Archives de Tag: littérature jeunesse

2018/26: 13 reasons why, Jay ASHER

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Clay Jensen reçoit sept cassettes enregistrées par Hannah Baker avant qu’elle se suicide. Elle y parle de treize personnes qui ont, de près ou de loin, influé sur son geste. Et Clay en fait partie. D’abord effrayé, il écoute la jeune fille en se promenant au son de sa voix dans la ville endormie. Puis, il découvre une Hannah inattendue qui lui dit à l’oreille que la vie est dans les détails. Une phrase, un sourire, une méchanceté ou un baiser et tout peut basculer.

Hannah a mis fin à ses jours. L’histoire commence sur cet état de fait.

Clay trouve devant sa porte un paquet anonyme. Ce paquet contient sept cassettes. Ces cassettes ont été enregistrées par Hannah. Elle y explique ces petites choses, ces détails insignifiants pris un par un, mais qui mis bout à bout, l’on conduite à cette décision irréversible. Treize personnes sont concernées. Chacune a joué un rôle, parfois insignifiant, parfois important, dans l’histoire de Hannah. Chacune de ces tranches de vie ont contribué au décès de Hannah. Treize personnes. A chacune une face de cassette. A chaque face, une histoire… A chacun de passer le paquet au suivant, selon l’ordre des cassettes.

Hannah explique son geste. Elle explique le cheminement de ses sentiments, de ses ressentis, son vécu et sa façon de percevoir les choses. Un suicide peut être une conséquence de beaucoup de choses. Pour Hannah, son lycée est un microcosme qu’elle subit au quotidien, un univers sali et perverti par la bêtise et la méchanceté de ceux qu’elle côtoie.

Un récit empreint de beaucoup d’émotions et de sensibilité.

Nota: Ne pas se baser sur la série diffusée sur Netflix, qui bien que construite sur ce roman, comporte des différences non négligeables.

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2018/22: Deux secondes en moins, Marie COLOT & Nancy GUILBERT

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« – Vas-y, joue quelque chose. Ce que tu veux, ce que tu aimes, ce qui t’emporte! » Depuis qu’un accident de voiture l’a complètement défiguré, Igor se mure dans le silence. Sa rancune envers son père, responsable de l’accident, est immense, comme sa solitude. Rhéa sombre dans le chagrin après le suicide de son petit ami. Encore sous le choc, elle ne sait plus à qui ni à quoi se raccrocher dans la ville où elle vient d’emménager. Pour l’un et l’autre, tout s’est joué à deux secondes. Deux secondes qui auraient pu tout changer… Et pourtant, Igor et Rhéa reprenne jour après jour goût à la vie en se raccrochant à la musique. Une fantaisie de Schubert et un professeur de piano pas comme les autres vont les réunir et les mener sur un chemin inespéré.

Le père d’Igor est un homme très occupé. Ce jour-là, dans la voiture, en rentrant du conservatoire, il pianote un sms, lâche la route des yeux quelques instants. Suffisamment pour percuter une voiture mal garée le long d’un trottoir. Le père s’en sortira avec quelques égratignures. Mais l’airbag d’Igor ne s’est pas déclenché et celui-ci se retrouve défiguré.

Quant à Rhéa, elle vient d’emménager dans la même ville qu’Igor. Elle ne se remet pas du drame de sa vie. Son petit ami, Alex, s’est suicidé en se jetant sous un train. Elle ne parvient pas à comprendre ce qui a motivé son geste désespéré. Sa vie d’adolescente insouciante s’est arrêtée à cet instant-là.

Un très joli roman jeunesse, dans la parfaite lignée de Nos étoiles contraires de John Green. Un roman bouleversant mettant en scène des adolescents que la vie à laissés sur le bord de la route. La vie de ces deux-là est une palie ouverte, à vif. Ils ont tout perdu en quelques secondes. Un roman dur mais plein d’espoir.

La musique avait une place prépondérante dans leur vie d’avant. Un professeur du conservatoire, à l’instinct très affuté, va les prendre sous son aile, et à force de patience et de fine psychologie, va les amener à se dépasser et à revivre. Il leur permettra de surmonter leurs traumatismes et de se reconstruire.

