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2018/50: La gifle, Christos TSIOLKAS

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Lors d’un barbecue entre amis, un adulte gifle un enfant qui n’est pas le sien. Cet incident déclenche une réaction en chaîne, explosive, qui fait voler en éclats les faux-semblants et révèle avec la violence d’un boomerang le tableau implacable d’une société en pleine confusion. Provocant, urgent, impitoyable, un roman coup de point, une révélation.

Bon, ne nous emballons pas, hein! Coup de point, coup de poing… Non, pas pour moi. Une révélation non plus. Je suis même plutôt déçue.

J’admets qu’à la lecture du 4ème de couverture, je m’étais fait une toute autre idée de ce roman. Du coup, je reste sur ma faim et je l’ai trouvé trop long.

Donc voilà, Harry a eu un réflexe malheureux. Il a giflé Hugo. Tous sont invités au barbecue de Aisha et Hector. Des collègues, des amis, dont Rosie et Gary (les parents d’Hugo), et la famille dont Sandi et Harry (parents de Rocco). Hugo est un enfant pénible, qui a été insupportable tout le long de la soirée; il est la cause de plusieurs incidents. Et puis, les enfants engagent une partie de cricket. Hugo commet une erreur et est éliminé. Mais l’enfant ne l’entend pas de cette oreille et commence son scandale. Au bout d’un moment, Rocco s’avance vers Hugo pour récupérer sa batte. Alors Hugo lève l’objet au-dessus de sa tête, prêt à frapper. Hector s’interpose entre les deux enfants, de peur du coup sur le point d’être porté, et la gifle part. Gros blanc…

A partir de là, l’histoire va être racontée morceau par morceau par chacun des protagonistes présents au barbecue. C’est le début d’une longue série de portraits dans lesquels chaque personnage s’épanche, mais jamais suffisamment pour être intéressant  et attachant. La gifle et ses conséquences ne sont que le fil rouge qui relie tous ces portraits. Mais ce sujet reste au deuxième plan.

Les invités vivent tous an Australie, mais sont issus d’origines différentes (Australiens, Grecs, Anglais, Arborigènes, …), ce qui va faire ressortir un nombre certain de ressentiments de chaque ethnie envers les autres, et des préjugés que chacune colporte.

Vont ressortir aussi les failles de chacun, les conflits, les désaccords jusqu’alors tus, l’intolérance, le racisme ordinaire, la solitude de chacun au milieu des autres, l’incompréhension, l’égoïsme, l’arrogance, les désirs de vengeance, le refus obstiné de pardonner.

Sont étalés comme si cela était parfaitement normal les consommations de drogues diverses, les abus d’alcool, les infidélités, les besoins et/ou envies sexuels de chacun… Et Hugo, qui à 4 ans, tète encore sa mère à tout bout de champs, parce qu’il ne fait que ça d’un bout à l’autre du roman, il est pendu au sein de Rosie… Ca m’a gênée. Un peu trop exhibitionniste à mon goût.

Bref, je suis passée à côté du trait de génie rapporté par un certain nombre de critiques et d’une vision acerbe de la société australienne.

 


2018/45: Line, Marie-Claude MARAN-SCREF

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L’auteur s’immerge dans la relation intime qu’elle a eu avec sa mère et nous conduit à la rencontre de cette femme. On se prend au jeu de la découverte d’un personnage dans son époque.

Agrégée de lettres c’est avec un style délicat, tout en pleins et en déliés, que Marie-Claude nous livre ce récit, émaillé à la façon d’Annie Ernaux des petites choses de son enfance.

Ce livre est un très bel hommage de Marie-Claude Maran-Scref à sa maman décédée, Line. L’auteure nous fait découvrir qui fut cette femme, aussi forte que fragile, et à travers elle, qui elle est elle-même, puisqu’elle s’est construite à partir de Line.

Line est une femme incroyable, toute en ambiguïtés et en contradictions. Line a peur. De tout. Sans cesse. La peur lui colle au corps et au cœur. Comme une sangsue. Pendant sa jeunesse, Line et sa sœur subissent la présence de leur beau-père, ses humeurs et son alcoolisme. Alors, Line se jure qu’elle épousera un homme sobre, sérieux et droit. Ce sera Raymond. Quand il est mobilisé, six semaines après leur mariage, Line est déjà enceinte de leur premier enfant, Jean-Luc. Elle restera donc avec sa belle-famille, connaîtra la solitude, l’exode… quand Raymond revient, Jean-Luc a cinq ans. Suivront Anne-Marie et Marie-Claude.

Line vit sa maternité comme une vocation. C’est touchant le mal qu’elle se donne pour offrir une enfance à ses trois enfants. Marie-Claude, la dernière, est une enfant et une jeune femme svelte. Sa mère l’appellera toujours « ma puce », surnom dont elle ne parviendra jamais à se défaire. «  Quand on est installé dans le petit et le gentil, il est difficile de viser le grand et l’important. Je m’y suis efforcée pourtant. J’ai grandi en savoir, j’ai grossi par la tête. Mais je suis restée légère, inconsistante, invisible. »

Et puis Line vieillit. L’âge la rattrape. Elle se met à refuser. Tout. De sortir, de bouger. La peur reprend le dessus. Sa vie a trop de rides, elle traverse ses dernières semaines en s’abandonnant, en se perdant. Line est partie, Marie-Claude reste. C’est le récit d’un manque profond, d’un abysse insondable.

