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2017/21: Les désemparés, Francis DENIS

« Mon petit prince », regarde comme la mer est belle!

La peau de Julie frissonne sous les caresses du vent qui monte. Je sens la sève qui accompagne la fraîcheur de l’air et me chauffe le bas du ventre, comme si tout mon corps voulait embrasser tout son corps.

Les baisers ne nous suffisent plus.

Il est temps de grandir…

Oh, petite sœur, comme j’ai envie de toi!

Tu vas me faire découvrir tout l’or de ta chair et la chaleur de ton sexe.

Enfin!

Nos mains se serrent un peu plus fort. Nous sommes à l’aube de notre histoire.

Il me tarde de voir le nouveau jour se lever sur nos jeux d’enfants innocents. Ils n’y comprendront rien, n’y verront que du feu, mais pas celui qui nous brûle de l’intérieur, je t’assure, pas notre feu à nous.

Ils ont des œillères qui les protègent de tout égarement, de tout ce qui n’entre pas dans la norme, de tout ce qui est sale, de l’interdit, soeurette, de l’interdit.

Je te le dis, nous irons loin dans notre amour, plus loin qu’il est pensable et acceptable.

Extrait de la nouvelle « Les Oyats ».

Aujourd’hui, je te présente un recueil de nouvelles de Francis Denis, artiste complet.

Voici donc Les désemparés. Un recueil court, 16 nouvelles, 166 pages.

Ce sont des tranches de vie, plus ou moins longues. Certaines nouvelles s’étalent dans le temps, d’autres relatent un instant de vie plus précis, un flash. Tu croiseras là l’espoir et le désespoir, l’horreur et la beauté, la solitude, l’isolement, mais aussi le désir et l’amour. Mais toujours dans chacun de ces récits, des sensations à fleur de peau.

La plupart de ces personnages sont en rupture avec la vie et la société, avec leur environnement. Ils ne sont pas vraiment hors du système, mais ils ont une vision bien personnelle de leur vie et de leur monde. La plupart d’entre eux est coupée de la réalité, ils ne s’intègrent pas à la société. Du moins au moment où Francis Denis parle d’eux. Certains parviennent à triompher des épreuves, d’autres vont complètement sombrer. Parce que la vie ne fait pas de cadeaux, ça se saurait. Parce que parfois, souvent même, notre vie n’est pas vraiment celle que l’on a imaginée.

Mais un point commun relie chaque protagoniste: tous sont fragiles. Une fêlure à colmater.

Certaines de ces nouvelles trouvent une fin abrupte, d’autres laissent libre cours à l’imagination. Une écriture sensible et douce, quasi poétique pour adoucir des drames.

Une jolie découverte.

 

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2016/17: Les enfants de Gédéon, Geneviève BUONO

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Qu’ils soient médecin, journaliste, cuisinier, les personnages de ce recueil sont liés. Instituteur en Kabylie pendant la guerre d’Algérie, Monsieur Gédéon est de ces maîtres que l’on n’oublie pas. Ainsi, de Djemila à Argenteuil, de l’Algérie des années noires à la banlieue d’aujourd’hui, Mélissa, Zara et Farid partagent les valeurs qu’il leur a transmises.

Je ne sais trop qu’en penser. Ce livre est présenté comme un recueil de nouvelles. Ce qui, pour moi,  n’est pas le cas. Il y a une douzaine de textes, entrecoupés de poèmes. Mais tous ces textes sont liés les uns aux autres, comme un roman court dont les chapitres s’articuleraient un peu bizarrement. L’histoire commence en Algérie, dans une Algérie occupée, pour finir en France, puisqu’il aura fallu fuir. Il me semble, si j’ai bien compris, que ce livre s’inspire largement de la vie du père de Geneviève Buono, instituteur en Algérie dans les années 50.

Je n’ai pas croché plus que ça, mais c’est un peu juste pour se faire une idée de l’auteure. Un autre des ses romans dort dans ma PAL, La nuit des mandarines, qui parle de son expérience de prof de maths dans un établissement de banlieue difficile. Il faut que je pense à l’en sortir.


2016/07: Insecte, Claire CASTILLON

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Ma fille est ma meilleure amie; mon père n’est pas méchant, maman; arrange-toi, tu es déguisée; ma mère est bête; ma fille est idiote; j’aime encore mieux que mon mari me trompe avec notre fille; ma fille est née dans une rose mais périra dans le chou; ma mère a un cancer, elle m’énerve; ma mère se laissait tellement aller qu’elle est morte. Quand les tête-à-tête entre mères et filles deviennent autant de raisons de vivre ou de mourir.

Voici un recueil de nouvelles sur les relations mères-filles. Plus ou moins indignes, conflictuelles, coupables, perverties. C’est selon. Certaines font sourire. Certaines vont très loin, sont révoltantes, poussent le lecteur dans ses retranchement. Mais aucune ne laisse indifférent.

Une découverte.

