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2017/26: L’hiver des enfants volés, Maurice GOUIRAN

Lorsqu’un soir d’hiver 2013, Samia frappe à la porte de la Varune, Clovis se doute très vite qu’elle a besoin de son aide… Samia, Clovis l’a rencontrée en 82, alors qu’il était encore correspondant de guerre. Avec son ami François, ils avaient sorti la jeune Palestinienne des massacres de Sabra et Chatila… Depuis, elle lui a préféré François, mais Clovis n’avait jamais rien pu lui refuser. Et justement, François a disparu. Il a quitté sa paisible retraite du marais poitevin pour Barcelone afin d’enquêter sur deux accidents étranges… Depuis, plus de nouvelles! Parti immédiatement à sa recherche, Clovis va, au cours de ses investigations, voir brutalement réapparaître le spectre des enfants volés aux familles républicaines par les franquistes. Un scandale et une véritable affaire d’Etat ayant perduré jusqu’au milieu des années quatre-vingt. Mais que vient faire François dans cette histoire? Lui qui semble avoir beaucoup dérangé lors de son enquête… Et qui de fil en aiguille, va faire ressurgir de son propre passé un autre drame effroyable…

Le 4ème de couverture décrit très bien l’intrigue.

Les références historiques sont très nombreuses. En effet, l’Histoire est prépondérante dans ce roman, et les évènements utilisés ici comme trame de fond sont très violents, cruels, perturbants. En effet, sont évoqués ici les massacres de Sabra et Chatila, en septembre 1982 (Beyrouth ouest, Liban), la mise en place et l’utilisation des Lebensborn (notamment ceux de Lamorlaye et de Wégimont) et les enfants volés en Espagne par les franquistes. Un contexte très lourd, donc. Des sujets tabous.

J’ai trouvé plutôt lourdes les considérations touristiques et les longues descriptions de Madrid et Barcelone. Je ne renie pas que ces villes soient belles et agréables, et qu’il faille visiter ci ou ça (en même temps, je n’y suis jamais allée), mais ce livre n’ayant pas but à être un guide touristique, ces précisions sont trop nombreuses et pèsent sur le récit. Tout comme son attachement à Marseille… On a bien saisi les origines de Monsieur Gouiran…

En dehors de cela, l’histoire est intéressante et s’attache donc à des pans de l’Histoire plutôt gênants pour les Etats concernés. Un roman noir, sombre, plus polar que thriller, plutôt correctement mené.

Je reste malgré tout sur une impression mitigée.


2017/03: La chute du cafard, Denis ZOTT

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Le Mendiant l’avait prévenu à son arrivée dans le Berry où il venait d’être muté. « Fais gaffe à ne pas rester trop longtemps, mon pote! Et fais gaffe aussi aux jeunes! Ici ils s’emmerdent. Mortellement… » Lorsque, en pleine période électorale, « Celui qui regarde à travers les murs » vole une photo dans une banque d’images ultrasécurisée et l’expédie par mail aux élèves du collège Colbert à Châteauroux avec le message « Vous la reconnaissez? », c’est une bombe qui tombe sur la ville. En découvrant la photo, Anita, « le cafard », veut disparaître de la surface de la Terre, mais non sans faire payer les responsables de son humiliation. Elle les entrainera tous dans sa chute. L’effet domino sera dévastateur. Et gare aux dommages collatéraux. Le commandant Yann Lespoir, qui mène l’enquête, ne sera pas épargné. Le Mendiant l’avait prévenu.

Tout d’abord, je remercie chaleureusement l’auteur, Denis ZOTT, de m’avoir offert son ouvrage. J’avoue que si vous ne m’aviez pas contactée, Denis, je serais peut être passée à côté, et vraiment ça aurait été dommage.

