Archives de Catégorie: Science-fiction

2018/37: Notre République, Léonel HOUSSAM

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Deux cent treize hommes et femmes pénètrent dans le village d’Orgape. Les quelques soixante-quinze personnes vivant dans les maisons longeant la rue principale sont saisis au petit matin, extirpés de leurs lits, poignets liés dans le dos, avant d’être parqués dans une grange non loin de l’entrée ouest et dans un garage à tracteurs au centre du village en face de la maison. Les assaillants ne perdent pas de temps et s’activent rapidement pour fabriquer des barrages et protéger les maisons placées sur les lieux stratégiques. Ils vident les quatre semi-remorques de leurs contenus : nourriture, armes, matériels informatiques, générateurs, purificateurs d’eau et l’ensemble des effets nécessaires pour tenir un siège. Toutes les voitures de passage sont détournées, priées de rebrousser chemin car le village est fermé pour cause de déminage d’une bombe non -explosée de la Seconde Guerre Mondiale.

Cette fiction qui se situe dans un futur proche, très proche, met en avant Bertrand, un insurgé incontrôlable qui mène un combat féroce contre un capitalisme moderne devenu fou, dangereux et totalement destructeur. Cette nouvelle est le préambule à un vaste cycle -« Avant Extinction » – comportant quatre romans composés par Léonel Houssam et qui paraîtront une fois achevés durant les mois et années à venir. Dans un monde définitivement condamné à disparaître, quelques individus vont débuter une quête chaotique et folle afin de tenter d’échapper à l’inexorable extinction de l’Humanité telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Voilà, Bertrand mène sa révolution. Avec ses partisans, il prend en otage un village qu’il isole du reste de la société et y instaure Sa République. Une République à sa façon… Et qui, si elle a été établie sans trop de mal, va connaître de grosses difficultés…

Parce que Bertrand n’est quand même pas très sain d’esprit. Il pète carrément les plombs même.

Ce récit m’a fait penser à la chanson de Mylène Farmer, « Désenchantée ». « Tout est chaos / A côté / Tous mes idéaux: des mots / Abimés… » « Plus rien n’a de sens, plus rien ne va ». Cette nouvelle est un récit du chaos, préambule à l’extinction de notre société qui s’atrophie: surconsommation de masse, verrouillage des idées, contrôle des pensées, des désirs et des besoins. Asphyxie générale d’un monde dans lequel on s’acharne à produire toujours plus, duquel les hommes sont des prisonniers consentants.

Bertrand aurait voulu faire réagir cette « génération du vide », une génération qui est née et a grandit dans un état de crise permanent; une génération piégée dans ce qu’elle a contribué à construire, un monde en cours d’extinction, agonisant, désenchanté, qui n’offre plus aucun espoir de quoi que ce soit de meilleur. Une génération qui a grandi avec la technologie, la communication à outrance. Une génération urbaine, connectée, consommatrice, mais passive, autocentrée, égocentrique, superficielle.

Une génération résignée, qui se laisse mener par le bout du nez sans réaction, qui accepte le mépris si elle conserve sa société telle qu’elle est, une société narcissique, où le paraître et l’hédonisme sont rois. Une génération qui n’attend rien.

Une génération Nabilla, vide et pathétique. Une génération individualiste, stupide, abrutie, futile et ridicule. Une génération qui ferme les yeux sur les manipulations de leurs dirigeants, que plus rien ne choque. Les conflits, le voyeurisme, l’exhibition sont monnaie courante et sont devenus la normalité.

Un récit très sombre, tu l’auras compris, mais percutant et très intéressant. Une écriture sans fioritures, sans concessions. Un atmosphère anxiogène à souhait, le désespoir…

Une très belle plume. A suivre.

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2017/115: Le journal de l’observateur (les manuscrits complets), Jean-Michel MARTIN

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« Je commence ce journal pour les générations futures. Sachez ce que nous avons vécu, comment nous avons vécu et, si nous arrivons à reprendre les choses en main, comment nous l’avons fait. […] Il y a quelques milliers d’années nos ancêtres ont dû connaître ces « dieux », le problème c’est que l’humanité les a oubliés. Dans l’ancienne citée de Nyr peut être les priaient-on ? ». Marchez aux côtés de l’homme normal dans un monde qui sombre. Entre raison et folie, l’objectif reste la survie, continuer à tout prix. Nous avons tous une raison de poursuivre le voyage.

Nous sommes très vite plongés dans un futur apocalyptique. Jean-Michel Martin donne vie à des créatures fantasmagoriques oubliées des hommes puisque endormies depuis des millénaires. Mais quand soudain elles se réveillent et exigent ce qu’elles estiment être leur dû, notre monde s’écroule. Une poignée d’humains survivent et tentent d’organiser une résistance…

C’est bien mené, c’est original et intelligent. J’ai adoré suivre notre narrateur puis Eve lorsqu’elle reprend vie. Cette histoire m’a complètement absorbée. C’est prenant, étonnant, singulier. J’ai adoré me plonger dans cet univers surnaturel, une odyssée fantastique.

