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2016/58: Héloïse ouille!, Jean TEULE

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Ile de la Cité, 1118. Théologien et dialecticien acclamé, Abélard était promis, aux dires de tous, aux honneurs de Rome. Chargé par le chanoine Fulbert de veiller à l’éducation de sa nièce, la moins candide qu’il n’y paraît Héloïse, le sage professeur prendra ses devoirs plus qu’à cœur – à corps, et à cris. Au programme: foin de grammaire ni de latin! Rien de moins que l’amour, l’amour fol, absolu. Hors pair(e).

J’adore revoir mon Histoire avec Jean Teulé.

Abélard est né près de Nantes en 1079. Ce fut un philosophe, dialecticien et théologien chrétien, père de la scolastique et inventeur du concept du conceptualisme. Il pratique la logique et le doute méthodique. « En doutant, nous nous mettons en recherche, et en cherchant nous trouvons la vérité. » Il élabore des théories morales: droit d’intention, liberté d’opinion, enseignement libre. (Merci Wikipédia)

Je n’évoquerai pas plus sa passion avec Héloïse, non plus que sa vie désastreuse, les scandales, non plus que la vie d’Héloïse et ses sacrifices. Tout cela, tu le découvriras en lisant ce roman.

Sinon, pour le qualifier, eh bien les mots qui me viennent à l’esprit sont les suivants: grivois, licencieux, amoral (1118, hein), libidineux, lubrique, romanesque. Abélard et Héloïse sont l’image même de l’amour fou, dans ce qu’il peut avoir de plus insensé, irrationnel, dément même, sacrificiel, définitif, dramatique. C’est un amour extraordinaire, fabuleux, légendaire.


2016/27: Gagner à en mourir, Pierre-Louis BASSE

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« C’était une histoire qui n’avait cessé de me hanter, au fil des ans, sans que je parvienne à réunir l’ensemble des pièces du puzzle. Une histoire de football, privée d’images et de caméra embarquée. une histoire de dribleurs fous et insouciants qui avaient préféré la mort à un match arrangé. » Le 9 août 1942, l’équipe ukrainienne de FC Start rencontre une sélection des meilleurs joueurs de l’Allemagne nazie. S’ils remportent ce match de football, les Ukrainiens savent que leur existence est menacée. Faut-il risquer sa peau plutôt que de souffrir une vie de déshonneur? Que devient le sport quand jouer n’est plus un jeu?

J’avais compris que ce livre racontait ce fameux match. J’ai dû me tromper quelque part. Parce que là, on n’est pas du tout dans le sujet. Ou du moins, on le côtoie sans vraiment y entrer. Ici, on parle purement de foot, sous la seconde guerre, soit, et un peu plus des Ukrainiens que des autres.

Disons que je m’attendais à un récit de ce match particulier, sa préparation, son déroulement, et ses conséquences. Alors que le récit est finalement plus généraliste, bien qu’évoquant le massacre de Babi Yar. J’ai la sensation de passer à côté du sujet qui m’intéressait. On parle du foot, de confrontation avec les nazis, mais pour ce qui est de Ce Match, on fait des allers-retour sur le sujet.

Déçue.

 


Les anges maudits de Tourlaville, Yves JACOB

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Julien et Marguerite de Ravalet sont frère et sœur. Inséparables. D’une exceptionnelle beauté. Leurs innocents jeux d’enfants laissent vite place à une singulière attirance. en dépit des mises en garde, de l’interdit, de la religion, ils cèdent à une passion dévastatrice. Mariés de force à treize ans avec le seigneur de Hautpitois, Marguerite, battue, violée, séquestrée, vivra un véritable calvaire. cette séparation n’empêchera pas Julien et Marguerite de fuir ensemble à travers la campagne normande et bretonne jusqu’à Paris, entraînés malgré eux dans une spirale diabolique, condamnés pour la postérité… Une histoire d’amour terrifiante et véridique du début du XVIIème siècle.

