2019/23: Pile et face, Patricia FONTAINE

Trois vies, trois destins se croisent et entament une quête identitaire et une catharsis au travers d’un fait historique, le coup d’Etat de Pinochet au Chili en 1973 et le régime totalitaire qui a terrorisé la population chilienne pendant dix-sept ans.

Clarisse est contrainte de fuir au Chili, à Santiago. Pour la première fois après quarante-deux ans d’exil, Marta retourne à Santiago. Au cœur de l’été austral, elles découvriront que celui qui les réunit, au seizième étage, sur le toit d’un des immeubles massifs de la capitale, est « La Fouine brune ». De quel ennemi est-il question? Comment vont-elles se retrouver à déterrer un pan, toujours à vif, de l’histoire récente du Chili?

Pile et Face s’est façonné à partir de témoignages recueillis en Belgique et au Chili, de séjours à Santiago et dans le désert d’Atacama, de lectures et de films. Le passé et le présent s’articulent autours de faits et de vécus.

Tout d’abord, je remercie vivement les Editions Academia de l’envoi surprise de ce service presse (merci Anne d’avoir pensé à moi!).

Amélia Dupuit obtient un poste d’aide-soignante à la Résidence Saint-Jacques, une maison de repos et de soins pour personnes âgées. Mais voilà, son passé va très vite la rattraper. Derrière Amélia se cache Clarisse, traquée par Mike, qui la considère comme sienne. Mike tient Clarisse. Il l’offre en pâture lors de ses soirées, et Clarisse n’a pas le choix. Elle croyait avoir réussi à échapper à son bourreau et commencer une nouvelle vie sous l’identité d’Amélia, mais…

A la Résidence, il y a l’occupant de la chambre 33, dont l’identité est tenue secrète, qui un jour insiste pour la rencontrer, elle. C’est ainsi qu’elle rencontre le Général chilien Juan Sancho Rafiguèz Valdas, qui connaît sa situation, et qui va lui proposer un marché. Il lui parle alors de « réconciliation ».

Et les évènements se précipitent. Mike est arrêté, Clarisse se sait en danger. Elle a le couteau sous la gorge. Alors, elle n’a d’autre choix que de disparaître. Et pour cela, elle va accepter le billet d’avion du Général Valdas pour Santiago, au Chili. Le Général est mourant; il la missionne pour qu’elle réalise en son nom la « dernière tâche de sa vie », à savoir retrouver sa famille. Dans l’avion, elle fait la connaissance de Marta, qui a dû fuir le Chili 40 ans auparavant.

Le 11 septembre 1973, le président Allende est renversé. Le général Pinochet prend le pouvoir. Les opposants au régime (principalement les communistes, les socialistes et les militants du MIR, ou Mouvement de la gauche révolutionnaire) sont arrêtés, exilés, torturés ou exécutés. Marta en fait partie. Le Général Valdas, alias « la fouine brune », dirigeait les interrogatoires…

Soutenue dans ses démarches par Marta, Clarisse va remonter le temps et l’Histoire du Chili.

Voici un très joli roman, qui revient sur une énième tragédie historique. Mais pas de voyeurisme ici, et une jolie plume. Patricia Fontaine met le doigt sur des questions épineuses, auxquelles il est impossible de répondre si l’on n’a pas vécu ces évènements. Ce roman parle de résilience, de pardon, de responsabilité, de conscience, d’éthique, de rédemption.

Tu connais cette chanson de Fredericks Goldman Jones: « Né en 17 à Leidenstadt« ?

Voici ce que ça dit:

Et si j’étais né en 17 à Leidenstadt
Sur les ruines d’un champ de bataille
Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens
Si j’avais été allemand?
 
Bercé d’humiliation, de haine et d’ignorance
Nourri de rêves de revanche
Aurais-je été de ces improbables consciences
Larmes au milieu d’un torrent
 
Si j’avais grandi dans les docklands de Belfast
Soldat d’une foi, d’une caste
Aurais-je eu la force envers et contre les miens
De trahir, tendre une main
 
Si j’étais née blanche et riche à Johannesburg
Entre le pouvoir et la peur
Aurais-je entendu ces cris portés par le vent
Rien ne sera comme avant
 
On saura jamais c’qu’on a vraiment dans nos ventres
Cachés derrière nos apparences
L’âme d’un brave ou d’un complice ou d’un bourreau?
Ou le pire ou le plus beau?
Serions-nous de ceux qui résistent ou bien les moutons d’un troupeau?
S’il fallait plus que des mots?
 
Si j’étais né en 17 à Leidenstadt
Sur les ruines d’un champ de bataille
Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens
Si j’avais été allemand?

Et qu’on nous épargne à toi et moi si possible très longtemps
D’avoir à choisir un camp

 

C’est de ça qu’il s’agit. Comment appréhender les notions de bien et de mal en temps de guerre? Comment résister et refuser, quand la vie des vôtres est menacée? Voiler ses idéaux, ses croyances, ses valeurs? Au nom de qui? De quoi?

Quel sens ont les choix, faits ou imposés? Confrontés à ces situations extrêmes, serions-nous capables de lutter? Aurions-nous le courage de nos aïeux? Comment savoir…

Que reste-t-il de tout cela aujourd’hui? Qu’a-t-il été légué aux nouvelles générations?

Qu’avons-nous retenu des erreurs et des horreurs qui jalonnent l’Histoire?

Ce roman-témoignage se dévore, malgré le terrible sujet. Clarisse et Marta doivent toutes deux faire face à leur destin et à leur passé, aux choix pas toujours judicieux qu’elles ont fait. Elles doivent en supporter les conséquences et assumer leurs responsabilités. Compliqué…

Un beau roman.


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