Archives de Catégorie: Guerre et déportation

2017/112: Les enfants des Justes, Christian SIGNOL

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En 1942, dans le département de la Dordogne, la ligne de démarcation croise le cours de l’Isle. La ferme des Laborie est à deux pas de la rivière et Virgile, n’écoutant que son cœur, ne refuse jamais sa barque à ceux qui tentent de passer en zone libre. Lorsqu’on propose à Virgile et Victoria, qui n’ont jamais eu d’enfant, de cacher Sarah et Elie, deux gamins juifs perdus dans la tourmente, ils accueillent les petits réfugiés comme un don du ciel. Au fil des jours, malgré les trahisons, les dénonciations, les contrôles incessants, la Résistance s’organise…

Jacques Signol livre ici un bel hommage à ces Justes qui ont pris tous les risques pour sauver quelques uns de leurs compatriotes. Victoria et Virgile sont magnifiques d’humanité, de simplicité, d’abnégation. Sarah et Elie sont terriblement touchants de par leur histoire, leur vécu, leur rage, leur colère, leur douleur.

C’est une histoire très touchante, un remerciement à ces hommes et ces femmes qui n’ont pas hésité un instant à tendre la main, au péril de leur vie. Ces gens-là sont simples, issus du milieu rural. Virgile est menuisier, mais passe plus de temps à la pêche. Victoria fait tourner la maison et la marmite. Une lutte de chaque instant, au travers de chaque geste, contre l’occupant nazi. Sont évoquées les relations tendues au sein du village, la peur. Ils ne savent plus à qui ils peuvent faire confiance, qui est susceptible de trahir. Même parmi les plus proches.

Un roman trop court, captivant, prenant, poignant, à la fois dramatique et plein d’espoirs. La fin m’a serré le cœur…

 


2017/97: Petit pays, Gaël FAYE

Avant, Gabriel faisait les quatre cents coups avec ses copains dans leur coin de paradis. Et puis, l’harmonie familiale s’est disloquée en même temps que son « petit pays », le Burundi, ce bout d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Plus tard, Gabriel fait revivre un monde à jamais perdu. Les battements de cœur et les souffles coupés, les pensées profondes et les rires déployés, le parfum de citronnelle, les termites les jours d’orage, les jacarandas en fleur… L’enfance, son infinie douceur, ses douleurs qui ne nous quittent jamais.

Un très beau récit, très touchant. C’est à la fois empreint de douceur, de violence, de joie, de regrets, d’humour, de drames. C’est prenant, bouleversant. Ca serre le cœur.

Gaby est métis. Son père est un Français installé depuis des années au Burundi. Sa mère est une réfugiée rwandaise, pays limitrophe. Gaby n’est donc ni vraiment Français, ni vraiment Rwandais, ni vraiment Burundais. Sa famille vit dans un quartier résidentiel, au milieu d’autres familles aisées et/ou immigrées. Ils sont des privilégiés. Blancs faisant des affaires en Afrique, employant des locaux pour toutes les tâches ingrates.

Dans cette impasse où il vit et qui constitue son univers, il y a sa bande de copains. Inséparables.

Et puis, les évènements vont se précipiter. Sa mère va s’en aller, la guerre éclate avec ses attentats, ses guet-apens, ses génocides. Le Burundi et le Rwanda sont en sang… Son enfance va se déliter en même temps et au même rythme que l’Histoire qu’il est en train de vivre. Gaby témoigne de la tragédie, de l’absurdité des conflits.

Ce récit en partie autobiographique est déchirant de finesse, de réalité.  L’émotion palpable. Le choc de la guerre civile qui déchire le Burundi, le choc du génocide auquel est confrontée sa famille rwandaise. Une enfance quittée trop brutalement, qu’il devra fuir.

Laissés derrière lui les amis, les jumeaux, Gino, les voisins, les récoltes de mangues, les baignades, les 400 coups, le soleil, la chaleur, les senteurs et les harmonies… Laissés sa mère perdue, les cadavres, les fantômes. Laissées les horreurs.

Un gros coup de cœur.

 


2017/80: La cache, Christophe BOLTANSKI

« J’évolue à travers la Rue-de-Grenelle comme sur un plateau de Cluedo. A chaque tour, je découvre une nouvelle pièce. En guise d’indice, je dispose à ce stade d’une clé, d’un frigo à moitié vide, d’un samovar et d’une sonnette. Je ne suis pas en présence d’un meurtre, mais d’une disparition. »

Que se passe-t-il quand un homme qui se pensait bien français doit se cacher des siens, chez lui, en plein Paris, dans un « entre-deux », comme un clandestin? Quel est l’héritage de la peur, mais aussi de l’excentricité, du talent et de la liberté bohème?

