Archives d’Auteur: Lysée

2017/20: Le train des orphelins, Christina BAKER KLINE

Vivian, fillette irlandaise dans l’Amérique des années 20; Molly, jeune métisse indienne d’aujourd’hui: deux enfants abandonnées, deux destins qui n’auraient jamais dû se croiser… Vivian, 9 ans, irlandaise, se retrouve brutalement orpheline à New York, en 1929. Avec des milliers d’autres petits déshérités, elle est envoyée à bord d’un train dans l’Ouest des Etats-Unis. Là-bas, les enfants sont adoptés ou destinés à servir de main d’œuvre gratuite dans des familles modestes. Commence pour Vivian un terrible voyage… De nos jours, Molly, 17 ans, doit faire des travaux d’intérêt général afin d’éviter la maison de correction. Sa mission: aider Vivian, 91 ans, à ranger son grenier. Peu à peu, le passé tumultueux de Vivian resurgit. Et si la vieille dame distinguée et la jeune fille rebelle avaient plus en commun qu’il n’y paraît?

A 7 ans, la petite Niamh doit quitter l’Irlande avec ses parents et ses deux petits frères. Ils laissent derrière eux une misère pour en trouver une autre, à New York, dans les années 20. D’autant qu’un quatrième enfant va voir le jour. Les parents ne sont pas capables d’assurer le quotidien de la famille, ils supportent très mal leur pauvreté et les conditions de vie avec lesquelles ils doivent composer. Un jour, un drame survient. Un incendie détruit leur logement précaire, seule Niamh s’en sort…

Dorothy, 9 ans, est une enfant de l’assistance publique qui a été placée en famille d’accueil. Elle devra faire face à l’adversité, à la misère, à la violence et à la bassesse humaine. Elle sera placée, comme une marchandise. Elle sera utilisée pour accomplir toute basse besogne.

Vivian vit dans une bonne famille. Elle bénéficie d’un environnement confortable, d’une famille attentive, travaille au magasin de sa famille.

Molly a fait une bêtise. elle a volé un livre. Pour cela, elle sera punie. Elle vit dans une famille d’accueil qui se passerait bien d’elle, pour qui elle est clairement un fardeau. Elle va faire la connaissance de Vivian, va apprendre son histoire, va s’accrocher à cette vieille femme chaleureuse. Elles ont tant en commun…

Une lecture fluide, très agréable. Un climat historique pesant: le crack de 1929, des enfants dont on s’est débarrassés. Ces orphelins new-yorkais emmenés en train dans l’ouest, lâchés de gare en gare comme du bétail, des conditions de vie sur lesquelles les autorités préféraient fermer les yeux pour ne plus avoir la charge de ces enfants. La mise en exergue du malheur de ces enfants, leurs conditions de relogement.

J’ai aimé la mise en parallèle des vies de Vivian et de Molly, deux générations différentes, deux origines et cultures aux antipodes, mais des valeurs communes qui perdurent et ce besoin de reconnaissance et d’amour. Deux femmes blessées, malmenées par la vie, mais prêtes à tout pour garder la tête hors de l’eau.

Pour le contexte historique, ces enfants étaient issus de la rue ou d’orphelinats surchargés des villes de l’est des Etats-Unis. Ils ont été envoyés par train (Trains d’orphelins) dans les zones rurales du nord-ouest. De gare en gare, les enfants étaient présentés aux familles potentiellement adoptante et les papiers remplis au petit bonheur sur la voie publique ou dans des théâtres. Ces enfants étaient pour la plupart examinés comme une marchandise, et emmenés pour servir de main d’œuvre gratuite. Certains ont été victimes de proxénètes. Environ 250 000 orphelins ont ainsi été déplacés sur une période d’à peu près 76 ans.


2017/19: L’apparence de la chair, Gilles CAILLOT

Pour le capitaine de police Sylvie Branetti, la vie s’est arrêtée il y a quinze ans, lorsque le tueur qu’elle poursuivait a enlevé sa fille Lila avant de disparaître. après un passage obligé en hôpital psychiatrique et des séances régulières de psychothérapie et d’hypnose, elle se raccroche à un seul objectif: savoir ce qui est arrivé à Lila. La découverte d’un cadavre mutilé, arborant la même signature que celle du monstre qu’elle a croisé par le passé, la propulse à nouveau dans l’horreur. Mais elle a cette fois une espérance: connaître enfin la vérité: Accompagnée de Paul Bénito, son ancien amant, elle veut suivre avec acharnement  les traces laissées par le bourreau et mène une enquête aux confins de la réalité, un parcours peuplé de rêves étranges qui la submergent de plus en plus. Où cela pourra-t-il finir? Et si tout n’était qu’apparence? Bienvenue dans le chaos.