Les thèmes abordés ici sont très sombres: le suicide, la mort, le drame, le déni, le deuil, la colère, la révolte, la reconstruction. Parce qu’il faut trouver une pierre sur laquelle construire une nouvelle vie, accepter le regard des autres, s’accepter soi-même, pardonner aussi. Il leur faudra faire preuve d’indulgence, d’empathie aussi. Ce qui est loin d’être simple, écouter les autres quand on est plus qu’un gouffre béant de douleur et de ressentiment. Ils devront accepter leur état. Ils devront accepter qu’ils ne peuvent pas tout maîtriser, qu’ils peuvent parfois être les marionnettes d’un destin incontrôlable et impitoyable. Ils devront faire preuve d’une incroyable volonté pour continuer à vivre.

Un très beau roman. Un grand merci à Babelio et aux Editions Magnard Jeunesse.

 

 


2018/17: Luz, Marin LEDUN

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Premier dimanche des vacances d’été. Luz claque la porte de chez elle, furieuse après ces adultes qui restent à table jusqu’au milieu de l’après-midi, qui rient et qui boivent trop. Légèrement grisée par le soleil brûlant, l’adolescente gagne les rives de la Volte où se prélassent des groupes de baigneurs. Elle rencontre thomas, un élève de troisième qu’elle connaît peu mais qui lui plaît, accompagné d’une amie. Tous les trois décident de se rendre jusqu’à un point d’eau difficile d’accès, mais beaucoup moins fréquenté. Là où la nature devient dangereuse, les rencontres aussi…

Luz, quatorze ans, part vite de chez elle pour aller se baigner à la rivière, laissant derrière elle les adultes avinés encore attablés dans le jardin, pendant que sa mère et sa tante font la vaisselle et rangent la maison. Elle fuit surtout le voisin, ami de son père, dont le comportement équivoque la met très mal à l’aise. Elle retrouve près de la rivière Thomas et Manon, une élève de sa classe. Une fois installés au fameux point d’eau, au regret de Luz, des amis de Thomas s’incrustent. La bière coule à flot, la jeunesse n’est pas sérieuse… Mais voilà, tout ne va pas se passer comme espéré…

Un roman court (158 pages, Editions J’ai Lu) mais prenant, que je qualifierais de roman à suspens jeunesse. Un roman agréable, qui décrit les incertitudes et les contradictions d’une adolescente en pleine découverte d’elle-même. Luz n’est pas encore capable de gérer le désir qu’elle peut provoquer chez les garçons, mais pourtant son envie de plaire et de séduire la taraude. Comment se donner une attitude cool tout en restant sage? Donner libre court à son envie de liberté et d’émancipation tout en se préservant des mauvaises surprises ou des mauvais comportements? Difficile finalement de céder aux tentations…

Un petit roman intéressant.


2017/101: La cave, Natasha PRESTON

« Il m’appelle Lilas. Depuis des mois il me garde enfermée dans une cave avec trois autres filles: Rose, Iris et Violette. Nous sommes ses jolies fleurs, sa famille idéale. Nous devons être parfaites, ou il nous tuera. Mais je suis Summer, quoi qu’il en dise. Jamais je ne baisserai les bras. Je sortirai de là. » Imaginez une maison comme n’importe quelle autre. dedans, une pièce. Dans cette pièce, une armoire. Derrière cette armoire, une porte. Au-delà, des escaliers. Et en bas, une cave. Une cave où sont séquestrées quatre filles. Avant, Lilas s’appelait Summer. Elle avait des parents, un frère insupportable, des copines, un petit ami. Elle fera tout pour les retrouver. Car contrairement aux autres filles, elle n’est pas prête à accepter son sort jusqu’à faner et dépérir…

Summer ne s’est pas résignée. Avant que Trèfle l’enlève et ne fasse d’elle Lilas, le dernier membre de sa famille parfaite, elle avait une vie. Des parents, un frère, des amies, un petit copain. Une vie sociale. Une vie normale d’adolescente. Mais voilà, ce soir-là, elle a croisé la route de Trèfle. Maintenant, elle est l’une des occupantes de la cave, avec trois autres jeunes femmes qui, elles, semblent avoir perdu toute velléité d’évasion. Elles savent de quoi Trèfle est capable et ont trop peur pour se révolter. Lilas, elle, refuse de baisser les bras.

