Archives de Tag: littérature jeunesse

2017/101: La cave, Natasha PRESTON

« Il m’appelle Lilas. Depuis des mois il me garde enfermée dans une cave avec trois autres filles: Rose, Iris et Violette. Nous sommes ses jolies fleurs, sa famille idéale. Nous devons être parfaites, ou il nous tuera. Mais je suis Summer, quoi qu’il en dise. Jamais je ne baisserai les bras. Je sortirai de là. » Imaginez une maison comme n’importe quelle autre. dedans, une pièce. Dans cette pièce, une armoire. Derrière cette armoire, une porte. Au-delà, des escaliers. Et en bas, une cave. Une cave où sont séquestrées quatre filles. Avant, Lilas s’appelait Summer. Elle avait des parents, un frère insupportable, des copines, un petit ami. Elle fera tout pour les retrouver. Car contrairement aux autres filles, elle n’est pas prête à accepter son sort jusqu’à faner et dépérir…

Summer ne s’est pas résignée. Avant que Trèfle l’enlève et ne fasse d’elle Lilas, le dernier membre de sa famille parfaite, elle avait une vie. Des parents, un frère, des amies, un petit copain. Une vie sociale. Une vie normale d’adolescente. Mais voilà, ce soir-là, elle a croisé la route de Trèfle. Maintenant, elle est l’une des occupantes de la cave, avec trois autres jeunes femmes qui, elles, semblent avoir perdu toute velléité d’évasion. Elles savent de quoi Trèfle est capable et ont trop peur pour se révolter. Lilas, elle, refuse de baisser les bras.

C’est un bon thriller jeunesse, mais cela manque de profondeur pour un public plus averti. La fin est à l’image du récit, pas choquante pour un jeune public. Mais elle manque de piquant pour nous autres. Sinon, c’est un roman intéressant. Le récit est raconté en trois temps. D’une part, par Summer (16 ans), par Trèfle, et enfin par Lewis, le petit ami de Summer qui refuse de la considérer comme morte. Le portrait de Trèfle se dessine, l’ampleur de ses problèmes psychologiques, ses comportements obsessionnels, son imprévisibilité, son instabilité autant psychologique qu’émotive, ses raisonnements absurdes et illogiques (sauf pour lui bien sûr).

Une écriture fluide et agréable. Une atmosphère pesante. Un bon roman jeunesse.

 

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2017/95: Le piano aphone, Pierre BENAZECH

Si vous n’avez jamais contemplé de coucher de soleil sur Mars ou encore pêché dans un lac en papier. Si vous n’avez jamais eu l’occasion de discuter musique classique avec un fantôme ou de voler le vaisseau spatial du père Noël. Si vous n’avez pas de machine à écrire les rêves sous votre oreiller ou de séchoir à larmes dans votre salle de bain pour effacer vos chagrins. Si vous n’avez jamais rencontré de cigale violoniste ou de chocolatier itinérant. Si vous vous demandez qui a bien pu grignoter la lune. Si vous ne connaissez personne qui aime assez les bonbons pour avoir des larmes sucrées. Si vous n’êtes pas encore au courant que l’on installe des hôtels dans les anacondas ou encore si vous ne savez pas à quoi peut bien servir un piano aphone. Alors ce livre peut vous aider à rattraper le temps perdu.

Voici un court roman jeunesse fantastique très sympathique, amusant, épique, fantasque, farfelu, loufoque. On s’évade complètement.

Devant se rendre à C., Pierre s’endort dans le train. Il se réveille dans un lieu étrange, la Gare des âmes, où il fait la connaissance d’un singulier fantôme. Ce dernier erre là car il a perdu la mémoire et ne sait pas où il doit aller ou qui il doit attendre. La quête de Pierre pour retrouver le chemin de retour pour C. va être un vrai parcours du combattant, étonnant, presque burlesque. Les surprises et les rencontres vont s’enchainer.

