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2016/34: Qu’attendent les singes, Yasmina KHADRA

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Le corps d’une étudiante est découvert dans les bois de Baïnem, près d’Alger. Chargée de l’enquête, la commissaire Nora Bilal est loin de se douter que son pronostic vital est engagé. Dans un pays où les intrigues et les fausses pistes dépassent l’entendement, où l’exercice du pouvoir et la corruption s’érigent en sacerdoces, quel sort réserve-t-on à ceux qui osent croire que la loi est au-dessus de tous, surtout lorsque la loyauté est incarnée par une femme? Loin de se limiter au thriller politique, Qu’attendent les singes est une formidable radioscopie d’une Algérie qui, après avoir été laminée par le terrorisme islamiste, se retrouve livrée sans emballage aux ogres de l’infamie.

Un bon roman, dévoré en trois jours à peine. Très différent de mes lectures précédentes de l’auteur.

Ce roman-ci se présente comme un polar. Le corps d’une jeune fille est retrouvé dans une bois. Nora Bilal et son équipe sont en charge de l’enquête. Ils vont devoir démêler l’écheveau des fausses pistes sur lesquelles on les conduit insidieusement.

Un roman plutôt cash, qui met le doigt sur l’étendue de la corruption politique. Pas que politique d’ailleurs, puisque ses ramifications s’étendent très largement. Et les nababs ont la main sur tout et sur tous, ont tout pouvoir pour faire exécuter leurs volontés sans jamais être inquiétés. C’est un portrait cru d’une Algérie qui s’est perdue et qui va s’échouer.

Voici un récit qui m’a pris au corps. J’ai d’emblée eu beaucoup de sympathie pour les personnages de Nora, de Zine et de Sid. Ils sont si… Ils ont tout perdu, ils ont subis beaucoup, mais ils continuent de croire, ils s’accrochent et ne lâchent rien. C’est un récit terriblement prenant, très noir dans son genre, difficile. J’ai pourtant lu tellement pire que cela parmi ma collection de thriller, mais celui-ci m’a remué les tripes. Peut être à cause du réalisme des personnages, du drame des situations dans lesquelles ils se retrouvent, ou à cause des salauds… Il y a tellement d’humanité et d’empathie dans toute cette saloperie. Des gens justes et bons, malgré la fange dans laquelle on s’évertue à les baigner. Peut être direz-vous que j’exagère, mais c’est mon ressenti.

Un roman fort.

 

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2016/17: Les enfants de Gédéon, Geneviève BUONO

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Qu’ils soient médecin, journaliste, cuisinier, les personnages de ce recueil sont liés. Instituteur en Kabylie pendant la guerre d’Algérie, Monsieur Gédéon est de ces maîtres que l’on n’oublie pas. Ainsi, de Djemila à Argenteuil, de l’Algérie des années noires à la banlieue d’aujourd’hui, Mélissa, Zara et Farid partagent les valeurs qu’il leur a transmises.

Je ne sais trop qu’en penser. Ce livre est présenté comme un recueil de nouvelles. Ce qui, pour moi,  n’est pas le cas. Il y a une douzaine de textes, entrecoupés de poèmes. Mais tous ces textes sont liés les uns aux autres, comme un roman court dont les chapitres s’articuleraient un peu bizarrement. L’histoire commence en Algérie, dans une Algérie occupée, pour finir en France, puisqu’il aura fallu fuir. Il me semble, si j’ai bien compris, que ce livre s’inspire largement de la vie du père de Geneviève Buono, instituteur en Algérie dans les années 50.

Je n’ai pas croché plus que ça, mais c’est un peu juste pour se faire une idée de l’auteure. Un autre des ses romans dort dans ma PAL, La nuit des mandarines, qui parle de son expérience de prof de maths dans un établissement de banlieue difficile. Il faut que je pense à l’en sortir.


2016/15: Ca t’apprendra à vivre, Jeanne BENAMEUR

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1958, en Algérie. Une petite fille raconte. Avec une mère blonde et un père arabe, elle n’est pas comme tout le monde, elle le sent, et tout, à l’extérieur de la maison, est là pour le lui rappeler. Elle est bientôt arrachée au pays où elle est née, exilée en métropole avec ses parents, son frère et ses deux sœurs, dans une ville de la façade atlantique qu’il lui faudra lentement apprivoiser. Son père continue d’y exercer son étrange métier de gardien de prison, les condamnant à vivre à l’intérieur de l’enceinte. Là, elle voit bien qu’elle est, malgré ses efforts, encore et toujours « à moitié ». Quand pourra-t-elle être entière? Ce livre de l’exil, géographique autant qu’intérieur, est porté par l’amour inquiet d’une fille pour son père. La personnalité ombrageuse et puissante de cet homme secret compose le parfait contrepoint à l’écriture lumineuse et vibrante de Jeanne Benameur.

Je ne serai pas aussi dithyrambique que le quatrième de couv.

Je n’ai pas trouvé d’intérêt à ce petit livre. L’auteure nous raconte son histoire, son exil. Par contre, il n’y a rien sur les évènements historiques qui ont provoqué cet exil contraint. Pas un mot du contexte social et politique, pourtant tellement lourd. D’accord, à l’époque des faits, elle avait 5 ans et n’était très certainement pas au fait des évènements. Pourtant, même à 5 ans, il est impossible qu’elle n’ait pas quand même un minimum ressenti ce qui se passait autour d’elle. Et là, cela transparaît tellement peu… Elle retranscrit des tranches de vie, des sensations, des impressions.

Je reste sur ma faim. Et je suis loin d’être rassasiée.


Ce que le jour doit à la nuit, Yasmina KHADRA

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Algérie, années 30. Les champs de blés frissonnent. Dans trois jours, les moissons, le salut. Mais une triste nuit vient consumer l’espoir. Le Feu. Les cendres. Pour la première fois, le jeune Younes voit pleurer son père. Confié à un oncle pharmacien, dans un village de l’Oranais, le jeune garçon s’intègre à la communauté pied-noire. Noue des amitiés indissolubles. Et le bonheur s’appelle Emilie, une « princesse » que les jeunes gens se disputent. Alors que l’Algérie coloniale vit ses dernièrs feux, dans un déchainement de violences et de trahisons, les ententes se disloquent. Femme ou pays, l’homme ne peut jamais oublier un amour d’enfance…

Dans les années 30, le père de Younes perd ses terres et part avec sa famille s’installer dans les bas-fonds d’Oran. Ne parvenant pas à se sortir de la misère, son père confie Younes à son frère, pharmacien, et sa femme, qui l’élèveront comme leur fils et lui donneront une éducation. Suite à son arrestation, soupçonné d’appartenir au mouvement nationaliste, l’oncle décidera de s’installer dans un village doré de la banlieue d’Oran, Rio Salado, où Younes grandira et qu’il ne quittera plus. C’est là qu’il rencontera ses plus grands bonheurs mais aussi ses malheurs les plus profonds (après avoir perdu ses parents et sa soeur). Les grands évènements l’effleureront sans réellement le toucher, de l’occupation des troupes américaines pendant la seconde guerre mondiale à la guerre d’indépendance.

Un très joli roman, agréable et fluide à lire, dans lequel on suit l’évolution d’un héros triste et mélancolique. C’est le premier roman que je lis de l’auteur, mais je pense que ses titres précédents vont rapidement aller rejoindre ma PAL.

 

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