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2016/14: Une si jolie petite fille, Gitta SERENY

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1968. Angleterre. En quelques semaines, deux petits garçons de 3 et 4 ans sont assassinés. Très rapidement, Mary Bell, 11 ans, est arrêtée, condamnée et emprisonnée. Qui est cette fillette vive, jolie et si intelligente? Près de trente ans plus tard, la journaliste Gitta Sereny la retrouve. Avec elle, lors de longs entretiens, se rejoue l’enquête et se précisent les mystérieux mécanismes qui ont conduit à l’indicible. Une seule question subsiste: le mal est-il en chacun de nous?

Je dois avouer que je reste sur une impression mitigée.

Voici donc retracée l’histoire de Mary Bell. A l’âge de 11 ans, Mary et son amie Norma vont tuer deux petits garçons. Elles seront arrêtées, interrogées, confrontées, jugées. Seule Mary sera déclarée coupable et condamnée.

Gitta Sereny a déjà écrit un livre sur le crime de Mary et le déroulement de son procès. Ici, elle s’attache à Mary elle-même. Ce livre est un document sur la vie de Mary. La façon dont elle a vécu le procès, ses années d’emprisonnement dans différents établissements carcéraux (pour enfants puis pour adultes), puis sa vie depuis sa libération. Elle s’attache à essayer de comprendre et d’analyser les réactions de Mary. Et aussi d’établir une vérité avec l’aide de Mary, à partir de ses souvenirs. La difficulté est de faire la part des choses entre les souvenirs subjectifs de Mary et les souvenirs des autres protagonistes intervenant dans la vie de la jeune fille auxquels elle va devoir se confronter. Chose d’autant plus difficile que Mary est elle-même devenue maman et qu’elle fait son possible pour protéger sa fille.

C’est intéressant cette enquête sur les motivations qui poussent un enfant au crime. Sur la façon aussi dont la justice traite ces affaires particulières, et ces enfants criminels. Gitta Sereny met ici en avant la façon dont Mary Bell a pu géré et appréhender sa culpabilité et ses traumatismes (notamment l’implication de sa mère), les trahisons, l’image de monstre déviant qui a été donnée d’elle et étalée dans la presse lorsqu’elle était enfant. C’est un récit poignant et dérangeant.

Quant au texte par lui-même, il y a quand même des longueurs. L’auteur, au fur et à mesure de l’avancée du récit, et donc de la vie de Mary, revient souvent sur les crimes bien sur, mais aussi sur certains évènements pertinents de la vie de Mary. Cela induit un effet de répétition qui peut avoir un effet un peu soporifique. On a parfois un peu l’impression de tourner en rond. Malgré l’intérêt porté à ce livre, j’avoue avoir été contente d’atteindre la dernière page. Je l’ai trouvé trop long, certainement parce que chaque fait abordé est très étayé.

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Dans le cadre du challenge Thrillers et Polars chez Sharon

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Pas pleurer, Lydie SALVAYRE

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« Ma mère s’appelle Montserrat Monclus Arjona, un nom que je suis heureuse de faire vivre et de détourner pour un temps du néant auquel il était promis. Ce soir, je l’écoute remuer les cendres de sa jeunesse perdue et je vois son visage s’animer, comme si toute sa joie de vivre s’était ramassée en ces quelques jours de l’été 36, et comme si, pour elle, le cours du temps s’était arrêté le 13 août 1936 ».

L’histoire se passe donc pendant les prémices de la guerre d’Espagne, durant l’été 1936. Le roman se divise entre ces quelques mois vécus d’un côté par Monsté et les siens et de l’autre par Bernanos. « L’été radieux de ma mère, l’année lugubre de Bernanos dont le souvenir resta planté dans sa mémoire comme un couteau à ouvrir les yeux : deux scènes d’une même histoire, deux expériences deux visions qui depuis quelques mois sont entrés dans mes nuits et mes jours, où, lentement, elles infusent. »

Montsé, fille de paysans et pauvre, a quinze ans et rêve de liberté. Elle va s’enflammer un temps pour les idéaux de son frère. Elle le suit à Barcelone, où il rejoint les révolutionnaires venus de toute l’Europe. Elle y découvre la vie pleine de promesses nouvelles et l’amour dans les bras d’André, venu rejoindre le maquis. Elle se découvre rapidement enceinte. Fin du rêve, retour amer au village. L’honneur et les obligations reprendront le dessus sur ses espoirs.

