que les histoires d’amour abolissent les limites.

Il nous arrive à tous, un jour, de monter à bord sans bagage, les mains calées au fond des poches, le regard prêt à suivre n’importe quel horizon, pour le seul plaisir de participer au voyage, en chantonner le refrain, aider le destin à rompre les amarres. Essayer.

Comme je le disais il y a quelques jours à propos de Line, ce roman n’est pas ma tasse de thé. Il ne m’a pas transcendée.

Mais…

Si l’histoire ne laissera pas en moi une trace indélébile, j’en ai cependant vraiment aimé l’écriture.

Voici une très belle plume, très poétique. Le style est doux, rêveur, qui titille l’imagination et appelle des images, heureuses et parfois même merveilleuses. C’est une oasis de délicatesse et de douceur, une invitation à un certain hédonisme, à se laisser aller, à profiter de l’instant, à larguer les amarres sans appréhension. A s’ouvrir à la vie et au bonheur.

Une écriture harmonieuse, marquée par nombre de métaphores, de personnifications, et autres figures de style, parfois quelques vers déposés là, qui sèment couleurs, saveurs, vie et souvenirs au fil des pages. Des chapitres courts, qui pourtant ne marquent aucune urgence ou précipitation, loin de là. Bien au contraire même. On flâne plutôt.

C’est une invitation à une balade onirique, sans limites de temps ou d’espace.

Je remercie les Editions L’Astre Bleu de cette découverte plaisante.

 


QLV? #9: Nous sommes lundi, que lisez-vous?

Aujourd’hui, en 1429, se déroulait la bataille de Patay, évènement majeur de la Guerre de Cent ans, dont la victoire française face aux Anglais est généralement attribuée à Jeanne d’Arc.

Aujourd’hui, en 1815, se déroulait la bataille de Waterloo (aujourd’hui est une journée militaire!), défaite marquante de Napoléon Ier face à l’armée des Alliés (Britanniques, Allemands, Néerlandais, rejoints par l’armée prussienne).

Aujourd’hui, en 1940, était lancé l’appel de 18 juin, discours du général de Gaulle dans lequel il incite à ne pas cesser le combat contre le Troisième Reich et où il prédit la mondialisation de la guerre. Ce texte sera l’un des fondement de la Résistance Française.

Aujourd’hui, nous célébrons la naissance de Raymond Radiguet, de Michou, de Paul McCartney, de Julie Depardieu.

Aujourd’hui, nous sommes lundi. Que lisez-vous?

Pour ma part, je suis en pleine lecture de « Dans le ventre des mères » de Marin Ledun.

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2018/45: Line, Marie-Claude MARAN-SCREF

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L’auteur s’immerge dans la relation intime qu’elle a eu avec sa mère et nous conduit à la rencontre de cette femme. On se prend au jeu de la découverte d’un personnage dans son époque.

Agrégée de lettres c’est avec un style délicat, tout en pleins et en déliés, que Marie-Claude nous livre ce récit, émaillé à la façon d’Annie Ernaux des petites choses de son enfance.

Ce livre est un très bel hommage de Marie-Claude Maran-Scref à sa maman décédée, Line. L’auteure nous fait découvrir qui fut cette femme, aussi forte que fragile, et à travers elle, qui elle est elle-même, puisqu’elle s’est construite à partir de Line.

Line est une femme incroyable, toute en ambiguïtés et en contradictions. Line a peur. De tout. Sans cesse. La peur lui colle au corps et au cœur. Comme une sangsue. Pendant sa jeunesse, Line et sa sœur subissent la présence de leur beau-père, ses humeurs et son alcoolisme. Alors, Line se jure qu’elle épousera un homme sobre, sérieux et droit. Ce sera Raymond. Quand il est mobilisé, six semaines après leur mariage, Line est déjà enceinte de leur premier enfant, Jean-Luc. Elle restera donc avec sa belle-famille, connaîtra la solitude, l’exode… quand Raymond revient, Jean-Luc a cinq ans. Suivront Anne-Marie et Marie-Claude.

