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2017/118: Il reste la poussière, Sandrine COLLETTE

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Patagonie. Dans la steppe balayée par des vents glacés, Rafael est le dernier d’une fratrie de quatre garçons. Depuis toujours, il est martyrisé par ses frères aînés. Leur père a disparu. Leur mère ne dit rien, perpétuellement murée dans un silence hostile. Elle mène ses fils et son élevage de bétail d’une main inflexible, écrasant ses rejetons de son indifférence. Alors, incroyablement seul, Rafael se réfugie auprès de son cheval et de son chien. Dans ce monde qui meurt, où les petites fermes sont remplacées par d’immenses domaines, l’espoir semble hors de portée. Et pourtant, un jour, quelque chose va changer. Rafael parviendra-t-il à desserrer l’étau de terreur et de violence qui l’enchaîne à cette famille?

Un magnifique roman. Même si l’action n’est pas effrénée  et que l’histoire évolue plutôt lentement, je me suis totalement laissée prendre par ce récit. Cette vie confinée dans ces immenses espaces désolés…

Le personnage de Rafael est superbe et terriblement attachant, celui de Steban très intéressant. On déteste la mère et les jumeaux, même si au fil du récit, on trouve des explications à leur comportement. On tremble pour les plus faibles confrontés à une vie très rude et un entourage féroce, sadique et impitoyable. La mère quant à elle est implacable, rustre, inflexible.

C’est un roman fort, puissant, dans lequel je suis entrée sans mal. Les descriptions sont telles qu’on croirait y être aussi. J’aime beaucoup la plume de Sandrine Collette. L’écriture est belle et intelligente.

Acheté pour un polar,  ce récit n’est pas du tout ce à quoi je m’attendais. Il n’est reste pas moins sombre et violent, mais il ne s’agit ni d’un polar ni d’un thriller pour moi. C’est plutôt un portrait féroce et brutal d’une famille en décomposition où la haine et le désespoir sont palpables.

Un coup de cœur.

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2017/111: L’intérêt de l’enfant, Ian MCEWAN

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A l’âge de cinquante-neuf ans, Fiona est une brillante magistrate spécialiste du droit de la famille. Passionnée, parfois même hantée par son travail, elle en délaisse sa vie personnelle et son mari Jack. Surtout depuis cette nouvelle affaire: Adam, un adolescent de dix-sept ans atteint de leucémie, risque la mort. Les croyances religieuses de ses parents interdisant la transfusion sanguine qui pourrait le sauver, les médecins s’n remettent à la cour. Après avoir entendu les deux parties, Fiona décide soudainement de se rendre à l’hôpital, auprès du garçon. Mais cette brève rencontre s’avère troublante et, indécise, la magistrate doit pourtant rendre son jugement.

Bien bien bien…

Ce roman me laisse dubitative.

Les déboires conjugaux de Fiona et Jack ne m’ont pas vraiment passionnée. Plusieurs affaires sont évoquées, en plus de celle d’Adam, mettant en relief des thèmes comme les croyances et pratiques religieuses face à la loi et à la science, la place à accorder à la foi, l’ambivalence de certaines relations amoureuses, l’impact de l’action judiciaire sur les vies dans lesquelles elle s’immisce, … Pour autant, j’ai trouvé un côté un peu voyeuriste à la façon dont sont évoquées certaines affaires.

Je regrette que ne soient pas un peu plus développés les problèmes d’éthique évoqués, la foi et le sentiment face à la déontologie, par exemple … Je pense aussi que la vie intime de Fiona prend trop le pas sur le reste; ce n’est pas vraiment le sujet que l’on attend à la lecture du 4ème de couv. Si le sujet est intéressant, les idées ne sont pas creusées et l’on survole littéralement les questions de fond. Cela manque de profondeur.

Une déception.

 


2017/104: In vivo, Serge JONCOUR

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Deux frères jouent avec l’arme de service dérobée à leur père, un policier qui les élève seul. Un homme contemple, fasciné, l’eau pourrissante de sa piscine. Ainsi commence ce roman bâti en miroir. L’histoire d’enfants en quête d’une mère; celle d’un homme, gynécologue de profession, obsédé par son impossible paternité. De grosses bêtises en fugues loufoques, les gamins ne reculent devant rien pour reconstituer la famille parfaite qu’ils ont vue dans les publicités. Pris en auto-stop par un jeune couple punk, ont-ils enfin trouvé les parents de leurs rêves?

