Archives de Tag: Thriller

2018/34: Claustria, Régis JAUFFRET

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28 avril 2008, dans une petite ville d’Autriche, une mère sort avec trois de ses enfants d’une cave où elle a vécu dans une claustration absolue durant 24 années. Violée par son père, elle les a mis au monde dans cette prison sans fenêtre. Sur place, l’auteur a découvert de nouveaux éléments qui remettent en cause l’enquête de police. Claustria est le roman de cette histoire unique.

Ce roman s’inspire d’un sordide fait divers. Rappel des faits: L’affaire Fritzl est un cas d’inceste découvert durant la fin du mois d’avril 2008 à Amstetten, en Autriche. A 42 ans, Elisabeth Fritzl déclare qu’elle a été emprisonnée, violée et physiquement agressée par son père, Joseph Fritzl, pendant 24 ans. Il l’a séquestrée dans une cave insonorisée creusée dans le sous-sol de sa maison. Quatrième née de sa fratrie (Joseph Fritzl et son épouse Rosemarie ont eu 7 enfants), elle donne naissance elle-même à 7 enfants durant sa captivité. Trois sont séquestrés avec leur mère (Kerstin, Stephan, Félix), un décède peu après sa naissance et les trois autres sont adoptés par Joseph Fritzl et son épouse (Alex, Monika, Lisa). Il soutiendra toutes ces années que Elisabeth ayant rejoint une secte, elle aurait déposé les enfants devant sa porte avec un mot.

Ce thriller s’apparente à une enquête. C’est un roman journalistique, tant il est crédible. L’auteur conserve à Joseph Fritzl son nom car il est le seul personnage de ce roman auquel il n’a rien changé. Tous les autres ont leur nom modifié puisque Régis Jauffret leur prête des réactions, des sentiments qui auraient pu être les leurs certes, mais qui ne sont que le fruit de ses recherches, de son interprétation, de son imagination.

Joseph Fritzl commence à violer sa fille quand elle a 11 ans. Il la séquestre à ses 18 ans. Angelika et ses enfants vivent en parallèle avec la « famille du haut ». La seule chose qui rythme ce temps incommensurable est un vieux poste de télé. Dans cette cave, les protagonistes vivent dans une autre dimension, qui finit par ne plus rien avoir en commun avec la vie « normale », d’un point de vue moral, éthique. Les situations décrites par l’auteur sont reproduites sur la réalité (même si la vie dans la cave est imaginée), comme l’arbre de Noël par exemple ou le journal tenu par Angelika. Un quotidien s’est mis en place dans cette cave.

Jauffret s’est déplacé pour suivre le procès de Josef Fritzl. Il est allé voir cette cave. Il retranscrit ce temps en dehors du monde, dans l’obscurité, l’odeur pestilentielle qui l’agresse, le manque soudain d’air, la suffocation, les rats qui ont envahi l’espace, la peur panique qui le gagne… Toute l’horreur de la claustration. Provoquée par un homme ordinaire, quelconque.

Un roman dérangeant et efficace. Quelques longueurs, mais qui rendent compte de 24 années d’enfermement. De la routine qui prend le pas sur l’horreur. Au bout de tant d’années, il ne s’agit plus d’un drame pour ses protagonistes, mais d’un quotidien comme un autre, avec ses codes.

 

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2018/31: Où que tu sois, Juliette DIERCKENS

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Lucie Ducairne est hantée par ses souvenirs. Dans ses rêves, elle revoit inlassablement sa coéquipière Alicia tomber du haut d’un immeuble arrageois alors qu’elles pourchassaient toutes deux le Faucheur, un tueur en série d’une cruauté inégalée. Le meurtrier s’attaquait à de jolies femmes aux yeux clairs, les obligeant à se maquiller avant de les torturer et de les égorger. Un temps tranquille, le voilà qui assassine à nouveau. Lucie reprend l’affaire avec l’aide du lieutenant Luc Martin. Obnubilée par sa vengeance, elle laisse peu à peu son collègue pénétrer son monde de douleur. Et comprend bientôt que c’est avec elle que le Faucheur veut jouer.

Alors qu’elles pourchassent le Faucheur, un tueur en série qui viole, torture et égorge ses victimes une fois par an, celui-ci jette Alicia du haut de l’immeuble sur lequel elle l’a suivi. Lucie tente en vain de la sauver, mais Alicia lâche sa main et s’écrase sur le trottoir en contrebas. Cette vision ne cessera de hanter Lucie, qui ne parvient pas à se remettre de la perte de sa coéquipière et amie.

