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2018/79: J’avais pourtant prévenu, Sylvain NAMUR

J’avais pourtant prévenu. J’ai interdit d’abord. Sans succès. Alors j’ai averti. Toujours pas. J’ai fini par montrer les écueils. Rien n’y a fait. Mais pourquoi donc Pandore continue-t-elle inlassablement à ouvrir cette fichue boîte ? Je n’en sais rien. Mais si vous avez lu 39 Heurts, vous ne pourrez pas dire que vous n’étiez pas prévenus. Si au contraire vous êtes en terrain inconnu, alors méfiez-vous des zones sombres de votre âme : elles sont reflétées ici dans un miroir malsain. De toute façon, maintenant que c’est fait, il est trop tard pour refermer la boîte… Alors, prêt à (re)plonger ? Et si la Faucheuse faisait une crise existentielle ? Pourquoi ces hommes déplacent-ils cette montagne ? Comment une femme peut-elle disparaître peu à peu ? Et si vous étiez le seul à voir le néant ronger l’horizon ? Et si le juge convoquait votre urne à votre procès ? Et si cet anniversaire était votre dernier ? Pire ! S’il ne l’était pas ? Dans ces 32 fables, vous côtoierez l’absurdité humaine dans toute son horrible splendeur.

J’avais pourtant prévenu est le deuxième recueil de nouvelles de Sylvain Namur, la suite parfaite de 39 Heurts. Mais d’un ton plus sombre.

Encore une fois, c’est un livre que j’ai lu d’une traite. Je suis arrivée à la dernière page sans m’en apercevoir.

Tu trouveras ici un mélange de drame, de fantastique, de folie. De l’absurdité aussi, propre aux hommes et à leur entêtement. Il y a des relations qui tournent au cauchemar, des cauchemars qui deviennent tangibles. Il y a de l’indifférence, de la maltraitance, de la violence quotidienne. Il y a des fins de vie. Et des crises existentielles.

Ce sont des récits noirs, dans l’esprit du K de Dino Buzzati (un de mes classiques, j’adore ce livre). Impossible de parler de chaque nouvelle sans les spoiler. Mais chacune porte à questionnement. Chacune ouvre un large panel d’interrogations et de réflexion. Beaucoup de thématiques sont abordées: la lutte contre les préjugés, le regard des autres porté sur soi, notre regard sur les autres, notre regard envers nous-même, jamais objectifs, rarement bienveillants. On parle de renoncement, quand on a dépassé le stade du désespoir et qu’il ne reste que le néant.

Certaines de ces nouvelles portent un coup au cœur. Pour moi, c’est par exemple le cas de Jeanne, du Pire, AÏcko ou encore Rosa.

Si tu as déjà lu et aimé 39 Heurts, tu aimeras aussi celui-ci. Si tu ne connais pas encore Sylvain Namur et que tu aimes les récits noirs, ça devrait te plaire…

Merci Sylvain de votre confiance.

 

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2018/75: 15 nuances de mères, Martine MAGNIN

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Le portrait idéal de la Mère, célébré chaque année au mois de mai, échappe parfois aux images oniriques. Mère rouge, mère trouble, mère de glace… Avec 15 nuances de mères, Martine Magnin, elle-même mère et grand-mère, décortique ici, via de courts récits, sans respect ni anesthésie, mais sans jugement ni accusation, les dérives et la grande imposture de certaines de nos mères, entre mission sacrée et démission totale, entre mères inutiles et mères nuisibles, entre fête des Mères et « défête ».
Tout est une question de nuances!
Après un utile rappel de l’historique de la fête des mères, découvrez les portraits de ces 15 femmes qui ne méritent pas toutes d’être fêtées…

Si tu viens de temps en temps ici, tu sais déjà que j’ai une tendresse particulière pour Martine Magnin. Tu sais déjà que j’affectionne son écriture fine et élégante.

Ce qui est bien avec Martine, c’est que chaque nouveau livre est une surprise. Toujours radicalement différent des précédents, même si on y retrouve toujours sa douceur et sa sensibilité. Cette fois-ci, Martine Magnin ne nous livre pas un roman mais un recueil de nouvelles, sur un sujet sensible: la maternité et l’instinct maternel, ou le non-instinct pour certaines. Peut-on qualifier de « mère » toutes les mères? Toutes méritent-elle d’être appelées « mères »? Toutes méritent-elles l’affection de leurs enfants?

