Archives de Tag: Polar

2017/68: Sans pitié ni remords, Nicolas LEBEL

9 novembre 2014. Le capitaine Mehrlicht assiste aux obsèques de son ami Jacques Morel. Quelques heures plus tard, un notaire parisien lui remet une enveloppe contenant un diamant brut: l’œil d’une statue dérobée au musée des Arts d’Afrique et d’Océanie dix ans plus tôt. De leur côté, les lieutenants Latour et Dossantos sont appelés pour constater un suicide, puis assistent à la défenestration d’une femme qui avait réclamé la protection de la police. Les deux victimes avaient un point commun: elles travaillaient ensemble au musée. La chasse au trésor organisée par Jacques vire alors au cauchemar. Que cherchent ces anciens légionnaires, qui apportant la guerre à Paris dans un jeu de piste sanglant jalonné de cadavres? Mehrlicht et son équipe ont quarante-huit heures pour boucler cette enquête sous haute tension, dans laquelle bouillonnent la fureur et les échos des conflits qui bouleversent le monde en ce début de XXIè siècle.

 

Tu aimes les polars mais tu ne connais pas encore Nicolas Lebel? Rattrape vite cette lacune!

Tu as versé une larme à la fin du tome précédent? Tu t’es dit que Jacques allait te manquer?

Eh bien sois rassuré: Jacques, bien qu’enterré, est au centre de ce jeu de piste. D’un côté un nombre improbable de suicidés qui ont tous ce point commun: ils faisaient partie du personnel de ce musée où a été dérobée une précieuse statue. D’un autre, arrivent à Paris des mercenaires avides de sang, prêts à tout, sans aucune limite. Et puis il y a ce testament laissé par Jacques à Daniel, bien mystérieux.

Voilà l’énigme au cœur de laquelle se retrouvent pris Mehrlicht et son équipe.

Un polar que j’ai lu d’une traite. Un grand plaisir de retrouver ces personnages, surtout les truculents Jacques et Mehrlicht. D’autant que Jacques a construit son énigme autour de Baudelaire, qui est pour moi une  référence. Un plaisir aussi de retrouver cet humour cynique qui m’a fait dévorer les premiers volumes. Le suspens est au rendez-vous, le récit est prenant, le rythme soutenu.

Bref, un très bon moment de lecture. Je vais vite commander le quatrième volet des aventures de cette fine équipe, De cauchemar et de feu.

 

Publicités

2017/67: L’effet papillon, Jussi ADLER OLSEN

Si William Stark n’avait pas été intrigué par un SMS envoyé du Cameroun, René Eriksen, son Boss au Bureau d’aide au développement, n’aurait pas été obligé de se débarrasser de lui. Si Marco, un jeune voleur gitan, n’avait pas trouvé refuge là où le cadavre putréfié de Stark végète depuis trois ans, son oncle, chef d’un réseau mafieux, n’aurait pas lancé ses hommes à ses trousses à travers Copenhague pour l’empêcher de révéler à la police l’existence de ce corps qu’il a enterré de ses propres mains… Pour stopper cet engrenage de violence, l’inspecteur Carl Morck et l’équipe du Département V doivent retrouver Marco. Et remonter la piste d’une affaire dont les ramifications politiques et financières pourraient bien faire vaciller l’intégrité politique du Danemark.

C’est un plaisir à chaque fois renouvelé que de retrouver la fine équipe du Département V. Cette fois-ci encore, voici un bon polar, même s’il a quelques longueurs. Nous suivons parallèlement deux affaires, qui bien sur finiront par se rejoindre. Il y a du suspens, des rebondissements, du mouvement… On n’a pas le temps de s’ennuyer…

Même si nous en apprenons un petit peu plus sur Assad, notre trio est relégué au second plan dans la construction de cette intrigue. Ce ne sont pas eux qui nous tiennent en haleine. Un nouveau venu: Gordon, pénible. Très pénible. Franchement, à part rajouter quelques paragraphes, je n’ai pas vu l’intérêt de ce nouveau personnage. Il plombe l’équilibre de notre trio d’enquêteurs, sans contrepartie.

Un polar plein d’humour, comme les précédents, qui allie politique, corruption, manipulations, pouvoir. A nouveau un plaisir de suivre les pérégrinations de Carl, Assad et Rose. Hâte de lire l’opus suivant, Selfies.


