Pour aller plus loin: le harcèlement scolaire

Suite à la lecture de Douloureuse souffrance, d’Amélia VARIN.

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Qu’est-ce que le harcèlement scolaire?

Le concept de harcèlement scolaire a été forgé au début des années 1970 par le psychologue Dan Olweus, à l’occasion d’études réalisées dans des établissements scolaires scandinaves, à l’issue desquelles il a établi trois caractères permettant de définir le harcèlement:

  • Le ou les agresseurs agissent dans une volonté délibérée de nuire (ce critère a toutefois été contesté, les enfants n’ayant pas nécessairement la même perception de l’intentionnalité que les adultes)
  • Les agressions sont répétées et s’inscrivent dans la durée
  • La relation entre l’agresseur ou les agresseurs et la victime est asymétrique. La victime n’est pas en situation de se défendre, puisque le harcèlement repose sur une situation de domination.

Si la violence physique constitue l’une des formes prises par le harcèlement scolaire, celui-ci ne saurait se restreindre à ce type de passage à l’acte. Doivent être considérées comme des formes de harcèlement scolaire, au même titre que les menaces physiques: les moqueries, l’ostracisation, la propagation de fausses rumeurs à l’encontre de la victime, si tant est que celles-ci visent à la faire rejeter par les autres.

Les formes traditionnelles de harcèlement comme les insultes, le racket, les jeux dangereux, tendent à céder la place à des pratiques comme le happy slapping (ou vidéo-lynchage) ou le cyber-harcèlement.

Le harcèlement scolaire est presque toujours un phénomène de groupe. Le harceleur a besoin de témoins, de spectateurs, qui s’amusent de ses actes. Nuire et faire mal n’a d’intérêt que dans le regard des autres. Les pairs peuvent être des supporters qui assistent le harceleur dans ses actes, des outsiders qui ne disent rien, parfois des défenseurs qui s’interposent ou prennent la défense de la victime.

En bref, c’est une violence répétée qui peut être verbale, physique ou psychologique. Elle est le fait d’un ou de plusieurs élèves envers d’une victime qui ne peut se défendre. Ainsi, un enfant qui est insulté, menacé, battu, bousculé ou reçoit des messages injurieux à répétition est victime de harcèlement.

Profils

« Les intimidateurs ne sont pas des victimes à d’autres moments, et […] les victimes n’ont pas tendance à manifester de comportements d’intimidation envers les autres. » Cependant, certaines études montrent qu’il existe un nombre important de victimes/agresseurs: entre 20% et 46% des victimes de harcèlement reproduiraient ces mêmes types d’agressions qu’ils ont eu à subir.

L’agresseur éprouve un fort besoin de domination et cherche à apparaître comme un « dur » aux yeux des autres. Il est en général impulsif, voir hyperactif. Il est souvent plus grand et plus fort que la moyenne, ou parfois dans certains cas petit et complexé, ce qui le rend agressif. Sans avoir de problème d’estime de soi, il présente souvent des troubles d’anxiété marqués. Il a une tendance à se sentir « provoqué », une faible culpabilisation et peu d’empathie.

Le manque d’affection et un modèle parental valorisant l’agressivité constituent selon Dan Olweus des facteurs favorisants. Selon Marie-France Hirigoyen (« Le Harcèlement Moral: La violence perverse au quotidien », Paris, LA Découverte, 1999), ces agresseurs présentent des traits de « personnalité narcissique ». Ce sont pour la plupart de l’égocentrisme ou du besoin d’admiration, mais pas forcément pathologique. On parle de « perversité » chez l’agresseur quand il applique une stratégie d’utilisation et ensuite de destruction, sans aucun remords, sans aucune culpabilité envers la personne agressée. Les harceleurs donnent des leçons de probité aux autres.

La personnalité paranoïaque se caractérise par l’hypertrophie du moi. C’est un sentiment de supériorité, d’orgueil, de psychorigidité; c’est l’incapacité de montrer des émotions, des sentiments positifs. C’est une obstination, un mépris d’autrui, de la méfiance.

Le harcèlement scolaire peut aussi être le fait d’un groupe d’élèves.  Ce groupe, outre le meneur, comporte des « agresseurs passifs » qui sont entraînés par l’effet de groupe et peuvent présenter un profil de personnalité dépendante et manquer d’assurance.

La victime est souvent choisie en fonction d’un handicap, d’une différence physique, d’une fragilité, ou tout critère de différence sociale, un trouble de la communication, des centres d’intérêt différents. Les harcelés peuvent également cumuler ces caractéristiques. TOUT peut être prétexte au harcèlement. Le harcelé devient une victime parce qu’il a été désigné par l’agresseur. Il devient responsable de tout le mal, il est la cible de la violence dans l’agresseur qui évite ainsi de se remettre en cause. La victime est innocente du crime pour lequel elle va payer. C’est un objet de haine. La victime est généralement timide, anxieuse, soumise.

