2017/24: L’innocence des bourreaux, Barbara ABEL

Dans une supérette de quartier, quelques clients font leurs courses, un jour comme tant d’autres. Parmi eux une jeune mère qui a laissé son fils de 3 ans seul à la maison devant un dessin animé, un couple adultère, une vieille dame et son aide familiale, un caissier qui attend de savoir s’il va être papa, une mère en conflit avec son adolescent… Des gens normaux, sans histoire, ou presque. Et puis un junkie, qui, en manque, pousse la porte du magasin, armé et cagoulé pour voler quelques dizaines d’euros. Mais quand le braquage tourne mal, la vie de ces hommes et femmes sans histoire bascule dans l’horreur. Dès lors, entre victimes et bourreaux, la frontière devient mince. Si mince…

Je te présente les différents protagonistes de ce roman, c’est à dire en gros la première trentaine de pages (sinon tu peux sauter les deux prochains paragraphes):

Il y a d’abord Joachim Fallet, Jo, un jeune homme en manque. Il n’a plus de came. Il a bien tenté d’emprunter quelques sous, de faire la manche. Mais rien. Pas un copec. Alors quelle solution lui reste-t-il pour se payer sa dose?

Il y a Aline Verdoux, 43 ans, mère de Théo, un ado de 15 ans en pleine rébellion contre tout et tout le monde. Surtout contre sa mère. Alors quand celle-ci lui demande lâcher sa console pour aller rendre visite au vieux grand-père grabataire… C’est la crise, qui va virer à la confrontation, puis à la bataille rangée… Il y a Germaine Dethy, 83 ans, une vieille femme en fauteuil roulant. Une « Tatie Danielle » en puissance qui tyrannise son auxiliaire de vie, Michèle Bourdieu, 59 ans, impassible. Faut bien manger et payer les factures, alors Michèle subit sans rien dire, fait le ménage et emmène Germaine faire ses courses. Il y a Léa Fronsac, 27 ans. Léa, elle est un peu dans le coltard… Elle partage la garde de son fils Emile, 3 ans, avec son père. Mais merde! Il n’y a plus de couches! Emile regarde un dvd, la supérette est juste à côté, en 10 mn elle aura fait l’aller-retour et Emile ne se sera rendu compte de rien… Il y a Guillaume Vandekeren, 24 ans. Il est caissier à la supérette, mais c’est son jour de congés. Enfin, c’était. Jusqu’à ce que Camille l’appelle pour lui demander de la remplacer. Il se pourrait bien qu’elle soit enceinte de lui, et elle doit se rendre chez le médecin. Il y a Géraldine Marbeau, 36 ans. elle n’a plus de café pour faire son tiramisu. Elle demande donc à Félix, son fils de 8 ans, d’aller en chercher un paquet à la supérette d’à côté, ça lui fera gagner du temps. Il y a Thomas Piscina, 32 ans, et Sophie Cheneux, 22 ans. Ils sont collègues et se sont offert une petite escapade…

Leurs destins vont se croiser cet après-midi là. Tous seront dans cette banale supérette de quartier quand Jo va y finalement se décider à y entrer. Mais un braquage, ça ne s’improvise pas comme ça… Et les choses ne vont pas tourner comme prévu. Et de fait, la frontière entre victimes et bourreaux est si mince, tellement mince… Si les uns prenaient la place des autres?

Un huis-clos angoissant, tant il pourrait être un fait divers, de ceux que l’on nous relate trop souvent. Une tension qui porte sur les nerfs, où l’on sent qu’un drame va se jouer, sans vraiment savoir lequel. C’est l’instant où une vie d’une banalité affligeante peut basculer dans l’horreur la plus complète. Quelques secondes… Être au mauvais endroit au mauvais moment… La guigne, quoi.

J’ai été happée par ce récit, tant il est véridique. Parce qu’il est très facile de s’identifier à l’un de ces personnages, parce que ça pourrait arriver chez nous aussi (comme à un certain hypercasher, par exemple), parce qu’on ne sait pas ce que les différentes personnalités peuvent révéler sous la pression et la peur. Parce que beaucoup préfèreront certainement sauver leur peau, et c’est une réaction humaine, l’instinct de survie.

Un roman qui se dévore, un coup de cœur.

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