Pour aller plus loin: Les Catacombes de Paris

Suite à la lecture de Victor au cœur des catacombes, de Cédric LEGRAIN

Les Catacombes de Paris sont un lieu de conservation et d’exposition d’un patrimoine géologique, archéologique et historique sans pareil. Géologique car le parcours des anciennes carrières emmène le visiteur 20 mètres sous terre, au niveau des calcaires tertiaires du lutétien, il y a 45 millions d’années. Archéologique et historique, car le travail des carriers laisse des traces dans la roche et, tout comme l’ossuaire, raconte l’histoire de la ville et de ses habitants.

Près de 300 kilomètres de galeries s’étalent sous Paris intra-muros, sur parfois 3 niveaux de carrières. La profondeur est d’environ 20 mètres sous le niveau du sol naturel.

Repères historiques

Antiquité: Extraction de la pierre en carrière à ciel ouvert.

A partir du XIIIè siècle: Extraction de la pierre de taille en carrière souterraine.

XVIè-XVIIIè siècles: Abandon progressif et oubli des carrières souterraines, début des effondrements.

1777: Le 4 avril, création par Louis XVI de l’Inspection générale des Carrières, chargée de la mise en sécurité des anciennes carrières à Paris.

1780: Fermeture du cimetière des Innocents après l’effondrement d’une fosse commune dans la cave d’une maison de la rue de la Lingerie.

1786: Le 7 avril, bénédiction et consécration des anciennes carrières de la Tombe-Issoire, qui deviennent l’ossuaire appelé « Catacombes ». Il fallut 2 ans pour y transférer les ossements du cimetière des Innocents, le plus important de Paris.

1787-1814: Transferts des ossements issus d’autres cimetières paroissiaux parisiens aux Catacombes.

1810-1814: Héricart de Thury, inspecteur général des Carrières, aménage le lieu pour la visite au public.

1813: Interdiction définitive de l’exploitation des carrières souterraines dans Paris.

XIXè siècle: Une partie des anciennes carrières est utilisée pour la culture des champignons et par des brasseries.

1933: Décembre. Dernier transfert d’ossements connu.

1983: Installation de l’électricité dans les Catacombes.

2002: Juillet, rattachement des Catacombes au musée Carnavalet – Histoire de Paris.

2003: 15 avril. Réouverture de la galerie de Port-Mahon, fermée depuis 1995, ainsi que le bain de pieds des carriers et la descenderie.

 

Repères géologiques

La couche de roche calcaire dans laquelle sont creusées les carrières est le résultat d’une accumulation sédimentaire du Lutétien, époque où la mer a plusieurs fois envahi la région parisienne. En quelques millions d’années, le calcaire en décomposition des coquilles de la faune invertébrée qui peuplait cette mer s’est transformée en une belle roche calcaire, dont près des deux tiers de cette strate de 24 mètres sont aujourd’hui visibles. De nombreux fossiles sont visibles dans la roche.

Il y a 53 millions d’années, Paris et ses environs sont une vaste plaine marécageuse entrecoupée de multiples bras de fleuves. Le climat est tropical et la végétation très dense. Vers 47 millions d’années, la surface ayant été aplanie par des déformations tectoniques, la mer envahit le nord de la France.

A la fin du Lutétien, la mer s’est retirée, laissant place à des lagunes et à un paysage de mangroves.

L’exploitation des carrières

Le sous-sol de Paris, depuis les bords de la Seine et de la bièvre jusqu’au sommet des buttes-témoins de Montmartre et Belleville, offre aux bâtisseurs de l’Antiquité des roches extrêmement variées: la craie à silex pour créer le blanc de Meudon, les sables pour le mortier et la verrerie, les argiles pour les carrelages, les briques et les tuiles, le calcaire grossier pour les moellons et les pierres de taille, le gypse pour faire le plâtre de Paris, le grès pour le pavage des rues.

A partir du XIIè siècle, les constructions entamées sous les règnes de Louis VII et de Philippe-Auguste nécessitent une grande quantité de matériaux: cathédrale Notre-Dame, mur d’enceinte, forteresse du Louvre, … On passe alors de la carrière à ciel ouvert à la carrière souterraine: il faut aller plus loin pour extraire davantage, tout en économisant les terres agricoles en surface.

L’extraction se fait à « piliers tournés »: des piliers de consolidation constitués par des pierres non extraites soutiennent le plafond des galeries.

Les matériaux sont sortis par des puits d’extraction à l’aide d’un treuil à roue actionné par la force humaine.

 

 

Les Catacombes dans leur quartier: histoire des barrières d’octroi et de l’agrandissement de la ville

L’entrée des Catacombes se situe à un emplacement autrefois hors de la ville, et qui témoigne de ses agrandissements successifs. Les deux pavillons de l’architecte Claude-Nicolas Ledoux, place Denfert-Rochereau, sont les vestiges de la barrière d’octroi des Fermiers Généraux qui entourait Paris de 1788 à 1860. L’enceinte des Fermiers généraux servait à percevoir la taxe sur les marchandises entrant dans la ville (l’octroi).