Voici un roman agréable, distrayant et cocasse. C’est bourré d’humour et de poésie. C’est plein de références autant artistiques que littéraires. Les personnages sont attachants. Le Grand Rouge m’a beaucoup amusée. Monsieur Il m’a émue, ce personnage est formidable, empathique, délicat, sensible. L’idée de ce piano aphone, lié à l’âme de son musicien, est très belle et touchante. Il y a là une vibration émotionnelle merveilleuse.

Un bon moment de lecture que la visite de ce monde fantasmagorique, un peu entre Alice au pays des merveilles et les contes redoutables de notre enfance, mais tout en douceur.

Merci aux Editions Lune Ecarlate de cette découverte.


Kimiko aux Enfers: Renaissance, Thierry GAGNON

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Kimiko frissonna. Le fleuve lumineux qui s’étendait devant elle prit soudainement une nouvelle dimension à ses yeux. Les vagues et les tourbillons de ces eaux tourmentées lui donnaient l’impression d’une longue chevelure vivante et tortueuse glissant le long d’un corps féminin sans âge, constamment en mouvement et secouée de spasmes d’une colère infinie. La menace qui en émanait était presque palpable. Hermès, de son côté, s’était arrêté à quelques mètres des eaux tumultueuses et scrutait l’horizon. Prométhée, toujours embourbé jusqu’aux mollets, demeurait encore derrière, suivi des âmes des parents de Kimiko. Le Titan pointa vers sa montre.

  • Est-ce que le passeur est en retard, mon vieux? héla Prométhée. On dirait que le service s’est détérioré avec le temps… Serait-ce un signe que la nouvelle administration a laissé les choses aller?

Tout d’abord, je remercie vivement Thierry GAGNON et NUM Editeur de l’envoi de ce sympathique petit livre.

Kimiko est une adolescente américaine, d’origine japonaise, comme des milliers d’autres. Elle est accro à son portable et garde ses écouteurs scotchés aux oreilles, comme tout ado qui se respecte. Elle est insolente, butée, renfrognée, en rébellion vis à vis de ses parents. Une ado, quoi. Kimiko est en vacances en Grèce avec ses parents, à son grand désespoir. Ils terminent la visite de l’Acropole quand le drame survient. Hermès, de retour parmi les hommes, tue ses parents devant ses yeux, et emporte leur âme avec lui. Kimiko se lance à leur poursuite, sous la protection de Prométhée, afin de sauver l’âme de ses parents. Commence la longue traversée des Enfers grecs, sur les pas d’Hermès.

Voici un petit roman jeunesse bien construit, très instructif et distrayant. Entre le roman d’aventure et la quête initiatique. Au-delà de la quête de Kimiko se joue aussi le sort de Prométhée. Car, en plus d’avoir volé le feu sacré pour l’offrir aux hommes, celui-ci a fait en sorte d’affranchir les peuples du joug des dieux. Dieux qui ne vont bien sur pas manquer l’occasion de lui faire payer ses trahisons.

Il s’agit ici de l’introduction de ce que j’imagine être une folle saga (j’espère). Ce premier volume met l’histoire en place et nous présente les principaux protagonistes. A la fin de cet opus, beaucoup de questions restent encore sans réponses, qui à priori feront l’objet des volumes suivants.

J’ai pris plaisir à replonger dans les mythes oubliés de la mythologie grecque, passionnante (d’ailleurs, très bien le petit lexique qui à la fin du livre explique au jeune blasé qui est qui). Cela ravive des souvenirs, des heures il y a des années, passées à découvrir l’histoire de ces dieux. L’image de Prométhée tentant vainement de payer son passage du Styx avec une carte bleue m’a franchement amusée.

Donc une bonne lecture, très plaisante. J’attends impatiemment la suite!


