Pour aller plus loin: La photographie post-mortem

Suite à la lecture de La nuit de l’ogre, de Patrick Bauwen, chez Albin Michel.

 

Il est de ces traditions qui se perdent…

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Je plaisante!

La photographie post-mortem (ou photographie funéraire) est donc la pratique de photographier des personnes récemment décédées. Ces photographies de proches décédés faisaient partie de la culture américaine et européenne au XIXè siècle et au début du XXè siècle. Il semblerait qu’elles soient apparues en Angleterre, sous le règne de la Reine Victoria, et que la pratique se soit alors vite étendue hors des frontières.

Commandées par les familles en deuil, ces photos les accompagnaient dans le processus de deuil et représentaient souvent le seul souvenir visuel du défunt.

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Histoire

L’invention de daguerréotype en 1839 permit de démocratiser le portrait et de le rendre accessible, même aux personnes moins aisées. Avant l’invention de la photographie, le seul moyen d’obtenir un portrait était de commissionner un peintre. Les méthodes photographiques développées à cette époque devenaient de moins en moins coûteuses et plus rapides.

La photographie post-mortem se développa dans les premières décennies de la photographie et devint très commune au XIXè siècle. Elle permettait aux familles de conserver au moins une photographie de la personne disparue. Dès 1842, l’atelier parisien Frascari proposa des portraits à domicile des personnes décédées. Parmi les photographies post-mortem, celles de nourrissons et de jeunes enfants étaient courantes. Durant l’ère victorienne, le taux de mortalité infantile était extrêmement élevé. On trouvait couramment des photos des défunts in situ avec des membres de sa famille, ou pour les enfants, jouant avec ses frères et sœurs.

Plus tard, l’invention de la carte de visite, qui permit le tirage de plusieurs images sur le même négatif, donna la possibilité aux familles de pouvoir avoir plusieurs tirages qu’elles pouvaient par exemple envoyer aux parents du trépassé.

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Style et mise en scène

Les premières photos post-mortem avaient pour but de créer une image du défunt qu’il n’avait pas pu faire ou avoir de son vivant. Les personnes décédées étaient alors placées et positionnées pour faire penser qu’elles étaient simplement assoupies ou bien placées de manière à apparaître plus réalistes, les yeux ouverts.

 

La mise en scène pour donner l’impression de vie au défunt: des stratagèmes étaient utilisés pour faire tenir le corps assis ou debout, et pour garder les yeux du défunt ouverts. Les corps sont habillés et mis en scène dans leur milieu quotidien, avec leurs objets favoris. Ils sont immortalisés dans une attitude ordinaire.

 

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images3images6La défunte est la jeune femme debout à droite…

Il n’était pas rare de photographier de très jeunes enfants  avec un membre de la famille, le plus souvent la mère. Certaines images étaient parfois teintées pour ajouter par exemple un peu de rose aux joues du défunt.

 

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La mise en scène pour faire passer la mort pour le sommeil: cette mise en scène simulant un profond sommeil, sur un canapé ou sur un lit, semble être plus courante pour les enfants que pour les adultes, peut être pour symboliser l’innocence et la pureté.

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La mise en scène représentant la mort: celles-là suscitent souvent le malaise.

Les photos de personnes décédées dans un cercueil, ou lors des funérailles, apparurent plus tard. Moins populaires aux Etats-Unis, elles étaient plus courantes en Europe.

 

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Ces photos témoignent d’un rapport à la mort complètement différent de celui que nous connaissons aujourd’hui. Elles ne constituent pas un manque de respect envers le défunt, mais au contraire témoignent de beaucoup d’amour et de courage.

 

Aujourd’hui

La photographie post-mortem en son sens premier est encore pratiquée dans les milieux aristocratiques et militaires, ainsi que dans certaines régions du monde, notamment en Europe de l’Est et en Asie.

Cette pratique est revenue à travers la mode glauque du selfie, des jeunes (en général) se prenant en photo devant le cercueil ouvert. L’attitude désinvolte des photographes choque, d’autant que la plupart de ces photos sont ensuite postées sur les réseaux sociaux.

Depuis la seconde moitié du XXè siècle, la photographie post-mortem est plutôt devenue l’apanage des médecins, des scientifiques, et désormais de la police médico-légale. Elle est donc devenue synonyme de mort violente et d’homicide. Elle est aussi encore courante dans le milieu journalistique (exécution d’un dictateur, photos d’émeutes, photos de la libération des camps de concentrations).

 

Le cadre légal

A priori rien ne s’oppose à cette pratique. Cependant, le corps humain doit être respecté.

L’article 16-1-1 du Code Civil (Loi n°2008-1350 du 19/12/2008, art. 11) stipule: « Le respect dû au corps humain ne cesse pas avec la mort. Les restes des personnes décédées, y compris les cendres de celles dont le corps à donné lieu à crémation, doivent être traitées avec respect, dignité et décence. »

Cela suppose entre autres la non divulgation de ces photos sur internet ou à la vente,  qui enfreindrait le droit à l’image et le respect de la vie privée (article 9 du code civil).

 

Sources:

Wikipédia et Wikipédia commons; Les chroniques de l’art; Google; Histoire de la photographie de 1839 à nos jours (TASCHEN, 2012); https://www.funeraire-info.fr/ ; https://www.lassurance-obseques.fr: ; https://racontemoilhistoire.com/ ; https://www.burnsarchive.com/

 

 

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