 J’ai une nouvelle passion: Yves Jacob.

Cet auteur breton, normand d’adoption, est ce qu’on appelle un auteur du terroir. Il raconte brillamment des faits divers et/ou historiques de chez nous, Normands. J’avais déjà beaucoup aimé « Sous l’ombre des pommiers », dont l’action se déroule à une poignée de kilomètres de chez moi.

Cette fois, l’histoire se passe à la pointe de la Manche, tout prêt de Cherbourg. Il s’agit de l’histoire passionnante mais dramatique de Marguerite et Julien, qui s’aiment d’une passion dévorante, bien qu’interdite, puisqu’ils sont frère et sœur. Pourtant, ils ne parviendront pas à ne pas succomber. Leur amour sera plus fort que tout. C’est beau. C’est tragique. C’est magnifiquement raconté. Yves Jacob sait parfaitement emmener son lecteur avec lui revivre l’histoire de notre région.

J’adorerais prendre un café avec Monsieur Jacob, à l’écouter parler de ses recherches et de ses livres. Cet homme est captivant, fascinant. A avoir pu échanger quelques mots avec lui au Salon du livre de Trouville, je crois que je pourrais passer des heures à l’écouter raconter les grandes et petites histoires de Normandie.

Une pépite régionale.


L’armée des ombres, Jospeh KESSEL

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Londres, 1943, Joseph Kessel écrit « L’armée des ombres », le roman-symbole de la Résistance que l’auteur présente ainsi: « La France n’a plus de pain, de vin, de feu. Mais surtout elle n’a plus de lois. La désobéissance civique, la rébellion individuelle ou organisée sont devenues devoirs envers la patrie. (…) Jamais la France n’a fait guerre pus haute et plus belle que celle des caves où s’impriment ses journaux libres, des terrains nocturnes et des criques secrètes où elle reçoit ses amis libres et d’où partent ses enfants libres, des cellules de torture où malgré les tenailles, les épingles rougies au feu et les os broyés, des Français meurent en hommes libres. Tout ce qu’on va lire ici a été vécu par des gens de France. »

 

Un témoignage de la Résistance française. Un hommage à tous ces hommes et ces femmes qui ont tendu la main et qui se sont battus pour délivrer leur pays. Kessel s’efforce de rendre compte de son expérience, sans fioritures. Il livre ici la vérité vraie, nue.

A lire.

 

Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ?
Ohé, partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme.
Ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang et les larmes.

Montez de la mine, descendez des collines, camarades !
Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades.
Ohé, les tueurs à la balle et au couteau, tuez vite !
Ohé, saboteur, attention à ton fardeau : dynamite…

C’est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères.
La haine à nos trousses et la faim qui nous pousse, la misère.
Il y a des pays où les gens au creux des lits font des rèves.
Ici, nous, vois-tu, nous on marche et nous on tue, nous on crève…

Ici chacun sait ce qu’il veut, ce qu’il fait quand il passe.
Ami, si tu tombes un ami sort de l’ombre à ta place.
Demain du sang noir sèchera au grand soleil sur les routes.
Chantez, compagnons, dans la nuit la Liberté nous écoute…

Ami, entends-tu ces cris sourds du pays qu’on enchaîne ?
Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?

Le Chant des Partisans (co-écrit par l’auteur)


Charly 9, Jean TEULE

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Charles IX fut de tous nos rois de France l’un des plus calamiteux. A 22 ans, pour faire plaisir à sa mère, il ordonna le massacre de la Saint-Barthélemy, qui épouvanta l’Europe entière. Abasourdi par l’énormité de son crime, il sombra dans la folie. Courant le lapin et le cerf dans les salles du Louvre, fabriquant de la fausse monnaie pour remplir les caisses désespérément vides du royaume, il accumula les initiatives désastreuses. Transpirant le sang par tous les pores de son pauvre corps décharné, Charles IX mourut à 23 ans, haï de tous. Pourtant, il avait un bon fond.

