Archives de Tag: autobiographie

2017/99: Faim de vivre, Julie MARTIN

« Il faut que je fasse confiance à mon corps; c’est lui qui gère mes besoins. » L’auteure raconte dans ce récit le tourbillon de l’anorexie, ses deux hospitalisations successives puis sa longue reconstruction. Elle est aujourd’hui une jeune fille épanouie, mais à quel prix?

Julie Martin nous raconte son enfer, la façon dont elle a vécu et subi son anorexie. Elle raconte la spirale des troubles du comportement alimentaire, ce cercle vicieux dans lequel on s’enfonce malgré soi. Elle raconte le mal-être qui l’a entraînée, les préjugés sur la maladie, les hallucinations, mais aussi l’envie de s’en sortir. Ce texte est une sorte d’exutoire. Un message d’espoir, un appel à la vie.

Il y a cependant une remarque dans ce récit qui m’a fait faire des bonds. Page 12: « Pourquoi stigmatise-t-on les anorexiques et non les personnes en surcharge pondérale alors que les maladies cardio-vasculaires sont la première cause de décès dans le monde? Si je suis malade, eux le sont aussi. » Chère Julie, oui en effet, les troubles inverses sont aussi une maladie. J’en sais quelques chose, il y a peu, j’étais encore obèse. Mais de lire que les personnes en surcharge pondérale ne sont pas stigmatisée…. Ca me fait hurler. Vous l’avez vécu au travers de l’anorexie, moi au travers de l’obésité. Je peux vous dire qu’on s’en prend tout autant dans la gueule que les anorexiques…

 

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2017/94: La comtesse rouge, Bénédicte CHAPLART

Ce n’est pas sans humour et légèreté que l’auteur nous raconte son enfance terrifiante dans les années 70. Entre un père violent et incestueux et une mère alcoolique et suicidaire, Bénédicte a dû faire face à un quotidien terrifiant, où l’innocence enfantine n’avait pas sa place. Si des parents aimants cherchent à transmettre à leurs enfants des valeurs positives telles que l’honnêteté et le respect, pour les parents de Bénédicte, le mensonge était une règle et le vol un passe-temps, voire un art. Comment se construire dans un monde sans repère ? Comment bien grandir sans avoir confiance dans les adultes qui doivent nous servir de modèles ? Heureusement, Bénédicte trouva un peu de stabilité auprès de sa grand-mère, la seule personne à lui avoir appris ce qu’est l’amour véritable. Entre espoirs et désillusions d’une enfance malheureuse, ce récit ne tombe jamais dans l’auto-apitoiement et reste malgré tout une ode à la vie.

Une enfance pareille… Comment peut-on à tel point abîmer ses enfants?

Ce récit autobiographique est terrible. Bénédicte a grandi à Reims, où avec son frère aîné Philippe, ils doivent se gérer seuls, puisque leurs parents travaillent de nuit. Bénédicte a alors sept ans. Le père est violent, il a la main leste. Bientôt, il ajoutera l’agression sexuelle aux coups. La mère est alcoolique et cumule les tentatives de suicide, que la petite Bénédicte doit gérer seule. C’est elle, en pleine nuit, qui va à la cabine téléphonique du coin appeler les secours. On lui apprend le mensonge et le vol. Les parents, la mère particulièrement, l’utiliseront tant qu’ils pourront. Heureusement, sa grand-mère maternelle, bien qu’elle se refuse à accabler sa fille, tendra la main à Bénédicte et l’aidera à se construire.

Un récit choquant. En tant que maman, ma fille étant mon moteur, je ne peux pas comprendre qu’on puisse infliger cela à ses enfants. Pourtant, malgré les maltraitances qu’elle a subies, Bénédicte ne s’apitoie pas. Elle livre un témoignage. Elle montre que même si les épreuves semblent vouloir avoir raison de nous, il est toujours possible de s’en sortir, à force de volonté. Elle aime la vie ; l’espoir et la détermination sont les moteurs de son adolescence. Elle n’est jamais triste ; son frère et elle survivent, se soutiennent et apprennent à faire avec les moyens du bord.

Ce témoignage est un exutoire ; Bénédicte est une personne simple, qui souhaite montrer qu’il faut s’accrocher et apprécier toutes les petites choses que la vie nous offre. Parce qu’elle dit que même si la vie peut être vacharde, elle est un cadeau qu’il faut chérir.

Un livre lu d’une traite, impossible de le poser avant d’avoir tourné la dernière page. Un grand merci, Bénédicte, de la confiance que vous m’avez accordée.

