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2017/28: L’aquarelle, Nathalie DE KANIV

Pendant ses vacances en Angleterre, Eileen Wortley ne s’attend pas à retrouver dans cette très vieille librairie  de Canterbury l’aquarelle originale qui orne le salon de sa maison en France. Celle-ci aussi est signée par une mystérieuse aïeule. Et le libraire s’appelle Wortley… Un voyage inattendu à la découverte d’un passé douloureux, caché plus qu’oublié, commence soudain ici. Sa grand-mère qui vit loin d’ici, sa mère muette sur son passé, et ce libraire inconnu: tous détiennent une part de ce mystère familial. Pour sa fille, pour éloigner les ombres de son enfance, Eileen doit enfin percer ce secret: qui est véritablement l’auteur de cette aquarelle?

Tout d’abord, un chaleureux merci à Nathalie de Kaniv et aux Editions Lazare et Capucine pour ce cadeau.

Voici donc Eileen qui accompagne sa fille Alexandra en voyage scolaire en Angleterre. Ce séjour prévoyant une journée à Canterbury, Eileen en profite pour partir à la recherche de la rue figurant sur cette vieille carte postale offerte par son arrière-grand-mère alors qu’elle était enfant. La rue n’a pas changé, même la librairie figurant sur l’image est toujours identique. En en poussant la porte, Eileen va entreprendre un voyage auquel elle ne s’attendait pas. Elle va rencontrer son passé familial.

Parce que dans cette famille, l’histoire familiale est tue, complètement enfouie, par soucis de protection. Cette histoire est pesante, étroitement liée à l’histoire ukrainienne, omniprésente et cachée. C’est le fardeau d’Eileen. Ne pas connaître son histoire, ses origines, lui pèse. Alors, à l’occasion de la découverte de cette aquarelle peinte par son aïeule, Eileen va mener son enquête et aller à la rencontre des siens. A commencer par Adèle.

Adèle, une jeune anglaise belle et cultivée qui va épouser un Ukrainien. Mais voilà, Adèle et son mari vont être rattrapés par l’Histoire, notamment l’indépendance de l’Ukraine. Ils vont connaître la répression brutale et la déportation, laissant leur fille derrière eux. Adèle sera à l’origine de cette lignée de femmes fortes et si fragiles: Adèle, Marie, la grand-mère, la mère, Eileen, Alexandra. Une lignée qui subira les outrages de l’Histoire et qui prendra le parti de taire les tragédies familiales pour protéger leur descendance. Mary maintiendra à sa façon la mémoire des siens dans un contexte particulièrement difficile, et transmettra ce qu’elle pourra. Jusqu’à Eileen qui fera tout pour lever le voile.

Une écriture sobre, élégante, agréable. Un roman court lu d’une traite.

Un bémol cependant: le contexte historique, qui représente une grosse partie de cette histoire, aurait mérité d’être un petit peu plus approfondi. Mais ce roman reste une agréable découverte.

 


2017/24: L’innocence des bourreaux, Barbara ABEL

Dans une supérette de quartier, quelques clients font leurs courses, un jour comme tant d’autres. Parmi eux une jeune mère qui a laissé son fils de 3 ans seul à la maison devant un dessin animé, un couple adultère, une vieille dame et son aide familiale, un caissier qui attend de savoir s’il va être papa, une mère en conflit avec son adolescent… Des gens normaux, sans histoire, ou presque. Et puis un junkie, qui, en manque, pousse la porte du magasin, armé et cagoulé pour voler quelques dizaines d’euros. Mais quand le braquage tourne mal, la vie de ces hommes et femmes sans histoire bascule dans l’horreur. Dès lors, entre victimes et bourreaux, la frontière devient mince. Si mince…

Je te présente les différents protagonistes de ce roman, c’est à dire en gros la première trentaine de pages (sinon tu peux sauter les deux prochains paragraphes):

Il y a d’abord Joachim Fallet, Jo, un jeune homme en manque. Il n’a plus de came. Il a bien tenté d’emprunter quelques sous, de faire la manche. Mais rien. Pas un copec. Alors quelle solution lui reste-t-il pour se payer sa dose?

