2019/20: L’île aux enfants, Ariane BOIS

Pauline, six ans, et sa petite sœur Clémence coulent des jours heureux sur l’île qui les a vues naître, la Réunion. Un matin de 1963, elles sont kidnappées au bord de la route et embarquent de force dans un avion pour la métropole, à neuf mille kilomètres de leurs parents. À Guéret, dans la Creuse, elles sont séparées. 1998 : quelques phrases à la radio rouvrent de vieilles blessures. Frappée par le silence dans lequel est murée sa mère, Caroline, jeune journaliste, décide d’enquêter et s’envole pour la Réunion, où elle découvre peu à peu les détails d’un mensonge d’État. À travers l’évocation de l’enlèvement méconnu d’au moins deux mille enfants réunionnais entre 1963 et 1982, dans le but de repeupler des départements sinistrés de la métropole, Ariane Bois raconte le destin de deux générations de femmes victimes de l’arbitraire et du secret. L’histoire d’une quête des origines et d’une résilience, portée par un grand souffle romanesque.

Tout d’abord, je remercie l’opération Masse Critique de Babelio et les Editions Belfond de l’envoi de ce service presse. Coup de cœur…

Enlevées à leur famille et arrachées à leur île, Pauline (6 ans) et Clémence (4 ans) sont envoyées en France. A leur arrivée au foyer de Guéret, dans la Creuse, où arrivent tous les petits Réunionnais avant d’être placés, les deux sœurs sont séparées. C’est la règle: on ne place pas les fratries dans la même famille… Dans cette première partie du récit, nous perdons la trace de Clémence mais nous allons suivre l’intégration de Pauline: les placements, les conditions d’accueil, les désillusions, les efforts vains de l’enfant pour répondre aux attentes des adultes auxquelles elle ne comprend rien, sa déliquescence.

Dans la seconde partie du récit, Pauline est adulte. Elle a fondé une famille et a totalement oublié son passé traumatisé. Et puis ce jour-là, il y a une allocution à la radio. Pauline se raidit, et sa fille Caroline le remarque. Cette dernière, apprentie journaliste, va s’engouffrer dans la brèche et enquêter pour comprendre sa mère, lui restituer ses racines et son identité.

Parce que ce que Caroline va découvrir va à jamais changer leur vie… En effet, elle se rend compte que sa mère est l’une des « enfants de la Creuse », scandale d’Etat étouffé tant bien que mal.

De 1963 à 1982, ce sont au moins 2 150 enfants réunionnais qui sont déplacés afin de repeupler les départements français ayant massivement subi l’exode rural: le Tarn, le Gers, la Lozère, les Pyrénées Orientales, mais principalement la Creuse. Certains de ces enfants ont eu « de la chance » et ont été adoptés et choyés. Mais la plupart d’entre eux sont restés en foyer ou ont servi de main d’œuvre gratuite dans les fermes de la région. Les paysans les utilisaient comme « bonne à tout faire » ou « travailleur sans salaire ».

Les conditions de ces départs forcés sont longtemps restées obscures. Les parents illettrés ont signé sans comprendre des formulaires pour que leurs enfants bénéficient d’une vie meilleure et aient la possibilité de faire des études en métropole. Sous l’égide de Michel Debré (alors député de La Réunion), ces enfants ont été déclarés « pupilles d’Etat ». En d’autres termes, leurs parents n’avaient plus aucun droit sur eux.

C’est avec pudeur, sobriété, bienveillance et perspicacité qu’Ariane Bois aborde ce scandale, qu’elle interroge sur le déracinement, la perte d’identité, l’abandon, notre capacité de résilience, … Ce roman est un hommage à tous ces enfants qui se sont construits sur un mensonge, persuadés que leurs parents ne voulaient plus d’eux ou ne les aimaient pas, grandissant dans la douleur, le rejet, la violence. Ces enfants meurtris dans leur âme, des indigents confrontés à l’intolérance et au racisme, reniés.

Mais aussi à leurs parents, à l’ensemble des familles, ces pauvres gens trompés, abandonnés à une vie d’attente, d’incertitudes, de regrets et de remords. Des hommes et des femmes en position de faiblesse face aux représentants de l’Etat, abusés sans vergogne par des fonctionnaires censés les aider. Des parents à qui il n’est resté que leurs yeux pour pleurer leurs disparus.

Merci à Ariane Bois pour ce récit passionnant et profondément émouvant.

Publicités

2 responses to “2019/20: L’île aux enfants, Ariane BOIS

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :