2019/36: Virgin suicides, Jeffrey EUGENIDES

  • Editions Points
  • ISBN: 978-2-7578-7906-1
  • 254 pages, 7 €
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Jeunes, belles et fragiles, les cinq filles Lisbon se suicident en l’espace d’une année. Difficile de comprendre ce qui se passe derrière les murs de la villa familiale: un quotidien étouffant, une mère plus sévère que les autres, une folie contagieuse… Des garçons du quartier, effrayés et fascinés, observent les filles s’effondrer une à une. Devenus adultes, ils s’interrogent encore.

Attention: cette édition-ci propose le texte intégral du roman de Jeffrey Eugenides publié en 1993. C’est spécifié à la première page. Ce n’est donc pas une réédition tronquée qui ferait suite au film de Sofia Coppola sorti en 1999.

Tout commence avec Cecilia… Elle essaye de se suicider en se coupant les veines, mais est secourue à temps. Quelques semaines plus tard, elle se défénestre.

Les Lisbon sont une famille puritaine, vivant dans une banlieue résidentielle aisée de Détroit, dans les années 70. Le père est prof de maths. Sa femme et lui ont cinq filles: Cecilia (13 ans), Lux (14 ans), Bonnie (15 ans), Mary (16 ans) et Therese (17 ans). Les filles Lisbon constituent un mystère tout autant qu’une fascination pour les jeunes de leur quartier.

Cecilia est la première. C’est le début de la gangrène.

Après le drame du décès de Cecilia, la mère tente de « sauvegarder » sa famille. L’Extérieur et les Autres sont bien sûr une source inépuisable de dangers, leur influence est forcément néfaste. Alors pour les protéger, elle retire ses filles du système scolaire et du monde: elle les séquestre, littéralement. Les jeunes gens du voisinage assistent à la déliquescence de la famille, tentant tout ce qui leur est possible pour communiquer avec elles. Devenus adultes, ils s’interrogent toujours et essaient de comprendre celles qui sont devenues pour eux des icones.

Il n’y a pas de surprise, on sait dès le départ comment ça se termine. J’ai un peu eu l’impression de regarder un reportage. On observe le microcosme Lisbon, on suit le déroulé chronologique des faits jusqu’à la conclusion de la tragédie.

Il s’agit d’une franche critique du puritanisme américain, à travers les parents. La mère me fait penser à la Folcoche d’Hervé Bazin, cette marâtre cruelle et fielleuse. La mère Lisbon a instauré un matriarcat oppressant. Elle est omniprésente et domine complètement sa famille. Elle est obsédée par la discipline, la rigueur, la bonne morale. Elle est très stricte, d’une sévérité extrême. Le père, lui, brille par son absence. Il part travailler chaque jour, laissant son épouse gérer la maison et régenter leur vie. Il est complètement effacé.

Jeffrey Eugenides met aussi l’accent sur ce conformisme tranquille, ce confort indifférent. Les voisins, l’ensemble du quartier, assistent à l’inexorable descente aux enfers de cette famille sans pour autant bouger le petit doigt. Bien sûr, après coup, ils ont mauvaise conscience…

Il s’agit aussi ici des difficultés rencontrées par les adolescents, leur ouverture à la vie et à l’autre, leur soif de liberté, leur mal-être, leur besoin d’émancipation, et cette mélancolie qui s’insinue… Ce roman, c’est un peu une chronique de la vie adolescente de ce quartier. Il y a les filles Lisbon, les intouchables, objets de tous les fantasmes. Et leurs voisins, prêts à tout pour les approcher. N’oublions pas que l’adolescence est une découverte, celle de son corps et de ses appétits. Un éveil à la sexualité, une propension à la rébellion.

Les filles Lisbon vivent dans l’ennui, la frustration, le désespoir. Elles sont prisonnières de leur mère et de ses conventions. L’écriture suave fait parfaitement ressortir l’état d’esprit et la mélancolie des sœurs. Ce récit est empreint de douceur, de poésie: après tout, les adolescentes  ne sont-elles pas de douces rêveuses?

Un beau roman selon moi, qui devient l’un de mes classiques.


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