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Conséquences possibles du harcèlement scolaire sur la victime

  • Troubles du sommeil, cauchemars, irritabilité, agitation
  • Susceptibilité
  • Sentiment de honte, perte d’estime de soi, dévalorisation, repli sur soi
  • Tendance à se blâmer
  • Emotions négatives persistantes (peur, horreur, colère, culpabilité, honte)
  • Somatisation (maux de tête, de ventre, maladies)
  • Diminution de l’intérêt pour les activités
  • Désocialisation, anxiété, dépression
  • Décrochage scolaire, absentéisme anormal, voire déscolarisation
  • Difficulté à aller vers l’autre, développement de conduites d’évitement
  • Troubles du comportement (enfant fuyant, évitant, inquiet, angoissé, hyper-vigilance, sursauts,…)
  • Auto-mutilation
  • Suicide

 

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Lutter contre le harcèlement scolaire

En France, le harcèlement physique concerne 5,1% des élèves (coups, bagarres, vols, gestes déplacés, etc…). Le harcèlement psychique touche 8% des élèves (insultes, menaces, rumeurs, humiliations, chantage, mise à l’écart, provocations sexuelles verbales, etc…). Les victimes ont souvent de grosses difficultés à extérioriser leur souffrance (honte, culpabilité, peur de représailles).

En France, le harcèlement scolaire touche environ 12% des écoliers et 10% des collégiens. Une proportion qui grimpe à 20% lorsqu’il s’agit de cyber-harcèlement.

Il est nécessaire de sensibiliser les élèves mais surtout le personnel scolaire. Aussi, ce phénomène ne peut souvent exister que parce que les autres élèves et les enseignants assistent au harcèlement sans réagir ou en le minimisant. Les programmes de prévention doivent avant tout inciter l’entourage à se confronter au problème au lieu de l’ignorer. Les établissements scolaires doivent se positionner sur le problème en avançant une politique claire de prévention et de sanctions.

Les parents ayant décelé un problème de harcèlement doivent avertir l’établissement scolaire et demander un rendez-vous avec l’ensemble de l’équipe pédagogique, afin de parler de la nature et des conditions particulières du harcèlement subi par l’enfant et d’envisager des solutions. Il faut absolument en référer aux dirigeants de l’établissement.

 

Et la loi dans tout ça?

Les faits sont sanctionnés qu’ils aient été commis au sein ou en dehors des bâtiments de l’établissement. L’âge de la victime et l’utilisation d’Internet constituent des circonstances aggravantes.

La loi punit également les menaces de mort et les incitations au suicide.

Seuls les mineurs de plus de 13 ans peuvent aller en prison ou payer une amende. Les peines maximales sont diminuées par rapport aux majeurs. Si la victimes et ses parents doivent prévenir la direction de l’établissement, le personnel éducatif qui a connaissance de tels faits doit avertir sans délai le procureur; tous les renseignements concernant les faits doivent lui être transmis.

La victime doit porter plainte en priorité contre le ou les auteurs du harcèlement. Un mineur peut se rendre seul au commissariat ou à la gendarmerie et signaler les faits. Mais il ne peut pas se constituer partie civile lui-même en vue de demander des dommages et intérêts, ses parents doivent le faire en son nom.

« NON AU HARCELEMENT »: 3020 (service et appel gratuits, ouvert du lundi au vendredi de 9h à 18h).

« NET ECOUTE »: 0800 200 000 (numéro vert national gratuit, anonyme, confidentiel, ouvert du lundi au vendredi de 9h à 19h)

Pour les parents: 0808 807 010

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Extension du harcèlement scolaire: le cyber-harcèlement

Il s’étend au-delà des murs de l’établissement scolaire et du temps de présence de l’enfant dans l’établissement. Il peut être anonyme. La fréquence et l’intensité des insultes, des menaces et de la violence psychique sont renforcés par les moyens technologiques (diffusion d’informations, harcèlement on-line collectif)

  • Envoi incessant de messages sms, mails ou tweets
  • Diffusion de photos et/ou vidéos ridiculisant la victime
  • Diffusion de photos intimes, de rumeurs mensongères
  • Piratage des comptes, usurpation d’identité sur Facebook

C’est un harcèlement à diffusion rapide et à grande échelle. Insultes, moqueries, rumeurs sont répercutées à l’ensemble du réseau, elles sont incessantes puisqu’elles ont lieu nuit et jour, ne laissant aucun répit à la victime.. Ce type de harcèlement a tendance à augmenter le nombre de harceleurs et la violence des attaques.

Le cyber-harcèlement touche plus généralement les filles sur Internet, les garçons se disant plutôt victimes de harcèlement téléphonique.

 

Le harcèlement à l’école en France est un phénomène reconnu qui a fait l’objet d’Assises nationales sur le harcèlement à l’école (2 et 3 mai 2011 à Paris), dans la « continuité des Etats généraux de la sécurité à l’Ecole d’avril 2010. » Ces assises ont conclu à la nécessité fondamentale de reconnaître un statut de victime à l’élève harcelé, de mettre des mots sur les mobiles de l’élève harceleur, de sensibiliser les témoins, de former la communauté éducative et des adultes environnant l’enfant pour déceler, comprendre et soutenir les élèves harcelés et leur famille.

 

Sources:

Wikipédia; psychologies.com; lexpress.fr

« Comdamné à me tuer », Jonathan Destin, XO Editions, 2013. « Marion, 13 ans pour toujours », Nora Fraisse, Calmann-Lévy, 2015. « Un battement d’ailes », Amélia Varin, auto-éditée.

https://www.nonauharcelement.education.gouv.fr/; https://www.marionlamaintendue.com/

 

 

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