Mais voilà, après une période de silence, le Faucheur revient. Et cette fois-ci, ce n’est pas une fois par an qu’il tue, mais tous les deux jours… Lucie et son nouveau coéquipier, Luc, vont se lancer à sa poursuite. Pour arrêter le Faucheur, Lucie devra aller au bout d’elle-même…

Lucie est prisonnière de son terrible passé et ne parvient pas à s’extraire de sa douleur et de sa culpabilité. Lucie est foncièrement intègre, mais elle a ses failles. D’ailleurs, chacun des personnages de ce roman est à double tranchant. Les personnages honnêtes en quête de justice ont leur part d’obscurité. A l’inverse, les monstres ont aussi leurs failles, des blessures béantes desquelles découle parfois une part de bienveillance. C’est là toute la difficulté: situer la frontière entre bien et mal. A partir de quel moment doit-on se considérer comme un bourreau? Parce que si pour certains, c’est très clair, pour d’autres en revanche, la frontière est nettement moins évidente.

Un premier thriller plutôt bon même si j’ai quelques bémols. Je regrette que la première partie soit aussi courte. J’aurais aimé que certains passages soient plus développés. Quant à le seconde partie, bien que le suspens soit là, il y a des passages un peu brouillons où on ne sait plus trop ce que fait Lucie ni pourquoi.

En bref, c’est un premier roman plutôt réussi. La fin de ce roman étant ouverte, j’espère qu’un second volume apportera des éclaircissements sur les réactions de Lucie. Et aussi sur le parcours de Damien, dont finalement on ne sait pas grand chose.  Je ne regrette absolument pas de m’être arrêtée au stand Polars en Nord  du SLP 2018: un roman court (142 pages) lu en quelques heures, c’est en soit un compliment et un encouragement à poursuivre…

A très vite j’espère, Juliette.

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2018/30: L’abbaye blanche, Laurent MALOT

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A Nantua, dans le Jura, Mathieu Gange élève seul sa fille de six ans. sa femme a disparu depuis plusieurs mois sans donner d’explication. Flic intègre, il fait ce qu’il peut pour assurer sa mission, quand soudain la violence s’abat sur ce coin du monde où il ne se presque jamais rien. Deux hommes sans lien apparent sont assassinés coup sur coup, puis on retrouve un cadavre mutilé dans la forêt. A mesure qu’il démêle les fils, Gange est entraîné dans une enquête dont les enjeux le dépassent. Notables véreux, secte, affaire d’Etat: le cocktail est explosif. Mais Gange ne peut pas renoncer. La disparition de sa femme n’est peut-être pas innocente…

Je vais commencer sur un bémol: Laurent Malot est scénariste et ça se ressent. Une partie de ce roman est très visuelle. Pour le coup, dans le roman, ces scènes paraissent abracadabrantes.

Cependant, j’ai adoré le personnage de Gange et ses contradictions. Cela dit, on a une bonne idée du pourquoi de la fuite de sa femme… Le personnage d’Etienne apparaît peu, c’est dommage, je pense qu’il y aurait eu quelque chose à en tirer. Là, il apparaît en filigrane et sa psychologie est superficielle, on ne sait pas grand chose de lui. Les personnages féminins en revanche ont une place prépondérante. Il est dommage qu’ils soient un peu caricaturaux.

Ce thriller est plutôt bon, et l’idée de départ m’a plu. L’écriture est fluide et agréable. La construction de ce roman fonctionne, je ne me suis pas ennuyée. Les petits arrangements entre notables et les trafics des gros poissons énervent bien sur. Manipulations sectaires, pressions politiques, justice aveugle, et au milieu de tout ça un flic à la vie personnelle compliquée, une journaliste qui n’a pas froid au yeux et une juge prête à se battre pour ses convictions vont se retrouver écrasés par cette machine infernale contre laquelle ils ne pèsent pas lourd…

Le dénouement est un peu tiré par les cheveux et aurait plutôt sa place dans une série TV ou au cinéma, comme je le disais plus haut. Dans ce petit coin du Jura, ça détonne!