Il m’est difficile de parler de ce livre en arrivant à ne rien dévoiler de l’intrigue, tant tout est enchevêtré et lié. Du coup cette chronique va être plutôt courte. Toute tentative d’explication risquerait de spoiler l’histoire. Je vais donc m’abstenir et te laisser méditer sur le 4ème de couv.

Je peux te dire que ce thriller haletant, sans une minute de calme tant le suspens et la pression sont latents, est surprenant. L’histoire pourra paraître décousue à certains moments, mais tout finira par trouver son explication. Déconcertante, l’explication. Vraiment.

Un thriller au rythme soutenu, efficace. Un tueur sadique. Une flic torturée, c’est le moins que l’on puisse dire, poursuivie par un passé qu’elle n’a pas surmonté. Une ambiance sombre et bien glauque. Bref, tout est là pour faire un bon thriller, et le pari est gagné.

C’est le premier roman de l’auteur que je lis, mais surement pas le dernier.

 


Extrait #2

« […] le monde devait savoir pour éviter que leurs malheurs ne se répètent indéfiniment.

J’étais, pour ma part, assez pessimiste à ce sujet: le monde avait su pour la Shoah, le monde avait su pour le massacre des Arméniens, mais le monde avait une sacré tendance à oublier… Des exactions analogues – des génocides dans ces cas-là – s’étaient produites au Cambodge, au Rwanda, en Bosnie ou au Darfour, et le monde s’était contenté de détourner pudiquement son regard de ces lieux maudits. Pour ne pas voir, pour ne pas entendre, pour ne rien avoir à dire. »

L’hiver des enfants volés, Maurice GOUIRAN, Editions Jigal Polar

 


2017/18: Les jouets vivants, Jean-Yves CENDREY

Dans une virtuose et rageuse « Lettre au père », Jean-Yves Cendrey raconte comment son père l’a frappé, humilié et terrorisé jusqu’à ce qu’il l’empoigne à son tour. Une scène originelle qui jette une lumière crue sur le jour où il a conduit un instituteur, pédophile avéré, à la gendarmerie de X. Des dizaines d’enfants violés, des vies coulées dans l’oubli par ceux qui auraient pu intervenir. Comment raconter l' »Affaire » de X sans verser dans le récit de circonstance? Jean-Yves Cendrey décide de s’offrir un prête-nom. C’est à Raoul Rose qu’il confie la chronique du « village de la honte », un paysage humain sombre et burlesque d’où émerge peu à peu le drame. La dimension autobiographique confère à ce livre une place résolument à part dans l’œuvre romanesque de Jean-Yves Cendrey. Les Jouets vivants reste pour autant fidèle à l’auteur, fidèle à cette colère qu’il n’a jamais lâchée.

Jean-Yves Cendrey livre ici une page marquante de sa vie, qui commence le jour où il décide de conduire lui-même au commissariat un instituteur du village où il vit depuis des années avec sa famille, qu’il accuse de faits de pédophilie sur de nombreux élèves au cours des années, cela suite au témoignage d’une des anciennes élèves dudit instituteur. Ce sera le début d’une sombre histoire, les témoignages arrivant les uns après les autres, dévoilant l’ampleur du crime, sur plusieurs décennies.

Jean-Yves Cendrey raconte sa démarche, la confiance qui lui a été témoignée par certaines victimes, la lenteur du système (social, scolaire, policier, judiciaire), les limites de ce système et les incompétents qui l’ont représenté à différents niveaux. La lâcheté de certains adultes, leur indifférence. Le silence pesant, lourd. Le scandale. La colère, la douleur, le désespoir. Tout cela émaillé du traumatisme profond enduré par Jean-Yves Cendrey pendant son enfance, ayant subi la violence d’un père militaire et alcoolique.

Un récit difficile, à fleur de peau. Extrêmement choquant mais tout aussi prenant.

 


Extrait

« Au bout d’une demi-heure, j’en avais assez vu.

