Archives de Tag: Drame

2019/52: Cousine K, Yasmina KHADRA

  • Editions Pocket
  • ISBN: 978-2266204941
  • 120 pages, 5,95€

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Hanté par la mort de son père, oublié par sa mère, blessé par l’absence de son frère adoré, un jeune Algérien se laisse peu à peu envahir par ses sentiments pour sa belle cousine. Très vite, cet amour devient une obsession. Comment s’approprier cette fille capricieuse, si proche et pourtant inaccessible ? Entre les deux adolescents, une relation de victime à bourreau s’installe. Croyant apaiser sa souffrance, l’amoureux envisage de se venger de l’indifférente. Va-t-il l’emprisonner, la violer, la tuer ? Dans le silence du douar, une tragédie se prépare

Jeune garçon en souffrance, beaucoup d’indifférence. Le début d’un drame?

Un enfant traumatisé par le décès violent de son père. Un enfant rejeté de tous. Un enfant dont on se joue nonchalamment.

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2019/46: Le méchant qui danse, Pierre PELOT

  • Editions Bragelonne
  • ISBN: 978-2-8205-1406-6
  • 245 pages en poche, disponible en epub/kindle, 5.99€
  • Pour le commander: Editions Bragelonne, Amazon.

Malheur, c’est le nom d’une famille vosgienne ; bien nommée. Une tribu, dont autrefois l’un des membres a été tué par sa femme, une « d’ailleurs », une pute. Elle a fait de la prison mais le clan Malheur ne s’estime pas vengé pour autant. Elle s’est remariée, la garce, et attend un enfant pour bientôt, de ce Jocco. Le jour de la fête foraine au bourg, Jocco est abattu dans son atelier de menuiserie, par un tireur inconnu. Il y a de la vendetta dans l’air. Et la future mère, enceinte jusqu’aux yeux, qui prend un flingue pour aller dessouder tous les enfants de Malheur

Un roman sur lequel je suis tombée au hasard de mes pérégrinations webesques. Et parfois, le hasard fait quand même bien les choses.

Chapitre premier: Calibre .22 LR. Quinze coups dans le magasin tubulaire placé sous le canon, un seizième possible, balle engagée dans la chambre ; un seizième, ou un premier… Réplique de la Winchester 30/30. Pas un jouet. Munitions Remington. Portée de tir dangereuse à 1 500 mètres. 18 h 56 au cadran de la montre-bracelet. Le doigt sur la détente. L’index. L’ongle est rongé jusqu’à la peau. Les oiseaux se taisent.

Comme chaque année début septembre à Saint-Hiel, la fête foraine s’est installée au village. Du haut de la butte Saint-Jean, dans son atelier de charpentier-menuisier, Jocco en perçoit les flonflons. Pause clope avec le Vieux. Il se tient distraitement devant la verrière. La seconde suivante, il s’effondre. Une balle vient de le faucher, pile au milieu du front…

Ainsi commence ce drame.

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2019/36: Virgin suicides, Jeffrey EUGENIDES

  • Editions Points
  • ISBN: 978-2-7578-7906-1
  • 254 pages, 7 €
  • Pour le commander: Les Libraires.fr, chez ton libraire.

Jeunes, belles et fragiles, les cinq filles Lisbon se suicident en l’espace d’une année. Difficile de comprendre ce qui se passe derrière les murs de la villa familiale: un quotidien étouffant, une mère plus sévère que les autres, une folie contagieuse… Des garçons du quartier, effrayés et fascinés, observent les filles s’effondrer une à une. Devenus adultes, ils s’interrogent encore.

Attention: cette édition-ci propose le texte intégral du roman de Jeffrey Eugenides publié en 1993. C’est spécifié à la première page. Ce n’est donc pas une réédition tronquée qui ferait suite au film de Sofia Coppola sorti en 1999.

Tout commence avec Cecilia… Elle essaye de se suicider en se coupant les veines, mais est secourue à temps. Quelques semaines plus tard, elle se défénestre.

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2019/20: L’île aux enfants, Ariane BOIS

Pauline, six ans, et sa petite sœur Clémence coulent des jours heureux sur l’île qui les a vues naître, la Réunion. Un matin de 1963, elles sont kidnappées au bord de la route et embarquent de force dans un avion pour la métropole, à neuf mille kilomètres de leurs parents. À Guéret, dans la Creuse, elles sont séparées. 1998 : quelques phrases à la radio rouvrent de vieilles blessures. Frappée par le silence dans lequel est murée sa mère, Caroline, jeune journaliste, décide d’enquêter et s’envole pour la Réunion, où elle découvre peu à peu les détails d’un mensonge d’État. À travers l’évocation de l’enlèvement méconnu d’au moins deux mille enfants réunionnais entre 1963 et 1982, dans le but de repeupler des départements sinistrés de la métropole, Ariane Bois raconte le destin de deux générations de femmes victimes de l’arbitraire et du secret. L’histoire d’une quête des origines et d’une résilience, portée par un grand souffle romanesque.