Compliqué de décrire ce livre…

A travers la visite pièce par pièce de l’hôtel particulier habité par sa famille Rue de Grenelle, nous allons faire connaissance avec chacun des membres, marquants, de la famille de l’auteur, famille juive d’origine russe, et pénétrer l’histoire familiale. Un inventaire de chaque pièce va être fait, étage par étage, et par la même occasion, de chacun des occupants. On y rencontre les vivants, les morts, les absents, les espoirs, les batailles. Et puis il y a cette cache, cet « entre-deux » qui va s’imposer, qui va accueillir la peur et sauver la peau du docteur. Un passage difficile pour cette famille dont l’aïeule a déjà connu un déracinement précipité et un nombre certain de désillusions.

Les digressions sont nombreuses, les sauts à travers les époques aussi. Pour autant, on ne se sent pas perdu.

Même si j’ai eu du mal à crocher au sujet, le style est fluide et très agréable à lire. C’est un très bel hommage aux siens.


2017/77: Max, Michel QUINT

Leur rencontre a lieu à Lyon, en janvier 1943, dans un café proche des berges du Rhône. Agathe est étudiante en histoire et l’homme à l’écharpe se fait appeler Jacques Martel, marchand de tableaux niçois. La jeune fille ignore que, depuis que de Gaulle l’a chargé d’unifier la Résistance, il est aussi Max, chef désigné de l’Armée des ombres. Lui ne sait pas qu’il ne lui reste que six mois à vivre. Qui, de Max ou de Martel, est tombé amoureux d’elle? L’heure est à la violence, à la terreur, à l’héroïsme. La figure de Jean Moulin se profile sur cette guerre secrète qui fera de lui une légende…

Voici une histoire de la Résistance et de l’un de ses plus illustres représentants.

D’un côté, Agathe représente tous ces petits gestes faits par une multitude de personnes qui ont contribué à changer le cours des choses et qui ont construit la Résistance.

De l’autre Max nous éclaire sur la gestion des réseaux de résistance, l’organisation au niveau national des actions à mener et des troupes à diriger.

Michel Quint nous livre une fresque romanesque des derniers mois de Jean Moulin, ses combats, son œuvre. Le personnage d’Agathe met en exergue celui de Max, son caractère, ce qui le soucie. Même si la relation que Max entretient avec Agathe semble plus qu’improbable, elle rend cet éminent personnage plus humain et plus accessible.

Intéressant.

 


2017/55: 1 Rue des Petits-Pas, Nathalie HUG

Lorraine, hiver 1918. Dans un village en ruine à quelques kilomètres du front, une communauté de rescapés s’organise pour que la vie continue. Louise, orpheline de 16 ans, est recueillie par une sage-femme qui va lui transmettre son savoir: accoucher bien sûr, mais aussi soigner les maux courants et être l’oreille attentive de toutes les confidences. Mais, dans cet endroit isolé du monde, les légendes nourrissent les peurs et la haine tient les hommes debout. Dans un univers où horreur et malveillance rivalisent avec solidarité et espoir, Louise tente de se construire. Un magnifique roman d’apprentissage d’une sincérité et d’un réalisme bouleversants.

Pas simple de parler de ce roman sans en dévoiler les méandres.

Voici un roman à la fois très doux et très dur. Brutal. Très bien écrit, je me suis perdue dans l’histoire de Louise et de son entourage. J’ai espéré avec elle et pour elle, l’ai suivie dans ses pérégrinations, et ses combats. Je me suis très vite attachée à Louise. C’est un très beau personnage. Et pas qu’à Louise d’ailleurs, d’autres sont attachants aussi, et on va vite détester certains.

Malgré une ambiance où la violence est omniprésente, les scènes de vies un peu crues à proximité du front dans ce village qui n’a pas d’existence officielle et dans lequel les femmes doivent se battre bec et ongles pour survivre, le personnage de Louise reste très pudique. Et pourtant, ce n’est pas simple, vus les évènements qui vont bousculer le quotidien de ces quelques rues. Une vision aussi très intéressante de la condition féminine à l’époque (pas si éloignée) et des sages-femmes en particulier. Des risques inhérents à leur métier, les pratiques mises en œuvre pour sauver des vies envers et contre tous.

Bref, une bien belle découverte que ce roman.