Ici sont brossés quinze portraits. Dont certains sont corrosifs.

Mais attention, Martine livre ces portraits sans jamais en juger les acteurs ni se faire donneuse de leçon. Vous rencontrez ici des mères démissionnaires, rigides, intransigeantes, toxiques, absentes, négligentes, froides, addicts, dures, exigeantes, autoritaires, amères, désenchantées, égoïstes, trop parfaites, trop ci ou pas assez ça. Vous rencontrerez des mères omniprésentes,  étouffantes, envahissantes, fusionnelles, beaucoup trop ci et ça.

Mais vous rencontrerez aussi des enfants, dont certains parviennent à prendre le contrepied de leur génitrice, des enfants qui souffrent, des enfants qui se défendent comme ils peuvent.

Tu prendras certaines de ces nouvelles en pleine face. Tu y reconnaitras certainement des connaissances. La première nouvelle m’est arrivée comme un coup de poing. Alors j’ai refermé le livre. J’ai pris du temps avant de l’ouvrir à nouveau et d’en apprécier la saveur.

Merci Martine!

 

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2018/66: 39 Heurts, Sylvain NAMUR

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Comment surmonter la perte d’un enfant qui vit encore ? Que fait votre mère quand elle ne répond pas au téléphone ? Comment réagir face à un monstre qui vous ronge mais exauce vos souhaits ? Que faire si vous devez choisir entre vos deux enfants ? Vous, comment feriez-vous ?

La vie, c’est manger des pâtes devant un nanar. Sortir de chez soi, flâner. Découvrir le monde. C’est faire des crêpes. Manger des omelettes au bacon. Faire du vélo. Acheter des trucs inutiles. Et en être content.
C’est lire et écrire. C’est faire du kart. C’est aller manger une glace en ville l’été, des gaufres en hiver.  C’est embrasser l’être aimé. Et tant d’autres choses… Puis quand on a tout fait, recommencer. Et seulement après, s’il reste du temps, dormir. Dormir pour être en forme et recommencer encore plus, plus longtemps, plus fort. Ce livre ne parle pas de ça, mais des raisons pour lesquelles on doit vivre comme ça.

Voici un recueil de 39 courtes nouvelles. De genres et de sensibilités différentes, entre anecdotes, contes et fables.

39 nouvelles que je ne peux évoquer dans le détail sans risquer de t’en dévoiler trop.

Tu trouveras des nouvelles noires, des nouvelles plutôt philosophiques, etc… De nombreux thèmes sont abordés dans chacune. Certaines sont ironiques, ou satiriques, ou traitent d’un reflet psychologique, d’un instant T. Certaines montrent le caractère contradictoire des hommes, l’irrationalité ou l’extravangance de certains comportements. Il y en a pour tous les goûts…

Ce sont des tranches de vie où tout est question de point de vue et de nuance. Des récits dans lesquels il ne faut jamais se fier aux apparences, tant elles peuvent être trompeuses.

Certaines de ces nouvelles m’ont mis un coup au coeur, comme L’homme heureux. Celle-ci est terrible! Parmi mes préférées: Promesses d’avenir, Désirs d’enfants, Misère, Cupidon, Le coup de fil, La peinture rose, Après la viande, …

Merci beaucoup Sylvain de m’avoir permis de découvrir votre écriture.

 


2018/51: Douloureuse souffrance, Amélia VARIN

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Mina, Mélanie, Victoire et Lisa sont quatre jeunes filles qui ne se connaissent pas. Elles n’ont pas grand chose en commun et vivent bien éloignées les unes des autres. Pourtant une chose les rapproche : leur souffrance. Toutes les quatre n’en peuvent plus de vivre, elles ne peuvent plus supporter cette douleur qui broie leurs entrailles.

Les enfants peuvent être cruels et ces quatre jeunes filles sont bien placées pour le savoir. C’est l’histoire de la douleur et de la souffrance. C’est ce qui arrive quand le gouffre te précipite.

