Archives de Tag: ségrégation

2017/30: Une colère noire, Ta-Nehisi COATES

« Voilà ce qu’il faut que tu saches: en Amérique, la destruction du corps noir est une tradition, un héritage. Je ne voudrais pas que tu te couches dans un rêve. Je voudrais que tu sois un citoyen de ce monde beau et terrible à la fois, un citoyen conscient. J’ai décidé de ne rien te cacher. » Dans cette lettre adressée à son fils de 15 ans, Ta-Nehisi Coates revient sur la condition de l’homme noir aux Etats-Unis. Une ode à l’humanité, un cri de colère contre le mal qui gangrène la société américaine depuis des siècles.

Ce livre est un cri du cœur, un témoignage de la condition des Noirs américains. L’auteur y évoque un certain nombre d’agressions et de crimes, dont certains dont il a été témoin ou victime. Il y démontre que la ségrégation n’est pas une notion disparue, loin de là, et que le racisme fait rage. Parce qu’il est facile de tuer des Noirs quand on est Blanc. Le rapport de domination entre Blancs et Noirs est probant et omniprésent, les rapports de violence sont ubiquitaires. Tu me diras, ce n’est pas un scoop… Non en effet, il s’agit plutôt d’un constat. D’un état des lieux en quelque sorte.

A lire.

 


2016/31: Dans la chaleur de l’été, Vanessa LAFAYE

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Depuis le départ de Henry en 1917 pour les tranchées françaises, Missy Douglas n’a jamais cessé de penser à lui. Dix-huit ans plus tard, après avoir survécu à l’enfer et erré en Europe, Henry est de retour à Heron Key. Mais si l’homme n’a plus rien du garçon désinvolte de l’époque, la ville, elle, n’a pas changé: les Noirs subissent une ségrégation d’une violence inouïe. Parqués dans un camp insalubre, Henry et ses camarades vétérans cristallisent les plus grandes craintes et les plus folles rumeurs. La tension monte encore d’un cran lors des célébrations du 4 juillet. Là, sur une plage où Noirs et Blancs sont dûment séparés, les festivités vont bientôt prendre une tournure tragique: la femme d’un notable blanc vient d’être victime d’une attaque sauvage. Un nom est sur toutes les lèvres: Henry. C’est alors qu’éclate le plus terrible des ouragans. Dans une ville en plein chaos, Missy va tout tenter pour retrouver l’homme qu’elle aime.

Tout d’abord, je remercie vivement Masse Critique et les Editions Belfond pour cette découverte.

Car voici un très bon premier roman.

1935, Floride. Henry est parqué depuis plusieurs mois avec nombre d’autres vétérans dans un camp insalubre pour travailler à la construction d’un pont dont tout le monde se moque. Des conditions impossibles (insalubrité, forte chaleur et forte humidité, tensions permanentes) pour gagner quelques sous afin de palier à la prime promise par l’Etat aux vétérans et jamais versée. Henry vient de retrouver sa sœur, Selma, et Missy, dont il s’occupait avant de partir à la guerre. Missy a grandit, elle travaille pour un couple de Blanc dont elle est la bonne et la nourrice. Mais Missy n’a pas oublié Henry. La ségrégation est à son apogée et le KKK sévit tout près. Pour le 4 juillet, les deux communautés, Blancs et Noirs, partageront une plage soigneusement délimitée. C’est lors de cette soirée que tout bascule. Une Blanche va être sauvagement agressée. Le coupable ne peut être qu’un des vétérans que l’on redoute tant, et très certainement Henry, que la femme a obligé à danser pendant la soirée pour se venger des écarts de son mari. Et c’est sur cette ambiance très lourde qu’éclate le plus violent ouragan que la région ait connu.

Le style est fluide, cela se lit très bien et très vite. Difficile à lâcher. Pour ma part, j’ai croché dès les premières lignes. On est tout de suite mis dans le bain. L’ambiance oppressante de l’époque est très bien retranscrite, et la ségrégation sévit avec force. L’atmosphère est pesante, suffocante. Le climat est étouffant, s’ajoutant à l’accablement général. Henry est bien sur le coupable tout désigné, vétéran et noir; il est le parfait responsable qui arrange tout le monde. Sauf que. Et là-dessus éclate ce terrible ouragan qui ne laissera pas Heron Key saint et sauf, tu t’en doutes bien… Chacun devra lutter pour sa survie.

C’est très bien raconté, c’est palpitant, j’ai été totalement convaincue par le récit. Récit qui, bien qu’étant un roman et donc une fiction, comporte un nombre certain d’évènements réels: les camps de vétérans, la construction du pont, les tensions et démêlées rencontrées avec l’Etat, les épisodes ségrégationnistes, l’ouragan. Tout cela est expliqué en toute fin de livre, avec quelques références littéraires supplémentaires pour approfondir les différents sujets.

Une très bonne découverte.


Sweet sixteen, Annelise HEURTIER

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Quand est-ce que tu avais prévu de nous en parler? As-tu pensé aux conséquences de ta décision? As-tu seulement compris qur tu vas tous nous mettre en danger?

Molly était d’abord restée sans voix, la bouche ouverte, hébétée.

– Un paquet de Noirs se sont fait lyncher, et pour moins que ça, ma petite fille! avait hurlé sa mère.

Rentrée 1957.