Le style m’a accrochée dès les premières lignes. Ensuite, impossible de lâcher ce livre avant d’en connaître la conclusion. Vraiment, j’ai su dès la première page que j’aimerai ce livre. Et puis, comment ne pas aimer un roman qui s’ouvre avec du Thiéfaine, qui restera présent tout du long. J’ai redécouvert mes CD d’il y a 20 ans…

Le roman débute sur le suicide d’Anita. La jeune fille se jette du troisième étage, du balcon du studio du gendarme Stéphane Lanson. Des photos pornos de la jeune fille circulent qui ont été prises dans le lit de Stéphane, qui pourtant ne la connaît pas. Et c’est le commandant Yann Lespoir qui va devoir se coller à cette enquête, ennemi juré de Lanson, sous les ordres de Jézabel Declercq,  commissaire aux crocs acérés.

Un rythme  très rapide, du suspens, des rebondissements… Tout est là. Par contre, il y a une multitude de personnages mais on s’y fait très bien, et les principaux protagonistes sont très bien brossés. C’est aussi ce qui donne ce rythme exalté, violent au récit: d’un chapitre à l’autre, on saute d’un personnage à un autre. Stéphane Lanson, son frère, Yann Lespoir, sa femme, le député, ses filles, sa femme, Gari, sa tante, Jézabel. Principalement. Et les autres… Surtout, une compétition effrénée et malsaine entre Stéphane et Yann qui les perdra tous les deux, de façon différente. Et pas qu’eux, d’ailleurs. Parce qu’il y en a du malheur dans ces pages.

Un roman sombre, donc, très efficace. Un scenario complexe et très bien ficelé. Des indices savamment disséminés.

Un très bon premier roman. Mon premier coup de cœur de 2017.


2017/01: La 25e heure, Feldrik RIVAT

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Décembre 1888. Alors que le bon peuple de Paris s’interroge sur cette tour que l’impérieux Gustave Eiffel fait édifier à grand frais, d’étranges rumeurs circulent dans les faubourgs de la capitale: les morts parlent! Interpellé par la presse à ce sujet, le préfet de police M. Henri LOZE tourne en ridicule « les plaisanteries de quelques coquins ». Ainsi parle-t-il devant le beau monde, sous les feux électriques du parvis de l’Opéra Garnier. Mais, depuis l’ombre de ses cabinets, l’homme lance sur cette affaire les plus fins limiers de la République. Pendant ce temps, l’Académie des sciences en appelle à ses éminents savants pour que la pensée rationnelle, une fois pour toutes, triomphe des ténèbres de l’obscurantisme. Entre science, ésotérisme et enquête policière, cette aventure revisite l’histoire des inventions de la fin du XIXè siècle en leur prêtant de bien sombres desseins…

Vu que je n’ai plus d’ordi à la maison (RIP mon vieux PC), les chroniques des lectures qui étaient à l’origine prévues pendant les fêtes feront donc l’objet  des premières chroniques 2017. Je vais donc commencer par Feldrik RIVAT.

Voici La 25ème Heure. Le premier volume d’un diptyque à première vue passionnant (du moins si le deuxième volume est aussi prenant que le premier). A Paris en cette année 1888, il se passe des choses étranges. Des corps disparaissent de leur tombe. L’enquête va être confiée à l’inspecteur Eudes Anatole-Faust Lacassagne, le Khan, un enquêteur aux méthodes bien personnelles souffrant des maux étranges (un gros clin d’œil à Sherlock Holmes que ce Lacassagne) et à son nouvel équipier, fraîchement embauché et candide, Louis Bertillon. Je ne peux pas en expliquer plus sans dévoiler les grandes lignes de ce roman, je vais donc m’abstenir. Mais je vais quand même te donner mon ressenti.

L’auteur prend le temps pour poser son action et ses personnages. Un démarrage peut être un peu long, mais des protagonistes bien brossés et une bonne vision du monde policier et médico-légal de l’époque, des balbutiements de la médecine médico-légale.