2018/29: Qui je suis, Mindy MEJIA

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Hattie Hoffman a passé sa vie à jouer de nombreux rôles: la bonne élève, la bonne fille, la bonne petite amie? Mais Hattie rêve d’autre chose, d’une expérience plus intense… et qui se révèle extrêmement périlleuse. Lorsque son corps sauvagement poignardé est découvert, une redoutable onde de choc traverse la ville de Pine Valley. Très vite, il apparaît que Hattie entretenait une relation secrète, hautement compromettante et potentiellement explosive. Quelqu’un d’autre était-il au courant? Et jusqu’où cette personne était-elle prête à aller pour mettre fin à cette relation? Le petit ami de Hattie semble désespéré par sa mort. Son amour profond serait-il devenu une obsession? Ou l’intrépide Hattie s’est-elle simplement retrouvée au mauvais endroit au mauvais moment? Suggestif et tranchant, ce roman examine la frontière entre l’innocence et a culpabilité, l’identité et la duperie. L’amour conduit-il à la découverte de soi… ou à la destruction?

Hattie est lycéenne. Hattie est une jeune fille de bonne famille, irréprochable. Hattie fait du théâtre et elle est douée. D’ailleurs elle rêve d’aller jouer à Broadway. Hattie est la petite amie de Tommy; ils forment un couple sans heurts.

Mais voilà, au lendemain de la représentation de Macbeth au lycée, le corps de Hattie, défiguré, est retrouvé dans une grange abandonnée des environs. Bien sur, nombre de questions se posent, d’autant que Pine Valley est une petite très calme où il ne se passe jamais rien… Que faisait donc Hattie dans cette grange? Y est-elle venue de son plein gré? Si oui, pourquoi, ou pour qui? Et surtout, qui pouvait bien en vouloir à Hattie au point de la tuer? A moins qu’elle ait assisté par hasard à une scène qu’elle n’aurait pas dû voir?

L’enquête va révéler beaucoup de choses, des secrets jalousement gardés. Et surtout, la personnalité de Hattie, finalement pas si angélique qu’elle le paraissait…

Si l’intrigue est somme toute assez classique, la construction du récit est bonne et fonctionne parfaitement. Le récit est mené de trois points de vue: celui de Hattie, celui de Del, shérif et ami du père de Hattie, et celui de Peter, professeur d’anglais fraîchement nommé à Pine Valley. En effet, Mary et Peter sont venus s’installer là pour s’occuper de la mère de Mary, âgée et malade. Ca manque un peu de suspens mais j’ai pourtant hésité entre deux coupables possibles jusqu’à la fin.

Ce récit soulève quelques questions plus profondes: jusqu’à quel point est-on innocent? Est-on innocent si l’on a pas physiquement tué la victime? Est-on coupable si l’on a contribué au déroulement des évènements ayant mené au crime? La frontière entre innocence et culpabilité peut être très mince, comme celle entre victime et bourreau. Peut-on être à la fois victime et bourreau?

De même, la jeune lycéenne, débordante d’ambition, est un personnage trouble. De prime abord, on lui ferait totalement confiance. Pourtant, Hattie cache sa part d’ombre. Intelligente, vive, mais aussi manipulatrice, sans scrupules ni compassion. Dans quelle mesure un parent connaît-il son enfant? De quoi est-on capable par désir? Jusqu’ou peut nous mener une passion?

Entre thriller et polar, un bon roman. Un chaleureux merci à Babelio et aux Editions Mazarine.

 


2018/23: Le souffle des ténèbres, Frédéric LIVYNS

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Bryan et Suzy se rendent en Bretagne afin de se ressourcer. A proximité d’un étrange village que Bryan ne connaît qu’à travers les récits de son grand-père, ils découvrent les ruines d’un vieux château qu’aucune carte ne mentionne mais que tous les villageois paraissent craindre. Ils décident d’ignorer les avertissements et, animés par la curiosité, entreprennent de s’y rendre. Ils vont bien malgré eux réveiller la force maléfique qui y sommeillait. Un huis-clos surprenant oscillant entre légendes bretonnes et fantastique contemporain.

Après la mort de sa fille, Bryan se reconstruit doucement. Avec son épouse Suzy, ils viennent découvrir Munoz, un village breton d’où est originaire la famille de Bryan. S’il n’est encore jamais venu dans ce coin de Bretagne, il connaît l’endroit par les nombreux récits de son grand-père, qui a quitté le village à l’âge de huit ans dans des conditions qui restent troubles.

Bryan compte bien visiter tout ce qu’il est possible de voir dans la région, à commencer par ce mystérieux château noir à proximité du village, qui n’est répertorié nulle part. L’aubergiste tentera vainement de l’en dissuader, lui expliquant que de sombres légendes étaient attachées à ce lieu et qu’il était préférable de ne pas y aller. D’ailleurs, dans la région, tout le monde évite soigneusement d’y mettre les pieds. Même, on n’en parle pas. Mais Bryan est têtu…

Un thriller ésotérique et fantasmagorique intéressant. Moins sanglant et moins glauque que « Danse de sang », il reste un récit sombre construit sur d’horribles légendes: magie noire, satanisme, messes noires, sacrifices, … Tout y est. Jusqu’au cadre de ce roman: le château de la fille de Gilles de Rais, dans lequel elle avait entrepris de parfaire l’œuvre de son père… L’angoisse est bien distillée, le récit plutôt bien mené.