C’est un reportage démago, comme la télé sait parfaitement le faire. Les flics et leur implication dans la socialisation. Et puis quoi encore? Toujours aux mêmes de faire tout le boulot: comprendre ces pauvres chéris,  courber l’échine sous les coups – surtout ne pas répondre car bavure potentielle à la clé – et puis les remettre dans le droit chemin avec des discours à deux balles qui feraient marrer des gamins de 5 ans. Gangrène de merde! Tout part en vrille. La France n’est plus le pays que j’aimais. Ce pays qui défendait des valeurs simples. Elles ont disparus petit à petit, insidieusement. La surenchère médiatique combinée au manque d’action des politiques ont fait d’elle ce qu’elle est aujourd’hui. La France a perdu sa majuscule, laissant la loi du plus fort remplacer le respect d’autrui.

Je zappe. Une chaîne du câble. Un porno! »

L’apparence de la chair, Gilles CAILLOT, Editions Toucan Noir


2017/17: Abîme, CETRO

David, 14 ans, ne connaît pas l’insouciance de l’adolescence. Sa vie est rythmée par le harcèlement perpétuel dont il est victime, les humiliations et les coups que lui dispensent ses pairs sans compter. Le monde qui l’entoure n’a que mépris pour lui, et c’est dans l’indifférence générale qu’il vit un cauchemar au quotidien. Il ne doit son salut mental qu’à ces moments où, seul, il se retire dans un petit bois abritant un étrange gouffre, sorte de puits naturel apparemment sans fond. Il se déleste là, dans la profondeur et l’obscurité de la terre, de ses chagrins et de ses mauvaises pensées. Mais que recèle vraiment ce gouffre, nommé par les locaux le « chaudron du mal »? Quels effets auront sur lui ces descentes quotidiennes sous la surface?

David est victime quotidiennement de harcèlement de la part d’un groupe d’élèves. On ne parle bien sur pas de quelques brimades, mais bien d’humiliations et de violences, tant verbales que physiques. Seule sa mère s’inquiète de son état. En dehors d’elle, il est seul au monde. Tout le monde se fiche bien de ce qu’il vit et de ce qui peut lui arriver. Pour respirer un peu, David va chaque jour vider sa colère et son désespoir dans un petit coin de forêt, dans le gouffre maudit qui se trouve là. Là, il est seul et est sûr de ne pas être dérangé, tout le monde a peur de cet endroit. Et pour cause… David va apprendre à ses dépends que les légendes locales peuvent parfois avoir un fond de vérité et qu’on ne joue pas impunément avec le démon…

Le harcèlement, scolaire dans ce cas précis, est un vaste sujet. Il va être la base du drame qui va se jouer. Ainsi que la colère, la détresse du personnage principal. Parce qu’il est faible, vulnérable. Parce qu’il a peur de l’ampleur des représailles s’il tente de réagir face à ses bourreaux. Alors lui aussi finit par n’éprouver que honte et mépris vis-à-vis de lui-même. Le seul lien qui le lie encore à la vie est sa mère qui se débat comme elle peut pour lui venir en aide. Sa mère et ce gouffre qui l’attire irrépressiblement et qui semble le décharger de ses fardeaux.

Une ambiance très noire et très lourde, donc, parfaitement retranscrite. Cetro nous emmène en plein cœur du cauchemar de David. Un sujet délicat et complexe. Mais un récit impitoyable, pétrifiant, obscur, déchirant (sans pour autant devenir sordide)… funeste. Lu en quelques heures, j’en ai beaucoup aimé l’écriture.

Une agréable découverte.

 


2017/16: Demain les chats, Bernard WERBER

Pour nous, une seule histoire existait: celle de l’humanité. Mais il y a eu LA rencontre. Et eux, les chats, ont changé à jamais notre destinée.

D’abord merci à Mon Homme qui me voyait lorgner sur ce livre d’avoir eu la gentillesse de me l’offrir.

J’ai toujours beaucoup aimé Bernard Werber. J’ai toujours eu un vrai coup de cœur pour ses écrits, toujours décalés, plein d’anecdotes, de réflexions pertinentes, tout ça… J’ai suivi pas à pas la succession de ses romans. D’abord la trilogie des Fourmis, le cycle des Anges, celui des Dieux, Le livre du voyage, Le papillon des étoiles, …. Bref, j’aime.

Là, je ne sais pas pourquoi, je ne croche pas. Il y a pourtant toujours les ingrédients qui m’ont fait le suivre jusqu’à maintenant, mais pourquoi donc, ce qui passait parfaitement avec les fourmis ne fonctionne pas pour moi avec les chats. Il y a pourtant matière à réflexion, largement même, comme j’apprécie livre après livre, mais je n’ai pas réussi à m’immiscer dans l’ambiance de ce nouveau récit, cette atmosphère-là n’a pas réussi à m’atteindre.

Une déception donc.