Archives de Tag: témoignage

2017/51: Des étoiles dans le caniveau, Anna CIRCE

« Il me trouva, s’empara de moi, régna sur mon âme puis disparu définitivement. J’ai disparu avec lui, et je ne suis jamais parvenue à me retrouver… »

Une écriture franche et sans fioritures, mais aussi parfois empreinte de tendresse.

Un sujet bouleversant, d’autant que ce roman est grandement autobiographique. Un roman douloureux donc, cruel, déchirant, pesant. Car bien sur, quand on est victime d’un viol, le traumatisme ne disparaît pas comme ça… Un roman perturbant, difficile à encaisser, comme un coup de poing. Beaucoup d’émotion donc à cette lecture délicate.

Un témoignage à lire aussi parce que la violence ne vient pas toujours d’où on l’attendrait.

Bravo Anna pour votre courage, et cette force que vous mettez dans votre combat. Respect.

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2017/30: Une colère noire, Ta-Nehisi COATES

« Voilà ce qu’il faut que tu saches: en Amérique, la destruction du corps noir est une tradition, un héritage. Je ne voudrais pas que tu te couches dans un rêve. Je voudrais que tu sois un citoyen de ce monde beau et terrible à la fois, un citoyen conscient. J’ai décidé de ne rien te cacher. » Dans cette lettre adressée à son fils de 15 ans, Ta-Nehisi Coates revient sur la condition de l’homme noir aux Etats-Unis. Une ode à l’humanité, un cri de colère contre le mal qui gangrène la société américaine depuis des siècles.

Ce livre est un cri du cœur, un témoignage de la condition des Noirs américains. L’auteur y évoque un certain nombre d’agressions et de crimes, dont certains dont il a été témoin ou victime. Il y démontre que la ségrégation n’est pas une notion disparue, loin de là, et que le racisme fait rage. Parce qu’il est facile de tuer des Noirs quand on est Blanc. Le rapport de domination entre Blancs et Noirs est probant et omniprésent, les rapports de violence sont ubiquitaires. Tu me diras, ce n’est pas un scoop… Non en effet, il s’agit plutôt d’un constat. D’un état des lieux en quelque sorte.

A lire.

 


2016/66: Qu’importe le chemin, Martine MAGNIN

aa« Je l’ai fabriqué un jour de joie parfaite, il y a vingt-huit ans. Il pesait 3,250 kilos, il était tout doux et tout joli dans ses brassières en liberty. Aujourd’hui, les cellules de dégrisement ou d’isolement et les bureaux des commissariats  de plusieurs arrondissements nous sont devenus familiers, nous avons arpenté hébétés et vaincus quatre des plus grands hôpitaux de la capitale, un centre psychiatrique de banlieue, plus quelques cliniques privées. Nous avons également épuisé cinq médecins et usé trois psys pourtant résistants. Heureusement, une petite graine, puis une autre petite graine… Qu’importe le chemin, on récolte toujours ce que l’on s’aime! »

Le petit mot de l’éditeur: Ecrit avec émotion et humour, Qu’importe le chemin est le récit du long parcours d’une mère attentive, imparfaite et désemparée, et de son fils en dérive. C’est aussi l’histoire d’un amour improbable et bancal et l’espoir d’une récolte qui s’annonce généreuse.

Un grand merci à Martine Magnin et aux éditions L’Astre Bleu pour l’envoi de ce livre.

Tout commence au retour d’un voyage avec son père. Alex, 8 ans, convulse. Le diagnostique ne tarde pas à tomber: épilepsie. Les crises et les traitements vont s’enchainer pendant des années. Jusqu’à la rupture. Alex est devenu un jeune homme qui ne supporte plus sa vie. Dorénavant, c’est lui qui décidera. C’est le début de sa marginalisation.

Martine Magnin, sa mère, devra gérer comme elle le peut la descente aux enfers et le renoncement d’Alex, l’éducation de sa fille Lola, le travail, le quotidien… Un témoignage poignant, un débordement d’émotions mais toujours avec une pointe d’humour. De la poésie, du courage, des amitiés indéfectibles, de l’amour à foison, des larmes. Beaucoup.

