Archives de Tag: corruption

2017/67: L’effet papillon, Jussi ADLER OLSEN

Si William Stark n’avait pas été intrigué par un SMS envoyé du Cameroun, René Eriksen, son Boss au Bureau d’aide au développement, n’aurait pas été obligé de se débarrasser de lui. Si Marco, un jeune voleur gitan, n’avait pas trouvé refuge là où le cadavre putréfié de Stark végète depuis trois ans, son oncle, chef d’un réseau mafieux, n’aurait pas lancé ses hommes à ses trousses à travers Copenhague pour l’empêcher de révéler à la police l’existence de ce corps qu’il a enterré de ses propres mains… Pour stopper cet engrenage de violence, l’inspecteur Carl Morck et l’équipe du Département V doivent retrouver Marco. Et remonter la piste d’une affaire dont les ramifications politiques et financières pourraient bien faire vaciller l’intégrité politique du Danemark.

C’est un plaisir à chaque fois renouvelé que de retrouver la fine équipe du Département V. Cette fois-ci encore, voici un bon polar, même s’il a quelques longueurs. Nous suivons parallèlement deux affaires, qui bien sur finiront par se rejoindre. Il y a du suspens, des rebondissements, du mouvement… On n’a pas le temps de s’ennuyer…

Même si nous en apprenons un petit peu plus sur Assad, notre trio est relégué au second plan dans la construction de cette intrigue. Ce ne sont pas eux qui nous tiennent en haleine. Un nouveau venu: Gordon, pénible. Très pénible. Franchement, à part rajouter quelques paragraphes, je n’ai pas vu l’intérêt de ce nouveau personnage. Il plombe l’équilibre de notre trio d’enquêteurs, sans contrepartie.

Un polar plein d’humour, comme les précédents, qui allie politique, corruption, manipulations, pouvoir. A nouveau un plaisir de suivre les pérégrinations de Carl, Assad et Rose. Hâte de lire l’opus suivant, Selfies.

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2016/68: Un cœur sombre, R. J. ELLORY

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Sous sa façade respectable, Vincent Madigan est un homme que ses démons ont entraîné dans une spirale infernale. L’importante somme d’argent qu’il doit à Sandià, une figure de la pègre d’East Harlem, risque de compromettre toute son existence, voir de lui coûter la vie. Il n’a plus le choix, il doit cette fois franchir la ligne jaune s’il veut prendre un nouveau départ. Madigan décide donc de braquer de gros dealers pour en finir avec ses dettes et mettre son passé derrière lui. Mais les choses tournent mal: il est obligé de se débarrasser de ses complices et une petite fille est blessée dans la fusillade. Rongé par l’angoisse et la culpabilité, Madigan va s’engager sur la dernière voie qui lui reste: celle d’une impossible rédemption.

Vincent Madigan est flic. Un flic corrompu et au bout du rouleau. L’exemple même de l’antihéros. Chez Madigan, bien et mal n’ont plus de signification et se confondent. C’est une personne abjecte pour qui la notion de culpabilité est devenue très relative. Dans la mouise jusqu’au cou, entre sa dette envers Sandià et les arriérés de pensions alimentaires… Il ne trouve qu’une idée pour se sortir du pétrin: y plonger encore plus en braquant la recette du mafieux. Mais les choses ne vont pas se passer comme prévu: le braquage dérape, une fillette dont on se demande ce qu’elle fait là est gravement blessée dans l’action, et pour finir Madigan se rendant compte que ses complices peuvent le vendre, il finit par les liquider. Un bon gros bordel qui va te tenir en haleine jusqu’au bout. Tu vois, ce roman démarre fort. Quant à l’histoire qui se déroule à partir de là, …. Je ne te dirai rien bien sur, il faut acheter le livre et savourer.

Un portrait au scalpel du personnage principal (et des autres aussi d’ailleurs), sans concession, d’un homme au « cœur sombre » chez qui on cherche les dernières traces de conscience et d’humanité. Des rebondissements savamment dosés. Une tension palpable du début à la fin, un récit très sombre bien sur, une critique de notre société corrompue jusqu’au trognon. Amertume, désenchantement, déboires, rancœur, écoeurement, hargne, causticité, lassitude, dépression sont autant de termes qui peuvent qualifier l’histoire et le personnage de Madigan.

Un roman étonnant, très bon polar. J’ai beaucoup aimé.

Accorderas-tu sa rédemption à Vincent Madigan?