2017/61: Grossir le ciel, Franck BOUYSSE

Les Doges, un lieu-dit au fin fond des Cévennes. C’est là qu’habite Gus, un paysan entre deux âges solitaire et taiseux. Ses journées: les champs, les vaches, les bois, les réparations. Des travaux ardus, rythmés par les conditions météorologiques. La compagnie de son chien, Mars, comme seul réconfort. C’est aussi le quotidien d’Abel, voisin dont la ferme est éloignée de quelques centaines de mètres, devenu ami un peu par défaut, pour les bras et les verres. Un jour, alors que l’abbé Pierre disparaît, tout bascule: Abel change, des évènements inhabituels se produisent, des visites inopportunes se répètent. Un suspens rural surprenant, riche et rare.

Voici un roman court (235 pages aux éditions Le livre de poche) très bien écrit, ramené du Salon du Livre de Paris. Une sorte de huis-clos sans vraiment en être un. Je m’explique: il y a l’ambiance de huis-clos, mais ici les barrières ne sont pas physiques. Point de murs mais leur vie.

L’isolement, une vie de peine et de labeur, un passé difficile, un avenir qui ne s’inscrit pas vraiment, un climat rude. Gus et Abel ont sympathisé, un peu par défaut en effet. Entre voisins, on se donne un coup de main, on trinque. On échange trois mots, entre taiseux… On finit par se lier. Deux hommes seuls, qui entretiennent tant bien que mal leurs fermes, et vivotent au fin fond de cette campagne. Des hommes attachants et attachés à leur terre et à leurs traditions. Une vie simple et rustique, austère, solitaire. Mais voilà, vont arriver dans la région des évangélistes qui font du porte à porte pour dispenser la bonne parole, et Abel va avoir soudain un comportement pour le moins surprenant.

Une écriture fine et directe qui se boit comme du petit lait… Un roman lu dans la soirée. En bref, une très agréable découverte.

 


2017/57: Quand sort la recluse, Fred VARGAS

-Trois morts, c’est exact, dit Danglard. Mais cela regarde les médecins, les épidémiologistes, les zoologues. Nous, en aucun cas. Ce n’est pas de notre compétence.

– Ce qu’il serait bon de vérifier, dit Adamsberg. J’ai donc rendez-vous demain au Muséum d’Histoire naturelle.

Je ne veux pas y croire, je ne veux pas y croire. Revenez-nous, commissaire. Bon sang mais dans quelles brumes avez-vous perdu la vue?

– Je vois très bien dans les brumes, dit Adamsberg un peu sèchement, en posant ses deux mains à plat sur la table. Je vais donc être net. Je crois que ces trois hommes ont été assassinés.

– Assassinés, répéta le commandant Danglard. Par l’araignée recluse?

Ah…. Fred Vargas….

Encore une fois, je suis sous le charme, autant de sa plume que de ses personnages. J’adore!

Nous revoici partis au gré des élucubrations de ce cher commissaire Adamsberg. Une fois encore, nous le suivrons au gré de ses tours et détours pour se perdre dans ses conjectures, au fil des idées qu’il suivra pour démêler la pelote inextricable qu’est cette enquête. Vu que bien sûr, à la base, il n’y a pas d’enquête…

Comme toujours, un scénario invraisemblable qui fonctionne pourtant à merveille. Et comme toujours, c’est un régal.

Une différence cependant avec les précédents volumes: cette fois il y aura de la rébellion dans l’air.

Bref, les romans de Fred Vargas, je les attends comme une friandise. Et je suis gourmande…


2017/26: L’hiver des enfants volés, Maurice GOUIRAN

Lorsqu’un soir d’hiver 2013, Samia frappe à la porte de la Varune, Clovis se doute très vite qu’elle a besoin de son aide… Samia, Clovis l’a rencontrée en 82, alors qu’il était encore correspondant de guerre. Avec son ami François, ils avaient sorti la jeune Palestinienne des massacres de Sabra et Chatila… Depuis, elle lui a préféré François, mais Clovis n’avait jamais rien pu lui refuser. Et justement, François a disparu. Il a quitté sa paisible retraite du marais poitevin pour Barcelone afin d’enquêter sur deux accidents étranges… Depuis, plus de nouvelles! Parti immédiatement à sa recherche, Clovis va, au cours de ses investigations, voir brutalement réapparaître le spectre des enfants volés aux familles républicaines par les franquistes. Un scandale et une véritable affaire d’Etat ayant perduré jusqu’au milieu des années quatre-vingt. Mais que vient faire François dans cette histoire? Lui qui semble avoir beaucoup dérangé lors de son enquête… Et qui de fil en aiguille, va faire ressurgir de son propre passé un autre drame effroyable…

Le 4ème de couverture décrit très bien l’intrigue.