Tout d’abord, je remercie l’opération Masse Critique de Babelio et les Editions Belfond de l’envoi de ce service presse. Coup de cœur…

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2018/76: A son image, Jérôme FERRARI

Par une soirée d’août, Antonia, flânant sur le port de Calvi après un samedi passé à immortaliser les festivités d’un mariage sous l’objectif de son appareil photo, croise un groupe de légionnaires parmi lesquels elle reconnaît Dragan, jadis rencontré pendant la guerre en ex-Yougoslavie. Après des heures d’ardente conversation, la jeune femme, bien qu’épuisée, décide de rejoindre le sud de l’île, où elle réside. Une embardée précipite sa voiture dans un ravin: elle est tuée sur le coup.

L’office funèbre de la défunte sera célébrée par un prêtre qui n’est autre que son oncle et parrain, lequel, pour faire rempart à son infinie tristesse, s’est promis de s’en tenir strictement aux règles édictées par la liturgie. Mais, dans la fournaise de la petite église, les images déferlent de toutes les mémoires, reconstituant la trajectoire de l’adolescente sui s’est rêvée en photographe, de la jeune fille qui,  au milieu des années 1980, s’est jetée dans les bras d’un trop séduisant militant nationaliste avant de se résoudre à travailler pour un quotidien local où le « reportage photographique » ne semblait obéir à d’autres fins que celles de perpétuer une collectivité insulaire mise à mal par les luttes sanglantes entre clans nationalistes.

C’est lasse de cette vie qu’Antonia, succombant à la tentation de s’inventer une vocation, décide, en 1991, de partir pour l’ex-Yougoslavie, attirée, comme tant d’autres avant elle, dans le champ magnétique de la guerre, cet irreprésentable. De l’échec de l’individu à l’examen douloureux des apories de toute représentation, Jérôme Ferrari explore, avec ce roman bouleversant d’humanité, les liens ambigus qu’entretiennent l’image, la photographie, le réel et la mort.

Je crois qu’il va être difficile d’en dire plus que la 4ème de couv.

Tout au long de la cérémonie funéraire menée difficilement par son oncle et parrain, l’auteur nous fait découvrir la vie d’Antonia. Les souvenirs défilent, des tranches de vie avec les uns et les autres, qui révèlent sa personnalité, ses engagements, ses passions.

On voit Antonia grandir et murir, faire des choix pas toujours pertinents, prendre en main sa vie, positionner ses opinions, douter de ses choix, se remettre en question, s’interroger sur ses aspirations, … C’est une jeune femme passionnée, loyale, droite, courageuse.

Ce roman interroge sur la pertinence, la conformité, la justesse de la photographie de guerre, et de la photographie de presse plus généralement. Il interroge sur le bien-fondé et la véracité du message délivré par ces images,  la violence et l’indignation partagée par le photographe qui témoigne d’une réalité si peu tangible pour son public, l’indifférence de ce public face au choc des images diffusées, face à l’horreur quotidienne vécue par des gens dont tout le monde se fout comme de sa première chemise.

On réfléchit ici sur le pouvoir des images jetées en pâture dans la presse, sur l’apparence qu’elles donnent d’une réalité qui n’est pas la même pour chaque spectateur. Quel en est le degré de spontanéité? Quel point de vue mettent-elles en avant? Ces images sont-elles représentatives de l’évènement qu’elles exposent? La photo est le témoin, le reflet normalement vrai de nos vies. La photo touche à l’intimité des êtres immortalisés, elle expose des flashs d’un moment précis, une vision subjective de l’évènement qui est en train de se dérouler… De quelle façon certaines de ces images sont-elles détournées de leur message premier?

Bref, on pourrait débattre longtemps de tout ça. Personnellement, je n’ai pas trop croché à la construction du récit, mais j’ai par contre beaucoup aimé l’écriture fine de Jérôme Ferrari.

 


2018/72: Le malheur du bas, Inès BAYARD

9782226437792-j.jpg« Au cœur de la nuit, face au mur qu’elle regardait autrefois, bousculée par le plaisir, le malheur du bas lui apparaît telle la revanche du destin sur les vies jugées trop simples. » Dans ce premier roman suffoquant, Inès Bayard dissèque la vie conjugale d’une jeune femme à travers le prisme du viol. Un récit remarquablement dérangeant.

Comme dans Chanson douce de Leïla Slimani, ce roman s’ouvre sur l’épilogue tragique de l’histoire, qui est ensuite retracée jusqu’au drame.

Marie mène une vie agréable et rangée avec son mari Laurent. Mais Marie va être victime d’un viol: par son directeur dans sa voiture. Profondément humiliée, Marie va se taire. Et quand peu après elle découvre qu’elle est enceinte, il n’y a aucun doute pour elle quant à la paternité de l’enfant. Alors face à ses proches qui célèbrent cette naissance, elle se mure dans un silence destructeur et s’effrite jusqu’à l’inéluctable.

