Archives de Catégorie: Fantastique et ésotérisme

2018/80: Anthologie Screampunk, chez Lune Ecarlate Editions

Univers steam – univers scream ? Les amateurs des deux trouveront leur compte dans cette anthologie où les héros tour à tour chtoniens, automates et humains se succèdent dans une heureuse mixité des genres.
Avec : Jason Roy, Soufiane Haddaoui, Éric Vial-Bonacci, Delphine Schmitz, Lizzie Delling, Ghaan Ima, Cédé, Annabelle Blangier

Quand ma copine Anne, qui officie chez Lune Ecarlate Editions, m’a dit qu’elle avait une anthologie Screampunk disponible en SP, j’ai dit ok, sans savoir du tout quoi est-ce donc?

Alors si comme moi, tu n’as jamais entendu parler de ceci, voici de quoi il s’agit: « Et si… »  Un mix aussi entre steam (vapeur) et scream (crier).

Ce recueil contient 8 nouvelles dont l’action se déroule dans un XIXè siècle dominé par la première révolution industrielle du charbon et de la vapeur. Il s’agit d’une uchronie située à l’époque victorienne. « Et si… » L’Histoire est revue à partir d’un évènement du passé qui va être modifié. Le punk est à comprendre ici par sa référence « no future ». L’idée d’un futur plutôt sombre, en somme.

 Bon, dans les grandes lignes, c’est ça… Un genre d’anticipation avec l’idée d’un futur sombre et qui prend racine à la fin du XIXè siècle, mettant en scène la première révolution industrielle et la machine à vapeur. L’unité de temps commune à cet univers est cet âge victorien mais dans une vision futuriste négative.

Tu trouveras donc ici des récits de genre thriller / horreur steampunk. Oui, je sais, ça fait un sacré mélange! Mais c’est dépaysant.

C’est assez éloigné des thrillers ou romans noirs habituels. Mais pour autant, l’état d’esprit est bien là.

Ce sont des nouvelles étonnantes et efficaces. Des nouvelles que finalement j’aimerais bien voir développées dans un format roman. Toutes. Car toutes recèlent les éléments d’un bon roman noir, et j’avoue que je me suis complètement plongée dans cet univers atypique, et j’aurais bien voulu y rester encore un peu.

Je n’en dis pas plus pour ne pas te gâcher la surprise. Pour ma part, j’ai fait une découverte pour le moins intéressante. Ce nouvel univers littéraire est pour moi attrayant et plein de découvertes. C’est étonnant et prenant.

Merci aux Editions Lune Ecarlate. Pour commander, en broché ou en epub, c’est là!

 

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2018/73: D’une vie à l’autre, Alexandra STOECKLIN

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Sommes-nous entièrement libres de nos choix ? Nos rencontres sont-elles fortuites ? Des évènements pourtant éloignés dans le temps et l’espace peuvent-ils avoir un rapport les uns avec les autres? Hermine n’a que seize ans quand elle prend l’une des plus grandes décisions de sa vie : partir étudier dans le Sud de la France. Commence alors une vie faite de rencontres, de choix, d’échecs et de victoires. Les expériences aidant, Hermine apprend à être moins impulsive, à pardonner et à faire de ses erreurs des atouts pour poursuivre son chemin et être heureuse. Trouvera-t-elle enfin l’endroit où elle se sentira bien afin d’y vivre et de fonder une famille ? Rencontrera-t-elle seulement l’homme qu’elle attend depuis si longtemps ? Et si tous les chemins empruntés convergeaient vers une seule et même destinée ?

Ce roman est le premier tome de la Trilogie des Eclaireurs.

Si ce roman s’ouvre sur un drame, il s’avère ensuite calme et posé. Nous faisons la connaissance d’Hermine, une adolescente passionnée d’équitation, qui va quitter le douillet cocon familial pour partir étudier dans le sud de la France, avant de nous emmener avec elle au fil de ses voyages. Nous allons assister à l’évolution du personnage, à la construction de sa personnalité: amours plus ou moins heureux, succès, déceptions, choix cornéliens, rencontres essentielles, … Bref, tout ce qui fait une vie, et d’une personne ce qu’elle est.

Hermine, nous la rencontrons pour la première fois à l’âge de 16 ans et nous la suivons tout au long de sa vie de jeune femme, puis de mère, et de femme accomplie. Nous assistons à ses questionnements, ses choix de vie plus ou moins satisfaisants, ses amitiés et ses ruptures, ses relations familiales et amoureuses, ses erreurs, ses doutes, ses certitudes, ses revirements. Hermine est une jeune femme vive, intelligente, sensible. Elle est entière, franche et droite. Elle tient bon la barre et vit sa vie avec fougue et détermination. Elle est réfléchie mais sait écouter son cœur. Une jeune femme en accord avec son temps.