Les références historiques sont très nombreuses. En effet, l’Histoire est prépondérante dans ce roman, et les évènements utilisés ici comme trame de fond sont très violents, cruels, perturbants. En effet, sont évoqués ici les massacres de Sabra et Chatila, en septembre 1982 (Beyrouth ouest, Liban), la mise en place et l’utilisation des Lebensborn (notamment ceux de Lamorlaye et de Wégimont) et les enfants volés en Espagne par les franquistes. Un contexte très lourd, donc. Des sujets tabous.

J’ai trouvé plutôt lourdes les considérations touristiques et les longues descriptions de Madrid et Barcelone. Je ne renie pas que ces villes soient belles et agréables, et qu’il faille visiter ci ou ça (en même temps, je n’y suis jamais allée), mais ce livre n’ayant pas but à être un guide touristique, ces précisions sont trop nombreuses et pèsent sur le récit. Tout comme son attachement à Marseille… On a bien saisi les origines de Monsieur Gouiran…

En dehors de cela, l’histoire est intéressante et s’attache donc à des pans de l’Histoire plutôt gênants pour les Etats concernés. Un roman noir, sombre, plus polar que thriller, plutôt correctement mené.

Je reste malgré tout sur une impression mitigée.


2017/03: La chute du cafard, Denis ZOTT

141236

Le Mendiant l’avait prévenu à son arrivée dans le Berry où il venait d’être muté. « Fais gaffe à ne pas rester trop longtemps, mon pote! Et fais gaffe aussi aux jeunes! Ici ils s’emmerdent. Mortellement… » Lorsque, en pleine période électorale, « Celui qui regarde à travers les murs » vole une photo dans une banque d’images ultrasécurisée et l’expédie par mail aux élèves du collège Colbert à Châteauroux avec le message « Vous la reconnaissez? », c’est une bombe qui tombe sur la ville. En découvrant la photo, Anita, « le cafard », veut disparaître de la surface de la Terre, mais non sans faire payer les responsables de son humiliation. Elle les entrainera tous dans sa chute. L’effet domino sera dévastateur. Et gare aux dommages collatéraux. Le commandant Yann Lespoir, qui mène l’enquête, ne sera pas épargné. Le Mendiant l’avait prévenu.

Tout d’abord, je remercie chaleureusement l’auteur, Denis ZOTT, de m’avoir offert son ouvrage. J’avoue que si vous ne m’aviez pas contactée, Denis, je serais peut être passée à côté, et vraiment ça aurait été dommage.

Le style m’a accrochée dès les premières lignes. Ensuite, impossible de lâcher ce livre avant d’en connaître la conclusion. Vraiment, j’ai su dès la première page que j’aimerai ce livre. Et puis, comment ne pas aimer un roman qui s’ouvre avec du Thiéfaine, qui restera présent tout du long. J’ai redécouvert mes CD d’il y a 20 ans…

Le roman débute sur le suicide d’Anita. La jeune fille se jette du troisième étage, du balcon du studio du gendarme Stéphane Lanson. Des photos pornos de la jeune fille circulent qui ont été prises dans le lit de Stéphane, qui pourtant ne la connaît pas. Et c’est le commandant Yann Lespoir qui va devoir se coller à cette enquête, ennemi juré de Lanson, sous les ordres de Jézabel Declercq,  commissaire aux crocs acérés.

Un rythme  très rapide, du suspens, des rebondissements… Tout est là. Par contre, il y a une multitude de personnages mais on s’y fait très bien, et les principaux protagonistes sont très bien brossés. C’est aussi ce qui donne ce rythme exalté, violent au récit: d’un chapitre à l’autre, on saute d’un personnage à un autre. Stéphane Lanson, son frère, Yann Lespoir, sa femme, le député, ses filles, sa femme, Gari, sa tante, Jézabel. Principalement. Et les autres… Surtout, une compétition effrénée et malsaine entre Stéphane et Yann qui les perdra tous les deux, de façon différente. Et pas qu’eux, d’ailleurs. Parce qu’il y en a du malheur dans ces pages.