Alors Marie-Claude écrit. Pour combler le manque de sa mère. « Pour réparer la perte, pour restaurer le lien. […] Comme si je pouvais te reconstruire à coups de mots, te redonner corps et chair avec ma seule écriture… »

Je ne peux pas dire que ce récit m’ait embarquée. Sans doute trop intime. Mère et fille sont liées à tel point qu’elles se confondent parfois.

Mais l’écriture est très belle. C’est très fin, léger, subtil, délicat. C’est un récit touchant, duquel déborde cet amour inconditionnel pour sa mère, mais aussi le deuil si difficile et la douleur incommensurable de la déchéance et de la perte.

Merci aux Editions Chum et à Emma Freya, agent littéraire bénévole, de cette découverte.


2017/80: La cache, Christophe BOLTANSKI

« J’évolue à travers la Rue-de-Grenelle comme sur un plateau de Cluedo. A chaque tour, je découvre une nouvelle pièce. En guise d’indice, je dispose à ce stade d’une clé, d’un frigo à moitié vide, d’un samovar et d’une sonnette. Je ne suis pas en présence d’un meurtre, mais d’une disparition. »

Que se passe-t-il quand un homme qui se pensait bien français doit se cacher des siens, chez lui, en plein Paris, dans un « entre-deux », comme un clandestin? Quel est l’héritage de la peur, mais aussi de l’excentricité, du talent et de la liberté bohème?

Compliqué de décrire ce livre…

A travers la visite pièce par pièce de l’hôtel particulier habité par sa famille Rue de Grenelle, nous allons faire connaissance avec chacun des membres, marquants, de la famille de l’auteur, famille juive d’origine russe, et pénétrer l’histoire familiale. Un inventaire de chaque pièce va être fait, étage par étage, et par la même occasion, de chacun des occupants. On y rencontre les vivants, les morts, les absents, les espoirs, les batailles. Et puis il y a cette cache, cet « entre-deux » qui va s’imposer, qui va accueillir la peur et sauver la peau du docteur. Un passage difficile pour cette famille dont l’aïeule a déjà connu un déracinement précipité et un nombre certain de désillusions.

Les digressions sont nombreuses, les sauts à travers les époques aussi. Pour autant, on ne se sent pas perdu.

Même si j’ai eu du mal à crocher au sujet, le style est fluide et très agréable à lire. C’est un très bel hommage aux siens.


2017/65: Pardonnable impardonnable, Valérie TONG CUONG

Milo, 12 ans, est dans le coma après une chute de vélo sur une route de campagne. Tandis que l’enfant se bat pour sa vie, c’est toute sa famille qui vole en éclats. Dans ce ballet des aveux où défilent ses parents, son indéchiffrable grand-mère et sa jeune tante Marguerite, se dessinent peu à peu les mensonges, les rapports de force et les petits arrangements qui cimentent cette famille. L’amour suffit-il pour tout reconstruire? Un roman vibrant qui explore avec justesse nos cheminements vers le pardon.

Il y a d’abord Céleste, la mère. Puis Lino le père, Jeanne la grand-mère et Marguerite la tante, la jeune sœur de Céleste.

Ces quatre personnages vont se retrouver autour de Milo, le fils qui est dans le coma après une grave chute de vélo. L’histoire de cette chute, et ses conséquences sur la famille, va être racontée tour à tour par chacun d’eux. Vont alors remonter à la surface les non-dits, les conflits larvés, les liens qui les unissent tous, leurs relations conflictuelles. Difficile histoire familiale, que ce soit du côté de Céleste ou de Lino, mises au point douloureuses, règlements de compte… Ils se toisent, se jaugent, envoient ou rendent les coups.

Mais tout cela est décrit avec douceur et délicatesse, avec pudeur. L’auteure a beaucoup d’empathie pour ses personnages, à aucun moment elle ne les juge. Malgré les erreurs de chacun, qu’ils assument plus ou moins, ils sont attachants. Impossible de les détester, vu le cheminement de chacun.

Un très joli roman donc, sur les rapports familiaux et le rapport au pardon et au deuil. Une belle découverte.

 


Mémé, Philippe TORRETON

Mémé

« Mémé, c’est ma mémé, même si ça ne se dit plus. Mémé me manque. Ses silences, ses mots simples au Scrabble, sa maison enfouie sous les pommiers et son buffet d’avant-guerre. Ce texte est subjectif, partial, amoureux, ce n’est pas une enquête, ce n’est pas une biographie, c’est ce que j’ai vu, compris ou pas, ce que j’ai perdu et voulu retenir, une dernière fois. Mémé, c’est mon regard de gamin qui ne veut pas passer à autre chose. »

Voici le portrait qu’à plus de quarante ans Philippe Torreton fait de celle qui fut le personnage central de son enfance, un portrait tendre et nostalgique, construit par petites touches comme la mémoire, où chacun retrouvera sa grand-mère ou celle dont il a rêvé.

C’est parfaitement résumé. C’est tout à fait ça: le portrait tendre et nostalgique d’une grand-mère vue par son petit-fils. Une série de souvenirs et d’anecdotes mis bout à bout. L’occasion de deux ou trois bons mots. Ca tiendrait plutôt du journal intime.

A mon sens, ce récit n’a pas d’intérêt en dehors de la famille de cette Mémé-là. Pour eux,  c’est plein d’images, de joies ou de peines. Moi, j’ai eu du mal à finir et je me suis franchement ennuyée. J’ai fini parce que je déteste ne pas finir un livre. Par principe. Ca a peut être été publié parce que c’est Monsieur Torreton, je ne sais pas, mais je me suis demandé pourquoi. Voilà: pas transcendant du tout.


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