Un roman très étonnant.

D’une part ces deux enfants qui tentent tout ce qu’ils peuvent pour trouver enfin leur famille idéale, quitte à aller la chercher loin. Prêt à tout pour trouver cet amour filial, cette tendresse et ce soucis d’eux qu’ils n’ont pas chez eux, élevés par un père totalement dépassé et démissionnaire.

Et puis cet homme, gynécologue, qui n’a eu de cesse de faire en sorte que sa femme soit enceinte, sans jamais y parvenir. Contempler sa piscine livrée aux éléments et à la faune indisciplinée et spontanée qui vient s’y développer le plonge dans les affres de sa solitude. Faire face à sa vie, au vide de sa vie, au silence et à la retenue de son épouse, après avoir donné aux autres ce qui lui fait défaut: une famille.

Des douleurs, des solitudes mises en parallèle. Des âmes en souffrance.

Une très belle écriture, chaude et imagée quand il s’agit des enfants, froide et désoeuvrée pour le médecin.

Une découverte poignante.

 


2017/53: Dérapages, Martine MAGNIN

 

« Puisque vous êtes en train de visionner cette cassette, c’est que je suis déjà mort et que, à tort ou à raison, vous avez trouvé la caisse. Après avoir entendu ce que je vais dire, ce sera à vous de prendre des décisions en connaissance de cause. Quoi qu’il en soit, bon courage à vous. Je m’appelle Raymond, je suis garagiste et j’ai 46 ans. »

Régis: Pour le moment, je remets le fric où il était et je revisse la caisse à outil par dessus, la planque est bonne (…) Il faut que je réfléchisse et que je ne dépense aucun de ces billets. Ils sont peut-être marqués, comme on voit dans les films, ou même faux.

Fernand: J’ai réussi à ne pas le montrer, mais je suis très préoccupé par ce nouveau coup du sort et ces répétitions ne me plaisent pas. Je voulais juste jeter un oeil sur la maison du couple qui accueille les filles de Raymond Cornille, le garagiste, et je tombe sur un quartier en effervescence, des gyrophares, des gendarmes.

Martine Magnin, c’est à chaque fois des romans très différents mais tous ont en commun cette douceur et cette tendresse.

Au départ, il y a Raymond, le garagiste. Son épouse Mathilde est décédée 6 mois plus tôt fauchée par un chauffard. Ensuite, c’est le chien qui est tué. Enfin, Raymond disparaît dans l’incendie de son garage… Leurs deux filles sont confiées à la soeur jumelle de Mathilde, Hortense et son mari Henri. Et puis il y a Régis qui doit déménager et rachète les restes du garage pour y installer le sien. En nettoyant les décombres, Régis va découvrir un gros butin, ainsi qu’une cassette sur laquelle Raymond explique son histoire, une sorte de testament. Et puis, il y a Fernand, l’assureur de Raymond, aujourd’hui à la retraite, mais qui reste sur un goût d’inachevé dans ce dossier.

Ca commence comme un polar avant de prendre un tour plus romanesque et familial. Comme toujours, les personnages de Martine inspirent tendresse et attachement. C’est avec un grand plaisir que j’ai retrouvé son écriture fluide et sensible, vive et pétillante. Nous allons suivre chacun de ces personnages, ses doutes, ses envies, ses joies et ses déconvenues. A chacun son lien avec cette affaire et à chacun ses dérapages. A chacun ses attentes vis à vis d’une vie qui ne les a pas épargnés, mais ils s’accrochent et décrochent leur part de bonheur. A chacun aussi sa façon de débattre avec sa conscience.

Je remercie donc vivement Martine de m’avoir permis de découvrir ce nouveau roman, idéal pour vos vacances, plein des plaisirs du sud, de petits bonheurs et d’humour.


