2019/55: Si tous les dieux nous abandonnent, Patrick DELPERDANGE

Aux abords d’un village isolé dans la campagne, Léopold, un veuf qui ne tient plus à la vie que par habitude, recueille sur une route Céline, une femme perdue qui marche dans le froid. Mais Céline est en fuite et repart à la première occasion. À peine s’engage-t-elle sur la route que deux chiens enragés l’attaquent. Dans la lutte, elle blesse mortellement l’un d’eux. Son propriétaire, Josselin, un simplet pétri de fantasmes religieux, devient obsédé par Céline. Alors que le passé de Léopold brouille sa raison et que celui de Céline menace de la rattraper, Josselin manigance pour écarter le vieillard et s’emparer de la jeune femme…

Ce jour-là, en plein hiver, le vieux Léopold s’arrête pour prendre en stop une jeune femme perdue dans cette arrière campagne. Céline n’a nulle part où aller, elle se dit qu’elle trouvera bien une auberge où se poser une nuit dans le patelin voisin. Finalement, le vieux Léopold lui offre de l’héberger.

Ce soir-là, pas très loin de là, deux frères sont attablés. Maurice rumine : Madeline s’est tirée avec le barman du Moonlight. Josselin écoute son frère éructer, le regarde monter en pression.

Le lendemain, Céline reprend la route mais est rattrapée par une tempête de neige. Elle tente sans succès de se protéger quand elle entend des aboiements. Deux molosses apparaissent dont l’un l’attaque. Elle se défend avec une branche, lui en donne un coup sur le crâne et un second sur l’épaule quand l’animal revient à la charge. Le chien finit par s’en aller, mais Céline a une belle morsure et elle s’effondre. Heureusement que Léopold passait justement par-là !

Voici un roman noir à trois voix. Le récit est mené du point de vue des trois principaux protagonistes, à la première personne : Céline, Léopold et Josselin.

Trois personnages cassés, seuls, en marge. Trois solitudes qui vont se télescoper. Trois personnages très bien construits. Une écriture subtile, fine. Un style à leur image. Des chapitres courts qui s’enchainent rapidement, donnant un rythme un peu saccadé au récit, et amènent une tension qui devient vite palpable.

Ce roman a beau être plutôt court, il en transpire beaucoup de choses : l’immobilisme et la solitude des campagnes dites « profondes », le temps qui s’y écoule différemment, la vie qui y est gérée autrement, les désaccords qui s’y résolvent en huis clos.

Il y a là une jeune femme en fuite, qui tente de protéger sa vie ruinée. Il y a un vieil homme, veuf depuis une éternité, qui cohabite avec le fantôme de sa femme, ses souvenirs et ses regrets. Qui vit reclus, dans une vieille baraque qui a connu des jours meilleurs, où il déroule la fin de sa vie.

Et puis il y a les frangins. L’aîné, grande gueule, explosif, violent, qui ne peut qu’avoir raison, toujours, sur tout. Qui ne supporte pas la contradiction ni la résistance. Le cadet, simplet, l’idiot du village, dont on ne se méfie pas. Peut-être à tort.

L’auteur évoque l’agression, le viol, la violence faite aux femmes, la résilience, la fureur de vivre. Le poids de la solitude, des non-dits et des rumeurs, des secrets. Le besoin d’humanité, de socialisation, d’échange, d’écoute et de partage. Le manque d’amitié et d’entraide. L’isolement et ses conséquences. La misère sociale, l’instabilité, la marginalité. L’engagement. L’amour.

On parle de fuite en avant, coûte que coûte. Des personnages qui vont devoir faire face à leur passé, à leurs choix, à leurs responsabilités. Devoir cesser de fuir et affronter l’inévitable. Remiser ses doutes, sa souffrance. Ranger la boutanche, faire taire son caractère rustre et frustre, tendre la main, assumer. Payer.

Pour moi, un coup de cœur.

Editions Folio policier. 304 pages. 7,40€. ISBN 978-2072819575. Clic pour commander.


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