C’est un roman coup de poing que ce premier roman. Un roman cash, brut, difficile, douloureux. Pour Marie, cet enfant dont elle va devoir s’occuper, qu’elle aura chaque jour face à elle, est la preuve vivante et irréfutable de son agression. Preuve omniprésente qui le lui rappelle à chaque instant. Une douleur à la fois physique, morale et psychologique.

Le style est critiquable, peut être un peu trop brut. Personnellement, j’ai aimé justement cette écriture cash, crue, sans concession. Telle le ressenti de Marie face à sa vie qui se désagrège. Une écriture acerbe, coléreuse, agressive. Une écriture qui exprime la violence ressentie dans les rapports conjugaux, les rapports sexuels, la grossesse, l’accouchement, la joie honnie de l’entourage, … Violence vécue intensément, traumatismes intenses.

Il s’agit d’un récit d’une noirceur absolue. Un récit dérangeant, percutant, choquant. Un récit glaçant, qui frappe au cœur. Même si l’on ne croche pas au personnage de Marie, on ne peut que comprendre sa peur, son dégoût, son mutisme ravageur, sa honte, sa haine.  Et s’indigner des réactions des proches qui se voilent les yeux, ne relevant pas (ou ne voulant pas voir) les changements pourtant radicaux dans le comportement de Marie.

Très certainement un des plus gros succès de cette rentrée littéraire.

 


2018/64: Le silence des oeuvres accomplies, Marc SANDHOMME

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Après un grave accident de la circulation, Thomas a perdu le fil de sa vie. Il souffre d’une profonde amnésie et ne se souvient pas de ses proches ni de sa propre identité. Son corps ne répond plus. Tout, ou presque, lui a été ôté : le mouvement, le langage et même certaines de ses fonctions vitales que quelques machines maintiennent en vie. Il ne lui reste que la vue, l’ouïe et l’odorat pour garder un contact avec l’extérieur.
Emmuré dans son corps et coupé du monde, il n’aura d’autre recours que sa force intérieure et son imaginaire pour ne pas sombrer dans la folie. Il va alors tenter de retisser le lien qui le relie à son passé, notamment avec cette jeune femme qui chaque jour vient lui rendre visite et qu’il ne reconnaît pas.
« Le silence des œuvres accomplies » est un roman relatant la vie intérieure d’un homme, l’amour profond que lui portent ses proches et sa résilience face à l’adversité.

Voici un court roman dont le préambule a suffi à complètement me captiver.

Le premier chapitre s’ouvre sur la description d’une vie douce, agréable, bien rangée. Et puis…

Je lui répondrai alors que le bonheur est une vue de l’esprit. Qu’être heureux de vivre suffit. […] la vie n’est que changement et perpétuel devenir. Profitons de l’instant!

Et puis, c’est le drame…

Ce 24 juin, pour tenter d’éviter un camion fou, Thomas s’est encastré dans un platane.

Quand il reprend conscience, Thomas ne se souvient pas de grand chose ni de grand monde. Son corps ne réagit plus, son regard est vide de toute expression. Juste comprend-il qu’il est polytraumatisé. Son corps est en charpie. Son état de conscience n’est qu’intérieur.

Bien sûr, au départ, il ne mesure pas vraiment ce qui est en train de se jouer. Il est dans le coton, du fait des médicaments qui lui ont été injectés. Il est diagnostiqué comme étant plongé dans un coma profond stade 3. Voilà: nous sommes plongés au coeur de la problématique.

Il est muré dans ce corps disloqué. Personne ne perçoit son retour à la conscience. Et lui va petit à petit se rendre compte de l’étendue du problème. Autant pour lui que pour les autres. Pour les autres, il est un corps sans réaction avec un coeur qui bat encore. Il ne peut donc pas être abandonné, bien qu’il soit inerte. Il est une obligation que les autres doivent remplir, les renvoyant en même temps à leur impuissance, à leur douleur, au vide qu’il laisse. Pour lui, la réalité de son état le prend de plein fouet. Outre la souffrance et la douleur d’exister encore, il doit gérer la possibilité de l’impotence, celle de rester tel quel définitivement…

L’écriture est très belle, très fine, subtile. Le ressenti est terrible. L’impression de vécu est très marquée. La sensation de toucher à quelque chose de profondément intime transpire de ce roman. L’écriture retranscrit parfaitement le lent retour à la conscience, la lente évolution durant laquelle la moindre parcelle d’espoir est un évènement. Chaque détail prend une importance capitale: les attentions du personnel soignant et de ses proches, chaque sollicitation, même haïe…

Je ne suis pas encore mort pour parler de moi au passé, mais pas assez vivant pour que l’on s’exprime au présent.

Il y a l’instant de déni, puis de révolte, de désespoir, puis l’acceptation. Il profite de tout ce que son état de conscience lui permet. Il vit chaque instant en pleine conscience. C’est prenant, percutant, tragique.

Un coup de cœur.

 


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