Archives de Tag: autobiographie

2017/51: Des étoiles dans le caniveau, Anna CIRCE

« Il me trouva, s’empara de moi, régna sur mon âme puis disparu définitivement. J’ai disparu avec lui, et je ne suis jamais parvenue à me retrouver… »

Une écriture franche et sans fioritures, mais aussi parfois empreinte de tendresse.

Un sujet bouleversant, d’autant que ce roman est grandement autobiographique. Un roman douloureux donc, cruel, déchirant, pesant. Car bien sur, quand on est victime d’un viol, le traumatisme ne disparaît pas comme ça… Un roman perturbant, difficile à encaisser, comme un coup de poing. Beaucoup d’émotion donc à cette lecture délicate.

Un témoignage à lire aussi parce que la violence ne vient pas toujours d’où on l’attendrait.

Bravo Anna pour votre courage, et cette force que vous mettez dans votre combat. Respect.

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2017/18: Les jouets vivants, Jean-Yves CENDREY

Dans une virtuose et rageuse « Lettre au père », Jean-Yves Cendrey raconte comment son père l’a frappé, humilié et terrorisé jusqu’à ce qu’il l’empoigne à son tour. Une scène originelle qui jette une lumière crue sur le jour où il a conduit un instituteur, pédophile avéré, à la gendarmerie de X. Des dizaines d’enfants violés, des vies coulées dans l’oubli par ceux qui auraient pu intervenir. Comment raconter l' »Affaire » de X sans verser dans le récit de circonstance? Jean-Yves Cendrey décide de s’offrir un prête-nom. C’est à Raoul Rose qu’il confie la chronique du « village de la honte », un paysage humain sombre et burlesque d’où émerge peu à peu le drame. La dimension autobiographique confère à ce livre une place résolument à part dans l’œuvre romanesque de Jean-Yves Cendrey. Les Jouets vivants reste pour autant fidèle à l’auteur, fidèle à cette colère qu’il n’a jamais lâchée.

Jean-Yves Cendrey livre ici une page marquante de sa vie, qui commence le jour où il décide de conduire lui-même au commissariat un instituteur du village où il vit depuis des années avec sa famille, qu’il accuse de faits de pédophilie sur de nombreux élèves au cours des années, cela suite au témoignage d’une des anciennes élèves dudit instituteur. Ce sera le début d’une sombre histoire, les témoignages arrivant les uns après les autres, dévoilant l’ampleur du crime, sur plusieurs décennies.

Jean-Yves Cendrey raconte sa démarche, la confiance qui lui a été témoignée par certaines victimes, la lenteur du système (social, scolaire, policier, judiciaire), les limites de ce système et les incompétents qui l’ont représenté à différents niveaux. La lâcheté de certains adultes, leur indifférence. Le silence pesant, lourd. Le scandale. La colère, la douleur, le désespoir. Tout cela émaillé du traumatisme profond enduré par Jean-Yves Cendrey pendant son enfance, ayant subi la violence d’un père militaire et alcoolique.

Un récit difficile, à fleur de peau. Extrêmement choquant mais tout aussi prenant.

 


2016/15: Ca t’apprendra à vivre, Jeanne BENAMEUR

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1958, en Algérie. Une petite fille raconte. Avec une mère blonde et un père arabe, elle n’est pas comme tout le monde, elle le sent, et tout, à l’extérieur de la maison, est là pour le lui rappeler. Elle est bientôt arrachée au pays où elle est née, exilée en métropole avec ses parents, son frère et ses deux sœurs, dans une ville de la façade atlantique qu’il lui faudra lentement apprivoiser. Son père continue d’y exercer son étrange métier de gardien de prison, les condamnant à vivre à l’intérieur de l’enceinte. Là, elle voit bien qu’elle est, malgré ses efforts, encore et toujours « à moitié ». Quand pourra-t-elle être entière? Ce livre de l’exil, géographique autant qu’intérieur, est porté par l’amour inquiet d’une fille pour son père. La personnalité ombrageuse et puissante de cet homme secret compose le parfait contrepoint à l’écriture lumineuse et vibrante de Jeanne Benameur.

Je ne serai pas aussi dithyrambique que le quatrième de couv.

Je n’ai pas trouvé d’intérêt à ce petit livre. L’auteure nous raconte son histoire, son exil. Par contre, il n’y a rien sur les évènements historiques qui ont provoqué cet exil contraint. Pas un mot du contexte social et politique, pourtant tellement lourd. D’accord, à l’époque des faits, elle avait 5 ans et n’était très certainement pas au fait des évènements. Pourtant, même à 5 ans, il est impossible qu’elle n’ait pas quand même un minimum ressenti ce qui se passait autour d’elle. Et là, cela transparaît tellement peu… Elle retranscrit des tranches de vie, des sensations, des impressions.

Je reste sur ma faim. Et je suis loin d’être rassasiée.


Tigre, Tigre!, Margaux FRAGOSO

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Par une belle journée d’été, Margaux Fragoso rencontre Peter Curran à la piscine de son quartier, et ils commencent à jouer. Elle a sept ans; il en a cinquante et un. Quand Peter l’invite chez lui avec sa mère, la petite fille découvre un paradis pour enfant composé d’animaux exotiques et de jeux. Peter endosse alors progressivement, insidieusement, le rôle d’ami, puis de père, et d’amant. Charmeur et manipulateur, Peter s’insinue dans tous les aspects de la vie de Margaux, et transforme l’enfant affectueuse et vive en une adolescente torturée. Lyrique, profond et d’un limpidité hypnotique, Tigre, tigre! dépeint d’une manière saisissante les forces opposées de l’emprise er de la mémoire, de l’aveu et du déni, et questionne nos capacités de guérison. Un récit extraordinaire qui dévoile de l’intérieur la pensée d’une jeune fille au bord de la chute libre.

