Archives de Catégorie: Témoignages et documents

2018/67: Une vie au service de la police technique et scientifique, Patrick NAZET

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Passionnant ! On entre dans un monde dont le nom seul évoque quelque chose : police technique et scientifique. Avec le récit de son expérience, agrémentée de sa participation à des affaires célèbres, comme l’enquête sur la mort de Claude François, Mesrines, ou l’enlèvement du baron Empain on est au coeur de l’évolution du métier que Patrick Nazet a exercé pendant 32 années.

Quand on parle de police technique et scientifique, on a tous tout de suite en tête l’image d’une flopée de séries TV, à commencer par Les Experts… Eh bien sache que les enquêteurs français n’ont vraiment rien à envier aux Américains: voici exposée dans ce témoignage la réalité derrière la fiction.

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2018/34: Claustria, Régis JAUFFRET

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28 avril 2008, dans une petite ville d’Autriche, une mère sort avec trois de ses enfants d’une cave où elle a vécu dans une claustration absolue durant 24 années. Violée par son père, elle les a mis au monde dans cette prison sans fenêtre. Sur place, l’auteur a découvert de nouveaux éléments qui remettent en cause l’enquête de police. Claustria est le roman de cette histoire unique.

Ce roman s’inspire d’un sordide fait divers. Rappel des faits: L’affaire Fritzl est un cas d’inceste découvert durant la fin du mois d’avril 2008 à Amstetten, en Autriche. A 42 ans, Elisabeth Fritzl déclare qu’elle a été emprisonnée, violée et physiquement agressée par son père, Joseph Fritzl, pendant 24 ans. Il l’a séquestrée dans une cave insonorisée creusée dans le sous-sol de sa maison. Quatrième née de sa fratrie (Joseph Fritzl et son épouse Rosemarie ont eu 7 enfants), elle donne naissance elle-même à 7 enfants durant sa captivité. Trois sont séquestrés avec leur mère (Kerstin, Stephan, Félix), un décède peu après sa naissance et les trois autres sont adoptés par Joseph Fritzl et son épouse (Alex, Monika, Lisa). Il soutiendra toutes ces années que Elisabeth ayant rejoint une secte, elle aurait déposé les enfants devant sa porte avec un mot.

Ce thriller s’apparente à une enquête. C’est un roman journalistique, tant il est crédible. L’auteur conserve à Joseph Fritzl son nom car il est le seul personnage de ce roman auquel il n’a rien changé. Tous les autres ont leur nom modifié puisque Régis Jauffret leur prête des réactions, des sentiments qui auraient pu être les leurs certes, mais qui ne sont que le fruit de ses recherches, de son interprétation, de son imagination.

Joseph Fritzl commence à violer sa fille quand elle a 11 ans. Il la séquestre à ses 18 ans. Angelika et ses enfants vivent en parallèle avec la « famille du haut ». La seule chose qui rythme ce temps incommensurable est un vieux poste de télé. Dans cette cave, les protagonistes vivent dans une autre dimension, qui finit par ne plus rien avoir en commun avec la vie « normale », d’un point de vue moral, éthique. Les situations décrites par l’auteur sont reproduites sur la réalité (même si la vie dans la cave est imaginée), comme l’arbre de Noël par exemple ou le journal tenu par Angelika. Un quotidien s’est mis en place dans cette cave.

Jauffret s’est déplacé pour suivre le procès de Josef Fritzl. Il est allé voir cette cave. Il retranscrit ce temps en dehors du monde, dans l’obscurité, l’odeur pestilentielle qui l’agresse, le manque soudain d’air, la suffocation, les rats qui ont envahi l’espace, la peur panique qui le gagne… Toute l’horreur de la claustration. Provoquée par un homme ordinaire, quelconque.

Un roman dérangeant et efficace. Quelques longueurs, mais qui rendent compte de 24 années d’enfermement. De la routine qui prend le pas sur l’horreur. Au bout de tant d’années, il ne s’agit plus d’un drame pour ses protagonistes, mais d’un quotidien comme un autre, avec ses codes.

 


2018/01: La Serpe, Philippe JAENADA

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Un matin d’octobre 1941, dans un château sinistre au fin fond du Périgord, Henri Girard appelle au secours: dans la nuit, son père, sa tante et la bonne ont été massacrés à coups de serpe. Il est le seul survivant. Toutes les portes étaient fermées, aucune effraction n’est constatée. Dépensier, arrogant, violent, le jeune homme est l’unique héritier des victimes. Deux jours plus tôt, il a emprunté l’arme du crime aux voisins. Pourtant, au terme d’un procès retentissant (et trouble par certains aspects), il est acquitté et l’enquête abandonnée. Alors que l’opinion publique reste convaincue de sa culpabilité, Henri s’exile au Venezuela. Il rentre en France en 1950 avec le manuscrit du « Salaire de la peur », écrit sous le pseudonyme de Georges Arnaud.

