Archives de Tag: horreur

2018/35: Peau morte, Thomas DESMOND

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Au fond des bois se cache une vieille cabane. Elle semble abandonnée, mais un homme atteint d’une maladie mystérieuse y vit seul, loin de la société, oublié. Mais ce soir, il a un invité très spécial. Ça fait longtemps qu’il n’a pas eu un peu de compagnie. Il n’a plus l’habitude de discuter, bavarder, tailler le bout de gras… Pourtant Dieu sait qu’il aime ça. Arrivera-t-il à tenir sa langue ?

Bienvenue chez Vincent Delair! Vincent est un enfant de la Lune. C’est-à-dire qu’il est atteint de Xeroderma Pigmentosum, un nom barbare qui signifie littéralement « derme sec et pigmenté ». Cette maladie génétique très rare touche un enfant sur un million, et concerne 91 jeunes patients en France. La peau est agressée par les ultraviolets et ne se régénère pas. Aucune parcelle de peau ne doit être exposée à la lumière du jour, il ne peut donc sortir que la nuit.

Vincent vit dans une cabane, cachée dans les bois, où l’on exilé ses parents. Son père, alcoolique et violent, lui a mené la vie dure. Jusqu’à ce que sa mère l’égorge. Autant dire que Vincent a très rarement la possibilité de rencontrer du monde… Mais aujourd’hui, Vincent a de la visite. Cette nouvelle est d’ailleurs la conversation que Vincent tient à son invité.

Si au départ, l’ambiance semble très conviviale, presque fraternelle, on se rend vite compte que quelque chose cloche. Thomas Desmond installe l’angoisse, le stress puis la terreur au goutte à goutte: au fur et à mesure de son monologue, puisque son interlocuteur semble muet, Vincent donne des indices sur sa vie très particulière. On devine vite qu’il a depuis longtemps sombré dans la folie… L’inspecteur André Lemaître n’aura pas dû venir inspecter cette partie de la forêt. Une initiative qu’il va vivement regretter.

Un récit efficace donc, parfaitement mené, anxiogène à souhait. J’aime beaucoup.

 

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2018/33: La petite fille aux cheveux noirs, Thomas DESMOND

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Si je suis internée dans cet institut psychiatrique, c’est parce que je l’ai demandé. Si je suis loin des miens, à l’autre bout de la France, c’est pour les protéger. Si je reste ici jusqu’à ma mort, c’est parce que je n’ai pas le choix. Si j’écris cette histoire, c’est parce que j’ai perdu l’usage de la parole depuis longtemps. Si je me dépêche avant que la nuit tombe, c’est pour être prête. Elle arrive…

La narratrice de ce court récit est enfermée dans un institut psychiatrique. A la demande du nouveau directeur de l’établissement, elle écrit son histoire. Un déménagement suite à la mutation de son mari, une nouvelle maison dans laquelle elle ne se sent pas à sa place, et puis une fausse-couche. Voilà les évènements qui ont précipité cette femme dans la folie, semble-t-il. Parce que quand on lit son histoire, on se dit que la ligne entre folie et réalité est bien difficile à établir. Son récit est posé, et semble terriblement cohérent, à cette exception prêt qu’elle parle de hantise…

Le personnage de cette narratrice contant sa terreur est parfaitement crédible. Sa façon de s’exprimer est fluide, contrôlée, cohérente. Pas de contradiction ni d’hésitation. Elle n’est pas hantée, non, elle a été témoin d’apparitions dans une maison voisine de la sienne et elle entend un enfant demander de l’aide. Et nous, nous sommes des témoins passifs, à travers son regard. Nous partageons ses perceptions, ses ressentis aussi quand elle visite cette maison intrigante.

J’ai aimé la fin de cette nouvelle, où l’on s’aperçoit que l’esprit de cette femme serait finalement prisonnier d’une boucle temporelle. Certains sont persuadés que les murs conservent en eux les traces des évènements traumatisants qui ont eu lieu. Ces évènements, ici le meurtre d’une fillette, continueraient à se produire, encore et encore, dans une sorte d’espace-temps parallèle. Notre narratrice, fragile, brisée par sa fausse-couche, serait peut -être alors plus sensible à ces phénomènes, et malgré elle, elle subirait les interactions de cet autre espace-temps. Elle s’en retrouve captive, revivant nuit après nuit le drame, ressentant l’angoisse de l’enfant.

A se demander même si cette petite fille aux cheveux noirs ne pourrait pas être une extrapolation de son enfant perdu. Finalement, à la dernière ligne, je me pose encore la question de son état psychique…

Un récit réussi.


2018/24: Demonica, Hervé GAGNON

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Le Mal est partout. En 1563, une poignée de protestants fuient la guerre de religion qui embrase la France et se réfugient secrètement au Canada. sur le site abandonné du village iroquois d’Hochelaga, ils fondent Havre-Grâce, où ils aspirent à vivre en paix. Mais le nouveau Monde se révèle inhospitalier pour ce groupe d’idéalistes mal préparés. Les premières récoltes sont mauvaises et le gibier a déserté les environs. L’hiver est cruel et le froid dévorant. La neige fait de la colonie une prison. La faim s’y installe et emporte les plus faibles. Petit à petit, le Mal s’insinue dans Havre-Grâce. Une fillette semble être possédée, des envies de cannibalisme animent certains colons et une créature mystérieuse rôde aux alentours. Homme, bête ou démon? Nul ne peut le dire. Le jeune Guichard tente de le découvrir.