Voici le témoignage poignant de Margaux, un témoignage sans fioritures, objectif, délivré simplement avec le recul des années. Des faits posés sur le papier, sans voyeurisme, sans compromission, sans concession, juste son histoire, son ressenti.

Margaux raconte ici comment elle est tombée dans les griffes d’un pédophile, et comment il l’a maintenue dans ses filets. Margaux est une petite fille issue d’une famille brisée. La mère est malade et on se demande même si elle n’est pas consciencieusement maintenue dans son état par un mari qui gère ce qu’il peut, c’est à dire pas grand chose. Le père culpabilise énormément sa fille de la maladie de sa mère et la mère ne parvient pas à aimer et s’occuper de son enfant. Une ambiance familiale qui va pousser Margaux dans les bras de Peter. Ce dernier va tout faire pour être irremplaçable. Il va d’abord jouer avec elle, devenir son ami et son confident, puis peu à peu, remplacer ce père démissionnaire pour enfin l’initier à la sexualité et finir par devenir son amant. Il va s’imposer insidieusement dans la vie de la petite fille et lui devenir indispensable.

Parce que le plus cruel dans tout ça, c’est l’attachement de Margaux à Peter,  puisqu’elle va l’aimer infiniment, inconditionnellement. C’est bien là que réside toute la perversité de l’homme. Lui-même fragile, brisé, vulnérable, tout autant que manipulateur, infâme et odieux. Leur « histoire » va durer quinze ans, quinze années pendant lesquelles Peter contrôlera complètement Margaux.

Un récit à la fois magnifique, terrible et bouleversant.


J’irai pas en enfer, Jean-Louis FOURNIER

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Il a mis la Sainte Vierge dans les wc de l’institution Saint-Joseph. Il regarde les dames toutes nues dans les livres. Et, surtout, il a fait à Dieu une promesse qu’il va certainement ne pas tenir. Le petit Jean-Louis a toutes les bonnes raisons  pour aller cuire dans les marmites de l’enfer. Pourtant, quelquefois, il va au ciel. Quand Alfred Cortot lui joue Chopin, quand Luis Mariano lui chant La Belle de Cadix… Après ses démêlés avec un père alcoolique, ses démêlés avec le Père Eternel.

A nouveau un très beau petit livre. Ici des anecdotes de son enfance. Toujours avec cet humour cynique et ce talent particulier, Jean-Louis Fournier jette sur cet enfant naïf, plein de bon sens et téméraire qu’il était, un regard tendre et protecteur.

Un petit bonheur.


Il a jamais tué personne mon papa, Jean-Louis FOURNIER

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Il était docteur, le papa de Jean-Louis Fournier. Un drôle de docteur qui s’habillait comme un clochard, faisait ses visites en pantoufles et bien souvent ne demandait pas d’argent. Ses patients lui offraient un verre. Il n’était pas méchant, seulement un peu fou quand il avait trop bu; il disait alors qu’il allait tuer sa femme. Un jour il est mort: il avait quarante-trois ans. Longtemps après, son fils se souvient. A petites touches, en instantanés, il trace le portrait de ce personnage étonnant, tragique et drôle à la fois. Il a appris, en devenant grand, l’indulgence. Et qu’il ne faut pas trop en vouloir à ceux qui, plus fragiles, choisissent de « mauvais » moyens pour supporter l’insupportable. Il en résulte un livre drôle et poignant qui a bouleversé des dizaines de milliers de lecteurs.

Un petit livre à l’humour cynique, comme Jean-Louis Fournier sait si bien le faire. Un joli hommage à son père.

Lu d’une traite (142 pages dans la version Livre de Poche), comme les autres. Inutile de dire que j’aime beaucoup les livres de Jean-Louis Fournier.

Comme dans « Veuf  » ou « Où on va, papa? », une tragique et douloureuse déclaration d’amour, ici à son père parti trop tôt, dont il excuse si joliment les maladresses et les manquements, et souligne l’affection et les jolis souvenirs.

Je ne saurais qu’en conseiller vivement la lecture.


Mauvaise fille, Justine LEVY

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Maman est morte, je suis maman, voilà, c’est simple, c’est aussi simple que ça, c’est notre histoire à toutes les trois. Tu en mets du temps à raconter les histoires, je me disais quand elle me racontait une histoire dans mon lit. Là c’est allé vite, si vite, le regard de maman dans le regard de ma fille, c’est là qu’elle est, c’est là que je la retrouve, et dans ses gestes aussi, dans les gestes impatients, un peu brusques, de ma petite fille doublement aimée. […]. Partout, dans mon enfant, ma mère a laissé son empreinte.

Justine LEVY partage ses doutes: elle est enceinte alors que sa mère se meurt. Elle doute que ce soit le bon moment pour devenir mère, alors que la sienne est là, à l’agonie. Elle partage sa culpabilité, surtout. Qui est énorme. Et ses regrets. Nombreux. Voilà un récit très intime.

J’ai eu du mal à aller au bout. Il n’y a pourtant que 184 pages. Trop personnel sans doute. Trop de douleur, d’espoirs déçus et de confusion, face au déclin de sa mère.