Archives de Tag: maltraitance

2019/39: Une guerre sans fin, Léa CLEMENT

Touchée par une amnésie partielle et en proie aux plus cruelles inquiétudes, May, une jeune trentenaire, décide d’écrire pour tenter de reconstituer, à travers ses souvenirs, les événements de son passé. En effet, May grandit à Beyrouth, durant la guerre civile libanaise, et « son enfance née posthume se désagrège sous les feux de la mitraille ». En dépit de son jeune âge, c’est seule qu’elle affrontera la cruauté de sa mère, la peur de la guerre et l’effroi de la prison. Confrontée aux tourments de l’Histoire du Liban et au monde arabe ravagé par le despotisme et l’obscurantisme, comment parviendra-t-elle à survivre et à se construire ? Et arrivera-t-elle à retrouver sa mémoire ? Mêlant réalité et fiction, ce roman est poignant et audacieux. La riche palette de la romancière colore le tragique. Sa plume poétique et son humour sarcastique peignent le monde de May, vu à travers ses yeux d’enfant d’abord, puis de jeune adulte, qui a côtoyé la mort et la folie, dans sa lutte pour devenir une femme orientale et libre.

Tout d’abord, un grand merci à l’auteure et à La Voie de Calliopé, conseil littéraire bénévole, de m’avoir fait découvrir ce roman.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ça démarre très fort. En effet, le roman s’ouvre sur une scène choc. Nous sommes à Beyrouth, à un barrage militaire, où a lieu une exécution publique. A ce moment, une femme enceinte se retrouve bloquée à ce barrage. Elle y mettra au monde sa fille, May.

Lire la suite

2019/25: Le confort de l’autruche, Martine MAGNIN

 

A paraître le 3 Juin 2019

 

« Tu sais, Jenny, derrière ces murs, on enferme les petites filles qui parlent trop. »

Petite fille docile et sensible, Jenny passe les sept premières années de sa vie dans le mensonge et la douleur. Elle survit, et raconte avec courage et détermination la maltraitance sexuelle et le déni familial. Le ton, sobre et pudique, est celui d’une violence rentrée et maîtrisée sous forme d’interrogations quant au rôle d’une mère.

Plutôt que de se concentrer sur les agissements du prédateur et d’accuser, « Le confort de l’autruche » dénonce avant tout le comportement des proches, mère et grand-mère, engluées dans leurs mensonges, leur passivité et leur confort organisé. Toute la particularité de ce texte se situe dans l’évocation d’une tacite malfaisance familiale et affective.

Si tu me lis régulièrement, tu sais déjà qu’à force d’enchaîner ses livres, tous différents mais tous empreints de sa très fine sensibilité, Martine Magnin est devenue une copine.

Aussi m’a-t-elle confiée son dernier ouvrage qui paraîtra lundi prochain.

Et vois-tu, tu vas très étonné, il s’agit encore une fois d’un très beau récit, un roman témoignage, un roman dur et fort, un roman coup de poing.

Jenny est une petite fille comme toutes les autres, qui vit ses premières années dans la joie et l’allégresse des années d’après-guerre, dans un Montmartre encore rustique, joyeux et insouciant. Elle y occupe un petit appartement, très chiche, avec sa mère et sa grand-mère.

Mais voilà, le bonheur ne va pas durer. Sa mère rencontre M, l’homme de sa vie… Le cauchemar de Jenny. Et la vie bascule.

Lire la suite


2017/94: La comtesse rouge, Bénédicte CHAPLART

Ce n’est pas sans humour et légèreté que l’auteur nous raconte son enfance terrifiante dans les années 70. Entre un père violent et incestueux et une mère alcoolique et suicidaire, Bénédicte a dû faire face à un quotidien terrifiant, où l’innocence enfantine n’avait pas sa place. Si des parents aimants cherchent à transmettre à leurs enfants des valeurs positives telles que l’honnêteté et le respect, pour les parents de Bénédicte, le mensonge était une règle et le vol un passe-temps, voire un art. Comment se construire dans un monde sans repère ? Comment bien grandir sans avoir confiance dans les adultes qui doivent nous servir de modèles ? Heureusement, Bénédicte trouva un peu de stabilité auprès de sa grand-mère, la seule personne à lui avoir appris ce qu’est l’amour véritable. Entre espoirs et désillusions d’une enfance malheureuse, ce récit ne tombe jamais dans l’auto-apitoiement et reste malgré tout une ode à la vie.

