2018/48: Loupo, Jacques-Olivier BOSCO

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Loupo, Kangou et Le Chat se sont rencontrés dans l’antichambre de l’enfer, à l’Assistance Publique. Orphelin, fugueur ou petit voyou, leur galère ne faisait alors que commencer… Vingt ans plus tard, la vie, ils ont décidé de la cramer… Ils sont devenus voleurs, braqueurs et délinquants. Les casses, les flingues, le fric, l’adrénaline, la révolte, la nuit… Ils sont comme l’orage, sombres et déchaînés… Sur les tuyaux du Chat, Loupo et Kangou – son ami, son frère – écument les bureaux de poste et les banques de la région parisienne. Pour l’argent, pour le plaisir, pour le frisson glacé…

Jusqu’au jour où lors d’un braquage, Loupo tire par erreur sur un môme et le blesse grièvement. Après, c’est comme dans un rêve, plus la fin approche, plus les images s’effilochent… Les flics lancés à leurs trousses, une meute des cités qui leur colle aux basques, ils deviennent des loups… Disparaître, le livrer, tuer ou être tués… L’étau se resserre, mais avant, il leur faut solder les comptes et régler définitivement l’addition…

Entre polar et thriller, un roman sombre très bien écrit et très bien mené. 184 pages qui s’avalent d’une traite.

Voici une équipe de bad boys ayant connu une enfance difficile. Ils ont beau naviguer du côté obscur, ils sont sensibles et ont une éthique. Quand même, on ne fait pas n’importe quoi n’importe comment. Pas de violence. Jamais.

Et puis, le coup de trop. Cette fois, le plan monté au millimètre foire. Loupo se laisse surprendre. Il tire pour effrayer les otages, mais pas de bol, la balle touche un enfant, qui s’était caché derrière un panneau et que Loupo n’avait pas vu… Il a franchi la frontière… C’est le début de sa chute. Mais Loupo a le sens de l’honneur. Après avoir mis les siens à l’abri et réglé quelques comptes, il ira se rendre aux forces de l’ordre…

Un récit tranchant, efficace. Un rythme rapide, haché, qui reflète parfaitement l’état d’esprit de Loupo. Un gamin malchanceux à qui on s’attache vite, même si on réprouve son choix de vie. Un type désenchanté, qui commet la petite erreur d’inattention qui fait basculer sa vie. Un homme paumé qui accuse mal le contre coup de ses actes.

Bref, un bon moment de lecture. Je te parle bientôt de Brutale, du même auteur.

 

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QLV? #11: Nous sommes lundi, que lisez-vous?

Aujourd’hui, en 1816, la frégate française La Méduse faisait naufrage.

Aujourd’hui, nous célébrons la naissance de René Lacoste, de Pierre Cardin, de Jacques Chancel.

Aujourd’hui, nous célébrons la disparition de Nostradamus, de Jean-Jacques Rousseau, d’Emile Coué, de Vladimir Nabokov.

Aujourd’hui, nous sommes lundi. Que lisez-vous?

Pour ma part, j’ai déjà bien entamé « Ne dis rien à papa » de François-Xavier Dillard.

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QLV? #10: Nous sommes lundi, que lisez-vous?

Aujourd’hui, en 1678, Elena Cornaro Piscopia était la première femme au monde à être diplômée d’un titre universitaire (un doctorat de philosophie). Aujourd’hui, en 1791, le Roi de France était ramené de force à Paris après sa tentative de fuite échouée à Varennes. Aujourd’hui, en 1857, était publié le recueil des Fleurs du mal de Charles Baudelaire.

Aujourd’hui, nous célébrons la naissance de Peyo, de Robert Charlebois, de Yann Martel, de George Michael.

Aujourd’hui, nous célébrons la disparition de Jacques-Yves Cousteau, de Farrah Fawcett, de Michael Jackson, de Maurice G. Dantec.

Aujourd’hui, c’est la « journée mondiale des gens de mer », instaurée par l’Organisation Maritime Internationale.

Aujourd’hui, nous sommes lundi. Que lisez-vous?

Pour ma part, je me lance dans « L’enfant qui arpentait ses rêves sur des patins de soie » de Pierre Geneste.

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2018/47: Céline & Céline, Michel RUFFIN

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Stanislas Dambreville est le spécialiste de Louis-Ferdinand Céline. Conférencier, critique littéraire, professeur dans les grandes écoles, il est LA référence. C’est vers lui qu’on se tourne lorsqu’on évoque Céline.

