Archives de Tag: Yasmina Khadra

8ème salon St Maur en Poche

J’ai un homme formidable qui m’a emmenée samedi au salon St Maur en poche, dont c’était la 8ème édition ce week-end. Donc après avoir glané au Havre le week-end précédent des dédicaces de Sire Cédric, David Coulon, Johan Theorin, Ian Manook et Maurice Gouiran, j’ai eu la chance samedi de rencontrer (et papoter) des gens adorables, super accueillants tels que: Olivier Norek, Nicolas Lebel, Claire Favan, Ingrid Desjours, Nadine Monfils (lumineuse et rayonnante), Yasmina Khadra (quelle émotion, j’ai tellement d’admiration pour cet écrivain), David Foenkinos, etc….

J’en suis repartie presque euphorique, si ce n’est la fatigue qui m’a vaincue et empêchée de sauter partout… Oui, une vraie gamine! Heu-reu-se je suis!!!

 


2016/34: Qu’attendent les singes, Yasmina KHADRA

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Le corps d’une étudiante est découvert dans les bois de Baïnem, près d’Alger. Chargée de l’enquête, la commissaire Nora Bilal est loin de se douter que son pronostic vital est engagé. Dans un pays où les intrigues et les fausses pistes dépassent l’entendement, où l’exercice du pouvoir et la corruption s’érigent en sacerdoces, quel sort réserve-t-on à ceux qui osent croire que la loi est au-dessus de tous, surtout lorsque la loyauté est incarnée par une femme? Loin de se limiter au thriller politique, Qu’attendent les singes est une formidable radioscopie d’une Algérie qui, après avoir été laminée par le terrorisme islamiste, se retrouve livrée sans emballage aux ogres de l’infamie.

Un bon roman, dévoré en trois jours à peine. Très différent de mes lectures précédentes de l’auteur.

Ce roman-ci se présente comme un polar. Le corps d’une jeune fille est retrouvé dans une bois. Nora Bilal et son équipe sont en charge de l’enquête. Ils vont devoir démêler l’écheveau des fausses pistes sur lesquelles on les conduit insidieusement.

Un roman plutôt cash, qui met le doigt sur l’étendue de la corruption politique. Pas que politique d’ailleurs, puisque ses ramifications s’étendent très largement. Et les nababs ont la main sur tout et sur tous, ont tout pouvoir pour faire exécuter leurs volontés sans jamais être inquiétés. C’est un portrait cru d’une Algérie qui s’est perdue et qui va s’échouer.

Voici un récit qui m’a pris au corps. J’ai d’emblée eu beaucoup de sympathie pour les personnages de Nora, de Zine et de Sid. Ils sont si… Ils ont tout perdu, ils ont subis beaucoup, mais ils continuent de croire, ils s’accrochent et ne lâchent rien. C’est un récit terriblement prenant, très noir dans son genre, difficile. J’ai pourtant lu tellement pire que cela parmi ma collection de thriller, mais celui-ci m’a remué les tripes. Peut être à cause du réalisme des personnages, du drame des situations dans lesquelles ils se retrouvent, ou à cause des salauds… Il y a tellement d’humanité et d’empathie dans toute cette saloperie. Des gens justes et bons, malgré la fange dans laquelle on s’évertue à les baigner. Peut être direz-vous que j’exagère, mais c’est mon ressenti.

Un roman fort.

 


L’attentat, Yasmina KHADRA

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Dans un restaurant de Tel-Aviv, une jeune femme se fait exploser au milieu des clients. A l’hôpital, le docteur Amine opère les survivants de l’attentat. Dans la nuit qui suit le carnage, on le rappelle d’urgence pour examiner le corps déchiqueté de la kamikaze. Le sol se dérobe alors sous ses pieds: il s’agit de sa propre femme. Comment admettre l’impossible, comprendre l’inimaginable, découvrir qu’on a partagé l’intimité d’une personne dont on ignorait l’essentiel? Pour savoir, il faut entrer dans le combat désespéré du peuple palestinien…

Amine, arabe naturalisé israélien, est un chirurgien à la réputation sans faille, promis à une belle carrière. Il est parfaitement intégré, et refuse de prendre parti dans le conflit israelo-palestinien. Jusqu’au jour où sa femme commet l’impensable. Elle serait responsable de l’attentat dont il a opéré les victimes toute la nuit. Alors, toute la brillante vie d’Amine s’écroule. Dès lors, il n’aura de cesse de tout faire pour comprendre. Comment la douce, discrète, délicate Sihem a-t-elle réussi à lui cacher ses projets? Comment a-t-il pu ne rien voir? Comment est-elle devenue cette froide terroriste intégriste capable de souffler la vie d’enfants innocents? Qu’est-ce qui a pu pousser Sihem à s’engager comme kamikaze?

Comme toujours chez Yasmina Khadra, le style est délicat et précis. Un mélange de désespoir, de haine, d’incompréhension, d’horreur, de douleur.

Un roman… touchant, émouvant, bouleversant, poignant, saisissant, troublant, …..


