Archives de Tag: Seconde guerre mondiale

2017/11: Elle voulait juste marcher tout droit, Sarah BARUKH

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1946. La guerre est finie depuis quelques mois lorsqu’Alice, huit ans, rencontre pour la première fois sa mère. Après des années à vivre dans une ferme auprès de sa nourrice, la petite fille doit tout quitter pour suivre cette femme dont elle ne sait rien et qui lui fait peur, avec son drôle de tatouage sur le bras. C’est le début d’un long voyage: de Paris à New York, Alice va découvrir le secret de son passé, et quitter à jamais l’enfance. Comment trouver son chemin dans un monde d’adultes dévasté par la guerre? Avec une sensibilité infinie, Sarah Barukh exprime les sentiments et les émotions d’une enfant prise dans la tourmente de l’Histoire. Un premier roman magistral.

Tout d’abord je remercie Masse Critique et les Editions Albin Michel de ce cadeau.

J’ai su dès les premières lignes que ce livre me parlerait. Son style n’est pourtant pas le genre que je préfère, peut être un peu léger,  mais j’ai de suite croché à l’histoire d’Alice, impossible de la lâcher.

Alice, cette enfant qui va subir l’Histoire et découvrir la sienne, d’abord malgré elle, puis enfonçant les portes tête baissée. La petite Alice, si naïve et douce au début de ce roman. La petite Alice qui attend avec tant d’impatience le retour de sa mère. Bien sur, la femme qui viendra la chercher, cette mère idéalisée, dans son esprit une Parisienne belle et tellement élégante, ne sera pas celle tant attendue. Diane se reconstruit difficilement dans cette après-guerre si compliquée à appréhender. Alice est perdue, elle ne comprend pas les réactions de ces adultes avec qui elle vit. Elle ne comprend pas les tatouages sur leur bras, les silences, les sous-entendus. L’apprentissage va être difficile pour Alice, les surprises et les découvertes nombreuses. Alice  qui va s’endurcit dans les épreuves, qui devient volontaire et courageuse, pugnace.

La toile de fond historique est très forte et fort bien construite, quel qu’en soit le sujet de l’été 36 en Espagne à la seconde guerre mondiale. Ce roman dans son ensemble est fort bien mené et structuré.

Un bémol cependant. J’ai trouvé la fin à la fois très belle et trop abrupte. J’avoue que j’attendais d’autres réponses qui sont laissées en suspens ou à notre appréciation.

Une très jolie découverte.

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2016/37: Loin de Margaux, Karine LEBERT

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Juin 1940. La famille Saurel prend la route de l’exode. Echappant à la vigilance de ses parents, la petite Margaux est kidnappée par Clémence, une jeune femme en mal d’enfant. Commence alors pour elles une fuite interminable sur les routes de France. Tout d’abord terrorisée, Margaux finit par accepter son sort, sans pour autant oublier sa vraie famille. Les Saurel trouveront-ils assez de force pour survivre et retrouver leur petite fille en ces heures sombres de l’Occupation?

C’est l’exode. Le couple Saurel et leurs trois enfants finissent par quitter leur foyer et se retrouvent sur les routes au milieu de dizaines d’autres familles. Et puis, il y a ce bombardement. Chacun tente de se mettre à l’abri comme il peut et de sauver sa peau. C’est alors que Margaux échappe à sa mère. Une fraction de seconde. C’est à ce moment précis que Margaux croise la route de Clémence, qui ne s’est jamais remise du décès de sa fille. Une fraction de seconde. Clémence ne réfléchit pas plus que cela, elle saisit l’opportunité qui lui est offerte d’être à nouveau mère. L’enfant est très jeune, elle oubliera les siens, se dit-elle. Une fraction de seconde et Margaux n’est plus là.

C’est l’Occupation, c’est la débâcle. Les gendarmes ont autre chose à faire que de monopoliser des forces pour rechercher la petite fille. Il y a bien une enquête d’ouverte et les riverains vont être rapidement interrogés, mais… Et puis c’est la guerre, la famille Saurel est juive, ils vont être rattrapés par les nazis. Finalement, il se pourrait que Margaux doive la vie à Clémence et à son geste fou.

On suit les recherches effrénées de la famille Saurel pour retrouver Margaux d’un côté, et la vie de Margaux avec Clémence de l’autre. La fin est attendue et très prévisible. Voici un roman qui ne casse pas trois pattes à un canard, mais qui se lit facilement. Pas d’un grand intérêt à mon sens. L’Histoire n’est qu’une toile de fond à l’histoire de Clémence et Margaux et est très survolée. J’ai trouvé que cela donnait un côté un peu bâclé à l’histoire. Disons que tout est là pour faire un très bon roman mais on passe à côté. Les éléments du récit s’enchainent sans être approfondis, le récit n’est pas motivé, les enchaînements tombent à plat. En fait, c’est ça, on survole tout, y compris l’histoire.

Pas de surprise donc. Je reste sur ma faim.


