Archives de Tag: Liban

2019/39: Une guerre sans fin, Léa CLEMENT

Touchée par une amnésie partielle et en proie aux plus cruelles inquiétudes, May, une jeune trentenaire, décide d’écrire pour tenter de reconstituer, à travers ses souvenirs, les événements de son passé. En effet, May grandit à Beyrouth, durant la guerre civile libanaise, et « son enfance née posthume se désagrège sous les feux de la mitraille ». En dépit de son jeune âge, c’est seule qu’elle affrontera la cruauté de sa mère, la peur de la guerre et l’effroi de la prison. Confrontée aux tourments de l’Histoire du Liban et au monde arabe ravagé par le despotisme et l’obscurantisme, comment parviendra-t-elle à survivre et à se construire ? Et arrivera-t-elle à retrouver sa mémoire ? Mêlant réalité et fiction, ce roman est poignant et audacieux. La riche palette de la romancière colore le tragique. Sa plume poétique et son humour sarcastique peignent le monde de May, vu à travers ses yeux d’enfant d’abord, puis de jeune adulte, qui a côtoyé la mort et la folie, dans sa lutte pour devenir une femme orientale et libre.

Tout d’abord, un grand merci à l’auteure et à La Voie de Calliopé, conseil littéraire bénévole, de m’avoir fait découvrir ce roman.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ça démarre très fort. En effet, le roman s’ouvre sur une scène choc. Nous sommes à Beyrouth, à un barrage militaire, où a lieu une exécution publique. A ce moment, une femme enceinte se retrouve bloquée à ce barrage. Elle y mettra au monde sa fille, May.

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Le quatrième mur, Sorj CHALANDON

9782253179825-T

L’idée de Samuel était belle et folle: monter l’Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène de fortune, entre cour détruite et jardin saccagé. Samuel était grec. Juif, aussi. Mon frère en quelque sorte. Un jour, il m’a demandé de participer à cette trêve poétique. Il me l’a fait promettre, à moi, le petit théâtreux de patronage. Et je lui ai dit oui. Je suis allé à Beyrouth le 10 février 1982, main tendue à la paix. Avant que la guerre ne m’offre brutalement la sienne.

Un roman coup de poing.

Autant j’ai eu du mal avec la première partie du récit, mettant en place les personnages et leur vécu, autant dès que je suis entrée dans la partie parlant de la guerre et de la réalisation du projet de Samuel, je n’ai plus réussi à décrocher. C’est d’une violence inouïe. Et en même temps la volonté de monter cette pièce est chargée d’espoir. Et la partie est loin d’être gagnée. Du fait du sujet déjà (Antigone, quoi!), et de la difficulté à réunir les différents camps, des gens qui en dehors du projet n’auraient aucune hésitation à s’entretuer, chacun étant l’ennemi des autres. Les images de la guerre y sont intenses, le lecteur n’est pas épargné. Il n’y a pas de recul: le narrateur est plongé dans l’enfer, vit les choses comme elles arrivent, et nous aussi. Il éveille des sentiments divers et contradictoires, comme le narrateur les ressent, sans jamais pour autant prendre parti. Il a de la tendresse pour chacun de ses acteurs, tout en condamnant les agissements de chacun des camps.

Et puis l’Antigone d’Anouilh a été aussi pour moi, à une autre époque, une lecture coup de cœur (et pourtant le théâtre, c’est pas du tout ma tasse de thé). J’ai eu il y a quelques années beaucoup de tendresse pour cette jeune fille.

En bref, ce livre m’a secouée; je ne regrette en rien cette lecture.


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