Une enfance pareille… Comment peut-on à tel point abîmer ses enfants?

Ce récit autobiographique est terrible. Bénédicte a grandi à Reims, où avec son frère aîné Philippe, ils doivent se gérer seuls, puisque leurs parents travaillent de nuit. Bénédicte a alors sept ans. Le père est violent, il a la main leste. Bientôt, il ajoutera l’agression sexuelle aux coups. La mère est alcoolique et cumule les tentatives de suicide, que la petite Bénédicte doit gérer seule. C’est elle, en pleine nuit, qui va à la cabine téléphonique du coin appeler les secours. On lui apprend le mensonge et le vol. Les parents, la mère particulièrement, l’utiliseront tant qu’ils pourront. Heureusement, sa grand-mère maternelle, bien qu’elle se refuse à accabler sa fille, tendra la main à Bénédicte et l’aidera à se construire.

Un récit choquant. En tant que maman, ma fille étant mon moteur, je ne peux pas comprendre qu’on puisse infliger cela à ses enfants. Pourtant, malgré les maltraitances qu’elle a subies, Bénédicte ne s’apitoie pas. Elle livre un témoignage. Elle montre que même si les épreuves semblent vouloir avoir raison de nous, il est toujours possible de s’en sortir, à force de volonté. Elle aime la vie ; l’espoir et la détermination sont les moteurs de son adolescence. Elle n’est jamais triste ; son frère et elle survivent, se soutiennent et apprennent à faire avec les moyens du bord.

Ce témoignage est un exutoire ; Bénédicte est une personne simple, qui souhaite montrer qu’il faut s’accrocher et apprécier toutes les petites choses que la vie nous offre. Parce qu’elle dit que même si la vie peut être vacharde, elle est un cadeau qu’il faut chérir.

Un livre lu d’une traite, impossible de le poser avant d’avoir tourné la dernière page. Un grand merci, Bénédicte, de la confiance que vous m’avez accordée.

 


2017/09: Appartement 24, Gaëlle GUERNALEC-LEVY

img_20170207_140752

Julie est amoureuse. Immature aussi. Le prince charmant enjôleur, qui l’a séduite par ses attentions et sa douceur, ne tarde pas à montrer son vrai visage, celui d’un amant violent qui entend élever un enfant comme on dresse un chien. Dans le huis-clos de l’appartement 24, Théo, 4 ans, ne peut compter sur personne, pas même sur sa mère, pour le protéger. La voisine du dessous ou l’instituteur comprendront-ils à temps? Les services de protection de l’enfance sauront-ils répondre à l’urgence? Portrait d’une mère fragile et dépassée, Appartement 24 est aussi le récit des difficultés, des atermoiements  et des limites des travailleurs sociaux, contraints de concilier des intérêts parfois antinomiques: celui des parents et celui de l’enfant.

Un récit court (152 pages) mais très intense. Un petit roman lu en trois heures à peine, qu’il est impossible de lâcher tant il ne faut pas lâcher Théo, sait-on si cela l’aiderait… Un petit roman qui fait monter les larmes aux yeux.

Julie est une maman célibataire ayant eu son petit garçon trop jeune (à 19 ans). Encore maintenant, elle est très fragile et immature. Heureusement ses parents veillent. Mais voilà. Julie rencontre David, dont elle tombe éperdument amoureuse et qui vient bien vite s’installer chez elle. Si les débuts sont idylliques, cela va vite changer, et principalement au détriment de Théo…

D’un chapitre à l’autre, nous rencontrons tous les acteurs de cette sombre histoire. L’auteure nous expose leur point de vue, leur comportement mais aussi leurs limites. Un peu comme dans un roman-choral. Et bien sur, la question se pose: et nous? Dans un cas similaire, m’apercevrais-je que quelque chose ne va pas? Et dans ce cas, est-ce que je m’en mêlerais? Viendrais-je en aide à l’enfant (ou la femme) au risque de devoir me confronter à cet homme dangereux? Dans le cas où l’histoire tournerait à la tragédie, comme cela arrive régulièrement, serais-je capable encore de me regarder dans une glace et de vivre avec ce poids sur la conscience?