La 4ème de couv. résume parfaitement le contexte de ce récit. Ces gens fuient l’horreur des tueries qui sévissent en France. Quand ils arrivent au village d’Hochelaga, c’est pour eux comme une providence. Ils imaginent que les indigènes qui vivaient ici autrefois ont dû être décimés lors des précédentes invasions coloniales. Alors ils prennent possession du village. Mais les conditions de vie sont différentes là de ce qu’ils ont connu en France. En effet, les quelques cultures semées ne donnent pas. Ils ne trouvent pas de gibier autour du village, et l’hiver est sans aucune commune mesure avec l’hiver français… Très vite, le froid et la famine vont s’installer. Et les premiers décès arriver. Ils devront user de toute leur volonté et du peu d’énergie qui leur reste pour s’organiser et survivre. Seulement il y a une chose qu’ils ne savent pas encore: cette soif de survie désespérée n’est que le début de leur cauchemar.

J’ai aimé l’écriture d’Hervé Gagnon. Le récit est parfaitement mené et circonstancié. C’est prenant, impossible de le lâcher sans savoir… La description de la fuite de ces quelques personnes, leur intense soulagement quand ils s’installent à Havre-Grâce, leur confiance absolue d’avoir gagné un avenir meilleur. Puis la réalité qui les rattrape, la prise de conscience de l’hostilité de leur nouvel environnement, leur survie qui ne tient qu’à un fil, les premiers morts qui entament leur confiance et leurs espoirs, les possibilités envisagées pour leur survie qui va diviser la colonie, et puis cette enfant dont on ne sait pas quel mal l’habite…

Une tension palpable, une communauté qui s’écroule, un récit très efficace et addictif.

 


2018/23: Le souffle des ténèbres, Frédéric LIVYNS

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Bryan et Suzy se rendent en Bretagne afin de se ressourcer. A proximité d’un étrange village que Bryan ne connaît qu’à travers les récits de son grand-père, ils découvrent les ruines d’un vieux château qu’aucune carte ne mentionne mais que tous les villageois paraissent craindre. Ils décident d’ignorer les avertissements et, animés par la curiosité, entreprennent de s’y rendre. Ils vont bien malgré eux réveiller la force maléfique qui y sommeillait. Un huis-clos surprenant oscillant entre légendes bretonnes et fantastique contemporain.

Après la mort de sa fille, Bryan se reconstruit doucement. Avec son épouse Suzy, ils viennent découvrir Munoz, un village breton d’où est originaire la famille de Bryan. S’il n’est encore jamais venu dans ce coin de Bretagne, il connaît l’endroit par les nombreux récits de son grand-père, qui a quitté le village à l’âge de huit ans dans des conditions qui restent troubles.

Bryan compte bien visiter tout ce qu’il est possible de voir dans la région, à commencer par ce mystérieux château noir à proximité du village, qui n’est répertorié nulle part. L’aubergiste tentera vainement de l’en dissuader, lui expliquant que de sombres légendes étaient attachées à ce lieu et qu’il était préférable de ne pas y aller. D’ailleurs, dans la région, tout le monde évite soigneusement d’y mettre les pieds. Même, on n’en parle pas. Mais Bryan est têtu…

Un thriller ésotérique et fantasmagorique intéressant. Moins sanglant et moins glauque que « Danse de sang », il reste un récit sombre construit sur d’horribles légendes: magie noire, satanisme, messes noires, sacrifices, … Tout y est. Jusqu’au cadre de ce roman: le château de la fille de Gilles de Rais, dans lequel elle avait entrepris de parfaire l’œuvre de son père… L’angoisse est bien distillée, le récit plutôt bien mené.

Un bon roman du genre. Merci aux Editions Lune Ecarlate pour ce service presse.

Je laisse la conclusion à l’auteur: « Le passé devait faire office d’assise, mais jamais de refuge. […] du chagrin peut jaillir l’espoir et des ténèbres peut naître la lumière. »

 


2018/14: Au nom de la vie, CETRO

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La suite de « Au nom de l’art ». Ames sensibles s’abstenir.

Au nom de l’art ou de toute autre concept présenté comme étant d’intérêt supérieur (science, patrie, religion, …), certains sont prêts à tout, y compris au pire.
Au nom de la vie, la leur et celle de leurs proches, d’autres sont prêts à se surpasser, jusqu’à se mettre en péril.
Asseyez-vous, préparez votre coeur… et lisez.

Nous retrouvons Soraya, Noah (et les autres) en pleine fuite. Ils se sont séparés pour avoir plus de chances de survivre. C’est une course poursuite folle qui s’engage, avec pleins d’espoirs, de désillusions, de surprises. Des héros insoupçonnés. Des salauds bien campés.