Jamais le mystère du triple assassinat du château d’Escoire ne sera élucidé, laissant planer autour d’Henri Girard, jusqu’à la fin de sa vie (qui fut complexe, bouillonnante, exemplaire à bien des égards), un halo noir et sulfureux. Jamais, jusqu’à ce qu’un écrivain têtu et minutieux s’en mêle… Un fait divers aussi diabolique, un personnage aussi ambigu qu’Henri Girard ne pouvaient laisser Philippe Jaenada indifférent. Enfilant le costume de l’inspecteur amateur (complètement loufoque, mais plus sagace qu’il n’y paraît), il s’est plongé dans les archives, a reconstitué l’enquête et déniché les indices les plus ténus pour nous livrer ce récit haletant dont l’issue pourrait bien résoudre une énigme vieille de soixante-quinze ans.

Sincèrement, j’ai du mal à comprendre le battage médiatique qui a eu lieu lors de la sortie de ce livre. J’ai longuement hésité à l’acheter: il y a eu pléthore de retours ravis et élogieux. Pourtant, j’ai aussi croisé quelques avis plus tempérés qui m’ont laissée indécise. Je remercie donc mon homme d’avoir tranché pour moi.

Voici donc une enquête criminelle minutieusement documentée et étayée, agrémentée de l’humour de l’auteur qui détend l’atmosphère. 634 pages d’étude appuyée du dossier d’instruction de l’époque, des rapports d’enquête (à charge contre Henri Girard), de démarches et de questionnements divers. Je précise pour une fois le volume de ce livre, car je t’assure que cela a son importance si tu te lances dans cette lecture.

Philippe Jaenada affectionne les digressions. Beaucoup. Trop. Elles sont très nombreuses;  l’auteur agrémente son récit de parenthèses plus ou moins opportunes et à-propos, rarement essentielles ou indispensables, souvent superflues. A mon sens, même si quelques unes sont pertinentes ou m’ont fait sourire, la plupart alourdit le texte. Cette façon de passer sans cesse du coq à l’âne m’a semblé lourd et parfois ennuyeux.

Bien sur, le sujet reste intéressant. La vie d’Henri Girard a été singulière, bien remplie, riche et éloquente. Henri fut un personnage extravagant, excentrique, déraisonnable, étonnant, inénarrable mais incroyablement et irrémédiablement abîmé.

L’enquête menée par Philippe Jaenada a été méticuleuse. Il n’hésite pas à passer du temps (des pages…) à étudier certains détails qui ont pesé lourd dans la balance à l’encontre d’Henri, testant et démontant tour à tour un nombre certain d’hypothèses. (Excessivement?) Le cheminement de sa pensée est très largement détaillé.

Bref, je reste sur une impression mitigée. Je n’encenserai pas ce livre, trop long. Cependant, je dois avouer que le sujet m’a intéressée et que certains passages m’ont donné envie d’en savoir plus sur la Vie et l’œuvre d’Henri Girard.

 


2017/99: Faim de vivre, Julie MARTIN

« Il faut que je fasse confiance à mon corps; c’est lui qui gère mes besoins. » L’auteure raconte dans ce récit le tourbillon de l’anorexie, ses deux hospitalisations successives puis sa longue reconstruction. Elle est aujourd’hui une jeune fille épanouie, mais à quel prix?

Julie Martin nous raconte son enfer, la façon dont elle a vécu et subi son anorexie. Elle raconte la spirale des troubles du comportement alimentaire, ce cercle vicieux dans lequel on s’enfonce malgré soi. Elle raconte le mal-être qui l’a entraînée, les préjugés sur la maladie, les hallucinations, mais aussi l’envie de s’en sortir. Ce texte est une sorte d’exutoire. Un message d’espoir, un appel à la vie.