Le début de cette lecture m’a laissée dubitative. Si Hermine est un personnage tout à fait attachant et sympathique, je ne voyais pas trop pourquoi on restait là à regarder défiler sa vie ainsi. Genre la vie est un long fleuve tranquille… Et puis, il y a ce premier chapitre sur lequel l’auteure n’est pas revenue et qui m’interroge beaucoup… Bien sûr, tu t’en doutes, tout finit par prendre sens. Il est question d’apparences, de destin, de libre-arbitre. Il est question de romance et aussi d’ésotérisme. Mais… Je te laisse la surprise.

Merci à l’auteure de sa confiance; je suis certaine que le tome 2 regorge de surprises, de réponses, de rebondissements…

 

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2018/71: Les Yeux, Slimane-Baptiste BERHOUN

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Tout en haut du Plateau, le vent pouvait rendre fou. On avait choisi d’y construire un asile. L’Orme : une grande bâtisse lugubre, battue par les vents et la neige. Même les bombardements de 44 n’avaient pu en venir à bout. À croire qu’il échappait à toute influence humaine.
Et des morts étranges, violentes, il y en avait toujours eu et il y en aurait encore, là-haut. D’ordinaire, personne ne venait s’en mêler. Ni la gendarmerie du Village, ni les réducteurs de tête de Paris. Si on avait écouté les fous enfermés derrière les murs de l’Orme, on y aurait peut-être vu l’oeuvre d’un monstre. Mais les fous, ça ne s’écoute pas, ça se traite. Ce que le psycho-chirurgien à la tête des affaires médicales de l’établissement sait faire d’une main de fer. À l’abri des regards. À condition de parvenir à se débarrasser définitivement de cette trop curieuse disciple de Lacan venue fouiner dans les dossiers de ses malades.

1952, hôpital psychiatrique de l’Orme. Le corps atrocement mutilé du P’tit Etienne vient d’être retrouvé dans la cour de l’établissement. Etienne, 10 ans, souffrant d’hallucinations paranoïaques et de délire de persécution. Enfermé aux Ormes malgré son jeune âge, et au même régime que les autres pensionnaires. Car comme le dit Valmont, psycho-chirurgien en charge des patients des Ormes : « Un malade, ça n’a pas d’âge. Ca a une maladie. » Les gendarmes du cru, menés par le commandant Durieux, se contentent de l’explication de Valmont et du directeur Vidal, à savoir une surdose médicamenteuse (du fait du patient).

C’est sur ces évènements tragiques qu’arrive une jeune étudiante, disciple du Professeur Lacan, envoyée par le maître en lieu et place de sa personne. Lucie Klein vient étudier le cas d’une des pensionnaires des Ormes, Marguerite Linard. Mais Lucie sait-elle où elle vient de mettre les pieds?

Voici un thriller ésotérique prenant et efficace, non dénué d’humour. Une belle brochette de portraits. Les personnages et leurs pathologies sont pour certains truculents. Le suspens et l’angoisse s’installent petit à petit, montant crescendo, goutte à goutte, pour éclater sur le dernier tiers du roman. Beaucoup de rebondissements et un final dont je ne m’étais pas doutée.

En toile de fond, le monde psychiatrique du début du XXè siècle, avec ses convictions éculées, sa barbarie. Un univers sombre et glauque, les traitements inhumains et sadiques des maladies mentales et psychiques, les punitions. La vie en autarcie, puisque c’était la norme pour ce type de grands établissements à l’époque.

 

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2018/70: Victor au cœur des Catacombes, Cédric LEGRAIN

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– Qui est là ? Esprit présente-toi ! L’objet se déplaça d’une lettre à l’autre. Le médium décryptait le message au fur et à mesure qu’il se dévoilait à ses yeux. – S-E-R-G-E ! – L’esprit se prénomme Serge ! – Mais ce n’est pas possible, cria Marie […]

Trois coups retentirent à nouveau. L’odeur fétide s’intensifiait. Marie sortit un mouchoir pour s’en couvrir le nez. […] – Esprit es-tu là ? Si tu es avec nous, manifeste-toi maintenant ! […] Des voix entremêlées venues de nulle part résonnaient dans le cabinet. Une bougie se renversa répandant sa cire bouillante sur le sol. La goutte se déplaça à nouveau et orthographia le prénom Serge une seconde fois. Dans l’obscurité ambiante, un visage et une main apparurent de l’autre côté du miroir placé au-dessus de la console. […] La goutte reprit son mouvement de lettre en lettre. – J’-A-I J-O-U-E E-T J’-A-I P-E-R-D-U ! lut le médium à haute voix. […] – Votre esprit prétend s’appeler SERGE ? – Il ne le prétend pas. Il s’appelle Serge ! – Mais ce n’est pas possible, le seul Serge que je connaisse c’est mon frère. – Il est mort depuis combien de temps ? – Il n’est pas mort ! – Désolé, ma chère Marie, mais j’ai le regret de vous annoncer que votre frère Serge est mort !