Le plus prestigieux lycée de l’Arkansas ouvre pour la première fois ses portes à des étudiants noirs. Ils sont neufs à tenter l’aventure. Ils sont deux mille cinq cents, prêts à tout pour les en empêcher.

En 1954, la Cour Suprême des Etats-Unis rend inconstitutionnelle la ségrégation raciale dans les écoles publiques. Ainsi le Lycée Central de Little Rock (Arkansas) ouvre ses portes pour la rentrée de 1957 à neuf étudiants noirs, six filles et trois garçons, qui ont dû étudier parmi 2500 Blancs très hostiles. Tout sera fait pour empêcher Minnijean Brown Trickey, Elizabeth Eckford, Gloria Ray Karlmark, Melba Pattillo Beals, Thelma Mothershed, Ernest Green, Jefferson Thomas, Terrence Roberts et Carlotta Walls Lanier d’intégrer le lycée. Le gouverneur va même envoyer la Garde Nationale pour leur interdire l’entrée dans l’établissement. Le Président Eisenhower devra intervenir.

Ce roman jeunesse se découpe entre la vision de Molly et celle de Grâce. Molly est l’une des 9 étudiants noirs (librement adaptée de la vie de Melba Pattillo), et va être harcelée et menacée. Grâce est une étudiante blanche scolarisée à Little Rock, plutôt populaire, qui va prendre du recul face aux évènements et ne va pas s’opposer ouvertement à l’intégration des 9. Son manque de mépris et de haine vis à vis des Noirs va lui valoir quelques ennuis.

Une plongée en plein coeur de la ségrégation et d’une violence inouïe pour en abroger l’interdiction. Ces 9 étudiants noirs vont faire preuve d’un courage incroyable. Ils avaient entre 14 et 17 ans et ont supporté un déluge de haine insoutenable, et la menace plus que tangible du KKK. Bien sur, les faits ont ici été un peu lissés. L’histoire est romancée mais sans pour autant occulter la détresse et la volonté des 9 de Little Rock et la difficulté de cette année très spéciale.

Un roman très intéressant, à conseiller à nos ados qui considèrent que tout leur est dû et prennent l’éducation comme une punition au lieu de se rendre compte du cadeau qui leur est fait.

Un parallèle serait aussi intéressant chez nous avec par exemple (entre autres) les évènements entourant la Manif pour tous, et avec les dernières manifestations anti-GPA, même si le degré de violence n’est pas le même. Abolie la ségrégation?

Lecture commune avec Dareel de Chroniques Livresques.

 


Home, Toni MORRISON

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 Frank Money est Noir, brisé par la guerre de Corée, en proie à une rage folle.  Il doit retrouver à Atlanta sa jeune soeur Cee, gravement malade, afin de la ramener dans la ville de leur enfance en Géorgie – « le pire endroit du monde » . S’engage pour lui un périple dans l’Amérique ségrégationniste des années 1950 où dansent toutes sortes de démons. Avant de trouver, peut-être, l’apaisement. Parabole épurée, violemment poétique, Home conte avec une grâce authentique la mémoire marquée au fer d’un peuple et l’épiphanie d’un homme.

 Pas plus emballée que ça par l’histoire de ce soldat noir vétéran de la guerre de Corée qui rentre chez lui. Dans les années 50 donc. Il souffre d’un syndrome de stress post-traumatique. La ségrégation en toile de fond définit l’ambiance. Tu sais, Noirs et Blancs séparés partout, pour tout.

Home est l’histoire de son retour au pays, à Lotus, où sa famille s’est installée après avoir été chassée de chez elle. Un retour aux sources en somme, motivé par le sauvetage de sa sœur qu’il risque de perdre. La vie ne les a gâté ni l’un ni l’autre. Et il n’y a qu’eux pour veiller l’un sur l’autre.

C’est un joli roman court, mais ce n’est pas trop mon trip en fait.

 


Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, Harper LEE

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Dans une petite ville de l’Alabama, à l’époque de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Avocat intègre et rigoureux, il est commis d’office pour défendre un Noir accusé d’avoir violé une Blanche.

Ce bref résumé peut expliquer pourquoi ce livre, publié en 1960 – au coeur de la lutte pour les droits civiques des Noirs aux Etats-Unis – , a connu un tel succès. Mais comment est-il devenu un livre culte dans le monde entier? C’est que, tout en situant son sujet en Alabama dans les années 1930, Harper Lee a écrit un roman universel sur l’enfance. Racontée par Scout avec beaucoup de drôlerie, cette histoire tient du conte, de la court story américaine et du roman initiatique. Couronné par le prix Pulitzer en 1961, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur s’est vendu à plus de 30 millions d’exemplaires dans le monde entier.

Je reste sur une impression mitigée.

Déjà, l’histoire a été une surprise. Ce n’est pas du tout ce à quoi je m’attendais. Les critiques que j’en avais lu (beaucoup d’éloges) me laissaient plutôt penser à un roman sur la ségrégation. Enfin, la ségrégation est un thème abordé mais en second plan. Je n’imaginais pas du tout la vie d’une fillette des années 30. J’ai eu beaucoup de mal à entrer dans l’histoire, et ai fait de vrais efforts pour aller jusqu’au bout. Mais c’est peut être, surement même, dû au style, mou et un peu balourd. A priori, cela viendrait d’un soucis de traduction. Paraît que la version originale est au contraire très fluide. Va savoir.

Sinon, la naïveté de l’enfance, tout ça….

Je n’ai pas croché du tout. Je reste sur ma faim; une déception.