Pour aller plus loin: la décompensation

Suite à la lecture de Ne la réveillez pas d’Angélina DELCROIX

En médecine, la décompensation désigne la dégradation, souvent brutale, d’un organe ou d’un organisme qui était jusqu’alors maintenue en équilibre par des mécanismes qui empêchaient la survenue de ce dérèglement. Ici, nous allons nous intéresser au contexte psychiatrique.

Il existe trois grand types d’organisation: névrotique, psychotique et perverse.

Cette structuration du psychisme permet une prédiction du risque de trouble psychique et de sa forme: elle détermine les modalités de réaction aux évènements et aux situations vitales. Elle détermine donc la nature des mécanismes de défense, qui seront les symptômes de la pathologie mentale.

Lorsqu’un évènement déborde les capacités d’élaboration du sujet, on parle d’un « évènement traumatique ». Le caractère traumatique vient de la nature de cet évènement, combinée à l’organisation de la mémoire subjective et à la structure psychique du sujet. Si la combinaison de cet évènement et de la structure du sujet entraîne un trouble psychique, on parle alors de « décompensation ».

Il s’agit donc de l’effondrement de la personnalité du sujet. La décompensation révèle à un moment donné la présence d’un excès de tensions dans la psyché du sujet qu’il ne peut plus contenir. Cela entraîne alors l’apparition de troubles psychopathologiques qui constituent un essai ultime du sujet de gérer les conflits ou traumas vécus: psychose chez le sujet de personnalité psychotique, névrose chez le sujet de personnalité névrotique, dépression chez le sujet de personnalité état-limite.

Durant une phase aigüe, il est observé une désorganisation de la pensée et du comportement de la personne, des troubles de la vision qui peuvent prendre la forme d’hallucinations. Ces hallucinations peuvent être perçues de manière auditive, visuelle, olfactive, gustative ou somatique. Les idées délirantes peuvent prendre la forme de théories explicatives irrationnelles et illogiques par rapport aux normes auxquelles on s’attend, ou prendre un caractère mystique. Cela peut s’exprimer par de la mégalomanie, ou un sentiment de persécution.

La psychose peut avoir des causes somatiques: une forte fièvre, dysfonctionnement ou vieillissement du cerveau, métastases cérébrales, prise de drogue, sevrage, … Si non, alors la psychose relève de la psychiatrie.

La psychose peut être vue comme un mécanisme de défense face à une réalité que l’individu considère comme inacceptable. Il cherche alors, par ses nouvelles convictions, à lui donner un sens qui le soulage et le protège.

Les symptômes psychotiques peuvent être l’expression d’une schizophrénie. Ils peuvent aussi être liés à une dépression profonde, à des troubles bipolaires ou à une personnalité borderline.

La bouffée délirante aigüe: Elle arrive généralement de façon soudaine, et paraît d’autant plus soudaine que le sujet est socialement adapté. Elle survient suite à des circonstances déclenchantes gravement anxiogènes (rupture, changement du mode de vie, échec, accouchement, …) Elle guérit spontanément en quelques semaines, mais peut récidiver.

Les délires organisés: Ils sont moins oniriques, plus construits. Ils peuvent persister plusieurs années et sont parfois définitifs.

  • Le délire en réseau. Un évènement tel qu’une dispute ou un licenciement, par exemple, déclenche ce délire. Il peut durer quelques mois, quelques années, et s’apaiser spontanément. Il se développe en réseau, c’est-à-dire qu’il adjoint à un thème central, concernant les relations à autrui du sujet, des éléments divers. Les propos sont assez peu convaincants et se développent dans une atmosphère dépressive ou sthénique et conflictuelle avec l’entourage. Les mécanismes en sont rationalisants et interprétatifs. Le sujet arrange les choses à sa façon. Son délire peut prendre un aspect romancé, relativement compliqué, ou être marqué par un climat d’angoisse et d’inhibition. Le délire concerne généralement l’affirmation de soi et les relations aux autres (une personne ou un groupe de personne, délire amoureux, persécution, hypocondrie, …). Dans un délire de revendication, le sujet pense avoir subi un préjudice et accumule les preuves, nourrissant un sentiment de dépit, de rancune ou de d’exaltation. Dans un délire de jalousie, le sujet est persuadé que son conjoint le trompe. Dans un délire amoureux, le sujet aime une personne en secret, oscillant entre espoir et dépit.
  • Le délire en secteur. Le sujet croit en un postulat absolu et inébranlable. Il survient plutôt chez les paranoïaques. Ce délire se développe de façon cohérente, du délire de persécution au délire passionnel. Il est vraisemblable et exprimé de manière convaincante. Les interprétations viennent corroborer et enrichir le délire. Il s’intègre dans la réalité et la transforme. Il s’agit souvent de délires de revendication ou passionnels. Dans le délire de revendication, le sujet pense avoir subit un préjudice et nourrit des sentiments de haine vis-à-vis de son persécuteur. Il échafaude des plans pour le piéger. Idem dans un délire de jalousie: le sujet reconstitue des itinéraires, l’emploi du temps d’une journée, … Avec l’érotomanie, le sujet est certain d’être aimé par une personne prestigieuse à ses yeux. Avec le temps et devant le manque de résultat, naissent le dépit et la rancune qui vont engendrer un acharnement et une volonté de vengeance.

Les moments de déstructuration et d’hallucination.

  • Déstructuration. Le sujet a par moments un sentiment d’étrangeté. Il se sent à distance, différent des autres, ce qui peut prendre la forme d’une expérience de dépersonnalisation. Il se replie dans la rêverie, la solitude, il s’isole. Des troubles du langage se manifestent.
  • Hallucination. Illusion, perception sans objet. Elle se fait au travers de trois concepts: contenu, forme, conviction. Le contenu peut être simple ou complexe. La forme peut être mentale, sensorielle, cénesthésique, motrice.

Théorisation des décompensations: Les décompensations délirantes et hallucinatoires viennent d’un abolissement de la fonction réalitaire toujours faible chez le psychotique, causé par des circonstances déstabilisantes. La projection psychotique fait le reste. L’insuffisance de la symbolisation et l’emballement de l’imagination contribuent à faire apparaître dans la réalité ce qui anime le sujet. Les problèmes se surdéterminent pour le choix du thème. Dans la persécution, la lésion narcissique et la tendance sadique se combinent. Dans l’érotomanie mystique, la réparation narcissique se mêle à la préoccupation oedipienne. Les hallucinations ont en commun une affirmation d’existence et un refus de reconnaissance du caractère illusoire de cette perception.


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