 


2017/80: La cache, Christophe BOLTANSKI

« J’évolue à travers la Rue-de-Grenelle comme sur un plateau de Cluedo. A chaque tour, je découvre une nouvelle pièce. En guise d’indice, je dispose à ce stade d’une clé, d’un frigo à moitié vide, d’un samovar et d’une sonnette. Je ne suis pas en présence d’un meurtre, mais d’une disparition. »

Que se passe-t-il quand un homme qui se pensait bien français doit se cacher des siens, chez lui, en plein Paris, dans un « entre-deux », comme un clandestin? Quel est l’héritage de la peur, mais aussi de l’excentricité, du talent et de la liberté bohème?

Compliqué de décrire ce livre…

A travers la visite pièce par pièce de l’hôtel particulier habité par sa famille Rue de Grenelle, nous allons faire connaissance avec chacun des membres, marquants, de la famille de l’auteur, famille juive d’origine russe, et pénétrer l’histoire familiale. Un inventaire de chaque pièce va être fait, étage par étage, et par la même occasion, de chacun des occupants. On y rencontre les vivants, les morts, les absents, les espoirs, les batailles. Et puis il y a cette cache, cet « entre-deux » qui va s’imposer, qui va accueillir la peur et sauver la peau du docteur. Un passage difficile pour cette famille dont l’aïeule a déjà connu un déracinement précipité et un nombre certain de désillusions.

Les digressions sont nombreuses, les sauts à travers les époques aussi. Pour autant, on ne se sent pas perdu.

Même si j’ai eu du mal à crocher au sujet, le style est fluide et très agréable à lire. C’est un très bel hommage aux siens.


2017/51: Des étoiles dans le caniveau, Anna CIRCE

« Il me trouva, s’empara de moi, régna sur mon âme puis disparu définitivement. J’ai disparu avec lui, et je ne suis jamais parvenue à me retrouver… »

Une écriture franche et sans fioritures, mais aussi parfois empreinte de tendresse.

Un sujet bouleversant, d’autant que ce roman est grandement autobiographique. Un roman douloureux donc, cruel, déchirant, pesant. Car bien sur, quand on est victime d’un viol, le traumatisme ne disparaît pas comme ça… Un roman perturbant, difficile à encaisser, comme un coup de poing. Beaucoup d’émotion donc à cette lecture délicate.

Un témoignage à lire aussi parce que la violence ne vient pas toujours d’où on l’attendrait.

Bravo Anna pour votre courage, et cette force que vous mettez dans votre combat. Respect.


2017/18: Les jouets vivants, Jean-Yves CENDREY

Dans une virtuose et rageuse « Lettre au père », Jean-Yves Cendrey raconte comment son père l’a frappé, humilié et terrorisé jusqu’à ce qu’il l’empoigne à son tour. Une scène originelle qui jette une lumière crue sur le jour où il a conduit un instituteur, pédophile avéré, à la gendarmerie de X. Des dizaines d’enfants violés, des vies coulées dans l’oubli par ceux qui auraient pu intervenir. Comment raconter l' »Affaire » de X sans verser dans le récit de circonstance? Jean-Yves Cendrey décide de s’offrir un prête-nom. C’est à Raoul Rose qu’il confie la chronique du « village de la honte », un paysage humain sombre et burlesque d’où émerge peu à peu le drame. La dimension autobiographique confère à ce livre une place résolument à part dans l’œuvre romanesque de Jean-Yves Cendrey. Les Jouets vivants reste pour autant fidèle à l’auteur, fidèle à cette colère qu’il n’a jamais lâchée.

Jean-Yves Cendrey livre ici une page marquante de sa vie, qui commence le jour où il décide de conduire lui-même au commissariat un instituteur du village où il vit depuis des années avec sa famille, qu’il accuse de faits de pédophilie sur de nombreux élèves au cours des années, cela suite au témoignage d’une des anciennes élèves dudit instituteur. Ce sera le début d’une sombre histoire, les témoignages arrivant les uns après les autres, dévoilant l’ampleur du crime, sur plusieurs décennies.

Jean-Yves Cendrey raconte sa démarche, la confiance qui lui a été témoignée par certaines victimes, la lenteur du système (social, scolaire, policier, judiciaire), les limites de ce système et les incompétents qui l’ont représenté à différents niveaux. La lâcheté de certains adultes, leur indifférence. Le silence pesant, lourd. Le scandale. La colère, la douleur, le désespoir. Tout cela émaillé du traumatisme profond enduré par Jean-Yves Cendrey pendant son enfance, ayant subi la violence d’un père militaire et alcoolique.