Il écrit un livre, qui doit faire date, pour lever à la fois les contradictions de l’auteur et les critiques inutiles qui le concernent. C’est le moment que le hasard — s’il s’agit bien de lui — choisit pour faire entrer Juliette dans sa vie, pour son malheur. D’abord inattentif à cette rencontre, Stanislas Dambreville va progressivement désirer la jeune femme, un désir passionné qui va pourrir sa vie. Lentement, il va abandonner ses convictions, rejeter tout ce qui était « son monde », jusqu’à la déchéance.

J’ai adoré ce roman!

D’abord parce que j’ai appris plein de choses sur Louis Ferdinand Céline. Que je ne connaissais que de « réputation ». Et qu’il va falloir que je lise!

L’histoire ensuite, rocambolesque et fort distrayante.

Stanislas Dambreville est en balade dans Calvi, où il a hérité d’une villa et où il passe ses vacances, avec son ami Mateo. Tous les deux se posent sur un banc pour bavarder. C’est là qu’une jeune fille s’incruste: Juliette. Face à l’insistance de Mateo, qui la trouve très à son goût mais qui est marié, il se trouve contraint de lui offrir le gîte pour la nuit. Et c’est le début des ennuis et de la dégringolade…

Stanislas est d’ordinaire plutôt hargneux, acerbe, sarcastique, mordant. Juliette est spontanée, très familière, sans aucun complexe, impertinente, perspicace et désinvolte. Pourtant, face à elle, Stanislas s’attendrit doucement mais sûrement. Juliette va réussir à l’apprivoiser et c’est là ce qui le conduira à sa perte.

Une lecture très agréable et fluide. Le récit d’un homme rattrapé par l’amour, une relation façon « je t’aime moi non plus ». Un scénario habilement mené, mis tout du long en parallèle avec la vie et l’œuvre de Céline, dont Stanislas est un expert. Je connaissais l’histoire sulfureuse de Céline mais finalement j’en savais bien peu sur l’homme et sur sa vie. Voilà une lacune comblée!

Un roman qui se dévore. Tant pour en apprendre davantage sur Céline que poussée par la curiosité de savoir ce que Juliette va encore pouvoir inventer qui mettra les nerfs de Stanislas à vif…

Alors un grand merci aux Editions Chum et à Emma Freya, agent littéraire bénévole, sans qui je serais passée à côté de cet ouvrage.

 


2018/46: La vie est toujours vécue dans l’attente d’une histoire d’amour, Pierre GENESTE

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Ceci n’est pas une histoire. Ou plutôt, ceci n’est pas seulement une histoire. Elle est de celles dont on ne sait pas vraiment comment elle commence, parce que peut-être n’a-t-elle jamais seulement commencé… ou alors sur une note si basse, qu’il ne nous était pas donné de nous en rendre compte.

La vie est toujours vécue dans l’attente d’une histoire d’amour. Celle-ci vivra au-delà de son dernier matin, un simple matin de lune. Elle se prolongera dans le silence d’une musique patiente, immesurée. Elle nous emportera, sans conscience d’un quelconque repos du temps, car c’est ainsi que les histoires d’amour abolissent les limites.

Il nous arrive à tous, un jour, de monter à bord sans bagage, les mains calées au fond des poches, le regard prêt à suivre n’importe quel horizon, pour le seul plaisir de participer au voyage, en chantonner le refrain, aider le destin à rompre les amarres. Essayer.

Comme je le disais il y a quelques jours à propos de Line, ce roman n’est pas ma tasse de thé. Il ne m’a pas transcendée.

Mais…

Si l’histoire ne laissera pas en moi une trace indélébile, j’en ai cependant vraiment aimé l’écriture.

Voici une très belle plume, très poétique. Le style est doux, rêveur, qui titille l’imagination et appelle des images, heureuses et parfois même merveilleuses. C’est une oasis de délicatesse et de douceur, une invitation à un certain hédonisme, à se laisser aller, à profiter de l’instant, à larguer les amarres sans appréhension. A s’ouvrir à la vie et au bonheur.

Une écriture harmonieuse, marquée par nombre de métaphores, de personnifications, et autres figures de style, parfois quelques vers déposés là, qui sèment couleurs, saveurs, vie et souvenirs au fil des pages. Des chapitres courts, qui pourtant ne marquent aucune urgence ou précipitation, loin de là. Bien au contraire même. On flâne plutôt.