Certains aspects de ce récit m’ont fait penser au film de Steven Spielberg, « La guerre des mondes » adapté du roman de Herbert George Wells: les engins qui surgissent de sous la terre, la désintégration des humains, l’armée impuissante face aux forces adverses, la volonté de survivre des personnages, les épreuves qu’ils traversent qui tour à tour les unissent et les séparent.

Un bémol cependant: l’épilogue me laisse sur ma faim. J’espère que c’est une porte ouverte pour une suite.

Merci à Emma Freya, conseil littéraire La Voie de Calliope, pour cette découverte.


2017/16: Demain les chats, Bernard WERBER

Pour nous, une seule histoire existait: celle de l’humanité. Mais il y a eu LA rencontre. Et eux, les chats, ont changé à jamais notre destinée.

D’abord merci à Mon Homme qui me voyait lorgner sur ce livre d’avoir eu la gentillesse de me l’offrir.

J’ai toujours beaucoup aimé Bernard Werber. J’ai toujours eu un vrai coup de cœur pour ses écrits, toujours décalés, plein d’anecdotes, de réflexions pertinentes, tout ça… J’ai suivi pas à pas la succession de ses romans. D’abord la trilogie des Fourmis, le cycle des Anges, celui des Dieux, Le livre du voyage, Le papillon des étoiles, …. Bref, j’aime.

Là, je ne sais pas pourquoi, je ne croche pas. Il y a pourtant toujours les ingrédients qui m’ont fait le suivre jusqu’à maintenant, mais pourquoi donc, ce qui passait parfaitement avec les fourmis ne fonctionne pas pour moi avec les chats. Il y a pourtant matière à réflexion, largement même, comme j’apprécie livre après livre, mais je n’ai pas réussi à m’immiscer dans l’ambiance de ce nouveau récit, cette atmosphère-là n’a pas réussi à m’atteindre.

Une déception donc.

 


Les racines du mal, Maurice G. DANTEC

 

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Andreas Schaltzmann est un tueur; un paranoïaque qui croit au complot généralisé et qui s’est rasé la tête pour « surveiller les os de son crâne qui changeaient de forme ». Un schizophrène sujet aux pires hallucinations. Un fou dangereux enfermé sans son monde. Une énigme. Trois scientifiques spécialisés dans le comportement des tueurs en série réalisent qu’il ne peut, à lui seul, avoir commis la totalité des meurtres qui lui sont imputés. Une autre chasse à l’homme commence. Effroyable. Avec au bout de la traque une vérité à l’image de notre temps.

Arthur Darquandier, le narrateur, est un cogniticien qui va être amené à se pencher sur le cas d’Andreas Schatzmann, un tueur en série dévoré d’hallucinations, avec ses deux collègues, chacun ayant un domaine de recherche bien spécifique. Ils vont mettre le doigt sur des incohérences de l’enquête officielle qui accuse Andreas d’une série de meurtres qu’il ne peut avoir tous commis. Ils vont donc traquer l’autre sérial killer, encore inconnu des services de police. Pour cela, Arthur va avoir recours aux services de sa création, la « neuromatrice », un super-ordinateur expérimental, une intelligence artificielle redoutable, capable de pirater tous les réseaux existants et de simuler un profil psychologique à partir de faits épars.

J’ai beaucoup aimé la partie cyber-thriller, efficace. Il y a un nombre important de références culturelles et historiques, visiblement bien documentées. Par contre, j’ai trouvé que le roman était long à démarrer. Toute la première partie, qui concerne Andréas et ses délires, est pour moi un peu difficile à suivre (en même temps, c’est un schizophrène bien atteint). J’ai failli lâcher à plusieurs reprises. Et j’ai eu aussi de mal avec la partie SF du livre. Tout ça est intéressant, recherché. Mais j’ai trouvé que la machine prenait trop de place. J’aurais davantage cru au scenario si la neuromatrice avait été une aide à l’enquête. Ici, elle est beaucoup trop présente. Elle fait tout, résout tout, sans elle rien n’est possible.

Une déception pour moi. Mais merci quand même à l’Amoureux qui a tenté de me faire découvrir cet auteur.

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Dans le cadre du challenge Thrillers et Polars chez Sharon


L’encre et le sang, Franck THILLIEZ et Laurent SCALESE

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Au fond d’un vieux garage hongkongais, ELLE est là. ELLE l’attend.

La machine.

Il suffit de taper. Et tout s’écrira, DANS LA REALITE. Très vite, l’écrivain William Sagnier comprend qu’il tient là l’instrument de sa vengeance. La femme qui l’a trompé. L’homme qui lui a volé son livre. Tous ceux qui l’ont humilié, utilisé, détruit, seront punis à leur tour. La vie, la mort, la toute-puissance au bout des doigts, là où se mélangent l’encre et le sang…

Nouvelle fantastique très courte (118 pages). Plutôt bon et original.

A conseiller aux amateurs de Stephen King.