2019/51: Le manoir des immortelles, Thierry JONQUET

Pauvre Numéro 52 ! Il se promène, insouciant, satisfait. Il ignore que dans l’Empire des Morts, Hadès le guette, l’épie. Et que bientôt, il traversera les eaux noires du Styx pour venir le tuer. Comme il a tué Numéro 28. Comme il a tué Numéro 42. Et là-bas, dans le manoir, Lola, dédaigneuse de ces querelles, dort.

Je poursuis ma découverte de l’univers de Thierry Jonquet. Et le moins que je puisse dire, c’est que je ne vais certainement pas m’arrêter là !

Un roman noir, évidemment, s’inspirant d’un fait divers.

De prime abord, on est embrouillés. Qu’est-ce que c’est que ces chiffres donnés à des personnes entrant dans un certain immeuble ? Qui sont Numéro 42, ou Numéro 52, ou Numéro 30 ?

Et qui sont donc ces corps décapités à la faux ? Les victimes semblent ne rien avoir en commun : un médecin légiste, le gérant d’une marbrerie funéraire, un attaché d’administration de la ville de Paris attaché à la gestion des cimetières, un réalisateur travaillant sur un film sur la représentation de la mort dans l’art occidental, … Tranches d’âges différentes, conditions sociales différentes, …

Le commissaire Salarnier et son adjoint, Rital, s’engagent dans une enquête bien compliquée ! D’autant que Salarnier a d’autres chats à fouetter : son épouse est mourante.

Thierry Jonquet est passé maître dans l’art du roman noir. Des romans dans lesquels dominent souvent la haine et le désespoir, la lâcheté, la folie. Hadès n’agit pas par hasard. Il apprend à connaître ses victimes. Il dissèque leur vie, connaît leurs habitudes et leurs travers.

Un texte macabre et efficace. Une époque et une société à la dérive. Des hommes au bord du gouffre, désemparés, torturés, brisés. Des vies qui déraillent. Des personnages pour qui Thierry Jonquet n’a aucune complaisance.

J’aime l’ironie et le cynisme de Jonquet. J’aime sa façon d’aborder les perversions engendrées par la société. C’est une sorte de sociologue du pire de la réalité sociétale, de la barbarie quotidienne, du monstre ordinaire. J’aime son style grinçant.

Ici, il s’agit surtout de deuil, d’acceptation de l’absence. Deux personnages face à la perte et à la douleur. Comment supporter ? Comment se résigner ? Comment combattre la Mort ? Accompagner et accepter ? Vendre son âme au Diable ?

Mon exemplaire: Editions Gallimard, collection Série noire n°2066, ISBN 978-2070498475. 192 pages.


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