Un récit difficile, à fleur de peau. Extrêmement choquant mais tout aussi prenant.

 


2016/15: Ca t’apprendra à vivre, Jeanne BENAMEUR

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1958, en Algérie. Une petite fille raconte. Avec une mère blonde et un père arabe, elle n’est pas comme tout le monde, elle le sent, et tout, à l’extérieur de la maison, est là pour le lui rappeler. Elle est bientôt arrachée au pays où elle est née, exilée en métropole avec ses parents, son frère et ses deux sœurs, dans une ville de la façade atlantique qu’il lui faudra lentement apprivoiser. Son père continue d’y exercer son étrange métier de gardien de prison, les condamnant à vivre à l’intérieur de l’enceinte. Là, elle voit bien qu’elle est, malgré ses efforts, encore et toujours « à moitié ». Quand pourra-t-elle être entière? Ce livre de l’exil, géographique autant qu’intérieur, est porté par l’amour inquiet d’une fille pour son père. La personnalité ombrageuse et puissante de cet homme secret compose le parfait contrepoint à l’écriture lumineuse et vibrante de Jeanne Benameur.

Je ne serai pas aussi dithyrambique que le quatrième de couv.

Je n’ai pas trouvé d’intérêt à ce petit livre. L’auteure nous raconte son histoire, son exil. Par contre, il n’y a rien sur les évènements historiques qui ont provoqué cet exil contraint. Pas un mot du contexte social et politique, pourtant tellement lourd. D’accord, à l’époque des faits, elle avait 5 ans et n’était très certainement pas au fait des évènements. Pourtant, même à 5 ans, il est impossible qu’elle n’ait pas quand même un minimum ressenti ce qui se passait autour d’elle. Et là, cela transparaît tellement peu… Elle retranscrit des tranches de vie, des sensations, des impressions.

Je reste sur ma faim. Et je suis loin d’être rassasiée.


Tigre, Tigre!, Margaux FRAGOSO

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Par une belle journée d’été, Margaux Fragoso rencontre Peter Curran à la piscine de son quartier, et ils commencent à jouer. Elle a sept ans; il en a cinquante et un. Quand Peter l’invite chez lui avec sa mère, la petite fille découvre un paradis pour enfant composé d’animaux exotiques et de jeux. Peter endosse alors progressivement, insidieusement, le rôle d’ami, puis de père, et d’amant. Charmeur et manipulateur, Peter s’insinue dans tous les aspects de la vie de Margaux, et transforme l’enfant affectueuse et vive en une adolescente torturée. Lyrique, profond et d’un limpidité hypnotique, Tigre, tigre! dépeint d’une manière saisissante les forces opposées de l’emprise er de la mémoire, de l’aveu et du déni, et questionne nos capacités de guérison. Un récit extraordinaire qui dévoile de l’intérieur la pensée d’une jeune fille au bord de la chute libre.

Voici le témoignage poignant de Margaux, un témoignage sans fioritures, objectif, délivré simplement avec le recul des années. Des faits posés sur le papier, sans voyeurisme, sans compromission, sans concession, juste son histoire, son ressenti.

Margaux raconte ici comment elle est tombée dans les griffes d’un pédophile, et comment il l’a maintenue dans ses filets. Margaux est une petite fille issue d’une famille brisée. La mère est malade et on se demande même si elle n’est pas consciencieusement maintenue dans son état par un mari qui gère ce qu’il peut, c’est à dire pas grand chose. Le père culpabilise énormément sa fille de la maladie de sa mère et la mère ne parvient pas à aimer et s’occuper de son enfant. Une ambiance familiale qui va pousser Margaux dans les bras de Peter. Ce dernier va tout faire pour être irremplaçable. Il va d’abord jouer avec elle, devenir son ami et son confident, puis peu à peu, remplacer ce père démissionnaire pour enfin l’initier à la sexualité et finir par devenir son amant. Il va s’imposer insidieusement dans la vie de la petite fille et lui devenir indispensable.

Parce que le plus cruel dans tout ça, c’est l’attachement de Margaux à Peter,  puisqu’elle va l’aimer infiniment, inconditionnellement. C’est bien là que réside toute la perversité de l’homme. Lui-même fragile, brisé, vulnérable, tout autant que manipulateur, infâme et odieux. Leur « histoire » va durer quinze ans, quinze années pendant lesquelles Peter contrôlera complètement Margaux.

Un récit à la fois magnifique, terrible et bouleversant.