C’est un bon thriller jeunesse, mais cela manque de profondeur pour un public plus averti. La fin est à l’image du récit, pas choquante pour un jeune public. Mais elle manque de piquant pour nous autres. Sinon, c’est un roman intéressant. Le récit est raconté en trois temps. D’une part, par Summer (16 ans), par Trèfle, et enfin par Lewis, le petit ami de Summer qui refuse de la considérer comme morte. Le portrait de Trèfle se dessine, l’ampleur de ses problèmes psychologiques, ses comportements obsessionnels, son imprévisibilité, son instabilité autant psychologique qu’émotive, ses raisonnements absurdes et illogiques (sauf pour lui bien sûr).

Une écriture fluide et agréable. Une atmosphère pesante. Un bon roman jeunesse.

 


2017/95: Le piano aphone, Pierre BENAZECH

Si vous n’avez jamais contemplé de coucher de soleil sur Mars ou encore pêché dans un lac en papier. Si vous n’avez jamais eu l’occasion de discuter musique classique avec un fantôme ou de voler le vaisseau spatial du père Noël. Si vous n’avez pas de machine à écrire les rêves sous votre oreiller ou de séchoir à larmes dans votre salle de bain pour effacer vos chagrins. Si vous n’avez jamais rencontré de cigale violoniste ou de chocolatier itinérant. Si vous vous demandez qui a bien pu grignoter la lune. Si vous ne connaissez personne qui aime assez les bonbons pour avoir des larmes sucrées. Si vous n’êtes pas encore au courant que l’on installe des hôtels dans les anacondas ou encore si vous ne savez pas à quoi peut bien servir un piano aphone. Alors ce livre peut vous aider à rattraper le temps perdu.

Voici un court roman jeunesse fantastique très sympathique, amusant, épique, fantasque, farfelu, loufoque. On s’évade complètement.

Devant se rendre à C., Pierre s’endort dans le train. Il se réveille dans un lieu étrange, la Gare des âmes, où il fait la connaissance d’un singulier fantôme. Ce dernier erre là car il a perdu la mémoire et ne sait pas où il doit aller ou qui il doit attendre. La quête de Pierre pour retrouver le chemin de retour pour C. va être un vrai parcours du combattant, étonnant, presque burlesque. Les surprises et les rencontres vont s’enchainer.

Voici un roman agréable, distrayant et cocasse. C’est bourré d’humour et de poésie. C’est plein de références autant artistiques que littéraires. Les personnages sont attachants. Le Grand Rouge m’a beaucoup amusée. Monsieur Il m’a émue, ce personnage est formidable, empathique, délicat, sensible. L’idée de ce piano aphone, lié à l’âme de son musicien, est très belle et touchante. Il y a là une vibration émotionnelle merveilleuse.

Un bon moment de lecture que la visite de ce monde fantasmagorique, un peu entre Alice au pays des merveilles et les contes redoutables de notre enfance, mais tout en douceur.

Merci aux Editions Lune Ecarlate de cette découverte.


Kimiko aux Enfers: Renaissance, Thierry GAGNON

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Kimiko frissonna. Le fleuve lumineux qui s’étendait devant elle prit soudainement une nouvelle dimension à ses yeux. Les vagues et les tourbillons de ces eaux tourmentées lui donnaient l’impression d’une longue chevelure vivante et tortueuse glissant le long d’un corps féminin sans âge, constamment en mouvement et secouée de spasmes d’une colère infinie. La menace qui en émanait était presque palpable. Hermès, de son côté, s’était arrêté à quelques mètres des eaux tumultueuses et scrutait l’horizon. Prométhée, toujours embourbé jusqu’aux mollets, demeurait encore derrière, suivi des âmes des parents de Kimiko. Le Titan pointa vers sa montre.

  • Est-ce que le passeur est en retard, mon vieux? héla Prométhée. On dirait que le service s’est détérioré avec le temps… Serait-ce un signe que la nouvelle administration a laissé les choses aller?

Tout d’abord, je remercie vivement Thierry GAGNON et NUM Editeur de l’envoi de ce sympathique petit livre.