Un récit sans concession, sombre, franc, direct mais efficace et écrit de façon pudique. Cette histoire-là, si elle est dure et percutante, n’est pas pour autant glauque.

Ames sensibles s’abstenir.

 


2016/55: La maladroite, Alexandre SEURAT

la-maladroite

Diana, 8 ans, a disparu. Ceux qui l’ont approchée dans sa courte vie viennent prendre la parole et nous dire ce qui s’est noué sous leurs yeux. Institutrices, médecins, gendarmes, assistantes sociales, grand-mère, tante et demi-frère… Ce chœur de voix, écrit dans une langue dégagée de tout effet de style, est d’une authenticité à couper le souffle. Un premier roman d’une rare nécessité.

Voici une histoire inspirée d’un fait réel comme il y en a tant. Diana a disparu, morte sous les coups de ses parents. L’histoire, le calvaire de Diana, est raconté par ceux qui l’ont côtoyée. A tour de rôle, les enseignants, les personnels des services sociaux, les membres de la famille vont s’exprimer, décrire ce qu’ils ont vu, constaté, ce qu’ils ont tenté de faire pour venir en aide à l’enfant (en vain hélas) ou ce qu’ils ont tu.

Un roman impossible à lâcher, lu dans la soirée. Une écriture sobre, pudique. Un roman qui met le doigt sur les failles d’un système dans lequel chacun va d’abord se protéger avant de tenter quoi que ce soit pour l’autre. On aide, ok, on va dénoncer, mais seulement si on est sur, seulement si on a en mains des faits avérés (et encore…); il ne faudrait pas dénoncer trop hâtivement et payer les pots cassés. D’autant que la famille de Diana a l’air soudée, l’enfant a l’air d’être choyée, s’il n’y avait ces bleus et ces blessures à répétition. Seulement parfois, à force d’attendre un fait ou que quelqu’un d’autre se décide, il arrive qu’il soit trop tard. Comme c’est le cas de Diana. Les maltraitances subies par l’enfant auront raison d’elle. Un étau qui va la broyer, inéluctablement.

Un premier roman percutant, fin et subtil.


2016/54: Une fille comme les autres, Jack KETCHUM

product_9782070453115_195x320

Une petite ville des Etats-Unis dans les années 1950. Un jour d’été, au bord du ruisseau où il pêche des écrevisses, le jeune David fait la connaissance de la jolie Meg, sa nouvelle voisine. Meg et sa sœur vivent depuis peu chez Ruth Chandler, leur tante et mère du meilleur copain de David. Petit à petit, intrigué et fasciné, le jeune garçon se rend compte qu’il se passe quelque chose d’anormal chez les Chandler, que les choses ne sont pas ce qu’elles paraissent être dans ce paisible quartier résidentiel. Trente ans plus tard, David se souvient…

Meg et sa sœur ont perdu leurs parents dans un terrible accident de voiture. Elles sont donc confiées à leur tante, Ruth Chandler, déjà mère de trois garçons qu’elle élève seule. La charge de deux fillettes supplémentaires n’est pas pour lui plaire. David, leur voisin et meilleur ami de l’un de ses fils, passe beaucoup de temps chez eux. Il va assister, et participer malgré lui, à l’érosion de cette famille peu ordinaire, à leur basculement dans la folie. A la descente en enfer de Meg et sa sœur.

David va être à la fois spectateur et acteur de la tragédie qui se joue dans cette maison. Il a une fascination pour ce qui se passe là, pour ce qui va aussi se passer ensuite. Il a beau se dire que tout ça va trop loin, beaucoup trop loin, c’est plus fort que lui, il est irrésistiblement attiré par le lieu et par la victime. Le sadisme des comportements monte doucement en intensité, (aussi bien ceux de Ruth que ceux des enfants d’ailleurs, entretenu et encouragé par Ruth) jusqu’à devenir inacceptable.  Les jeunes gens vont se livrer à des actes d’une violence et d’une cruauté incroyable.

Un roman violent donc, très sombre. Percutant et glauque. Très bien écrit et très prenant. Une bonne trouvaille.


%d blogueurs aiment cette page :