 

Le résumé dit tout. Jean Teulé montre la descente aux enfers de ce roi maudit, manipulé de tous, en particulier par sa mère, Catherine de Médicis. Il y a bien sur un net contraste entre le terrible sujet et le récit enjoué de Teulé. Mais c’est précisément ce style décalé qui va faire ressortir la fragilité du jeune roi incapable de s’opposer à sa mère.

Sinon, un livre intéressant, où l’on apprend un certain nombre de petites choses: Charles IX chassait dans le Louvre, était habile au tir à l’arbalète, à instauré le 1er janvier comme premier jour de l’année (au lieu du 1er avril). Savais-tu que si nombre de fleurs sont comestibles, le muguet, lui, est toxique (et même mortel si ingéré)?


Inconnu à cette adresse, KRESSMANN TAYLOR

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Ils sont tous deux Allemands. L’un est Juif, l’autre non, et leur amitié semble indéfectible. Ils s’expatrient pour fonder ensemble une galerie d’art en Californie mais, en 1932, Martin rentre en Allemagne. Au fil de leur échanges épistolaires, Max devient le témoin impuissant d’une contamination morale sournoise et terrifiante: Martin semble peu à peu gagné par l’idéologie du IIIe Reich. Le sentiment de trahison est immense; la tragédie ne fait que commencer…

 

Un roman très très court (dans cette édition, à peine 80 pages), qui se lit très très vite, et très efficace, percutant.

Cette nouvelle, a expliqué l’auteur, est fondée sur quelques lettres réellement écrites. C’est en discuttant de ces lettres avec son mari que lui est venue l’idée de les romancer un peu. Sa publication en 1938, dit Whit Burnett dans la préface, a connu auprès du public un engouement sans précédent. Le numéro est épuisé en 10 jours. La demande fut telle qu’il fut impossible d’y répondre. Cependant, d’après ce que j’ai pu en lire, le message pourtant clair et très fort, n’a pas semblé percuter les esprits. Edifiant!

Encore un classique. A lire.

La prochaine fois, on change de registre avec un thriller.


Un sac de billes, Joseph JOFFO

un sac de billes

 

Paris en 1941 n’est plus la capitale d’une terre d’asile qui arbore pour devise au fronton de ses mairies « Liberté, Egalité, Fraternité ». Paris est une ville occupée où l’ennemi nazi impose ses lois d’exception et le port de l’étoile jaune à tous les Juifs. Leur mère en a donc cousu une au revers du veston de Maurice et de Joseph avant leur départ pour l’école. Le résultat est immédiat, le racisme des gamins se déchaîne et les deux Joffo rentrent qui avec l’oreille en chou-fleur, qui avec l’oeil poché et le genou meurtri. Oh! En compensation, il y a bien eu le troc proposé par Zérati, le copain de Jo, l’étoile jaune contre un sac de billes, mais leur père a compris: il faut fuir.

Maurice, 12 ans, et Joseph, 10 ans, doivent rejoindre leurs frères Henri et Albert déjà installés à Menton. Ils auront à franchir, seuls, la ligne de démarcation, près de Dax, sans papiers. Les parents suivront plus tard. Et la course vers la liberté commence. Elle les conduit à Menton, puis à Nice et son terrible hôtel Excelsior d’où, sauvés de justesse, ils s’en iront pour retrouver leur soeur Rosette près de Montluçon; ensuite, ce sera Aix-les-Bains et « R ».

Cela, c’est l’itinéraire. Le reste, l’important, c’est ce que raconte Joseph Joffo: les péripéties de l’odyssée des deux frères dans la France occupée de 1941 à 1944 – et le ton dont il rapporte ces choses vues et vécues: spontané, vif, ponctué d’éclairs d’humour en dépit de l’angoisse omniprésente – un merveilleux récit, un poignant témoignage.

 

Je crois que tout est dit. Joseph Joffo livre ici tels quels ses souvenirs d’enfant. Un autre grand classique.