2018/64: Le silence des oeuvres accomplies, Marc SANDHOMME

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Après un grave accident de la circulation, Thomas a perdu le fil de sa vie. Il souffre d’une profonde amnésie et ne se souvient pas de ses proches ni de sa propre identité. Son corps ne répond plus. Tout, ou presque, lui a été ôté : le mouvement, le langage et même certaines de ses fonctions vitales que quelques machines maintiennent en vie. Il ne lui reste que la vue, l’ouïe et l’odorat pour garder un contact avec l’extérieur.
Emmuré dans son corps et coupé du monde, il n’aura d’autre recours que sa force intérieure et son imaginaire pour ne pas sombrer dans la folie. Il va alors tenter de retisser le lien qui le relie à son passé, notamment avec cette jeune femme qui chaque jour vient lui rendre visite et qu’il ne reconnaît pas.
« Le silence des œuvres accomplies » est un roman relatant la vie intérieure d’un homme, l’amour profond que lui portent ses proches et sa résilience face à l’adversité.

Voici un court roman dont le préambule a suffi à complètement me captiver.

Le premier chapitre s’ouvre sur la description d’une vie douce, agréable, bien rangée. Et puis…

Je lui répondrai alors que le bonheur est une vue de l’esprit. Qu’être heureux de vivre suffit. […] la vie n’est que changement et perpétuel devenir. Profitons de l’instant!

Et puis, c’est le drame…

Ce 24 juin, pour tenter d’éviter un camion fou, Thomas s’est encastré dans un platane.

Quand il reprend conscience, Thomas ne se souvient pas de grand chose ni de grand monde. Son corps ne réagit plus, son regard est vide de toute expression. Juste comprend-il qu’il est polytraumatisé. Son corps est en charpie. Son état de conscience n’est qu’intérieur.

Bien sûr, au départ, il ne mesure pas vraiment ce qui est en train de se jouer. Il est dans le coton, du fait des médicaments qui lui ont été injectés. Il est diagnostiqué comme étant plongé dans un coma profond stade 3. Voilà: nous sommes plongés au coeur de la problématique.

Il est muré dans ce corps disloqué. Personne ne perçoit son retour à la conscience. Et lui va petit à petit se rendre compte de l’étendue du problème. Autant pour lui que pour les autres. Pour les autres, il est un corps sans réaction avec un coeur qui bat encore. Il ne peut donc pas être abandonné, bien qu’il soit inerte. Il est une obligation que les autres doivent remplir, les renvoyant en même temps à leur impuissance, à leur douleur, au vide qu’il laisse. Pour lui, la réalité de son état le prend de plein fouet. Outre la souffrance et la douleur d’exister encore, il doit gérer la possibilité de l’impotence, celle de rester tel quel définitivement…

L’écriture est très belle, très fine, subtile. Le ressenti est terrible. L’impression de vécu est très marquée. La sensation de toucher à quelque chose de profondément intime transpire de ce roman. L’écriture retranscrit parfaitement le lent retour à la conscience, la lente évolution durant laquelle la moindre parcelle d’espoir est un évènement. Chaque détail prend une importance capitale: les attentions du personnel soignant et de ses proches, chaque sollicitation, même haïe…

Je ne suis pas encore mort pour parler de moi au passé, mais pas assez vivant pour que l’on s’exprime au présent.

Il y a l’instant de déni, puis de révolte, de désespoir, puis l’acceptation. Il profite de tout ce que son état de conscience lui permet. Il vit chaque instant en pleine conscience. C’est prenant, percutant, tragique.

Un coup de cœur.

 

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