No et moi, Delphine DE VIGAN

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« Elle avait l’air si jeune. En même temps il m’avait semblé qu’elle connaissait vraiment la vie, ou plutôt qu’elle connaissait de la vie quelque chose qui faisait peur. » Adolescente surdouée, Lou Bertignac rêve d’amour, observe les gens, collectionne les mots, multiplie les expériences domestiques et les théories fantaisistes. Jusqu’au jour où elle rencontre No, une jeune fille à peine plus âgée qu’elle. No, ses vêtements sales, son visage fatigué, No dont la solitude et l’errance questionnent le monde. Pour la sauver, Lou se lance alors dans une expérience de grande envergure menée contre le destin. Mais nul n’est à l’abri…

Voilà un petit livre qui prenait depuis longtemps la poussière dans ma PAL. A tort.

Les deux personnages principaux sont tellements touchants. L’apparence forte et sans faille de No, sa liberté, sa déchéance aussi, ses failles, ses faiblesses, sa fragilité. La ténacité, l’obsession de Lou, sa faculté de s’accrocher et d’y croire coûte que coûte, son amitié infaillible. Leur amitié inconditionnelle, leur amour vivace et entier. L’adolescence, quoi.

Un petit livre coup de coeur, lu d’une traite. Un sujet difficile, mais traité sans aucun préjugé ni clichés. Au contraire, l’écriture y est subtile et douce, par le regard de la jeune Lou.

A lire et que je ferai assurément lire à mon ado.

« On est capable d’envoyer des avions supersoniques et des fusées dans l’espace, d’identifier un criminel à partir d’un cheveu ou d’une minuscule particule de peau, de créer une tomate qui reste trois semaines au réfrigérateur sans prendre une ride, de faire tenir dans une puce microscopique des milliards d’informations. On est capable de laisser mourir des gens dans la rue. »

« On est capable d’ériger des gratte-ciel de six cents mètres de heut, de construire des hôtels sous-marins et des îles artificielles en forme de palmiers, on est capable d’inventer des matériaux de construction « intelligents » qui absorbent les polluants atmosphériques organiques et inorganiques, on est capable de créer des aspirateurs autonomes et des lampes qui s’allument toutes seules quand on rentre chez soi. On est capable de laisser des gens vivre au bord du périphérique. »


Qui es-tu Alaska?, John GREEN

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 La vie de Miles Halter n’a été jusqu’à maintenant qu’une sorte de non-évènement. Décidé à vivre enfin, il quitte le cocon familial pour partir dans un pensionnat loin de chez lui. Ce sera le lieu de tous les possibles. Et de toutes les premières fois. C’est aussi là qu’il rencontre Alaska. La troublante, l’insaisissable et insoumise, drôle, intelligente et follement sexy. Alaska Young.

Une très jolie histoire d’adolescents. Très touchante, à nouveau.

Une bande d’adolescents qui contre toute attente se lie d’amitié, en quête d’identité, de sens à donner à leur vie, de questionnements, qui subissent pour certains le poids des inégalités sociales. Miles est un ado comme les autres, qui fait ses premiers pas dans sa vie. Miles espère beaucoup de cette nouvelle vie loin de chez lui. S’ouvre pour lui, comme il le dit, la « quête du Grand Peut-Etre ». Ce sera pour lui l’occasion de découvertes majeures et d’expériences diverses, de nombre de premières fois (coup de foudre, alcool, …). Puis la confrontation violente à l’inadmissible: déni, désespoir, colère, regrets, remords, incompréhension, douleur.

Un bon roman d’apprentissage, à mettre en les mains de tous les ados.


Sweet sixteen, Annelise HEURTIER

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Quand est-ce que tu avais prévu de nous en parler? As-tu pensé aux conséquences de ta décision? As-tu seulement compris qur tu vas tous nous mettre en danger?

Molly était d’abord restée sans voix, la bouche ouverte, hébétée.

– Un paquet de Noirs se sont fait lyncher, et pour moins que ça, ma petite fille! avait hurlé sa mère.

Rentrée 1957.