Un bon roman du genre. Merci aux Editions Lune Ecarlate pour ce service presse.

Je laisse la conclusion à l’auteur: « Le passé devait faire office d’assise, mais jamais de refuge. […] du chagrin peut jaillir l’espoir et des ténèbres peut naître la lumière. »

 


2018/16: Je sais pas, Barbara ABEL

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C’est le grand jour de la sortie en forêt de l’école maternelle des Pinsons: un avant-goût de vacances. Tout se déroule pour le mieux jusqu’au moment du retour, quand une enfant manque à l’appel. Emma, cinq ans, a disparu. C’est l’affolement général. Que s’est-il passé dans la forêt? A cinq ans, on est innocent. Pourtant, ne dit-on pas qu’une figure d’ange peut cacher un cœur de démon?

Sortie scolaire aux Pinsons: journée en forêt, pique-nique, jeux. Mais voilà, à l’heure de rentrer, Emma est introuvable. Emma, cinq ans, une enfant désagréable, capricieuse. Trois des instituteurs partent à sa recherche. Quand deux d’entre eux reviennent bredouilles, la directrice appelle la police. Lorsque les secours arrivent sur place, Mylène, l’institutrice d’Emma, n’est toujours pas revenue. Quand, enfin, quelques heures plus tard, Emma est retrouvée, saine et sauve, elle porte autour du bras le foulard de Mylène. Pourtant, de Mylène, toujours pas de trace. Qu’est-elle devenue? Que s’est-il passé durant cette poignée d’heures durant lesquelles la jeune femme et l’enfant étaient perdues? Emma a-t-elle rencontré Mylène? Quand elle est interrogée, Emma ne répond qu’une chose: « Je sais pas ». Alors commence un terrible compte à rebours: Mylène est diabétique. Si elle n’a pas sa dose d’insuline rapidement, elle mourra. La course contre la montre s’engage…

Si tu lis ces chroniques de temps en temps, tu sais que j’aime bien Barbara Abel. Elle fait partie de ces auteurs que j’affectionne. Ce dernier roman ne dément pas mon addiction. C’est très bon. J’aime son écriture. J’aime la façon dont elle construit ses personnages, la profondeur qu’elle leur donne. Ils vivent au-delà de sa plume. Et puis Barbara Abel a cette façon de raconter… Elle sait donner l’importance qu’il faut aux détails essentiels sans non plus qu’ils ressortent trop. Elle sait parfaitement distiller ses effets, faire doucement monter l’angoisse. On a juste l’impression d’y être aussi. Ils se vivent, ces romans…

Une fois de plus, j’ai été complètement embarquée dans cette histoire. La narration est très juste, très fine et subtile.

Je ne peux que te conseiller vivement de lire ce roman.

 


2018/14: Au nom de la vie, CETRO

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La suite de « Au nom de l’art ». Ames sensibles s’abstenir.

Au nom de l’art ou de toute autre concept présenté comme étant d’intérêt supérieur (science, patrie, religion, …), certains sont prêts à tout, y compris au pire.
Au nom de la vie, la leur et celle de leurs proches, d’autres sont prêts à se surpasser, jusqu’à se mettre en péril.
Asseyez-vous, préparez votre coeur… et lisez.

Nous retrouvons Soraya, Noah (et les autres) en pleine fuite. Ils se sont séparés pour avoir plus de chances de survivre. C’est une course poursuite folle qui s’engage, avec pleins d’espoirs, de désillusions, de surprises. Des héros insoupçonnés. Des salauds bien campés.

Le rythme reste intense. Il y a moins de descriptions de supplices, l’action est plus centrée sur la fuite de nos victimes et leur traque par ce qu’est devenu Dudule. Quoique l’idée de l’arbre sanguin est … stupéfiante. On en apprend plus sur Edmond et sur ses motivations. Icare se dévoile, Noah aussi. Sinon, j’ai quelques doutes sur le personnage d’Estelle qui me laisse dubitative. Quant à Soraya, elle incarne toutes les figures féminines à la fois.

Donc c’est mordant, prenant, incisif, brutal. Certaines situations paraissent aberrantes mais pourtant ça fonctionne. J’aime!