2016/30: Monsieur le Commandant, Romain SLOCOMBE

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1942. Parmi la multitude de dénonciations anonymes, cette lettre-ci, du moins, est signée: Paul-Jean Husson. Fleuron de l’Académie française, pétainiste et antisémite convaincu, ce très respectable notable des lettres s’apprête à sacrifier plus que sa vie: son plus grand amour. Elle est allemande, blonde, radieuse… et l’épouse de son fils. Une impossible passion, née de l’Exode sous le soleil normand, et que l’ignominie, la frustration, le dégoût de soi menacent de livrer aux bourreaux, d’un seul trait de plume. « Monsieur le Commandant… » »

J’ai acheté ce livre-ci après avoir échangé quelques mots avec son auteur au salon du livre de Trouville sur Mer en octobre dernier. Je l’ai pris parce que Romain Slocombe me l’a présenté comme sa réussite la plus retentissante, à ce moment-là (alors que le petit livre que j’avais déjà lu de lui n’avait à priori pas encore trouvé son public). Vous avez eu raison vous mettre à parler de ce livre, Monsieur Slocombe, il est fascinant.

Une fascination morbide et mal placée, il est vrai. Mais…

Le livre s’ouvre sur cette note de l’éditeur: « La lettre ci-dessous, qui constitue la matière du présent ouvrage, a été retrouvée en mai 2006 par le documentaliste allemand Peter Klemm parmi des papiers de famille abandonnés dans une décharge de Leipzig, à proximité d’un groupe d’immeubles en cours de démolition. […] »

Ce récit n’est donc pas fictif. Ce qui le rend d’autant plus dérangeant et terrible, puisque sous couvert de bonne foi, de soumission et d’adhésion au parti, le narrateur va « donner » sa belle-fille, juive mais qu’il aime éperdument. Après tout, puisque lui ne peut pas l’avoir… Ce livre a ouvert beaucoup de questions, concernant la collaboration, les actes commis au nom de Pétain et de l’occupant,  la façon dont certains ont pu s’en laver les mains, … Le narrateur écrit donc une longue lettre au Commandant en charge de son secteur, pour lui expliquer par le menu pourquoi comment, mais bon finalement… Bref, un récit qui m’a donné la chair de poule.

Je pense savoir où se passe l’action, par contre j’ai des hésitations quant à l’identité du narrateur. Après quelques recherches, j’ai trouvé des photos et des documents faisant état de déplacements et de réunions diverses entre l’élite intellectuelle française et le commandement allemand, mais rien de vraiment concluant. Monsieur Slocombe, une réponse (discrètement, sur la messagerie, je ne dirai rien)?

J’espère que vous nous ferez le plaisir de revenir en octobre prochain nous présenter votre dernier ouvrage. Moi, je viendrai.

 


2016/29: Et tu n’es pas revenu, Marceline LORIDAN-IVENS

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« J’ai vécu puisque tu voulais que je vive. Mais vécu comme je l’ai appris là-bas, en prenant les jours les uns après les autres. Il y en eut de beaux tout de même. T’écrire m’a fait du bien. En te parlant, je ne me console pas. Je détends juste ce qui m’enserre le cœur. Je voudrais fuir l’histoire du monde, du siècle, revenir à la mienne, celle de Shloïme et sa chère petite fille. »

Tout est dit. Parfaitement dit. Il n’y a rien à ajouter.

Marceline et son père ont été déportés. Elle est revenue. Pas lui.

Toute sa vie, elle survivra. Elle lui survivra.

D’autres de sa famille ont aussi beaucoup souffert, différemment d’elle. Mais qui n’ont pas eu ce lien-là avec le père. Ce lien qu’elle ne pourra jamais couper. Elle lui écrit, donc. Son retour, sa douleur, sa survie, son manque.

Un récit bouleversant, tragique bien sur mais magnifique.

Un grand merci à Clémentine Ysatis qui a eu la gentillesse de m’offrir cet ouvrage.


Momo des Halles, Philippe HAYAT

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C’était le 25 août 1941. Ce jour-là, mon enfance s’est éteinte d’un coup. Ensuite, le monde s’est défait… Maurice a quatorze ans. Ses parents viennent d’être raflés, il doit se cacher. Avec sa petite soeur Marie, il se réfugie dans une chambre de service nichée au coeur des Halles. Pour subsister, il fréquente les trafiquants à la sauvette sur le Carreau. Porté par l’amour de Bulle, la prostituée de la chambre voisine, il s’initie au commerce, prend goût aux affaires et devient Momo, le petit prince des Halles… avant d’être pris à son tour dans les griffes de l’Occupation. Trouvera-t-il la force de survivre et de s’imposer?

Un excellent roman.

Ce roman m’a complètement embarquée! J’ai suivi Momo aux Halles, j’ai vibré avec lui, l’ai suivi dans ses combines sur le Carreau, ai tremblé pour lui et Marie. Me suis prise d’affection pour ses partenaires et protecteurs. Aimé follement Bulle et son caractère enlevé. Ai eu peur quand Momo s’est fait arrêté, me suis inquiétée pour le devenir de Marie en espérant que Bulle aurait réussi à la préserver. A Drancy, l’instinct de survie fait loi. La vie de Momo est un château de cartes maintes fois reconstitué qui s’écroule à chaque fois. Mais il ne baisse jamais les bras. Et puis j’ai versé quelques larmes à la fin.