Line vit sa maternité comme une vocation. C’est touchant le mal qu’elle se donne pour offrir une enfance à ses trois enfants. Marie-Claude, la dernière, est une enfant et une jeune femme svelte. Sa mère l’appellera toujours « ma puce », surnom dont elle ne parviendra jamais à se défaire. «  Quand on est installé dans le petit et le gentil, il est difficile de viser le grand et l’important. Je m’y suis efforcée pourtant. J’ai grandi en savoir, j’ai grossi par la tête. Mais je suis restée légère, inconsistante, invisible. »

Et puis Line vieillit. L’âge la rattrape. Elle se met à refuser. Tout. De sortir, de bouger. La peur reprend le dessus. Sa vie a trop de rides, elle traverse ses dernières semaines en s’abandonnant, en se perdant. Line est partie, Marie-Claude reste. C’est le récit d’un manque profond, d’un abysse insondable.

Alors Marie-Claude écrit. Pour combler le manque de sa mère. « Pour réparer la perte, pour restaurer le lien. […] Comme si je pouvais te reconstruire à coups de mots, te redonner corps et chair avec ma seule écriture… »

Je ne peux pas dire que ce récit m’ait embarquée. Sans doute trop intime. Mère et fille sont liées à tel point qu’elles se confondent parfois.

Mais l’écriture est très belle. C’est très fin, léger, subtil, délicat. C’est un récit touchant, duquel déborde cet amour inconditionnel pour sa mère, mais aussi le deuil si difficile et la douleur incommensurable de la déchéance et de la perte.

Merci aux Editions Chum et à Emma Freya, agent littéraire bénévole, de cette découverte.


2018/44: Le bruit et la mémoire, Florence DALBES-GLEYZES

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Le 25 mars 1993, Élisabeth Wagner, bientôt majeure, entre dans le cabinet d’une psychiatre renommée. Elle vient y poser un carnet violet, sachant qu’il y aura des retombées. À son histoire s’ajoutent celles de trois autres femmes dont les vies sont en lien avec la sienne.

Les voix de sa mère, de sa psychiatre et de sa meilleure amie s’entremêlent, de 1958 à 2006, racontant l’après-guerre, les hommes, les lâches, les fourbes, les héros, décrivant des femmes, blessées, fortes, rebelles. Il est question ici d’incidences, de folie, de pouvoir, d’un parcours de vie sans cesse détourné. Ce roman, construit comme un puzzle, dresse le portrait de femmes dont les sensibilités exacerbées donnent au monde une lumière presque magique

25/03/1993. Ce jour-là, Elisabeth Wagner entre dans le cabinet du Docteur  Salin et y dépose ce qu’elle appelle ses « bombes ». Trois bombes. Un cahier violet, un cahier noir et un paquet. Des secrets qui ont bouleversé plus d’une vie…

Voici une très belle saga familiale. Enfin, belle… Dure et sombre mais magnifiquement contée. L’intrigue nous est rapportée par quatre voix, à la façon d’un puzzle. On entend Elisabeth Wagner, par qui commence ce roman. Puis Josette Louise Paradis, dite Jo, sa mère, qui est au milieu de tout. Puis Mélanie Benila, la meilleure amie d’Elisabeth, qui fait un peu le lien entre les différents personnages. Puis Marion Salin, la psy d’Elisabeth.

Quel est le lien entre ces quatre femmes? L’une après l’autre, elles livrent une partie du puzzle. Chacune raconte une tranche de sa vie, apportant à chaque fois quelques précision au tableau général. Chacune partage sa vie, ses vérités, ses doutes. Chaque chapitre, mis bout à bout, construit l’histoire liée de ces femmes. Chaque chapitre noue ou dénoue des liens.

Elisabeth vit à fleur de peau. Elle a besoin de réparer. Tout. Et de vérité, aussi. Mais toute vérité est-elle bonne à dire? Elisabteh est-elle surdouée ou la folie l’a-t-elle emportée? Fait-elle la distinction entre raison et réalité? Il lui est difficile de ne réussir à garder le contrôle de toute chose. Il lui est difficile d’accepter un monde dans lequel l’incertitude, le mensonge, l’insécurité règnent. Parce que justement, Elisabeth a beaucoup de certitudes. Reste à savoir quoi en faire.

Car la vérité, si elle peut être salvatrice, peut aussi être sacrément destructrice.

