2019/39: Une guerre sans fin, Léa CLEMENT

Touchée par une amnésie partielle et en proie aux plus cruelles inquiétudes, May, une jeune trentenaire, décide d’écrire pour tenter de reconstituer, à travers ses souvenirs, les événements de son passé. En effet, May grandit à Beyrouth, durant la guerre civile libanaise, et « son enfance née posthume se désagrège sous les feux de la mitraille ». En dépit de son jeune âge, c’est seule qu’elle affrontera la cruauté de sa mère, la peur de la guerre et l’effroi de la prison. Confrontée aux tourments de l’Histoire du Liban et au monde arabe ravagé par le despotisme et l’obscurantisme, comment parviendra-t-elle à survivre et à se construire ? Et arrivera-t-elle à retrouver sa mémoire ? Mêlant réalité et fiction, ce roman est poignant et audacieux. La riche palette de la romancière colore le tragique. Sa plume poétique et son humour sarcastique peignent le monde de May, vu à travers ses yeux d’enfant d’abord, puis de jeune adulte, qui a côtoyé la mort et la folie, dans sa lutte pour devenir une femme orientale et libre.

Tout d’abord, un grand merci à l’auteure et à La Voie de Calliopé, conseil littéraire bénévole, de m’avoir fait découvrir ce roman.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ça démarre très fort. En effet, le roman s’ouvre sur une scène choc. Nous sommes à Beyrouth, à un barrage militaire, où a lieu une exécution publique. A ce moment, une femme enceinte se retrouve bloquée à ce barrage. Elle y mettra au monde sa fille, May.

Ce roman s’articule autour de trois grandes parties. La première évoque la naissance et l’enfance de May. Elle explique sa démarche d’écriture: sa mémoire lui fait défaut, alors elle tente de raviver ses souvenirs. Elle naît pendant la guerre du Liban (1975-1990). Son enfance est ponctuée des traumatismes liés à la guerre: les bombardements, les hurlements, les tirs, les morts, … Mais pas seulement. Parce que May n’a vraiment pas de chance. En plus du fait de grandir au cœur d’une guerre, elle est aussi née dans une famille particulière.

Sa mère la rejette. Elle est tyrannique et domine complètement sa famille. Son surnom est le « geyser »: « une source capricieuse et brûlante, qui jaillit, par intermittence, en projetant violemment de la haine et de l’agressivité sur son entourage. » Quant au père, il est docile, simple et débonnaire, sociable. Et surtout absent. Lui, c’est le « fantôme »: « il traversait ma vie comme une ombre glacée et chaque fois que je tentais de l’attraper, il disparaissait en fumée. » Quant à la sœur, elle est réservée et sournoise, et surtout, elle est dans les petits papiers de leur mère.

Alors, May devient une enfant rebelle. Et elle le paiera cher. De déboire en déboire, elle va se retrouver à la prison pour femmes de Baabda. Bien sûr, cette période aura un lourd impact sur sa vie. Elle évoque les très difficiles conditions de détention. Elle nous livre aussi dans cette seconde partie une galerie de portraits (ses co-détenues) touchants et fins.

Enfin la dernière partie s’articule sur les années succédant à sa libération.

C’est un roman en partie autobiographique, puisque l’auteure Léa Clément est née au Liban pendant la guerre. Il s’agit là d’un journal d’enfance, de guerre, la chronique d’un polytraumatisme. La plume est élégante et fine. L’écriture est directe. Pas de fioritures ni de pleurnicheries. Les faits marquants qui font la vie de May sont rapportés tels quels.

Les portraits des codétenues de May sont terribles, très touchants. L’histoire de chacune montre l’injustice criante subie par les femmes libanaises, dont les hommes n’ont aucun mal à se débarrasser, et aucun scrupule à trouver le petit reproche qui permettra de faire enfermer celle dont on veut se défaire.

La condition féminine est un thème très présent. Tout comme la relation à la religion et aux traditions, la maltraitance, la résilience, le pardon, le poids de la filiation et l’importance des racines.

C’est un roman dense, empreint de drames mais aussi d’espoir. Malgré ses traumatismes, sa tendance à l’autodestruction, ses perceptions biaisées par son vécu, une main s’est tendue…


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