Un roman à ne pas laisser passer.


Kinderzimmer, Valentine GOBY

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En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus de quarante mille détenues. Dans les baraquements, chaque femme doit trouver l’énergie de survivre, au plus profond d’elle-même, puiser quotidiennement la force d’imaginer demain. Quand elle arrive là, Mila a vingt ans. Elle est enceinte mais elle ne sait pas si ça compte, si elle porte une vie ou sa propre condamnation à mort. Sur ce lieu de destruction, comme une anomalie, une impossibilité: la Kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres. Ce roman virtuose écrit dans un présent permanent, quand l’Histoire n’a pas encore eu lieu, rend compte du poids de l’ignorance dans nos trajectoires individuelles.

Voici un roman très prenant, profondément bouleversant. Visiblement très bien documenté.

Il faut se mettre à la place de Mila. On est en 1944, elle a fauté une fois et se retrouve enceinte. Elle a été arrêtée pour avoir aidé un allié et se retrouve à Ravensbrück: le manque d’hygiène, la famine, la fatigue, la vermine, les mauvais traitements, …. Et puis, elle se pose tant de questions… Ne serait-ce que sur sa grossesse. Elle n’a jamais eu aucune information, elle ne sait pas à quoi s’attendre. Tout est très compliqué. Et puis, elle apprend l’existence de la kinderzimmer. L’horreur ne s’arrête pas pour autant. Il n’y a pas de pause au camp. Et elle en apprend tous les jours.

« Peut-être un jour il y aura des gens, comme cette jeune fille à l’anneau rouge, pour vouloir démêler mes regards, déconstruire l’histoire, revenir à la peau, à l’instant, à la naissance des choses, à l’ignorance, au début de tout, quand on ne pouvait pas dire: j’ai marché jusqu’au camp de Ravensbrück, parce qu’on ne connaissait pas ce mot, quand les femmes qui n’avaient pas vu de lac n’imaginaient pas qu’il y en existait un. Peut-être cette fille à l’anneau rouge trouvera ainsi le moyen de se tenir à l’endroit où se tenait Mila en avril 1944, là où Mila ne savait rien encore. Là où il n’y avait qu’ignorance. » (page 218, édition Babel)

« Il faut des historiens, pour rendre compte des événements; des témoins imparfaits, qui déclinent l’expérience singulière; des romanciers, pour inventer ce qui a disparu à jamais: l’instant présent. Elle dira aussi, face au planisphère corné au mur au fond de la classe: il y a des choses en moi qui sont restées intactes. Elle fixera la fille à l’anneau rouge, qui lui ressemble tant à la descente du train, le 18 avril 1944, sur le quai d’une gare allemande que des panneaux indicateurs appellent Fürstenberg; elle lui dira que, par exemple le chien n’a pas mordu, que sa vie a tenu à cela, la vie tient à si peu de choses, à un pari. La vie est une croyance. […] » (page 219, édition Babel)

Une lecture qui m’a fortement touchée.


L’armée des ombres, Jospeh KESSEL

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Londres, 1943, Joseph Kessel écrit « L’armée des ombres », le roman-symbole de la Résistance que l’auteur présente ainsi: « La France n’a plus de pain, de vin, de feu. Mais surtout elle n’a plus de lois. La désobéissance civique, la rébellion individuelle ou organisée sont devenues devoirs envers la patrie. (…) Jamais la France n’a fait guerre pus haute et plus belle que celle des caves où s’impriment ses journaux libres, des terrains nocturnes et des criques secrètes où elle reçoit ses amis libres et d’où partent ses enfants libres, des cellules de torture où malgré les tenailles, les épingles rougies au feu et les os broyés, des Français meurent en hommes libres. Tout ce qu’on va lire ici a été vécu par des gens de France. »

 

Un témoignage de la Résistance française. Un hommage à tous ces hommes et ces femmes qui ont tendu la main et qui se sont battus pour délivrer leur pays. Kessel s’efforce de rendre compte de son expérience, sans fioritures. Il livre ici la vérité vraie, nue.

A lire.

 

Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ?
Ohé, partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme.
Ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang et les larmes.

Montez de la mine, descendez des collines, camarades !
Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades.
Ohé, les tueurs à la balle et au couteau, tuez vite !
Ohé, saboteur, attention à ton fardeau : dynamite…

C’est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères.
La haine à nos trousses et la faim qui nous pousse, la misère.
Il y a des pays où les gens au creux des lits font des rèves.
Ici, nous, vois-tu, nous on marche et nous on tue, nous on crève…

Ici chacun sait ce qu’il veut, ce qu’il fait quand il passe.
Ami, si tu tombes un ami sort de l’ombre à ta place.
Demain du sang noir sèchera au grand soleil sur les routes.
Chantez, compagnons, dans la nuit la Liberté nous écoute…

Ami, entends-tu ces cris sourds du pays qu’on enchaîne ?
Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?

Le Chant des Partisans (co-écrit par l’auteur)