2017/52: La meilleure part, Bertrand SAVOYE

« Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part: elle ne lui sera pas enlevée. » Ces paroles de Jésus dans l’Evangile de Luc ont inspiré la trame de ce roman dans lequel Marthe et Marie ne sont pas deux soeurs sous le même toit mais deux femmes vivant à un siècle de distance. Marthe, notre contemporaine, divorcée et désoeuvrée depuis le départ de ses enfants. Marie, une jeune couturière qui travaille dans les années vingt pour la célèbre maison de haute-couture de Madeleine Vionnet. Marthe fait la connaissance de Marie en découvrant son journal intime trouvé par hasard dans une vente aux enchères. Dans son journal, Marie se montre enjouée, légère parfois, habitée par une joie intime. Comme un étonnement d’être, écrit-elle, que tout cela soit, plutôt qu’il n’y ait rien. Au fil des pages, elle communique à Marthe une force de vie qui l’aide à renouer avec le plaisir des sens et la chaleur des sentiments. Le récit, animé par la quête et la transmission de cette mystérieuse « meilleure part », évoque au travers des extraits du journal de Marie les milieux de la haute-couture et de l’art, le travail et la condition sociale des petites mains, les fêtes luxueuses et la recherche spiritualiste de l’entre-deux guerres, l’émancipation des femmes pendant et après la guerre de 1914-1918. Un monde a basculé et, entre deux cataclysmes, il faut tellement vivre.

Merci cher Olivier de Lagausie de cette nouvelle découverte.

Voici un roman tout en simplicité et en douceur. Marthe achète un lot dans une vente aux enchères dans lequel elle va trouver trois cahiers, représentant une partie du journal intime de Marie, petite main dans la haute-couture.

Marie est une jeune femme émancipée, vive, joyeuse, frivole, libre. A l’opposé, Marthe est liée à des chaines intimes dont elle n’arrive pas à se défaire. Ou bien n’en a-t-elle pas vraiment envie. Elle donne parfois l’impression de se complaire dans son quotidien morne. Finalement la lecture de ces cahiers vont donner à Marthe le petit déclic qui va l’aider à s’ébrouer et à renouer avec le plaisir de vivre.

J’ai adoré le personnage de Marie. Cette jeune femme libre de sa vie et ses pensées. Un esprit et un électron libre dans l’immédiat après-guerre, notamment marquée par les gueules cassées qui tentent de survivre comme ils peuvent. Marie donne une image du quotidien des petites mains et des travailleuses désargentées de cette époque, une vision aussi de la société des années vingt, des sujets en vogue dans les salons bourgeois…

A contrario, j’ai eu envie de secouer Marthe. Au début du roman, elle m’a agacée de par son inertie. Heureusement que Marie entre dans sa vie.

Bref, une très agréable découverte.

 


2017/51: Des étoiles dans le caniveau, Anna CIRCE

« Il me trouva, s’empara de moi, régna sur mon âme puis disparu définitivement. J’ai disparu avec lui, et je ne suis jamais parvenue à me retrouver… »

Une écriture franche et sans fioritures, mais aussi parfois empreinte de tendresse.

Un sujet bouleversant, d’autant que ce roman est grandement autobiographique. Un roman douloureux donc, cruel, déchirant, pesant. Car bien sur, quand on est victime d’un viol, le traumatisme ne disparaît pas comme ça… Un roman perturbant, difficile à encaisser, comme un coup de poing. Beaucoup d’émotion donc à cette lecture délicate.

Un témoignage à lire aussi parce que la violence ne vient pas toujours d’où on l’attendrait.

Bravo Anna pour votre courage, et cette force que vous mettez dans votre combat. Respect.


2017/49: Un ange à la fenêtre, Darcie CHAN

Cela fait bientôt soixante ans que Mary vit seule, sans jamais sortir de sa luxueuse maison de marbre blanc, construite au sommet d’une colline surplombant la petite ville de Mill River. Ses liens avec le monde extérieur sont rares: quelques lettres, les visites d’un vieux prêtre et la fenêtre de sa chambre donnant sur la ville en contrebas. Pour la plupart des habitants de Mill River, la maison et son occupante restent un mystère. Trois nouveaux venus dans la petite ville – un policier, sa fille et son institutrice – vont s’intéresser à la vieille dame. Mais seul le père O’Brien connaît l’histoire de Mary et le secret qui la maintient enfermée.

Là encore, il s’agit d’une intrigue lente. Le récit se partage entre deux intrigues: le présent du village de Mill River (notamment avec le policier, sa fille et l’institutrice, le curé, une femme de ménage, un second policier,…) et les flash-back racontant la vie de Mary et sa descente dans son enfer personnel.

Pas d’effusions de sang, pas de rythme effréné ici. Mais un roman calme, peut être un peu trop d’ailleurs, quelques longueurs. Un roman d’amours, d’amitiés, de drames aussi.

Néanmoins une lecture agréable.