Il peut arriver n’importe quoi, n’importe quand. Est-il possible d’échapper à cette malédiction? Elisabeth a essayé. Mais elle finit par réaliser qu’être née femme la rend vulnérable. Et elle ne peut rien contre cet état de fait.

Je voudrais dire encore beaucoup sur ce roman et ses protagonistes (parler notamment de rédemption, de délation, de reconstruction, de pardon, et bien plus…) mais c’est impossible sans donner des informations cruciales, donc je vais me taire. Juste, je me permets de te conseiller la lecture de ce livre. Moi je me suis complètement plongée dedans et je l’ai dévoré en quelques heures. C’est une lecture qui me restera longtemps je crois.

Un très beau roman, fort et superbement écrit. Merci à Emma Freya, agent littéraire bénévole, et aux Editions Chum de m’avoir fait découvrir cette perle.

 


QLV? #8: Nous sommes lundi, que lisez-vous?

Aujourd’hui, en 1770, James Cook découvrait la grande barrière de corail, dont plus de la moitié de la surface corallifère a aujourd’hui disparu…

Aujourd’hui, en 1962, Frank Morris, Clarence Anglin et John Anglin s’évadaient d’Alcatraz. Aujourd’hui, en 1982, sortait au cinéma E.T. l’extra-terrestre de Steven Spielberg.

Aujourd’hui, nous célébrons la naissance de Richard Strauss, de Jacques-Yves Cousteau, de José Bové, de Jean Alesi.

Aujourd’hui, nous célébrons la disparition de John Wayne.

Aujourd’hui, nous sommes lundi. Que lisez-vous?

Pour ma part, je n’ai finalement pas encore fini La Gifle, de Christos Tsiolkas. J’ai fait une pause dans ma lecture pour dévorer une perle dont je te parle demain…

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2018/43: Poupées de cire, Episode 5, Greg QUESNE

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Le discours d’Émilien de la veille a eu l’effet d’une bombe. À présent, il est temps pour la jeune recrue de faire ses preuves. Dès son arrivée au bureau, avec la participation de Justin, ils mettent sur pieds le plan d’attaque imaginé par Émilien. Au sein du bureau, des affinités se tissent, alors que d’autres s’étiolent jusqu’à l’explosion, à l’inverse des rapports entre le jeune homme et Jeanne la couturière qui se resserrent…

Les fruits du travail de l’enquêteur ne se font pas attendre. Les premiers éléments tangibles font leur apparition. L’enquête sur les Poupées de cire connaît enfin un rebond sans précédent, rebond attendu depuis la découverte de la première victime, il y a deux ans. Cependant, le crime ne possède pas qu’un seul visage. La brigade se retrouve confrontée à une affaire peu banale. Chargé par l’inspecteur en chef de ce dossier, Émilien doit résoudre une mystérieuse énigme au Rococo-Rico aux côtés de l’extravagante Comtesse de Beau-Sourire.

Dans un cinquième épisode riche en émotions et en révélations, vous serez projeté au cœur d’une tempête accidentellement provoquée par Émilien et où les animosités, les amitiés et bien plus encore sont mises en exergue.

Au sein de la brigade, rien ne va plus. Emilien se lie d’amitié avec certains de ses collègues quand d’autres le renient. Le résumé dévoile déjà pas mal de choses, je ne vais pas en dire beaucoup plus.

Emilien amène une façon nouvelle d’appréhender l’affaire des Poupées de cire. Dans le précédent épisode, il a fait des suggestions. Il va falloir maintenant les mettre en applications et démontrer leur utilité. Les idées d’Emilien vont vite porter leurs fruits. Son approche différente et son organisation vont faire la différence, et en deux semaines au 36, il va provoquer une avancée longuement attendue.

Il va montrer sa valeur, son ingéniosité et aussi son bon cœur, si jamais on en doutait. Sa relation avec Jeanne devient plus intime et, malgré elle, il tente de lui ouvrir les yeux sur sa trop grande naïveté et de la protéger.

On en apprend aussi davantage sur certains protagonistes, ce qui va venir éclairer certaines réactions des chapitres précédents.

Le dernier chapitre est une surprise qui me laisse sur ma faim (oui, je sais bien que c’est fait pour…). Il amène plus de questions que de réponses. Vite Greg, l’épisode 6!!