Il y a Aline Verdoux, 43 ans, mère de Théo, un ado de 15 ans en pleine rébellion contre tout et tout le monde. Surtout contre sa mère. Alors quand celle-ci lui demande lâcher sa console pour aller rendre visite au vieux grand-père grabataire… C’est la crise, qui va virer à la confrontation, puis à la bataille rangée… Il y a Germaine Dethy, 83 ans, une vieille femme en fauteuil roulant. Une « Tatie Danielle » en puissance qui tyrannise son auxiliaire de vie, Michèle Bourdieu, 59 ans, impassible. Faut bien manger et payer les factures, alors Michèle subit sans rien dire, fait le ménage et emmène Germaine faire ses courses. Il y a Léa Fronsac, 27 ans. Léa, elle est un peu dans le coltard… Elle partage la garde de son fils Emile, 3 ans, avec son père. Mais merde! Il n’y a plus de couches! Emile regarde un dvd, la supérette est juste à côté, en 10 mn elle aura fait l’aller-retour et Emile ne se sera rendu compte de rien… Il y a Guillaume Vandekeren, 24 ans. Il est caissier à la supérette, mais c’est son jour de congés. Enfin, c’était. Jusqu’à ce que Camille l’appelle pour lui demander de la remplacer. Il se pourrait bien qu’elle soit enceinte de lui, et elle doit se rendre chez le médecin. Il y a Géraldine Marbeau, 36 ans. elle n’a plus de café pour faire son tiramisu. Elle demande donc à Félix, son fils de 8 ans, d’aller en chercher un paquet à la supérette d’à côté, ça lui fera gagner du temps. Il y a Thomas Piscina, 32 ans, et Sophie Cheneux, 22 ans. Ils sont collègues et se sont offert une petite escapade…

Leurs destins vont se croiser cet après-midi là. Tous seront dans cette banale supérette de quartier quand Jo va y finalement se décider à y entrer. Mais un braquage, ça ne s’improvise pas comme ça… Et les choses ne vont pas tourner comme prévu. Et de fait, la frontière entre victimes et bourreaux est si mince, tellement mince… Si les uns prenaient la place des autres?

Un huis-clos angoissant, tant il pourrait être un fait divers, de ceux que l’on nous relate trop souvent. Une tension qui porte sur les nerfs, où l’on sent qu’un drame va se jouer, sans vraiment savoir lequel. C’est l’instant où une vie d’une banalité affligeante peut basculer dans l’horreur la plus complète. Quelques secondes… Être au mauvais endroit au mauvais moment… La guigne, quoi.

J’ai été happée par ce récit, tant il est véridique. Parce qu’il est très facile de s’identifier à l’un de ces personnages, parce que ça pourrait arriver chez nous aussi (comme à un certain hypercasher, par exemple), parce qu’on ne sait pas ce que les différentes personnalités peuvent révéler sous la pression et la peur. Parce que beaucoup préfèreront certainement sauver leur peau, et c’est une réaction humaine, l’instinct de survie.

Un roman qui se dévore, un coup de cœur.


2017/23: Tom petit Tom tout petit homme Tom, Barbara CONSTANTINE

Tom a onze ans. Il vit dans un vieux mobil-home avec Joss, sa mère (plutôt jeune: elle l’a eu à treize ans et demi). Comme Joss adore faire la fête et partir en week-end avec ses copains, Tom se retrouve souvent seul. Et il doit se débrouiller. Pour manger, il va chaparder dans les potagers voisins… Mais comme il a peur de se faire prendre et d’être envoyé à la DDASS (sa mère lui a dit que ça pouvait arriver et qu’elle ne pourrait rien faire pour le récupérer), il fait très attention. Un soir, en cherchant un nouveau jardin où faire ses courses, il tombe sur Madeleine (quatre-vingt-treize ans), allongée au milieu de ses choux, en larmes parce qu’elle n’arrive pas à se relever. Elle serait certainement morte, la pauvre vieille, si le petit Tom n’était pas passé par là…

Voici un roman terriblement tendre, doux, léger. Et amusant.