 


2016/01: Nouvelles Peaux, Collectif et Quentin FOUREAU

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Et si tout devait recommencer? Un meurtrier reçoit des sms d’outre-tombe, la mort s’invite en combinaison vinyle à une soirée lubrique, des momies philosophent sur les tombes, une fille muette hante une école abandonnée… alors que le monde moderne pensait être débarrassé des hantises du XIXè siècle, d’étranges phénomènes perturbent à nouveau les quotidiens. Un homme prétend invoquer la peste, des étudiants en médecine mènent des expériences sur le magnétisme, un téléphone ne veut plus s’arrêter de sonner, … Du Chat noir au Corbeau, dix auteurs réinterprètent à leur façon les histoires extraordinaires et autres nouvelles tirées de l’œuvre du maître du fantastique, Edgar Allan Poe. Il faudra affronter le surnaturel, l’invraisemblable et la folie, perdre tous ses repères, pour arriver au bout de l’horreur.

Très intéressant ce recueil de nouvelles paru aux Editions Luciférines. Délires, hallucinations, paranormal, on ne sait pas trop. Folie, surement. Et parmi ces auteurs, je vais aujourd’hui retenir une nouvelle. Celle de Quentin Foureau, « Il paraît que je suis fou« , très intrigante. Voici un récit, à l’image des autres d’ailleurs, qui inspire le trouble, l’inquiétude, à donner la chair de poule. Ce récit-là met particulièrement mal à l’aise, au fur et à mesure que l’on prend conscience de la folie du narrateur. Celui-ci s’installe dans une école désaffectée. Il croit les objets doués de conscience et d’une vie propre. Il entretient une étrange relation avec une jeune femme présente dans ces locaux, tout aussi étrange. D’ailleurs, on ne sait pas trop s’il s’agit d’une jeune fugueuse, par exemple, ou d’un cadavre abandonné là.  Je n’en dis pas plus pour ne pas vous gâcher le plaisir de cette découverte.

Une plume intéressante, donc. Ce n’est d’ailleurs pas le seul recueil auquel Quentin Foureau a participé puisqu’il a aussi écrit dans Maisons Hantées, également paru aux Editions Luciférines. Recueil que je n’ai pas encore lu, mais cela ne saurait tarder. Je vous en reparlerai le moment venu.

Je vais tricher, et reprendre le descriptif qui est donné dans Nouvelles Peaux, puisque je ne ferai jamais mieux: ses nouvelles abordent les thèmes de l’aliénation progressive, l’isolement dégénérescent, la sublimation artistique, les contre-cultures, le refus des limites et la construction d’une situation poétique et surnaturelle qui finit par dépasser ses personnages. Nourri par le black métal, il trouve ses influences littéraires dans les œuvres de HP Lovecraft, Chuck Palanhiuk ou Poppy Z. Brite. Au cinéma, les drames d’Harmony Korine et les films de Lars von Trier le fascinent. Et je peux vous dire qu’on les ressent bien, ces influences dans ses nouvelles…..

Vous pouvez aussi le lire ici (Le crachoir de Flaubert) et dans les numéros 7, 8, 10, 13, 14, 18, 20 et 23 de l’Effeuillée. J’ai personnellement eu un coup de cœur pour « Conte pour un miroir et un printemps » paru dans le n°10 (une réécriture de « De l’autre côté du miroir », de Lewis Carroll) et pour « Les bois » paru dans le n°23, qui n’a pas été sans me rappeler « La petite fille qui aimait ton Gordon de Stephen King. L’écriture est fluide, très agréable, limpide; les récits très efficaces: à un moment, tu flippes…

Mon seul bémol: c’est trop court…. A la fin de chaque nouvelle, j’en voudrais encore. Un talent à suivre donc, que j’adorerai pouvoir lire un jour sur un roman. Je suis persuadée qu’il serait très bon dans cet exercice.

Allez lire tout ça, et revenez me dire ce que vous en aurez pensé. Je suis sure que vous ne serez pas déçus.


This is not America, Thomas DAY

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Ce n’est pas l’Amérique. En tout cas, pas la nôtre. Mais c’est la sienne. L’Amérique de Thomas Day, où se frayent dans un carambolage d’influences, la carton pâte fané d’une puissance passée, le road sign rouillé (moitié ensablé) qui indique le chemin de la Zone 51, le cool déjanté d’un Tarantino sous crack et l’ombre, découpée dans la lumière du couchant sur John Ford’s Point, de ce héros américain – la mâchoire carrée et le zygomatique en berne – qui regarde loin, vers l’horizon et la Frontière.

This is not America, c’est trois nouvelles, lettres d’une Amérique qui n’est tellement plus elle-même qu’on a déjà l’impression de la connaître.

Bref, il s’agit d’un petit recueil de trois nouvelles SF, facile et rapide à lire. Petit bouquin distrayant, intéressant pour les amateurs du genre. Rien de plus à en dire.

Edité aux éditions ActuSF, collection Les 3 souhaits. Collection à creuser qui a l’air d’abriter quelques petites perles.