Un style élégant, une plume fine et sensible, la justesse du ton et des mots. J’aime son écriture. J’ai partagé quelques heures durant son désarroi, sa douleur. Avec elle, je me suis noyée et j’ai cherché une goulée d’air salvatrice. Le témoignage déchirant, émouvant d’une maman perdue mais battante.

Et comme elle dit:

« Une petite graine, puis une autre petite graine… si la terre est bonne et si on l’arrose!

On récolte toujours ce que l’on S’AIME. »

 


2016/29: Et tu n’es pas revenu, Marceline LORIDAN-IVENS

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« J’ai vécu puisque tu voulais que je vive. Mais vécu comme je l’ai appris là-bas, en prenant les jours les uns après les autres. Il y en eut de beaux tout de même. T’écrire m’a fait du bien. En te parlant, je ne me console pas. Je détends juste ce qui m’enserre le cœur. Je voudrais fuir l’histoire du monde, du siècle, revenir à la mienne, celle de Shloïme et sa chère petite fille. »

Tout est dit. Parfaitement dit. Il n’y a rien à ajouter.

Marceline et son père ont été déportés. Elle est revenue. Pas lui.

Toute sa vie, elle survivra. Elle lui survivra.

D’autres de sa famille ont aussi beaucoup souffert, différemment d’elle. Mais qui n’ont pas eu ce lien-là avec le père. Ce lien qu’elle ne pourra jamais couper. Elle lui écrit, donc. Son retour, sa douleur, sa survie, son manque.

Un récit bouleversant, tragique bien sur mais magnifique.

Un grand merci à Clémentine Ysatis qui a eu la gentillesse de m’offrir cet ouvrage.


Condamné à me tuer, Jonathan DESTIN

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Jonathan est encore en primaire lorsque les brimades, les insultes, le racket, les coups commencent. On se moque de son physique, de son nom de famille, on le menace, on lui dit qu’on va tuer ses parents. La peur et la honte l’empêchent de parler. Les adultes restent dans l’ignorance ou y voient un simple jeu. Jonathan est seul face à ses bourreaux.

Le calvaire qu’il a enduré jusqu’à s’immoler par le feu car la mort lui semblait être la seule solution, d’autres le vivent tous les jours. En France, 14% des enfants ne se sentent pas en sécurité au collège, et 10% d’entre eux connaissent le harcèlement.

Brûlé à 72%, Jonathan a passé trois mois dans un coma artificiel, a subi 17 opérations et souffre de douleurs incessantes. Aujourd’hui, il partage son histoire afin que les victimes osent enfin parler. Et que les adultes ouvrent les yeux. Un témoignage bouleversant pour briser le silence?

Non, je ne me lance pas dans une série. Ce livre-ci est le témoignage de Jonathan, qui, suite à des années de harcèlement scolaire, a fini par s’immoler, et de son entourage. Jonathan s’en est sorti, au prix de douleurs innommables. Contrairement à Nora Fraisse qui cherche les causes du geste de sa fille, ici le récit s’attache plus aux conséquences de cette tentative de suicide. A tout ce que Jonathan a vécu et subi ensuite, bien que les causes soient bien sur mentionnées. Le harcèlement scolaire est bien sur au centre de ce récit aussi.

Voilà. Deux témoignages bouleversants qui prennent aux tripes.

Tous solidaires pour Jonathan

Association Marion La main tendue

Stop Harcèlement: 0 808 807 010

Jeunes Violence Ecoute: 0 808 807 700

Cyber-harcèlement: 0 800 200 000

Site Agir contre le harcèlement à l’école

Harcèlement scolaire: brisez le silence

Association Noelanie

Association ALCH

Loi sur le harcèlement scolaire


Marion 13 ans pour toujours, Nora FRAISSE

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« Marion, ma fille, le 13 février 2013, tu t’es suicidée à 13 ans, en te pendant à un foulard, dans ta chambre. Sous ton lit, en hauteur, on a trouvé ton téléphone portable, attaché au bout d’un fil, pendu lui aussi pour couper symboliquement la parole à ceux qui, au collège, te torturaient à coups d’insultes et de menaces.

