2018/54: Dans un battement d’ailes, Amélia VARIN

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« Le vent souffle, emportant les feuilles mortes. Posé sur le rebord de la fenêtre, l’oiseau prend son envol. J’aimerais tellement le suivre. Planer vers la liberté. »

Même lorsqu’on souffre, qu’on pense qu’il n’existe qu’une seule échappatoire, une petite lueur apparaît. Inattendue. Et doucement, le sourire revient. Tellement beau, tellement vrai. Et c’est en déployant ses ailes, que l’on s’envole vers de nouveaux horizons…

Je te parlais déjà il y a peu d’Amélia Varin à travers un recueil de nouvelles, Douloureuse souffrance. Ici, elle reprend le même thème si difficile du harcèlement scolaire, sous un angle un peu différent. Et cette fois-ci, le texte est une plus longue nouvelle.

Le style a évolué. Amélia Varin a mûri. Son écriture s’est développée, elle est plus fine et plus assurée. Ayant elle-même été victime de harcèlement durant ses années de lycée, elle partage là des émotions tangibles. Elle sait de quoi elle parle. Elle ne traite pas son sujet à la légère. C’est posé, réfléchi.

Contrairement au recueil précédent, ici, bien qu’on assiste à l’inexorable descente aux enfers d’Eléa, l’épilogue laisse une belle place au pardon, à l’empathie et surtout à l’espoir.

Et la fin est superbe. Tout au long du récit, on vit ses souffrances, ses angoisses, sa peur constante. On assiste à son décrochage. On aimerait la serrer dans nos bras et la rassurer.

Je vais faire ma « vieille », mais de mon temps (non non je n’ai pas soixante dix ans non plus hein!), on ne connaissait pas ça, le harcèlement scolaire. On parlait plutôt de chahut. Faut bien que jeunesse se passe… Nous sommes nombreux à avoir connu des épisodes de harcèlement.. Dans mon cas, des kilos en trop, une bonne myopie et une timidité maladive: mauvaises vannes, mauvais jeux de mots, brimades et moqueries diverses, les piques qui blessent, une bousculade… Une gifle, une fois. Honte, persécutions insidieuses, petites humiliations, …

Cette histoire-là sent le vécu bien sur. Je la vois, la jeune Elaé, trainer des pieds pour aller au bahut, longer les murs, tenter de se fondre dans le décor et de passer inaperçue, en vain. Sa douleur et son désespoir sont palpables. Un mot mal perçu, et tout bascule. Pourtant Elaé a de la chance dans son malheur: une main va se tendre, qui va littéralement lui sauver la vie. Beaucoup de victimes n’ont pas cette chance. Beaucoup ne parviennent plus à entrevoir d’espoir. La victime, comme Elaé, se renferme: elle est incapable de parler de ce qui lui arrive, de partager ses peurs, sa douleur, ses angoisses.

Le stress est ici d’autant plus intense que le récit est présenté comme un compte à rebours. Le livre débute à J-5… J-5, c’est un délai tellement court et à la fois si long. Mais un délai vers quoi?

Amelia Varin met en avant ici un point important de l’engrenage du harcèlement: les autres. Parce qu’il y a l’agresseur, mais il y a aussi Les Autres. Cette masse d’élèves qui sont là, qui encouragent le harceleur, qui rigolent des malheurs de la jeune fille. Il y a ceux qui ne sont pas vraiment d’accord mais qui ne disent rien, n’interviennent pas, on sait jamais… il y a ceux qui juste s’en foutent comme de l’an 40. Tous ces protagonistes qui tournent autour du drame sans y prendre part, mais qui en portent aussi la responsabilité. Alors qu’une réaction d’un seul d’entre eux pourrait faire une telle différence…

Une jeune auteure à suivre. Merci Amélia.

 

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