Tous ces personnages qui se télescopent et se lient. Tous sont très attachants, attendrissants, chacun à leur façon, même si l’on a du mal à pardonner parfois certains faux pas ou actions inconsidérées. On tombe très vite sous le charme de ce gamin pas gâté par la vie. Ce petit garçon qui gère sa vie et sa mère comme un grand; qui fait ce qu’il peut pour subvenir à leurs besoins et pour pallier aux manquements nombreux de sa mère. Ce gamin courageux, persévérant et perspicace. Tom qui doit être mûr à la place de sa mère puisqu’elle se conduit comme la gamine qu’elle n’a pas vraiment été.

Un roman d’amitié, dans lequel l’entraide, la solidarité, le soutien priment. Un roman d’amour en somme. Un amour filial et inconditionnel.

Une écriture légère et fraîche, un roman court qui se lit d’une traite. Une jolie découverte, puisque c’est le premier roman de l’auteur que je lis. Il faudra que j’achète les deux premiers.

 

 


2017/22: Vous plaisantez monsieur Tanner, Jean-Paul DUBOIS

Avant d’hériter de la maison familiale, Paul Tanner menait une existence paisible. Mais depuis qu’il a décidé de la restaurer, rien ne va plus! Maçons déments,  couvreurs délinquants, électriciens fous, tous semblent s’être donné le mot pour lui rendre la vie impossible. Chronique d’un douloureux combat, galerie de portraits terriblement humains: le récit véridique d’un chantier infernal, coloré d’une bonne dose d’humour… noir!

Paul Tanner hérite donc de la maison familiale. Il va vendre sa maison pour financer la restauration de celle-ci. C’est le début d’une aventure épique et rocambolesque. Douloureuse aussi.

Moi qui à la recherche d’une maison à rénover, j’avoue que ce genre de récit fait réfléchir… C’est le moins que l’on puisse dire. Ca fait même un peu peur. Je me dis que pourvu que nous n’ayons pas la malchance de tomber sur des énergumènes pareils quand nous aurons enfin trouvé notre maison… Aïe aïe aïe….

Parce que le pauvre Paul, il va en voir de toutes les couleurs! Les différents entrepreneurs vont enchaîner les catastrophes et faire montre d’une mauvaise foi à toute épreuve.

Un petit roman drôle sans non plus être hilarant, mais divertissant. Un bon moment de détente.

 


2017/09: Appartement 24, Gaëlle GUERNALEC-LEVY

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Julie est amoureuse. Immature aussi. Le prince charmant enjôleur, qui l’a séduite par ses attentions et sa douceur, ne tarde pas à montrer son vrai visage, celui d’un amant violent qui entend élever un enfant comme on dresse un chien. Dans le huis-clos de l’appartement 24, Théo, 4 ans, ne peut compter sur personne, pas même sur sa mère, pour le protéger. La voisine du dessous ou l’instituteur comprendront-ils à temps? Les services de protection de l’enfance sauront-ils répondre à l’urgence? Portrait d’une mère fragile et dépassée, Appartement 24 est aussi le récit des difficultés, des atermoiements  et des limites des travailleurs sociaux, contraints de concilier des intérêts parfois antinomiques: celui des parents et celui de l’enfant.

Un récit court (152 pages) mais très intense. Un petit roman lu en trois heures à peine, qu’il est impossible de lâcher tant il ne faut pas lâcher Théo, sait-on si cela l’aiderait… Un petit roman qui fait monter les larmes aux yeux.

Julie est une maman célibataire ayant eu son petit garçon trop jeune (à 19 ans). Encore maintenant, elle est très fragile et immature. Heureusement ses parents veillent. Mais voilà. Julie rencontre David, dont elle tombe éperdument amoureuse et qui vient bien vite s’installer chez elle. Si les débuts sont idylliques, cela va vite changer, et principalement au détriment de Théo…

D’un chapitre à l’autre, nous rencontrons tous les acteurs de cette sombre histoire. L’auteure nous expose leur point de vue, leur comportement mais aussi leurs limites. Un peu comme dans un roman-choral. Et bien sur, la question se pose: et nous? Dans un cas similaire, m’apercevrais-je que quelque chose ne va pas? Et dans ce cas, est-ce que je m’en mêlerais? Viendrais-je en aide à l’enfant (ou la femme) au risque de devoir me confronter à cet homme dangereux? Dans le cas où l’histoire tournerait à la tragédie, comme cela arrive régulièrement, serais-je capable encore de me regarder dans une glace et de vivre avec ce poids sur la conscience?