J’écris ce livre pour te rendre hommage, pour dire ma nostalgie d’un futur que tu ne partageras pas avec moi, avec nous.

J’écris ce livre pour que chacun tire des leçons de ta mort. Pour que les parents évitent à leurs enfants de devenir des victimes, comme toi, ou des bourreaux, comme ceux qui t’ont fait perdre pied. Pour que les administrations scolaires s’évertuent à la vigilance, à l’écoute et à la bienveillance à l’égard des enfants en souffrance.

J’écris ce livre pour qu’on prenne au sérieux le phénomène du harcèlement scolaire.

J’écris ce livre pour que plus jamais un enfant n’ait envie de pendre son téléphone, ni de suspendre à jamais sa vie. »

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C’est sur ces mots que s’ouvre ce livre. Terrible. Terrifiant.

Dès les premières lignes, les larmes me sont montées aux yeux. Je regarde la photo de cette magnifique jeune fille et je pense à mon ado. Evidemment, je fais des parallèles. Ca m’a pris aux tripes.

J’ai lu ce livre d’une traite, impossible de le lâcher. Impossible non plus de ne pas ressasser ma vie, celle de mon ado. Ils sont si durs entre eux, les années de collège peuvent être tellement difficiles à passer.

Alors, le témoignage de Nora Fraisse me frappe de plein fouet. Il y a le fait, définitif. Sa fille n’a plus réussi à faire face à ses détracteurs et a mis fin à sa vie. Elle s’attache à trouver des réponses à ses questions. Pourquoi? A cause de qui? Elle veut trouver les coupables, savoir ce qui a fait basculer Marion. Elle met en évidence les grains de sable dans les rouages, les administrations qui nient les problèmes, qui n’assument rien, qui stigmatisent les victimes au lieu de prendre les choses en main et de les soutenir.

Parce que cela ne doit pas continuer.

Association Marion La main tendue

Stop Harcèlement: 0 808 807 010

Jeunes Violence Ecoute: 0 808 807 700

Cyber-harcèlement: 0 800 200 000

Site Agir contre le harcèlement à l’école

Harcèlement scolaire: brisez le silence

Association Noelanie

Association ALCH

Loi sur le harcèlement scolaire

Attention, ce clip comporte des scènes choquantes


Alors voilà les 1001 vies des Urgences, Baptiste BEAULIEU

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Alors voilà le récit au quotidien d’un apprenti médecin qui joue des claquettes entre les différents services des Urgences avec ses co-internes. Là, pendant sept jours, il décrit à une patiente ce qui se passe sous les blouses et dans les couloirs. Pour la garder en vie le temps que son fils, bloqué dans un aéroport, puisse la rejoindre.

Se nourrissant de situations bien réelles, vécues par lui ou par ses collègues, chirurgiens ou aides-soignats, Baptiste Beaulieu passe l’hôpital au scanner. Il peint avec légèreté et humour les chefs autoritaires, les infirmières au grand coeur, les internes gaffeurs, les consultations qui s’enchaînent, les incroyables rencontres avec les patients… Par ses histoires d’une sensibilité folle, à la fois touchantes et drôles, il restitue tout le petit théâtre de la comédie humaine. Un bloc d’humanité.

Je suis le blog de Baptiste Beaulieu, Alors voilà, depuis sa création (le blog). Les anecdotes qui y sont relatées m’ont fait sourire, rire ou bien pleurer, mais toutes sont authentiques et touchantes.

Le livre est à l’image du blog. Il en est le parfait aboutissement. Les histoires du blog sont reprises ici et intégrées à un fil rouge romancé: elles servent à capter l’attention et surtout la curiosité d’une patiente mourante en attendant l’arrivée de son fils unique. Elles sont parfois tristes, parfois tragiques, parfois pathétiques, parfois drôles et tendres mais toujours utiles, empreintes d’humanité et de sensibilité.

Ce livre redonne confiance envers le milieu médical et en l’Autre d’une manière plus générale. J’attends avec impatience le second volume. A consommer sans modération et à diffuser largement.