Un roman sombre, donc, très efficace. Un scenario complexe et très bien ficelé. Des indices savamment disséminés.

Un très bon premier roman. Mon premier coup de cœur de 2017.


2017/01: La 25e heure, Feldrik RIVAT

img_0889

Décembre 1888. Alors que le bon peuple de Paris s’interroge sur cette tour que l’impérieux Gustave Eiffel fait édifier à grand frais, d’étranges rumeurs circulent dans les faubourgs de la capitale: les morts parlent! Interpellé par la presse à ce sujet, le préfet de police M. Henri LOZE tourne en ridicule « les plaisanteries de quelques coquins ». Ainsi parle-t-il devant le beau monde, sous les feux électriques du parvis de l’Opéra Garnier. Mais, depuis l’ombre de ses cabinets, l’homme lance sur cette affaire les plus fins limiers de la République. Pendant ce temps, l’Académie des sciences en appelle à ses éminents savants pour que la pensée rationnelle, une fois pour toutes, triomphe des ténèbres de l’obscurantisme. Entre science, ésotérisme et enquête policière, cette aventure revisite l’histoire des inventions de la fin du XIXè siècle en leur prêtant de bien sombres desseins…

Vu que je n’ai plus d’ordi à la maison (RIP mon vieux PC), les chroniques des lectures qui étaient à l’origine prévues pendant les fêtes feront donc l’objet  des premières chroniques 2017. Je vais donc commencer par Feldrik RIVAT.

Voici La 25ème Heure. Le premier volume d’un diptyque à première vue passionnant (du moins si le deuxième volume est aussi prenant que le premier). A Paris en cette année 1888, il se passe des choses étranges. Des corps disparaissent de leur tombe. L’enquête va être confiée à l’inspecteur Eudes Anatole-Faust Lacassagne, le Khan, un enquêteur aux méthodes bien personnelles souffrant des maux étranges (un gros clin d’œil à Sherlock Holmes que ce Lacassagne) et à son nouvel équipier, fraîchement embauché et candide, Louis Bertillon. Je ne peux pas en expliquer plus sans dévoiler les grandes lignes de ce roman, je vais donc m’abstenir. Mais je vais quand même te donner mon ressenti.

L’auteur prend le temps pour poser son action et ses personnages. Un démarrage peut être un peu long, mais des protagonistes bien brossés et une bonne vision du monde policier et médico-légal de l’époque, des balbutiements de la médecine médico-légale.

Beaucoup de descriptions, qui auraient pu alourdir le texte mais que j’ai vraiment appréciées puisqu’elles m’ont permis de me projeter dans ce Paris d’autrefois, son quotidien, ses petits boulots oubliés, sa folie des grandeurs. Qui m’ont permis aussi et surtout de le découvrir ce Paris de la fin du XIXème siècle, déjà esquissé dans Léviatemps de Maxime Chattam, de redécouvrir les grandes nouveautés techniques et scientifiques de cette fin de siècle, de croiser de grands personnages (et de grandes théories ou mouvements intellectuels de l’époque) comme par exemple Allan Kardec ou encore Georges Méliès, Alphonse Bertillon, le Professeur Charcot, entre autres…

Beaucoup de rebondissements, qui donnent un bon rythme à ce récit. On n’a pas le temps de s’ennuyer. Jusqu’à la dernière page, il se passe des choses.

Par contre, si tu souhaites te lancer dans cette lecture, je te conseille d’acheter les deux volumes en même temps. Ils sont indissociables. (Tome 2: Le Chrysanthème noir). En effet, ce premier volume se termine « en cul de sac », sur un dernier rebondissement et laisse en suspens beaucoup de questions. Quasiment rien n’a été résolu à la fin de La 25è heure, bien au contraire: le mystère s’épaissit. Les réponses à toutes ces questions et à l’action développée ici se trouvent dans le deuxième tome. Heureusement que le Père Noël m’a amené Le Chrysanthème…

Une belle découverte.