Kimiko est une adolescente américaine, d’origine japonaise, comme des milliers d’autres. Elle est accro à son portable et garde ses écouteurs scotchés aux oreilles, comme tout ado qui se respecte. Elle est insolente, butée, renfrognée, en rébellion vis à vis de ses parents. Une ado, quoi. Kimiko est en vacances en Grèce avec ses parents, à son grand désespoir. Ils terminent la visite de l’Acropole quand le drame survient. Hermès, de retour parmi les hommes, tue ses parents devant ses yeux, et emporte leur âme avec lui. Kimiko se lance à leur poursuite, sous la protection de Prométhée, afin de sauver l’âme de ses parents. Commence la longue traversée des Enfers grecs, sur les pas d’Hermès.

Voici un petit roman jeunesse bien construit, très instructif et distrayant. Entre le roman d’aventure et la quête initiatique. Au-delà de la quête de Kimiko se joue aussi le sort de Prométhée. Car, en plus d’avoir volé le feu sacré pour l’offrir aux hommes, celui-ci a fait en sorte d’affranchir les peuples du joug des dieux. Dieux qui ne vont bien sur pas manquer l’occasion de lui faire payer ses trahisons.

Il s’agit ici de l’introduction de ce que j’imagine être une folle saga (j’espère). Ce premier volume met l’histoire en place et nous présente les principaux protagonistes. A la fin de cet opus, beaucoup de questions restent encore sans réponses, qui à priori feront l’objet des volumes suivants.

J’ai pris plaisir à replonger dans les mythes oubliés de la mythologie grecque, passionnante (d’ailleurs, très bien le petit lexique qui à la fin du livre explique au jeune blasé qui est qui). Cela ravive des souvenirs, des heures il y a des années, passées à découvrir l’histoire de ces dieux. L’image de Prométhée tentant vainement de payer son passage du Styx avec une carte bleue m’a franchement amusée.

Donc une bonne lecture, très plaisante. J’attends impatiemment la suite!


No et moi, Delphine DE VIGAN

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« Elle avait l’air si jeune. En même temps il m’avait semblé qu’elle connaissait vraiment la vie, ou plutôt qu’elle connaissait de la vie quelque chose qui faisait peur. » Adolescente surdouée, Lou Bertignac rêve d’amour, observe les gens, collectionne les mots, multiplie les expériences domestiques et les théories fantaisistes. Jusqu’au jour où elle rencontre No, une jeune fille à peine plus âgée qu’elle. No, ses vêtements sales, son visage fatigué, No dont la solitude et l’errance questionnent le monde. Pour la sauver, Lou se lance alors dans une expérience de grande envergure menée contre le destin. Mais nul n’est à l’abri…

Voilà un petit livre qui prenait depuis longtemps la poussière dans ma PAL. A tort.

Les deux personnages principaux sont tellements touchants. L’apparence forte et sans faille de No, sa liberté, sa déchéance aussi, ses failles, ses faiblesses, sa fragilité. La ténacité, l’obsession de Lou, sa faculté de s’accrocher et d’y croire coûte que coûte, son amitié infaillible. Leur amitié inconditionnelle, leur amour vivace et entier. L’adolescence, quoi.

Un petit livre coup de coeur, lu d’une traite. Un sujet difficile, mais traité sans aucun préjugé ni clichés. Au contraire, l’écriture y est subtile et douce, par le regard de la jeune Lou.

A lire et que je ferai assurément lire à mon ado.

« On est capable d’envoyer des avions supersoniques et des fusées dans l’espace, d’identifier un criminel à partir d’un cheveu ou d’une minuscule particule de peau, de créer une tomate qui reste trois semaines au réfrigérateur sans prendre une ride, de faire tenir dans une puce microscopique des milliards d’informations. On est capable de laisser mourir des gens dans la rue. »

« On est capable d’ériger des gratte-ciel de six cents mètres de heut, de construire des hôtels sous-marins et des îles artificielles en forme de palmiers, on est capable d’inventer des matériaux de construction « intelligents » qui absorbent les polluants atmosphériques organiques et inorganiques, on est capable de créer des aspirateurs autonomes et des lampes qui s’allument toutes seules quand on rentre chez soi. On est capable de laisser des gens vivre au bord du périphérique. »