 


2017/12: Hippocrate aux enfers, Michel CYMES

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C’était là. C’est là que tant de cobayes humains ont subi les sévices de ceux qui étaient appelés « docteurs », des docteurs que mes deux grands-pères, disparus dans ce sinistre camp, ont peut-être croisés. Je suis à Auschwitz-Birkenau. Là, devant ce bâtiment, mon cœur de médecin ne comprend pas. Comment peut-on vouloir épouser un métier dont le but ultime est de sauver des vies et donner la mort aussi cruellement? Ils n’étaient pas tous fous, ces médecins de l’horreur, et pas tous incompétents. Et les résultats de ces expériences qui ont été débattus, discutés par des experts lors du procès de Nuremberg? Ont-ils servi? Quand la nécessité est devenue trop pressante, quand j’ai entendu trop de voix dire, de plus en plus fort, que ces expériences avaient peut-être permis des avancées scientifiques, j’ai ressortis toute ma documentation et je me suis mis à écrire.

Antonio Fischetti en a dit dans Charlie Hebdo: « Une intemporelle leçon d’éthique scientifique ». C’est tout à fait ça.

Ce livre a beaucoup été décrié à sa sortie. Je comprends pourquoi. Le sujet est très lourd et porte bien évidemment à critique. Et à calomnie. Bien qu’abominable, il est pourtant très intéressant, ce sujet. Il me reste d’ailleurs encore à lire dans ma PAL Les Médecins Maudits de Christian Bernadac.

Un livre document dont on ne finit pas la lecture indemne, évidemment. Je me suis sentie mal en refermant ces pages. Sale, même. Les implications de ces expériences, l’idée de ce qui en a découlé, leur utilisation, m’ont laissée nauséeuse. Il s’installe comme un malaise après cette lecture. Comment qualifier ce que contient ce livre? Atroce, effroyable, innommable, infâme,… Mais c’est documenté, réfléchit et abordable. Un livre qui reste intéressant à lire et dans lequel on apprend pas mal de choses.

A lire pour cela ne tombe pas dans l’oubli.


2017/11: Elle voulait juste marcher tout droit, Sarah BARUKH

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1946. La guerre est finie depuis quelques mois lorsqu’Alice, huit ans, rencontre pour la première fois sa mère. Après des années à vivre dans une ferme auprès de sa nourrice, la petite fille doit tout quitter pour suivre cette femme dont elle ne sait rien et qui lui fait peur, avec son drôle de tatouage sur le bras. C’est le début d’un long voyage: de Paris à New York, Alice va découvrir le secret de son passé, et quitter à jamais l’enfance. Comment trouver son chemin dans un monde d’adultes dévasté par la guerre? Avec une sensibilité infinie, Sarah Barukh exprime les sentiments et les émotions d’une enfant prise dans la tourmente de l’Histoire. Un premier roman magistral.

Tout d’abord je remercie Masse Critique et les Editions Albin Michel de ce cadeau.

J’ai su dès les premières lignes que ce livre me parlerait. Son style n’est pourtant pas le genre que je préfère, peut être un peu léger,  mais j’ai de suite croché à l’histoire d’Alice, impossible de la lâcher.

Alice, cette enfant qui va subir l’Histoire et découvrir la sienne, d’abord malgré elle, puis enfonçant les portes tête baissée. La petite Alice, si naïve et douce au début de ce roman. La petite Alice qui attend avec tant d’impatience le retour de sa mère. Bien sur, la femme qui viendra la chercher, cette mère idéalisée, dans son esprit une Parisienne belle et tellement élégante, ne sera pas celle tant attendue. Diane se reconstruit difficilement dans cette après-guerre si compliquée à appréhender. Alice est perdue, elle ne comprend pas les réactions de ces adultes avec qui elle vit. Elle ne comprend pas les tatouages sur leur bras, les silences, les sous-entendus. L’apprentissage va être difficile pour Alice, les surprises et les découvertes nombreuses. Alice  qui va s’endurcit dans les épreuves, qui devient volontaire et courageuse, pugnace.

La toile de fond historique est très forte et fort bien construite, quel qu’en soit le sujet de l’été 36 en Espagne à la seconde guerre mondiale. Ce roman dans son ensemble est fort bien mené et structuré.

Un bémol cependant. J’ai trouvé la fin à la fois très belle et trop abrupte. J’avoue que j’attendais d’autres réponses qui sont laissées en suspens ou à notre appréciation.

Une très jolie découverte.


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