Archives de Tag: camps de concentration

Pour aller plus loin: Le programme Aktion 14f13

Suite à la lecture de Ne la réveillez pas, d’Angelina DELCROIX.

 

 

Le programme Aktion 14f13 fut le premier meurtre de masse systématique du système concentrationnaire. Elaboré par le Troisième Reich pour assassiner des prisonniers des camps de concentration nazis, fut aussi appelé « opération invalide » ou « euthanasie de prisonniers ». Il s’agissait de sélectionner et tuer les prisonniers malades, âgés ou dont l’état physique ne leur permettait plus de travailler, entre 1941 et 1944. Mais cette opération s’est par la suite étendue à d’autres groupes de prisonniers des camps de concentration.

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2018/08: Le photographe de Mauthausen, Salva RUBIO, Pedro J. COLOMBO, Aintzane LANDA

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Et si le vol du siècle avait eu lieu… dans un camp de concentration nazi? En 1941, Francisco Boix, matricule 5185 du camp de concentration de Mauthausen, échafaude avec ses camarades un plan pour voler des photographies témoignant des crimes commis dans le camp et incriminant les plus hauts dignitaires nazis. Ce plan risqué n’est que le début de son périple pour révéler la vérité…

Voici un récit fort, basé sur des faits réels, même si les auteurs ont pris quelques libertés pour l’équilibre de leur récit. D’ailleurs, en fin de livre, on trouve un dossier rétablissant les faits et personnages historiques.

Cette BD retrace l’histoire de Francisco Boix, républicain espagnol exilé en France en 1939. il s’engage dans la Vè armée française dans les Vosges. il est alors fait prisonnier, avec 7000 de ses compatriotes. Considérés comme des prisonniers politiques, ils sont déportés à Mauthausen le 27 janvier 1941 (les deux tiers n’en reviendront pas). Photographe, il est affecté au service d’identification du camp.

Bien sur, à travers l’histoire de Francisco Boix est retracée la vie au camp. Les conditions de vie sordides, l’absence d’hygiène, la faim, la maladie, les exécutions, l’extermination par le travail, mais aussi le combat d’une poignée de prisonniers pour conserver des preuves des horreurs commises par les nazis dans ce camp.

C’est évidemment terrible et glaçant. Le récit reste très proche de la réalité historique. Cet album est un très bel hommage à la mémoire de Francisco Boix et ses codétenus.

Nota: Petite précision pour les amateurs de BD, je ne parle pas de graphisme ou de mise en page simplement parce que je n’y connais rien dans ce domaine. Je suis une lectrice de BD occasionnelle, et pas suffisamment pour pouvoir juger ces critères-là. Je ne parle donc que du contenu.

 


2017/12: Hippocrate aux enfers, Michel CYMES

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C’était là. C’est là que tant de cobayes humains ont subi les sévices de ceux qui étaient appelés « docteurs », des docteurs que mes deux grands-pères, disparus dans ce sinistre camp, ont peut-être croisés. Je suis à Auschwitz-Birkenau. Là, devant ce bâtiment, mon cœur de médecin ne comprend pas. Comment peut-on vouloir épouser un métier dont le but ultime est de sauver des vies et donner la mort aussi cruellement? Ils n’étaient pas tous fous, ces médecins de l’horreur, et pas tous incompétents. Et les résultats de ces expériences qui ont été débattus, discutés par des experts lors du procès de Nuremberg? Ont-ils servi? Quand la nécessité est devenue trop pressante, quand j’ai entendu trop de voix dire, de plus en plus fort, que ces expériences avaient peut-être permis des avancées scientifiques, j’ai ressortis toute ma documentation et je me suis mis à écrire.

Antonio Fischetti en a dit dans Charlie Hebdo: « Une intemporelle leçon d’éthique scientifique ». C’est tout à fait ça.

Ce livre a beaucoup été décrié à sa sortie. Je comprends pourquoi. Le sujet est très lourd et porte bien évidemment à critique. Et à calomnie. Bien qu’abominable, il est pourtant très intéressant, ce sujet. Il me reste d’ailleurs encore à lire dans ma PAL Les Médecins Maudits de Christian Bernadac.

Un livre document dont on ne finit pas la lecture indemne, évidemment. Je me suis sentie mal en refermant ces pages. Sale, même. Les implications de ces expériences, l’idée de ce qui en a découlé, leur utilisation, m’ont laissée nauséeuse. Il s’installe comme un malaise après cette lecture. Comment qualifier ce que contient ce livre? Atroce, effroyable, innommable, infâme,… Mais c’est documenté, réfléchit et abordable. Un livre qui reste intéressant à lire et dans lequel on apprend pas mal de choses.