Beaucoup de descriptions, qui auraient pu alourdir le texte mais que j’ai vraiment appréciées puisqu’elles m’ont permis de me projeter dans ce Paris d’autrefois, son quotidien, ses petits boulots oubliés, sa folie des grandeurs. Qui m’ont permis aussi et surtout de le découvrir ce Paris de la fin du XIXème siècle, déjà esquissé dans Léviatemps de Maxime Chattam, de redécouvrir les grandes nouveautés techniques et scientifiques de cette fin de siècle, de croiser de grands personnages (et de grandes théories ou mouvements intellectuels de l’époque) comme par exemple Allan Kardec ou encore Georges Méliès, Alphonse Bertillon, le Professeur Charcot, entre autres…

Beaucoup de rebondissements, qui donnent un bon rythme à ce récit. On n’a pas le temps de s’ennuyer. Jusqu’à la dernière page, il se passe des choses.

Par contre, si tu souhaites te lancer dans cette lecture, je te conseille d’acheter les deux volumes en même temps. Ils sont indissociables. (Tome 2: Le Chrysanthème noir). En effet, ce premier volume se termine « en cul de sac », sur un dernier rebondissement et laisse en suspens beaucoup de questions. Quasiment rien n’a été résolu à la fin de La 25è heure, bien au contraire: le mystère s’épaissit. Les réponses à toutes ces questions et à l’action développée ici se trouvent dans le deuxième tome. Heureusement que le Père Noël m’a amené Le Chrysanthème…

Une belle découverte.


2016/77: Seule dans la nuit, Ann RULE

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1998. Dix jours avant Noël, Ronda, trente-trois ans, est retrouvée morte, une balle dans la tempe droite. La police conclut à un suicide. Le monde s’effondre pour Barbara, sa mère. Comment sa fille, mariée depuis moins d’un an, si optimiste malgré les difficultés qu’elle affrontait, a-t-elle pu en arriver à ce geste de désespoir? Etait-elle vraiment seule en cette nuit de décembre? Barbara refuse de se laisser terrasser par le chagrin et remue ciel et terre pour découvrir la vérité. Incohérences dans l’enquête, mensonges flagrants du mari de Ronda, autopsie bâclée, témoignages divergents… Ce dossier dévoile peu à peu ses failles.

J’aime la façon presque clinique qu’a Ann Rule de raconter ces enquêtes. Par contre, j’ai un peu de mal avec le style employé, mais cela tient plus de l’expression choisie et des nombreuses répétitions. Cela revient dans chacun de ses livres.

Cependant, j’aime voir comment se déroulent ces enquêtes. Parce que tout est raconté par le menu. Ca me rappelle un peu ces émissions, comme Les enquêtes impossibles présentées par Pierre Bellemare ou bien Crimes… Parce que Barbara est certaine que sa fille ne peut pas s’être suicidée, elle va tout tenter pour faire la lumière sur la mort de Ronda. Avec Ann Rule, elle va chercher, interroger, mettre en évidence les incohérences flagrantes de l’enquête policière ainsi que ses manquements, elle va pointer du doigt les mensonges et les contradictions du mari de Ronda et de son ex-femme, ainsi que de leurs enfants. Bref, elles passeront tout en revue pour enfin réussir à trouver La Preuve qui Ronda a été tuée. Je ne te dis pas ce qu’elles trouveront ou pas, à toi de voir si tu as envie d’en savoir plus.

Un récit « en temps réel », qui s’étire sur des années. Une enquête lente et minutieuse pour un aboutissement qu’on aurait aimé plus positif. Mais la réalité n’est pas toujours à la hauteur de nos espérances, n’est-ce-pas?