 


2016/35: Territoires, Olivier NOREK

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A Malceny, dans le 93, on est habitués aux règlements de comptes. Mais un nouveau prédateur est arrivé en ville et, en quelques jours, les trois plus gros caïds du territoire sont exécutés. Le capitaine Coste et son équipe vont devoir agir vite, car leur nouvel ennemi s’implante comme un virus dans cette ville laissée à l’abandon, qui n’attend qu’un gramme de poudre pour exploser. Une ville où chacun a dû s’adapter pour survivre: des milices occultes surentraînées, des petits retraités dont on devrait se méfier, d’inquiétants criminels de 12 ans, des politiciens aveugles mais consentants, des braqueurs audacieux, des émeutiers que l’Etat contrôle à distance de drone. Et pendant ce temps, doucement, brûle la ville. La dernière affaire du capitaine Coste? Elle se passe en enfer…

Olivier Norek transforme l’essai avec ce deuxième opus.

J’avais déjà bien aimé le premier, c’était bon, mais celui-ci est meilleur encore. J’ai eu plaisir à retrouver ces personnages sympathiques, flics atypiques dans un environnement infernal. Un rythme soutenu, pas de temps morts, à nouveau des rebondissements bien dosés, un style efficace, un bon suspens sans en faire trop. Olivier Norek sait nous tenir en haleine.

Là, il y a du règlement de comptes, des manipulations en veux-tu en voilà, du politicien véreux, de la petite frappe qui prend de l’ampleur et se lâche, du commerce local, un territoire qui fait des envieux, une cité qui s’enflamme sur commande, du trafic d’influence, et j’en passe… Le Pouvoir, ah le Pouvoir… Coste et sa bande ont quoi s’occuper…

Et quand on pense que souvent la réalité dépasse la fiction, ça fait froid dans le dos. L’organisation des cités, l’enrôlement des enfants…

Bref, j’ai hâte d’aller à Saint Maur ce week-end pour ramener le troisième volet des aventures de Victor Coste et me plonger dedans!

 

 


2016/34: Qu’attendent les singes, Yasmina KHADRA

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Le corps d’une étudiante est découvert dans les bois de Baïnem, près d’Alger. Chargée de l’enquête, la commissaire Nora Bilal est loin de se douter que son pronostic vital est engagé. Dans un pays où les intrigues et les fausses pistes dépassent l’entendement, où l’exercice du pouvoir et la corruption s’érigent en sacerdoces, quel sort réserve-t-on à ceux qui osent croire que la loi est au-dessus de tous, surtout lorsque la loyauté est incarnée par une femme? Loin de se limiter au thriller politique, Qu’attendent les singes est une formidable radioscopie d’une Algérie qui, après avoir été laminée par le terrorisme islamiste, se retrouve livrée sans emballage aux ogres de l’infamie.

Un bon roman, dévoré en trois jours à peine. Très différent de mes lectures précédentes de l’auteur.

Ce roman-ci se présente comme un polar. Le corps d’une jeune fille est retrouvé dans une bois. Nora Bilal et son équipe sont en charge de l’enquête. Ils vont devoir démêler l’écheveau des fausses pistes sur lesquelles on les conduit insidieusement.

Un roman plutôt cash, qui met le doigt sur l’étendue de la corruption politique. Pas que politique d’ailleurs, puisque ses ramifications s’étendent très largement. Et les nababs ont la main sur tout et sur tous, ont tout pouvoir pour faire exécuter leurs volontés sans jamais être inquiétés. C’est un portrait cru d’une Algérie qui s’est perdue et qui va s’échouer.

Voici un récit qui m’a pris au corps. J’ai d’emblée eu beaucoup de sympathie pour les personnages de Nora, de Zine et de Sid. Ils sont si… Ils ont tout perdu, ils ont subis beaucoup, mais ils continuent de croire, ils s’accrochent et ne lâchent rien. C’est un récit terriblement prenant, très noir dans son genre, difficile. J’ai pourtant lu tellement pire que cela parmi ma collection de thriller, mais celui-ci m’a remué les tripes. Peut être à cause du réalisme des personnages, du drame des situations dans lesquelles ils se retrouvent, ou à cause des salauds… Il y a tellement d’humanité et d’empathie dans toute cette saloperie. Des gens justes et bons, malgré la fange dans laquelle on s’évertue à les baigner. Peut être direz-vous que j’exagère, mais c’est mon ressenti.

Un roman fort.