A lire pour cela ne tombe pas dans l’oubli.


2017/07: Block 46, Johana GUSTAWSSON

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Falkenberg. Le commissaire Bergström découvre le cadavre terriblement mutilé d’une femme. Londres. Profileuse de renom, Emily Roy enquête sur une série de meurtres d’enfants. Les corps présentent les mêmes blessures que la victime suédoise: trachée sectionnée, yeux énucléés et un mystérieux Y gravé sur le bras. Etrange serial killer, qui change de lieu de chasse et de type de proie… En Suède, Emily retrouve Alexis Castells, une écrivaine spécialisée dans les tueurs en série. ensemble, elles se lancent dans une traque qui va les conduire jusqu’aux atrocités du camp de Buchenwald, en 1944.

Linnéa aurait dû être présente à cette soirée qui devait sacrer son talent. Mais Linnéa manque à l’appel. Elle n’est pas rentrée de Suède où elle est allée se reposer dans sa maison secondaire. Peu après, le corps d’une femme est retrouvé en Suède, près de la maison de Linnéa, gravement mutilé…

Un roman efficace, dans lequel nous évoluons au gré de deux époques différentes. L’enquête qui se passe en janvier 2014, d’abord. Et nous suivrons en parallèle un déporté, dont nous faisons la connaissance à son arrivée à Buchenwald en juillet 1944. Tu découvriras là ce qu’est le block 46.

Beaucoup de rebondissements. Une problématique bien posée, structurée, bien menée. Un bon premier roman, réussi. Même si on devine une grosse partie de la solution bien avant la fin, un dernier rebondissement nous prend quand même au dépourvu. Voici donc une lecture agréable.

Un bon thriller.

 


Kinderzimmer, Valentine GOBY

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En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus de quarante mille détenues. Dans les baraquements, chaque femme doit trouver l’énergie de survivre, au plus profond d’elle-même, puiser quotidiennement la force d’imaginer demain. Quand elle arrive là, Mila a vingt ans. Elle est enceinte mais elle ne sait pas si ça compte, si elle porte une vie ou sa propre condamnation à mort. Sur ce lieu de destruction, comme une anomalie, une impossibilité: la Kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres. Ce roman virtuose écrit dans un présent permanent, quand l’Histoire n’a pas encore eu lieu, rend compte du poids de l’ignorance dans nos trajectoires individuelles.

Voici un roman très prenant, profondément bouleversant. Visiblement très bien documenté.

Il faut se mettre à la place de Mila. On est en 1944, elle a fauté une fois et se retrouve enceinte. Elle a été arrêtée pour avoir aidé un allié et se retrouve à Ravensbrück: le manque d’hygiène, la famine, la fatigue, la vermine, les mauvais traitements, …. Et puis, elle se pose tant de questions… Ne serait-ce que sur sa grossesse. Elle n’a jamais eu aucune information, elle ne sait pas à quoi s’attendre. Tout est très compliqué. Et puis, elle apprend l’existence de la kinderzimmer. L’horreur ne s’arrête pas pour autant. Il n’y a pas de pause au camp. Et elle en apprend tous les jours.

« Peut-être un jour il y aura des gens, comme cette jeune fille à l’anneau rouge, pour vouloir démêler mes regards, déconstruire l’histoire, revenir à la peau, à l’instant, à la naissance des choses, à l’ignorance, au début de tout, quand on ne pouvait pas dire: j’ai marché jusqu’au camp de Ravensbrück, parce qu’on ne connaissait pas ce mot, quand les femmes qui n’avaient pas vu de lac n’imaginaient pas qu’il y en existait un. Peut-être cette fille à l’anneau rouge trouvera ainsi le moyen de se tenir à l’endroit où se tenait Mila en avril 1944, là où Mila ne savait rien encore. Là où il n’y avait qu’ignorance. » (page 218, édition Babel)

« Il faut des historiens, pour rendre compte des événements; des témoins imparfaits, qui déclinent l’expérience singulière; des romanciers, pour inventer ce qui a disparu à jamais: l’instant présent. Elle dira aussi, face au planisphère corné au mur au fond de la classe: il y a des choses en moi qui sont restées intactes. Elle fixera la fille à l’anneau rouge, qui lui ressemble tant à la descente du train, le 18 avril 1944, sur le quai d’une gare allemande que des panneaux indicateurs appellent Fürstenberg; elle lui dira que, par exemple le chien n’a pas mordu, que sa vie a tenu à cela, la vie tient à si peu de choses, à un pari. La vie est une croyance. […] » (page 219, édition Babel)

Une lecture qui m’a fortement touchée.


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