2016/75: L’enfant qui criait au loup, Gunnar STAALESEN

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Avant d’être détective privé, Varg Veum travaillait à la Protection de l’enfance. Trop idéaliste et entier, il avait fini par en être renvoyé. Parmi les enfants qu’il avait essayé d’arracher à un destin déjà écrit figurait Janegutt, dont il s’était occupé à plusieurs reprises. Aujourd’hui devenu adulte et accusé du meurtre de ses parents adoptifs, Janegutt est retranché dans un fjord et ne veut parler qu’à une seule personne: Varg Veum.

Varg Veum a rencontré Janegutt au début de sa carrière à la protection de l’enfance. L’enfant avait deux ans et demi, avait dû être retiré à sa mère droguée et placé. Les deux se rencontreront à plusieurs reprises. Veum fera son possible pour venir en aide à Janegutt. Mais ce ne sera pas aussi simple qu’aurait pu le croire Veum…

Nous allons suivre la vie et les déboires de Janegutt. Nous le retrouverons à des périodes décisives mais critiques de sa vie d’enfant et de jeune homme. Les morts entourent ce pauvre Janegutt, le malheur traîne dans son sillage…

Même si la lecture de ce roman est plaisante, j’ai trouvé certains passages un peu longs. L’avancée de l’histoire est un peu lente. Et l’épilogue me laisse sur ma faim. J’ai trouvé cette fin un peu rapide par rapport au reste du livre qui s’étire quelque peu. Cela reste un polar sombre, qui met le doigt sur la détresse sociale et affective de certains sans non plus rentrer vraiment dans le sujet. C’est plutôt une toile de fond à l’histoire de Janegutt.

Un polar agréable à lire même s’il ne restera pas dans mes préférences.


2016/74: Surtensions, Olivier NOREK

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Cette sœur acceptera-t-elle le marché risqué qu’on lui propose pour faire évader son frère de la prison la plus dangereuse de France? De quoi ce père sera-t-il capable pour sauver sa famille des quatre prédateurs qui ont fait irruption dans sa maison et qui comptent y rester? Comment cinq criminels – un pédophile, un assassin, un ancien légionnaire serbe, un kidnappeur et un braqueur – se retrouvent-ils dans une même histoire et pourquoi Coste fonce-t-il dans ce nid de vipères, mettant en danger ceux qui comptent le plus pour lui? Des âmes perdues, des meurtres par amour, des flics en anges déchus: la rédemption passe parfois par la vengeance…

On est tout de suite mis dans l’ambiance par une plongée dans le milieu carcéral, où nous allons faire la connaissance de quelques détenus. Et aussi d’une bande du crime organisé issue du milieu mafieux corse.

Un polar très efficace. Un rythme rapide, presque nerveux, qui se tient jusqu’à la fin. Aucun temps mort. On est vite pris au piège. Une plume parfaitement maîtrisée, un auteur qui connaît son sujet sur le bout des doigts. Une tension, une fébrilité palpables d’un bout à l’autre, qui jamais ne retombe. J’ai même été en colère contre Olivier Norek, comprendront pourquoi ceux qui ont déjà lu le livre; les autres le découvriront comme moi. J’ai pesté, je vous ai maudit Monsieur Norek, je me suis demandé « mais pourquoi? » « mais non!!! » « mais mais…. »

Bref , une lecture addictive, un livre qui se dévore.

Un gros point noir cependant: j’ai cru comprendre qu’Olivier Norek se dirigerait vers autre chose pour son prochain roman et que donc nous n’aurons plus le plaisir de retrouver Coste et son équipe. C’est peut être d’ailleurs ce qui a motivé en partie l’épilogue de ce roman-ci, sombre et difficile.

Un gros coup de cœur. Un incontournable pour les amateurs de polars.


Le mardi sur son 31 #37

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« Le gamin ne bougeait pas. Il continuait à fixer le train électrique, comme dans l’attente que celui-ci se remette à tourner de lui-même. Rien n’indiquait qu’il avait entendu un seul mot de ce que nous disions. On ne distinguait aucune réaction chez lui. »

L’enfant qui criait au loup, Gunnar STAALESEN, Folio Policier, p.31