C’est une invitation à une balade onirique, sans limites de temps ou d’espace.

Je remercie les Editions L’Astre Bleu de cette découverte plaisante.

 


QLV? #9: Nous sommes lundi, que lisez-vous?

Aujourd’hui, en 1429, se déroulait la bataille de Patay, évènement majeur de la Guerre de Cent ans, dont la victoire française face aux Anglais est généralement attribuée à Jeanne d’Arc.

Aujourd’hui, en 1815, se déroulait la bataille de Waterloo (aujourd’hui est une journée militaire!), défaite marquante de Napoléon Ier face à l’armée des Alliés (Britanniques, Allemands, Néerlandais, rejoints par l’armée prussienne).

Aujourd’hui, en 1940, était lancé l’appel de 18 juin, discours du général de Gaulle dans lequel il incite à ne pas cesser le combat contre le Troisième Reich et où il prédit la mondialisation de la guerre. Ce texte sera l’un des fondement de la Résistance Française.

Aujourd’hui, nous célébrons la naissance de Raymond Radiguet, de Michou, de Paul McCartney, de Julie Depardieu.

Aujourd’hui, nous sommes lundi. Que lisez-vous?

Pour ma part, je suis en pleine lecture de « Dans le ventre des mères » de Marin Ledun.

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2018/45: Line, Marie-Claude MARAN-SCREF

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L’auteur s’immerge dans la relation intime qu’elle a eu avec sa mère et nous conduit à la rencontre de cette femme. On se prend au jeu de la découverte d’un personnage dans son époque.

Agrégée de lettres c’est avec un style délicat, tout en pleins et en déliés, que Marie-Claude nous livre ce récit, émaillé à la façon d’Annie Ernaux des petites choses de son enfance.

Ce livre est un très bel hommage de Marie-Claude Maran-Scref à sa maman décédée, Line. L’auteure nous fait découvrir qui fut cette femme, aussi forte que fragile, et à travers elle, qui elle est elle-même, puisqu’elle s’est construite à partir de Line.

Line est une femme incroyable, toute en ambiguïtés et en contradictions. Line a peur. De tout. Sans cesse. La peur lui colle au corps et au cœur. Comme une sangsue. Pendant sa jeunesse, Line et sa sœur subissent la présence de leur beau-père, ses humeurs et son alcoolisme. Alors, Line se jure qu’elle épousera un homme sobre, sérieux et droit. Ce sera Raymond. Quand il est mobilisé, six semaines après leur mariage, Line est déjà enceinte de leur premier enfant, Jean-Luc. Elle restera donc avec sa belle-famille, connaîtra la solitude, l’exode… quand Raymond revient, Jean-Luc a cinq ans. Suivront Anne-Marie et Marie-Claude.

Line vit sa maternité comme une vocation. C’est touchant le mal qu’elle se donne pour offrir une enfance à ses trois enfants. Marie-Claude, la dernière, est une enfant et une jeune femme svelte. Sa mère l’appellera toujours « ma puce », surnom dont elle ne parviendra jamais à se défaire. «  Quand on est installé dans le petit et le gentil, il est difficile de viser le grand et l’important. Je m’y suis efforcée pourtant. J’ai grandi en savoir, j’ai grossi par la tête. Mais je suis restée légère, inconsistante, invisible. »

Et puis Line vieillit. L’âge la rattrape. Elle se met à refuser. Tout. De sortir, de bouger. La peur reprend le dessus. Sa vie a trop de rides, elle traverse ses dernières semaines en s’abandonnant, en se perdant. Line est partie, Marie-Claude reste. C’est le récit d’un manque profond, d’un abysse insondable.

Alors Marie-Claude écrit. Pour combler le manque de sa mère. « Pour réparer la perte, pour restaurer le lien. […] Comme si je pouvais te reconstruire à coups de mots, te redonner corps et chair avec ma seule écriture… »

Je ne peux pas dire que ce récit m’ait embarquée. Sans doute trop intime. Mère et fille sont liées à tel point qu’elles se confondent parfois.

Mais l’écriture est très belle. C’est très fin, léger, subtil, délicat. C’est un récit touchant, duquel déborde cet amour inconditionnel pour sa mère, mais aussi le deuil si difficile et la douleur incommensurable de la déchéance et de la perte.

Merci aux Editions Chum et à Emma Freya, agent littéraire bénévole, de cette découverte.