Un récit sans concession, sombre, franc, direct mais efficace et écrit de façon pudique. Cette histoire-là, si elle est dure et percutante, n’est pas pour autant glauque.

Ames sensibles s’abstenir.

 


2016/48: L’accident, Agnès AZIZA

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« Ca parle de la mort et les adultes ne veulent jamais en parler. » Aujourd’hui, j’ai quinze ans trois jours et vingt heures comme mon frère le jour de l’accident. Un roman qui parle aussi de la vie. Un roman qui parle aussi de l’amour. Un roman bouleversant.

Un livre dont j’aime le style. J’ai lu L’accident en quelques minutes.

L’histoire de ce livre est très touchante. Ca parle d’une famille composé d’un couple avec deux enfants. Henri et Vanessa sont des enfants qui aiment se chamailler pour des broutilles et se lancent des vannes du style,  » va mourir, je serais plus tranquille ». Mais ce jour-là, Vanessa n’imagine pas une seconde, bien sur, que c’est la dernière fois qu’elle le dira à son frère.

Un accident et sa vie va basculer.  Comme celle de toute la famille, ses parents et les amis proches. Et comment ne pas se sentir coupable quand on a souhaité la mort de son frère, même pour rigoler. Vanessa a mis du temps à réaliser, et quand elle y a cru, ça été la dégringolade.

Une histoire très poignante, touchante, et qui peut faire réagir les jeunes aux dangers de la route, à la nécessité de prendre certaines précautions, aux conséquence d’une certaine frivolité. Bien sur, le jeune n’est pas forcément responsable de l’accident qu’il subit, ce n’est pas mon propos, avant que tu râles. Mais cela met le doigt sur une réalité à laquelle beaucoup préfèrent ne pas penser. Et pourtant. Lequel d’entre vous n’a pas perdu un proche (un membre de sa famille ou un ami) sur la route, que la victime ait été responsable ou non de l’accident qui l’a emportée?

Chez nous, il y en a eu plusieurs. Cette histoire courte, le ressenti de cette jeune fille face à la mort, à la perte brutale de son frère, m’a fait pleurer. Et a fait remonter à la surface quelques souvenirs douloureux.

A lire.

 


2016/36: Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, Patrick MODIANO

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« – Et l’enfant? demanda Daragane. Vous avez eu des nouvelles de l’enfant?

– Aucune. Je me suis souvent demandé ce qu’il était devenu… Quel drôle de départ dans la vie…

– Ils l’avaient certainement inscrit à une école…

– Oui. A l’école de la Forêt, rue de Beuvron. Je me souviens avoir écrit un mot pour justifier son absence à cause d’une grippe.

– Et à l’école de la Forêt, on pourrait peut-être trouver une trace de son passage…

– Non, malheureusement. Ils ont détruit l’école de la Forêt il y a deux ans. C’était une toute petite école, vous savez… »

Jean Daragane est contacté par un journaliste, et sa compagne, qui ont retrouvé son carnet d’adresses égaré quelques temps auparavant. Cet homme a déniché un fait divers et tente de creuser ses pistes. L’opportunité pour Daragane, à travers eux, de revenir sur son passé et de trouver des réponses à des évènements de son enfance. Une enfance dont il ne se rappelle pas grand chose, très floue donc, à part quelques vagues flash, très vagues. Si ce n’est que ses parents en sont presque totalement absents et qu’il fut confié à des tiers dont on ne sait rien. Autant dire que nous se savons rien sur personne et que tout reste nébuleux, très imprécis. Aucune certitude.

J’avoue que ce récit me laisse dubitative. Prix Nobel de littérature 2014… Je ne vois pas pourquoi.  On divague un peu, on suit Daragane qui court après ses souvenirs et les protagonistes de son passé. Il se pose beaucoup de questions, mais ne cherchez pas, vous n’aurez aucune réponse. Une intrigue mélancolique dont on se demande si c’en est véritablement une. Un roman court, heureusement. Je ne suis pas parvenue à crocher.

Un manqué pour moi.