Finalement, je n’ai pas pu abandonner Victor! J’ai de suite enchaîné avec le deuxième tome des aventures de cet enfant attachant. Tu vois, c’est un peu comme les aventures d’Harry Potter: je suis tombée dessus un jour hasard et je n’ai pas pu le lâcher ensuite! Là, c’est pareil. La dernière page du premier tome tournée, ma curiosité pour la suite a été la plus forte…

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2018/68: Victor et les âmes de Montmartre

 

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“ Le vieillard prit une grande inspiration […] – Je ne t’ai pas tout dit Victor au sujet du monde des vivants. – Je ne comprends pas papi. – Ce monde n’est plus le nôtre. Chaque sortie se nourrit d’une contrepartie. Ce qui en fait un deal dangereux. – Quelle contrepartie ? Quel deal ? Et c’est quoi un deal ? demanda l’enfant. – C’est une entente, un accord. – Une entente avec qui et pour quoi faire ? – Quand un vivant meurt par maladie, il intègre le monde des âmes au sein d’un cimetière c’est-à-dire ce que nous sommes […] Des fantômes. Nous nous déplaçons dans l’enceinte de ce lieu et ici une nouvelle vie éternelle commence pour nous. Nous vivons désormais tous ensemble quelle que soit la date de notre arrivée. Entre nous, tout est comme à l’extérieur. Nous pouvons discuter, nous toucher, bouger, courir, rire, pleurer. Nous voyons les vivants qui viennent se recueillir sur nos tombes mais EUX ne nous voient pas. Ils ne nous entendent pas. Ils ne se doutent pas de notre présence. Nous ne pouvons communiquer avec EUX ! Quand nous les côtoyons au sein du cimetière, nous ne pouvons les toucher ou attirer leur attention […] On ne peut sortir qu’après vingt heures. Mais il faut être de retour avant minuit sans quoi il faut lui remettre l’esprit d’un vivant. C’est ça le deal ! ”

Voici le premier tome d’une trilogie surnaturelle, qui selon moi s’adresse aussi bien à toi, lecteur émérite, pour qui cette saga sera un moment de pure détente, qu’aux ados. Moi, je l’ai dévoré. Ca se lit tout seul!

Alors voilà: Victor, 11 ans, est décédé voilà trois ans. Il est inhumé au cimetière de Montmartre, dont le gardien n’est autre que son père. Le jeune Victor fait l’expérience de la vie après la mort. Dans son nouvel environnement, Victor va retrouver son grand-père mais aussi un nombre certain d’illustres personnages, plus ou moins farfelus.

Mais voici que se tient de nouvelles funérailles. La nouvelle arrivante est une toute jeune fille aussi, prénommée Sophie. C’est tout naturellement que les âmes des deux enfants se lient d’amitié, que Sophie va se confier à Victor et que ce dernier va tout faire pour venir en aide à son amie…

J’ai tout de suite été prise par ce récit, que j’ai lu d’une traite! C’est léger, il y a plein de rebondissements, de l’humour, des surprises, … Malgré quelques coquilles, je me suis plongée dans les méandres des préoccupations de ces âmes, j’ai suivi avec intérêt leurs histoires, j’ai pris plaisir à me balader le long des allées.

Le rythme est enlevé, les évènements s’enchaînent facilement, le récit est enjoué. Victor est un personnage auquel on s’attache très vite. Il est badin, railleur, moqueur, goguenard, aventureux, audacieux, et d’une infinie gentillesse… Il se retrouve confronté à des situations parfois cocasses, compromettantes, fâcheuses, délicates, et même funestes.

Voilà, c’est une très plaisante découverte et je remercie vivement Cédric Legrain de m’avoir proposé de découvrir son travail. Je te parle bientôt du deuxième tome…

Disponible ici: clique!


2018/58: Ashley Loyd, Matthieu ELHACOUMO

 

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AVERTISSEMENT : certains passages explicites peuvent heurter votre sensibilité et sont destinés à des lecteurs avisés. 