Les hirondelles de Kaboul, Yasmina KHADRA

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Dans les ruines brûlantes de la cité millénaire de Kaboul, la mort rôde, un turban noir autour du crâne. Ici, une lapidation de femme, là des exécutions publiques, les Taliban veillent. La joie et le rire sont suspects. Atiq, le courageux moudjahid reconverti en geôlier, traîne sa peine. Le goût de vivre a également abandonné Mohsen, qui rêvait de modernité. Son épouse Zunaira, avocate, plus belle que le ciel, est désormais condamné à l’obscurité à l’obscurité grillagée du tchadri. Alors Kaboul, que la folie guette, n’a plus d’autres histoires à offrir que des tragédies. Le printemps des hirondelles semble bien loin encore…

 

On suit ici le destin de plusieurs personnages, des hommes et des femmes, deux couples, tous en souffrance. Les habitants de Kaboul n’ont plus rien, ils ont tout perdu, la joie les a quitté. Il leur reste la misère, sous une chaleur de plomb. Ils ne peuvent pas être heureux, gais, c’est interdit. Il n’y a plus d’autre passe-temps que la persécution, le soin de survivre. Mais ils doivent prier. Les Taliban y veillent.

C’est un livre prenant, que je n’ai pas réussi à quitter avant la dernière page. Ce n’est pas un long roman, mais il est intense. L’histoire est dure, la descente en enfer des personnages masculins, qui entrainent dans leur sillage leur épouse. L’épilogue est tragique mais puissant.

A lire. Vraiment.

« Les terres afghanes ne sont que champs de bataille, arènes et cimetières. Les prières s’émiettent dans la furie des mitrailles, les loups hurlent chaque soir à la mort, et le vent, lorsqu’il se lève, livre la complainte des mendiants au croassement des corbeaux.

Tout paraît embrasé, fossilisé, foudroyé par un sortilèe innomable. Le racloir de l’érosion gratte, désincruste, débourre, pave le sol nécrotique, érigeant en toute impunité les stèles de sa force tranquile. Puis, sans préavis, au pied des montagnes rageusement épilées par le souffle des fournaises, surgit Kaboul… ou bien ce qu’il en reste: une ville en état de décomposition avancée.

[…] Par endroits, le bourdonnement des mouches et la puantueur des bêtes crevées ajoutent à la désolation quelque chose d’irréversible. On dirait que le monde est en train de pourrir, que sa gangraine a choisi de se développer à partir d’ici, dans le Pashtoun, tandis que la désertification poursuit  ses implacables reptations à travers la conscience des hommes, et leurs mentalités.

Personne ne croit au miracle des pluies,aux féeries du printemps, encore moins aux aurores d’un lendemain clément. Les hommes sont devenus fous; ils ont tourné le dos au jour pour faire face à la nuit. Les saints patrons ont été destitués. Les prophètes sont morts et leurs fantômes crucifiés sur le front des enfants…

Et pourtant, c’est ici aussi, dans le mutisme des rocailles et le silence des tombes, parmi la sécheresse des sols et l’aridité des coeurs, qu’est née notre histoire comme éclôt le nénuphar sur les eaux croupissantes du marais. »


Ce que le jour doit à la nuit, Yasmina KHADRA

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Algérie, années 30. Les champs de blés frissonnent. Dans trois jours, les moissons, le salut. Mais une triste nuit vient consumer l’espoir. Le Feu. Les cendres. Pour la première fois, le jeune Younes voit pleurer son père. Confié à un oncle pharmacien, dans un village de l’Oranais, le jeune garçon s’intègre à la communauté pied-noire. Noue des amitiés indissolubles. Et le bonheur s’appelle Emilie, une « princesse » que les jeunes gens se disputent. Alors que l’Algérie coloniale vit ses dernièrs feux, dans un déchainement de violences et de trahisons, les ententes se disloquent. Femme ou pays, l’homme ne peut jamais oublier un amour d’enfance…

Dans les années 30, le père de Younes perd ses terres et part avec sa famille s’installer dans les bas-fonds d’Oran. Ne parvenant pas à se sortir de la misère, son père confie Younes à son frère, pharmacien, et sa femme, qui l’élèveront comme leur fils et lui donneront une éducation. Suite à son arrestation, soupçonné d’appartenir au mouvement nationaliste, l’oncle décidera de s’installer dans un village doré de la banlieue d’Oran, Rio Salado, où Younes grandira et qu’il ne quittera plus. C’est là qu’il rencontera ses plus grands bonheurs mais aussi ses malheurs les plus profonds (après avoir perdu ses parents et sa soeur). Les grands évènements l’effleureront sans réellement le toucher, de l’occupation des troupes américaines pendant la seconde guerre mondiale à la guerre d’indépendance.

Un très joli roman, agréable et fluide à lire, dans lequel on suit l’évolution d’un héros triste et mélancolique. C’est le premier roman que je lis de l’auteur, mais je pense que ses titres précédents vont rapidement aller rejoindre ma PAL.

 

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