Le rythme reste intense. Il y a moins de descriptions de supplices, l’action est plus centrée sur la fuite de nos victimes et leur traque par ce qu’est devenu Dudule. Quoique l’idée de l’arbre sanguin est … stupéfiante. On en apprend plus sur Edmond et sur ses motivations. Icare se dévoile, Noah aussi. Sinon, j’ai quelques doutes sur le personnage d’Estelle qui me laisse dubitative. Quant à Soraya, elle incarne toutes les figures féminines à la fois.

Donc c’est mordant, prenant, incisif, brutal. Certaines situations paraissent aberrantes mais pourtant ça fonctionne. J’aime!


2018/13: Au nom de l’art, CETRO

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Texte susceptible de choquer . À déconseiller aux âmes sensibles.

L’Art. Jusqu’où certains sont-ils prêts à aller en son nom?
Des familles entières disparaissent, enlevées à leur domicile.
Une horrible machination est mise en place pour satisfaire les appétits déviants de fortunés amateurs d’art.
Soraya, adolescente de 16 ans, sera-t-elle le grain de sable dans ces rouages infernaux?

Soraya est une adolescente rebelle, sauvage, à fleur de peau, qui seul Julien a réussi à apprivoiser. Mais voilà, une nuit, Soraya, sa mère et son petit frère disparaissent sans laisser de traces. D’abord, Julien tourne en rond. Puis, il se met à chercher et suit son instinct. Dont il devrait peut être se méfier…

C’est …. wouah… Décidemment ces derniers temps, je cumule les romans très sombres et très forts! Donc après « Ame à âme » de Christian Perrot et « Danse de sang » de Frédéric Livyns, voici « Au nom de l’art » de Cétro… C’est noir, c’est moche, c’est violent, c’est dégueulasse!

Que de riches mécènes sont -ils prêts à financer pour occuper leur loisirs et satisfaire leur soif d’interdit? Qu’est-ce que des criminels sont-ils prêts à faire pour les sustenter? Jusqu’où sont-ils prêts à aller? Seront-ils capables de défier l’innommable?

Tous les ingrédients sont là, il n’y a pas de temps mort, le rythme est haletant, l’ambiance glauque à souhait. Cétro fait partie de ces auteurs, comme Maxime Chattam, au sujet desquels je me suis dit: heureusement qu’il a choisi d’écrire… Une imagination débordante, diabolique. Les deux scientifiques et l’artiste sont truculents, cruels, géniaux! Les personnages de Soraya, Julien et Noah sont hyper attachants. Les autres… Je te laisse le plaisir de les découvrir.

Mention spéciale pour les personnages de Dudule, et du couple Brigitte et Emmanuel…

Pour moi, c’est un vrai page-turner. Je reviens vite te parler de la suite.

 


2018/06: Danse de sang, Frédéric LIVYNS

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Veuve depuis peu, Véronique a l’étrange sensation de toujours ressentir la présence de son époux. En cherchant des réponses à ses questions, elle va libérer un démon aussi ancien que le monde lui même: le Dévoreur. Elle seule peut mettre fin à cette vague de meurtres cruels qui s’abat sur la ville mais le temps lui est compté car, à chaque âme absorbée, le démon devient plus puissant. Un terrifiant thriller fantastique qui nous plonge dans l’univers du vaudou.

Le mari de Véronique décède subitement d’un accident de la circulation. Quelques temps après les funérailles, Véronique remarque des phénomènes étranges et parfaitement inexplicables. Elle commence à croire que son mari est encore là, près d’elle. Elle évoque ses soupçons à sa meilleure amie, qui l’emmène rencontrer un prêtre vaudou. Mais lors de la cérémonie, Véronique va malgré elle déroger aux règles élémentaires de cette pratique et de ce fait libérer l’un des pires démons qui soit: le Dévoreur…

Ce roman est une plongée dans l’univers du vaudou et de ses pires démons. C’est un roman très noir, glauque à souhait. Par différents écrits et films, j’ai découvert le vaudou comme un art de vivre, presque une philosophie. En tout cas, le vaudou recèle un patrimoine, une culture, des traditions bien ancrées. Ici, il dépasse le folklore habituel. Ici, il est présenté plus comme une religion avec ses rites sacrés spécifiques. Les protagonistes en font une pratique plus que sérieuse et en exposent tous les dangers.

Les scènes de meurtres sont …. dégueulasses, ignobles. Même moi, j’ai lâché un « beurk »… C’est dire! Ames sensibles, passez votre chemin, ce récit n’est pas pour vous. Il y règne une atmosphère violente, irrationnelle, surnaturelle parfaitement maîtrisée bien qu’impalpable. L’angoisse et l’horreur montent rapidement pour très vite atteindre des sommets. Les cadavres s’accumulent, les crimes sont d’une cruauté incroyable, il y a des litres d’hémoglobine et des tripes à l’air… C’est juste immonde.

Tout ça pour dire que j’ai adoré ce livre, ça fonctionne parfaitement. Si comme moi tu aimes les histoires très sombres et glauques, ce livre est fait pour toi.

Merci à Frédéric Livyns et aux Editions Lune Ecarlate.