« Je m’appelle Ashley Lloyd, je suis morte il y a trois jours, je me suis suicidée après avoir subi de nombreuses intimidations, des insultes et après qu’un mec m’a brisé le cœur. »

Voici une nouvelle entre thriller ésotérique, science-fiction et horreur. Le récit est présenté comme un reportage, nous avançons dans l’histoire par une série de documents.

Le récit s’ouvre avec la lettre qu’Ashley Loyd a laissé à sa mère, dans laquelle est lui donne quelques explications. Tout commence par une déception amoureuse (un traquenard plutôt)  et un cas de harcèlement scolaire qui se termine par un drame, puisque Ashley finit par se suicider. Vont suivre des rapports psychiatriques et des documents confidentiels de l’enquête (entretiens divers, extraits de conversations sms entre Ashley et Shannon, procès verbaux et échanges mail des enquêteurs, …).

Ashley est une jeune fille fragile. Sa mère et elle ont quitté le Canada pour s’installer en Californie suite à des problèmes rencontrés dans son établissement scolaire. Elles changent de vie, mais hélas, pour Ashley, ce ne sera que le début de la dégringolade… Elle allait déjà mal avant son arrivée en Californie, ce déménagement ne fera qu’enfoncer le clou: crises d’angoisses, dépression, scarification, sociophobie, paraphilie, tentatives de suicide.

Ashley est trop naïve et manipulable. Elle est une marionnette entre les mains des autres lycéens qui s’en donnent à cœur joie. Mais suite à sa disparition, beaucoup de questions se posent, notamment quelle a pu être l’influence de cette nouvelle amie Shannon, dont on ne sait rien.

Je ne peux pas en dire plus sans spoiler le récit.

Donc, un bon récit, bien mené, un stress et une angoisse parfaitement maîtrisés. L’écriture est fluide, le scénario est bien construit, intelligemment dirigé. J’ai beaucoup aimé et ai lu ces quelques pages d’une traite. J’ai été happée par le drame d’Ashley. Je pense même que cette nouvelle pourrait être une très bonne base pour développer un roman.

 

 

 

 


2018/33: La petite fille aux cheveux noirs, Thomas DESMOND

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Si je suis internée dans cet institut psychiatrique, c’est parce que je l’ai demandé. Si je suis loin des miens, à l’autre bout de la France, c’est pour les protéger. Si je reste ici jusqu’à ma mort, c’est parce que je n’ai pas le choix. Si j’écris cette histoire, c’est parce que j’ai perdu l’usage de la parole depuis longtemps. Si je me dépêche avant que la nuit tombe, c’est pour être prête. Elle arrive…

La narratrice de ce court récit est enfermée dans un institut psychiatrique. A la demande du nouveau directeur de l’établissement, elle écrit son histoire. Un déménagement suite à la mutation de son mari, une nouvelle maison dans laquelle elle ne se sent pas à sa place, et puis une fausse-couche. Voilà les évènements qui ont précipité cette femme dans la folie, semble-t-il. Parce que quand on lit son histoire, on se dit que la ligne entre folie et réalité est bien difficile à établir. Son récit est posé, et semble terriblement cohérent, à cette exception prêt qu’elle parle de hantise…

Le personnage de cette narratrice contant sa terreur est parfaitement crédible. Sa façon de s’exprimer est fluide, contrôlée, cohérente. Pas de contradiction ni d’hésitation. Elle n’est pas hantée, non, elle a été témoin d’apparitions dans une maison voisine de la sienne et elle entend un enfant demander de l’aide. Et nous, nous sommes des témoins passifs, à travers son regard. Nous partageons ses perceptions, ses ressentis aussi quand elle visite cette maison intrigante.

J’ai aimé la fin de cette nouvelle, où l’on s’aperçoit que l’esprit de cette femme serait finalement prisonnier d’une boucle temporelle. Certains sont persuadés que les murs conservent en eux les traces des évènements traumatisants qui ont eu lieu. Ces évènements, ici le meurtre d’une fillette, continueraient à se produire, encore et encore, dans une sorte d’espace-temps parallèle. Notre narratrice, fragile, brisée par sa fausse-couche, serait peut -être alors plus sensible à ces phénomènes, et malgré elle, elle subirait les interactions de cet autre espace-temps. Elle s’en retrouve captive, revivant nuit après nuit le drame, ressentant l’angoisse de l’enfant.

A se demander même si cette petite fille aux cheveux noirs ne pourrait pas être une extrapolation de son enfant perdu. Finalement, à la dernière ligne, je me pose encore la question de son état psychique…

Un récit réussi.