Montsé, mère de l’auteure, est aujourd’hui une vieille femme à qui la mémoire fait défaut, mais qui a gardé vive la mémoire de ces quelques mois aux sentiments forts, contradictoires, exacerbés. Une vision libertaire et enjouée des évènements, à l’opposé de celle de Bernanos confronté à l’horreur de la répression.

C’est poignant, émouvant, triste aussi. Une histoire passionnée, follement contrastée.

Bref rappel historique:

La guerre civile espagnole eut lieu du 18 juillet 1936 au 1er avril 1939. Elle oppose les républicains (gauche et extrême-gauche) aux nationalistes (droite et extrême-droite) menés par Franco, qui établira une dictature pendant 36 ans. Les républicains sont soutenus par Staline, les nationalistes par l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste.

Dans certains territoires sous contrôle républicain, une révolution sociale aboutit à la collectivisation des terres et des usines, et expérimenta diverses sortes d’organisations socialistes, soutenues notamment par les anarchistes de la CNT (confédération nationale du travail).

Le conflit se traduit par les premiers bombardements militaires sur des civils, des massacres spontanés de suspects, d’hommes d’Eglise, notamment par les anarchistes et les communistes tandis que les franquistes pratiquent de leur côté la terreur et l’épuration. Selon les estimations les plus basses, il y eu 100 000 soldats morts au combat, 10 000 civils morts dans les bombardements, 40 000 exécutions en zone nationaliste, 20 000 exécutions en zone républicaine et 30 00 exécutions par le gouvernement franquiste entre 1939 et 1943.


La grâce des brigands, Véronique OVALDE

 

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Un soir de juin 1989, Maria Cristina Väätonen reçoit un appel de Lapérouse: la voici replongée dans les méandres de son enfance au Canada. elle a pourtant quitté son village a seize ans. elle est devenue un écrivain célèbre et mène une vie libre et scandaleuse en Californie. Mais, au fond, elle est restée la vilaine sœur. Il lui faudra revenir sur ses pas pour conquérir définitivement sa liberté…

1989. Maria Cristina Väätonen reçoit un appel de sa mère dont elle sans nouvelles depuis 10 ans. Celle-ci veut que sa fille vienne dans son village de Lapérouse, dans le nord du Canada, chercher son neveu et le prendre en charge.

Maria Cristina a quitté son village et surtout sa famille (une mère folle, figée dans ses préjugés, obsédée par la religion; un père analphabète, effacé, soumis; et que dire de la sœur) à 16 ans pour aller s’installer à Los Angeles où elle va construire sa vie, avide d’expériences et de liberté. Elle y rencontrera Joanne, l’amie fidèle, Claramunt, l’amant/ami et puis Garland. Ce roman est présenté comme une biographie de l’écrivain à succès qu’est devenue Maria Cristina malgré les siens, les mensonges, les impostures.

Le début de l’histoire ne m’a pas du tout emballée. Et puis, finalement, en insistant un peu, j’ai pris plaisir à suivre les méandres des pensées de Maria Cristina et ses pérégrinations. C’est le premier roman de l’auteur que je lis et dans l’ensemble j’en ai apprécié le style, même si les personnages manquent un peu de profondeur à mon goût. Un peu déçue quand même par la fin abrupte. Trop abrupte. Je n’ai pas non plus bien compris le titre.

Une petite chose m’a déroutée: il est précisé que le récit est raconté par un narrateur qui a connu le personnage:

J’ai abandonné le projet d’écrire l’histoire de Maria Cristina Väätonen comme s’il s’était agi d’une biographie, d’une notice, ou d’un document bourré de références impératives et de notes de bas de page. J’ai décidé de faire avec l’approximation. J’ai décidé de faire avec ce que je sais d’elle. Et avec ce qu’on m’a dit d’elle. Je ne suis peut-être pas la personne la plus à même d’aller au bout de cette  entreprise. J’ai rencontré Maria Cristina tardivement. […] Je me permets des déductions, je me permets de remplir les blancs, je me permets de compléter. […]

Pour autant, on ne sait absolument rien de ce narrateur, à part ce passage. Il n’est jamais évoqué, si ce n’est une phrase ou deux bien plus loin dans le récit qui rappelle sa présence. Je n’ai pas bien compris l’intérêt ici du récit fait par un tiers alors qu’il n’apparaît qu’environ une petite trentaine de lignes (et encore, je ne suis pas sure) dans tout le livre et qu’il n’apporte rien à l’histoire.

Une lecture plutôt plaisante mais sans plus.