Voici un court recueil de quatre nouvelles. Le récit de quatre drames. Quatre jeunes filles, aux profils bien différents les uns des autres, confrontées à la cruauté de leurs semblables. Mina, Mélanie, Victoire et Lisa sont toutes confrontées d’une manière ou d’une autre au harcèlement scolaire. Si, heureusement, les enfants harcelés restent une minorité à y succomber, les victimes ressentent toutes la même souffrance face aux attaques, qu’elles soient verbales et/ou physiques. Toutes les victimes vivent la peur au ventre.

Dans ce recueil, nous assistons au point de rupture de ces quatre jeunes filles, l’instant où tout bascule. Le harcèlement scolaire est un vaste sujet, terriblement compliqué. Et Amélia Varin en sait quelque chose, en ayant elle-même été victime.

De mon temps (j’ai l’impression de parler comme ma grand-mère!), on ne parlait pas de harcèlement scolaire. A peine évoquait-on un peu de chahut… Ce qui n’empêchait pas de morfler, de bouffer des insultes…

Ces lignes, si elles sont encore celles un peu hésitantes d’une jeune femme blessée, débordent d’émotion, de souffrance. Mais aussi d’empathie et d’espoir, notamment au travers de l’histoire de Lisa. Parce que personne n’est à l’abri, et parce que tout le monde est concerné.

Ce recueil vient en écho à deux chroniques déjà publiées: Marion 13 ans pour toujours de Nora Fraisse, et Condamné à me tuer de Jonathan Destin. Deux témoignages terribles. Un recueil donc qui est malheureusement toujours au fait de l’actualité. Des gens comme Amélia, qui témoignent et qui sensibilisent, sont nécessaires. Merci Amélia.

Loi sur le harcèlement scolaire

 

Association Marion La main tendue

Stop Harcèlement: 0 808 807 010

Jeunes Violence Ecoute: 0 808 807 700

Cyber-harcèlement: 0 800 200 000

Site Agir contre le harcèlement à l’école: 3020

Association Noelanie

Association ALCH

 


2018/35: Peau morte, Thomas DESMOND

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Au fond des bois se cache une vieille cabane. Elle semble abandonnée, mais un homme atteint d’une maladie mystérieuse y vit seul, loin de la société, oublié. Mais ce soir, il a un invité très spécial. Ça fait longtemps qu’il n’a pas eu un peu de compagnie. Il n’a plus l’habitude de discuter, bavarder, tailler le bout de gras… Pourtant Dieu sait qu’il aime ça. Arrivera-t-il à tenir sa langue ?

Bienvenue chez Vincent Delair! Vincent est un enfant de la Lune. C’est-à-dire qu’il est atteint de Xeroderma Pigmentosum, un nom barbare qui signifie littéralement « derme sec et pigmenté ». Cette maladie génétique très rare touche un enfant sur un million, et concerne 91 jeunes patients en France. La peau est agressée par les ultraviolets et ne se régénère pas. Aucune parcelle de peau ne doit être exposée à la lumière du jour, il ne peut donc sortir que la nuit.

Vincent vit dans une cabane, cachée dans les bois, où l’on exilé ses parents. Son père, alcoolique et violent, lui a mené la vie dure. Jusqu’à ce que sa mère l’égorge. Autant dire que Vincent a très rarement la possibilité de rencontrer du monde… Mais aujourd’hui, Vincent a de la visite. Cette nouvelle est d’ailleurs la conversation que Vincent tient à son invité.

Si au départ, l’ambiance semble très conviviale, presque fraternelle, on se rend vite compte que quelque chose cloche. Thomas Desmond installe l’angoisse, le stress puis la terreur au goutte à goutte: au fur et à mesure de son monologue, puisque son interlocuteur semble muet, Vincent donne des indices sur sa vie très particulière. On devine vite qu’il a depuis longtemps sombré dans la folie… L’inspecteur André Lemaître n’aura pas dû venir inspecter cette partie de la forêt. Une initiative qu’il va vivement regretter.

Un récit efficace donc, parfaitement mené, anxiogène à souhait. J’aime beaucoup.