L’enceinte des Fermiers généraux est détruite en 1860, au moment de l’annexion des communes périphériques. Son tracé correspond aujourd’hui à celui de la seconde ceinture de boulevards et aux lignes de métro 2 et 6. Paris est alors agrandie jusqu’à l’enceinte de Thiers, achevée en 1844, qui sera elle-même détruite dans les années 1920.

 

L’ossuaire

L’appellation de « Catacombes » a été donné en référence aux Catacombes de Rome. Mais il ne s’agit pas d’une nécropole chrétienne antique; c’est un ossuaire municipal.

Le cimetière des Innocents, dans le quartier des Halles, le plus grand cimetière parisien au XVIIIè siècle, était devenu un foyer d’infection pour tous les habitants du quartier. Le Parlement de Paris ordonne la fermeture du cimetière en 1780 après un incident spectaculaire: l’effondrement d’un mu de cave jouxtant une fosse commune … La décision est prise d’utiliser les anciennes carrières dites de la Tombe Issoire pour déposer les ossements.

Le transfert des ossements dure plus de 6 mois. Le cérémonial est toujours identique: à la tombée de la nuit, une procession de prêtres chantant l’office des morts accompagne le trajet des tombereaux chargés d’ossements et recouverts d’un voile noir. Arrivés à destination, les os sont déversés par d’anciens puits d’extraction des carrières et s’entassent en bas, fracassés.

Dans les années suivantes, les ossements des autres cimetières de Paris y sont transférés à leur tour.

L’agencement des Catacombes se fait suivant la tradition médiévale des ossuaires en l’enrichissant de nouveaux décors laissés à la fantaisie des ouvriers. La méthode relève de la technique des hagues et bourrages, comme les carrières: elle consiste à construire en façade un parement où se superposent crânes et os longs, qui retient le reste des ossements.

Parmi ces ossements se trouvent par exemple les restes de Jean de la Fontaine, de François Rabelais, de Charles Perrault, Colbert, Lully, Racine, Blaise Pascal, Marat. Les corps des 1000 gardes suisses tués lors de la prise des Tuileries le 10 août 1792, ainsi que ceux des victimes des massacres de septembre 1792 y ont été directement inhumés. Les restes de guillotinés y furent également transférés: Lavoisier, Camille et Lucile Desmoulins, Danton, Robespierre, Charlotte Corday, …

Abandonné sous la Révolution, l’ossuaire est réorganisé en 1809 par Louis-Etienne François Héricart de Thury, qui prend la direction de l’IGC. Il organise les Catacombes pour accueillir les visiteurs, transformant l’ossuaire en un musée promenade souterrain et mystérieux. Les ossements sont soigneusement rangés dans un décor funéraire monumental. Les différents espaces de l’ossuaire sont baptisés de noms d’inspiration antique ou littéraires (Pilier du Memento, Grand sacellum des Obélisques, …). L’objectif est de donner au lieu la dignité d’un mausolée.

 

L’ossuaire aujourd’hui

La fragilité des structures organiques en fait des matériaux hautement dégradables. Les ossements déjà fragilisés par leur transfert et leur chute depuis la surface sont soumis à une humidité élevée et dégradés par le ciment utilisé par le passé pour stabiliser les murs.

La question du statut des ossements se pose de manière ambiguë en droit. Le statut des restes humains, objets ou sujet, reste flou aussi bien dans le cas des découvertes archéologiques que pour celui des collections muséales, ce qui motive des demandes récentes de restitution de dépouilles identifiées.

En tant que biens culturels, les restes humains sont protégés par la loi sur les musées du 4 janvier 2002 qui assure leur inaliénabilité, imprescriptibilité et insaisissabilité, mais ils demeurent une catégorie spécifique. Le statuts des restes humains conservés dans les Catacombes de Paris diffère de celui des collections des musées anthropologiques et ethnologiques. Ils ont plusieurs fois changé de statut: constitués en ossuaire, ils ont été manipulés et déplacés au XVIIIè siècle, puis sont devenus objets d’exposition.

L’histoire des ossements les situe donc entre le statut de collection d’étude donné provisoirement aux ossements issus de fouilles archéologiques et le statut d’ossuaire: c’est cette double position qui assure la protection des Catacombes mais autorise aussi les interventions et modifications sur les hagues d’ossements.

 

Sources:

https://www.catacombes.paris.fr/ Dossier pédagogique Catacombes de Paris, réalisé par Alexandra Rayzal, professeur relais au sein du service d’action culturelle du musée Carnavalet – Histoire de Paris

https://www.wikipedia/org/ de Wikipédia en français. Article Catacombes de ParisContenu soumis à la licence CC-BY-SA 3.0.  (auteurs)

https://www.sciencesetavenir.fr/: Article du 18/01/2016: Les os des catacombes de Paris font peau neuve, de Bernadette Arnaud

 

 


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