Le plus prestigieux lycée de l’Arkansas ouvre pour la première fois ses portes à des étudiants noirs. Ils sont neufs à tenter l’aventure. Ils sont deux mille cinq cents, prêts à tout pour les en empêcher.

En 1954, la Cour Suprême des Etats-Unis rend inconstitutionnelle la ségrégation raciale dans les écoles publiques. Ainsi le Lycée Central de Little Rock (Arkansas) ouvre ses portes pour la rentrée de 1957 à neuf étudiants noirs, six filles et trois garçons, qui ont dû étudier parmi 2500 Blancs très hostiles. Tout sera fait pour empêcher Minnijean Brown Trickey, Elizabeth Eckford, Gloria Ray Karlmark, Melba Pattillo Beals, Thelma Mothershed, Ernest Green, Jefferson Thomas, Terrence Roberts et Carlotta Walls Lanier d’intégrer le lycée. Le gouverneur va même envoyer la Garde Nationale pour leur interdire l’entrée dans l’établissement. Le Président Eisenhower devra intervenir.

Ce roman jeunesse se découpe entre la vision de Molly et celle de Grâce. Molly est l’une des 9 étudiants noirs (librement adaptée de la vie de Melba Pattillo), et va être harcelée et menacée. Grâce est une étudiante blanche scolarisée à Little Rock, plutôt populaire, qui va prendre du recul face aux évènements et ne va pas s’opposer ouvertement à l’intégration des 9. Son manque de mépris et de haine vis à vis des Noirs va lui valoir quelques ennuis.

Une plongée en plein coeur de la ségrégation et d’une violence inouïe pour en abroger l’interdiction. Ces 9 étudiants noirs vont faire preuve d’un courage incroyable. Ils avaient entre 14 et 17 ans et ont supporté un déluge de haine insoutenable, et la menace plus que tangible du KKK. Bien sur, les faits ont ici été un peu lissés. L’histoire est romancée mais sans pour autant occulter la détresse et la volonté des 9 de Little Rock et la difficulté de cette année très spéciale.

Un roman très intéressant, à conseiller à nos ados qui considèrent que tout leur est dû et prennent l’éducation comme une punition au lieu de se rendre compte du cadeau qui leur est fait.

Un parallèle serait aussi intéressant chez nous avec par exemple (entre autres) les évènements entourant la Manif pour tous, et avec les dernières manifestations anti-GPA, même si le degré de violence n’est pas le même. Abolie la ségrégation?

Lecture commune avec Dareel de Chroniques Livresques.

 


Nos étoiles contraires, John GREEN

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Hazel est malade. Gravement. Augustus est en rémission. Elle a 16 ans, lui 17. Dès leur rencontre, en groupe de soutien, il est charmé par son originalité, elle est séduite tout court. Ils ont le même humour, le même regard sans concession et leur complicité est immédiate. C’est le début d’une magnifique histoire d’amour et d’amitié.

 Hazel a 16 ans. Elle est atteinte d’un cancer mais son dernier traitement a stoppé l’évolution du vilain crabe et lui laisse un peu de répit. Elle participe à contrecoeur à un groupe de soutien où elle va faire la connaissance d’Augustus et d’Isaac.

C’est poignant, très émouvant, sans pour autant tomber dans le mélodrame. Oui c’est triste. Oui j’ai pleuré. Mais parce que c’est touchant. L’histoire d’Hazel et de Gus est terrible et magnifique. Une histoire forte d’amour et d’amitié infaillible. Oui, la maladie et la mort sont omniprésentes. Mais l’histoire ne ressasse pas que le malheur ou la détresse des personnages. C’est un formidable hymne à l’espoir. Comme d’autres l’ont si bien dit, « une ode à la vie ».

Une très belle lecture.

(Je n’ai pas vu le film. Je vais très rarement voir les adaptations car en général je ne croche pas. Paraît que cette adaptation est un peu décevante. Trop patos justement. J’ai vu des comparaisons avec Love Story.)