Lecture commune avec Liliba, Enna et Sophie.


Fleur de tonnerre, Jean TEULE

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Ce fut une enfant adorable, une jeune fille charmante, une femme compatissante et dévouée. Elle a traversé la Bretagne de part en part tuant avec détermination tous ceux qui croisèrent son chemin: les hommes, les femmes, les vieillards, les enfants et même les nourrissons. Elle s’appelait Hélène Jégado, et le bourreau qui lui trancha la tête le 26 février 1852 sur la place du Champs-de-Mars de Rennes ne sut jamais qu’il venait d’exécuter la plus terrifiante meurtrière de tous les temps. Sous la plume de Jean Teulé, Hélène reprend vie et accomplit son destin, funeste et fascinant.

En Basse-Bretagne, à l’époque, on croit à l’Ankou, l’ouvrier de la mort. Il est armé d’une faux dont la lame est tournée vers l’extérieur. Il voyage sur une charrette tirée par deux chevaux, qui lui sert à transporter les âmes fauchées. Hélène est imprégnée dès son plus jeune âge des légendes bas-bretonnes et est convaincue qu’elle est l’incarnation de l’Ankou. D’ailleurs, elle entend le couic-couic de la charrette qui la suit, c’est dire…

Donc Hélène fait son office. Elle apprend vite à manier le poison. Elle commence à 8 ans, par sa mère et ne s’arrêtera que quelques décennies plus tard, du fait de son arrestation. Ses victimes sont si nombreuses qu’on ne les compte plus. Elle décimera toutes les personnes qui l’approcheront.

Je dois dire que des Teulé, celui-ci n’est pas le meilleur. Mais je ne connaissais pas l’histoire de la plus grande tueuse en série de France avant d’ouvrir ce livre. Ca ne casse pas des briques, mais ça se lit vite et Teulé reste un auteur que j’aime beaucoup. J’apprécie sa façon de relater des faits divers sordides à souhait.


La petite communiste qui ne souriait jamais, Lola LAFON

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Parce qu’elle est fascinée par le destin de la miraculeuse petite gymnaste roumaine de quatorze ans apparue aux JO de Montréal en 1976 pour mettre à mal guerres froides, ordinateurs et records au point d’accéder au statut de mythe planétaire, la narratrice de ce roman entreprend de raconter ce qu’elle imagine de l’expérience que vécut cette prodigieuse fillette, symbole d’une Europe révolue, venue, par la seule pureté de ses gestes, incarner aux yeux désabusés du monde le rêve d’une enfance éternelle. Mais quelle version retenir du parcours de cette petite communiste qui ne souriait jamais et qui voltigea, d’Est en Ouest, devant ses juges, sportifs, politiques ou médiatiques, entre adoration des foules et manipulations étatiques?

Mimétique de l’audace féérique des figures jadis tracées au ciel de la compétition par une simple enfant, le roman-acrobate de Lola Lafon, plus proche de la légende d’Icare que de la mythologie des « dieux du stade », rend l’hommage d’une fiction inspirée à celle-là, qui, d’un coup de pied à la lune, a ravagé le chemin rétréci qu’on réserve aux petites filles, ces petites filles de l’été 1976 qui, grâce à elle, ont rêvé de s’élancer dans le vide, les abdos serrés et la peau nue.

Une biographie réussie à mon sens, mettant en parallèle les recherches de Lola Lafon sur Nadia et le ressenti de celle-ci, mais aussi la vie de Nadia et l’histoire de la Roumanie, le quotidien sous le régime des Ceausescu. Finalement, Lola Lafon livre ici plus qu’une biographie. Oui elle y retrace la jeunesse, la gloire, la vie de Nadia Comaneci. Mais aussi la jeunesse, la vie, le quotidien, les espoirs de tout un peuple.

Ce récit m’a personnellement beaucoup touchée, moi qui aime tant les thrillers habituellement. C’est captivant, éloquent, saisissant, troublant, ….Je ne saurais qu’en recommander la lecture.

Au fil de cette lecture, je me suis souvenue des images largement rediffusées (en 1976, je venais de naître) des exploits de Nadia, ce 1,00 qui s’affiche, la note parfaite. Et puis des compétitions qui ont suivi.