Il y a cependant une remarque dans ce récit qui m’a fait faire des bonds. Page 12: « Pourquoi stigmatise-t-on les anorexiques et non les personnes en surcharge pondérale alors que les maladies cardio-vasculaires sont la première cause de décès dans le monde? Si je suis malade, eux le sont aussi. » Chère Julie, oui en effet, les troubles inverses sont aussi une maladie. J’en sais quelques chose, il y a peu, j’étais encore obèse. Mais de lire que les personnes en surcharge pondérale ne sont pas stigmatisée…. Ca me fait hurler. Vous l’avez vécu au travers de l’anorexie, moi au travers de l’obésité. Je peux vous dire qu’on s’en prend tout autant dans la gueule que les anorexiques…

 


2017/87: Le livre que je voulais pas écrire, Erwan LARHER

Je suis romancier. J’invente des histoires. Des intrigues. des personnages. Et, j’espère, une langue. Pour dire et questionner le monde, l’humain. Il m’est arrivé une mésaventure, devenue une tuile pour le romancier qui partage ma vie: je me suis trouvé un soir parisien de novembre au mauvais endroit au mauvais moment; donc lui aussi.

Erwan Larher écrit à la main, ce qui lui laisse peu de temps pour faire autre chose de sa vie.

Ce livre qu’Erwan Larher ne voulais pas écrire est précisément le livre que je ne voulais pas lire.

Erwan Larher se trouvait au Bataclan ce 13 novembre 2015, tout près d’un ami cher qui lui n’en est pas sorti vivant. Les images qui sont passées en boucle ce soir-là m’ont profondément marquée et sont restée incrustées sur mes rétines. Pour moi, il s’agissait d’un adieu. C’est pourquoi je me suis toujours refusée à lire tout ce qui a été publié au sujet des attentats du 13 novembre. Trop dur.

Et puis, j’ai vu cet article qui parlait de la sortie de ce livre. Celui-ci, je ne sais pas pourquoi, il fallait que je le lise. Un besoin impérieux. Etrange. Peut-être pour tenter de combler un peu le vide laissé béant depuis bientôt deux ans. C’est bête, je sais. J’ai entendu le discours de cet homme  qui a assisté au meurtre de mon ami et de dizaines d’autres personnes. Cet homme qui a ressenti dans ses chairs cette terreur indicible et cette douleur terrible.

Alors voilà, Erwan Larher évoque « son » 13 novembre au Bataclan, et ses suites. Il évoque son histoire personnelle au milieu de l’évènement national. Il ne voulait pas en faire un livre, il ne voulait pas en parler. Aussi a-t-il noté ce qu’il refusait de diffuser. D’un côté, Erwan raconte son drame avec beaucoup de pudeur, l’avant, le pendant et l’après; il raconte la surprise, l’angoisse, la douleur, les perceptions accrues… De l’autre, ses proches relatent leur soirée quand la nouvelle est tombée, leur perception de cette barbarie. Un objet littéraire très particulier, très dur et très digne.

 


2017/51: Des étoiles dans le caniveau, Anna CIRCE

« Il me trouva, s’empara de moi, régna sur mon âme puis disparu définitivement. J’ai disparu avec lui, et je ne suis jamais parvenue à me retrouver… »

Une écriture franche et sans fioritures, mais aussi parfois empreinte de tendresse.

Un sujet bouleversant, d’autant que ce roman est grandement autobiographique. Un roman douloureux donc, cruel, déchirant, pesant. Car bien sur, quand on est victime d’un viol, le traumatisme ne disparaît pas comme ça… Un roman perturbant, difficile à encaisser, comme un coup de poing. Beaucoup d’émotion donc à cette lecture délicate.

Un témoignage à lire aussi parce que la violence ne vient pas toujours d’où on l’attendrait.

Bravo Anna pour votre courage, et cette force que vous mettez dans votre combat. Respect.


2017/30: Une colère noire, Ta-Nehisi COATES

« Voilà ce qu’il faut que tu saches: en Amérique, la destruction du corps noir est une tradition, un héritage. Je ne voudrais pas que tu te couches dans un rêve. Je voudrais que tu sois un citoyen de ce monde beau et terrible à la fois, un citoyen conscient. J’ai décidé de ne rien te cacher. » Dans cette lettre adressée à son fils de 15 ans, Ta-Nehisi Coates revient sur la condition de l’homme noir aux Etats-Unis. Une ode à l’humanité, un cri de colère contre le mal qui gangrène la société américaine depuis des siècles.

Ce livre est un cri du cœur, un témoignage de la condition des Noirs américains. L’auteur y évoque un certain nombre d’agressions et de crimes, dont certains dont il a été témoin ou victime. Il y démontre que la ségrégation n’est pas une notion disparue, loin de là, et que le racisme fait rage. Parce qu’il est facile de tuer des Noirs quand on est Blanc. Le rapport de domination entre Blancs et Noirs est probant et omniprésent, les rapports de violence sont ubiquitaires. Tu me diras, ce n’est pas un scoop… Non en effet, il s’agit plutôt d’un constat. D’un état des lieux en quelque sorte.

A lire.