 


2018/33: La petite fille aux cheveux noirs, Thomas DESMOND

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Si je suis internée dans cet institut psychiatrique, c’est parce que je l’ai demandé. Si je suis loin des miens, à l’autre bout de la France, c’est pour les protéger. Si je reste ici jusqu’à ma mort, c’est parce que je n’ai pas le choix. Si j’écris cette histoire, c’est parce que j’ai perdu l’usage de la parole depuis longtemps. Si je me dépêche avant que la nuit tombe, c’est pour être prête. Elle arrive…

La narratrice de ce court récit est enfermée dans un institut psychiatrique. A la demande du nouveau directeur de l’établissement, elle écrit son histoire. Un déménagement suite à la mutation de son mari, une nouvelle maison dans laquelle elle ne se sent pas à sa place, et puis une fausse-couche. Voilà les évènements qui ont précipité cette femme dans la folie, semble-t-il. Parce que quand on lit son histoire, on se dit que la ligne entre folie et réalité est bien difficile à établir. Son récit est posé, et semble terriblement cohérent, à cette exception prêt qu’elle parle de hantise…

Le personnage de cette narratrice contant sa terreur est parfaitement crédible. Sa façon de s’exprimer est fluide, contrôlée, cohérente. Pas de contradiction ni d’hésitation. Elle n’est pas hantée, non, elle a été témoin d’apparitions dans une maison voisine de la sienne et elle entend un enfant demander de l’aide. Et nous, nous sommes des témoins passifs, à travers son regard. Nous partageons ses perceptions, ses ressentis aussi quand elle visite cette maison intrigante.

J’ai aimé la fin de cette nouvelle, où l’on s’aperçoit que l’esprit de cette femme serait finalement prisonnier d’une boucle temporelle. Certains sont persuadés que les murs conservent en eux les traces des évènements traumatisants qui ont eu lieu. Ces évènements, ici le meurtre d’une fillette, continueraient à se produire, encore et encore, dans une sorte d’espace-temps parallèle. Notre narratrice, fragile, brisée par sa fausse-couche, serait peut -être alors plus sensible à ces phénomènes, et malgré elle, elle subirait les interactions de cet autre espace-temps. Elle s’en retrouve captive, revivant nuit après nuit le drame, ressentant l’angoisse de l’enfant.

A se demander même si cette petite fille aux cheveux noirs ne pourrait pas être une extrapolation de son enfant perdu. Finalement, à la dernière ligne, je me pose encore la question de son état psychique…

Un récit réussi.


2018/03: Hasard, Sofia PEREZ

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« Hasard » tente de démontrer que l’attirance entre deux personnes n’en est jamais le fruit. Elle décrit l’intensité et le mouvement d’une relation entre deux femmes, une émulsion qui révèle progressivement un véritable secret.

La narratrice de cette nouvelle fait la rencontre de Frédérique sur son lieu de travail. Cette femme est sure d’elle et intelligente, elle capte l’attention de ses collègues sans s’en rendre compte. Elle exerce une fascination irrésistible sur la narratrice. Cette dernière pressent que Frédérique n’est pas tout à fait cette personne confiante, audacieuse qu’elle paraît être.

Il y a chez Frédérique un petit quelque chose qui la rend envoûtante, magnétique. C’est sur ce petit quelque chose, sur cette sensation, que va se tisser le lien étroit qui va unir les deux femmes. Un lien instantané, et qui va vite devenir exclusif, absolu.

Pourtant ce n’est pas l’amour qui les relient, comme on pourrait le croire. Non, il y a autre chose. Frédérique est mariée et mère de famille. La narratrice a une compagne. Chacune mène sa vie de son côté.

L’écriture est fine, on sent la narratrice s’aliéner dans cette relation avant d’enfin comprendre ce qui les rapproche toutes les deux. On sent les regards extérieurs peser sur elles. On sent les jugements, les reproches, la désapprobation. Et puis, Sofia Perez nous confie ce qu’elles ont senti l’une chez l’autre. Ce qui a motivé cette surprenante attirance, cette projection de l’une vers l’autre.

Une très jolie nouvelle, captivante, presque fascinante. Malgré la souffrance évidente, Sofia Perez ne juge pas, ne culpabilise aucune des parties., bien au contraire. Une nouvelle à lire, puis à relire avec les derniers éléments appris; elle prend alors une autre dimension.

Merci Sofia.