Je me suis souvenue des images du procès du couple Ceausescu. La sensation de pitié à la vue de ces gens qui semblaient ne pas comprendre ce qui se passait autour d’eux. Leur exécution. Les images des Roumains en train de vivre la chute du communisme et la fin de tout ce qu’ils avaient toujours connu. Roumains qui sont finalement nostalgiques de cette période. Oui, c’était dur et ils n’avaient pas grand chose, disent-ils. Mais à l’époque tous avaient du travail, par exemple. Aujourd’hui, disent-ils, les magasins sont pleins mais nous n’avons pas les moyens d’y acheter plus que l’indispensable.

Je me suis souvenue de cette correspondante que j’avais, Helena, même âge que moi, qui aimait sa vie et son pays. Elle semblait si gaie, épanouie, avec le même genre de préoccupations que les enfants que nous étions ici. Je ne me rendais pas compte du fossé qui nous séparait. Nous avons perdu contact au fil de notre adolescence. Je me demande ce qu’elle est devenue, et comment elle a vécu les bouleversements post-Ceausescu.

Un livre retentissant pour moi.


Joyeux Noël, Alexandre JARDIN

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Croyez-moi, il est possible de mener sa vie en disant tout. Une existance sans déni… Sans angle mort… S’écria la jeune femme

-Vous n’avez donc aucun secret?

– Si, des montagnes! rétorqua-t-elle.

– Alors?

– Mes secrets me construisent, mes angles morts me détruisent.

Puis elle ajouta avec jubilation:

– A Noël, nous allons recevoir une lettre… Une longue lettre qui dira toute la vérité sur notre famille! Avec amour!

Après ses aveux sur le passé collaborationniste de son grand-père dans « Des gens très bien », Alexandre Jardin s’inspire ici du témoignage d’une jeune femme venue lui révéler sa sidérante histoire. Ils ont en commun la volonté de combattre les « angles morts », ces non-dits qui empêchent de vivre heureux.

Lors d’une séance de dédicaces, l’auteur va faire la connaissance de Norma, venue lui apporter un dossier révélant tous les secrets de son étonnante famille, un clan breton installé sur une petite île. Norma a décidé d’affronter les siens et de vivre dans la vérité.

« Epelant son nom, Norma Diskredapl m’expliqua que son patronyme signifie « impensable » en breton. Puis elle déplora que la traduction française de son nom portât l’accent sur la nature ébouriffée de sa famille – qu’elle jugea « jardinesque », avec le sourire, au motif que sa tribu avait longtemps concilié des fidélités politiques nauséabondes et des moeurs drolatiques; ainsi que de romanesques contradictions. »

Je ne peux pas dire que j’ai aimé ce livre. J’ai trouvé cette lecture difficile et étrange. Entre vérité vraie, « sans angle mort », et roman, je ne saurais vraiment me prononcer. Et j’ai été gênée par la conclusion de cet ouvrage. Narcissisme? Mégalomanie? Volonté de sincérité mal amenée? 

Non, vraiment, là non.


La servante du Seigneur, Jean-Louis FOURNIER

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Ma fille était belle, ma fille était intelligente, ma fille était frôle… Mais elle a rencontré Monseigneur. Il a des bottines qui brillent et des oreilles pointues comme Belzébuth. Il lui a fait rencontré Jésus. Depuis, ma fille n’est plus la même. Elle veut être sainte. Rose comme un bonbon, bleue comme le ciel.

 

Je suis une inconditionnelle de Jean-Louis Fournier. J’aime ce qu’il écrit. Sa façon de raconter ses tragédies, de livrer son amour, son humour acide, ses bons mots. On retrouve ici son style incisif et percutant.

Après avoir rendu hommage à ses fils et à son épouse, il dresse maintenant un bilan de sa relation avec sa fille. C’est très émouvant. C’est un appel d’un père à la fille qu’il perd. Une façon certainement de lui dire qu’il est là, qu’il l’aime, qu’il s’inquiète: qu’il est et reste son père, un phare dans l’obscurité, un refuge en cas de besoin. C’est une main tendue.

Je ne saurais que vous en conseiller la lecture, ainsi que des volumes précédents.

 

« L’humour, c’est une parade, un baroud d’honneur devant la cruauté, la désolation, la difficulté de l’existence »

« Pourquoi, depuis que tu es à Dieu, tu es devenue odieuse? »

« Nous on était heureux avec elle. Peut-être qu’elle n’était pas heureuse avec nous. »

« Elle n’oublie pas les dates. Elle oublie seulement les gens. »

 » […] Conclure que quelqu’un est heureux est toujours très risqué. On peut avoir tout pour être heureux sauf le bonheur. […] »

« Je voudrais te voir agiter ton mouchoir et rire quand je vais partir. Reviens, avant que je m’en aille. »