La petite barbare, Astrid MANFREDI

9782714459435

En détention on l’appelle la Petite Barbare; elle a vingt ans et a grandi dans l’abattoir bétonné de la banlieue. L’irréparable, elle l’a commis en détournant les yeux. Elle est belle, elle aime les talons aiguilles et les robes qui brillent, les shots de vodka et les livres pour échapper à l’ennui. Avant, les hommes tombaient comme des mouches et elle avait de l’argent facile. En prison, elle écrit le parcours d’exclusion et sa rage de survivre. En jetant à la face du monde le récit d’un chaos intérieur et social, elle tente un pas de côté. Comment s’émanciper de la violence sans horizon qui a fait d’elle un monstre? Comment rêver d’autres rencontres et s’inventer un avenir? La Petite Barbare est un bâton de dynamique rentré dans le peau d’une société du néant. Un roman brut et stupéfiant.

Voici un premier roman détonnant, fort. Très fort. Percutant et sans ambages. Et cru. Mais pas vulgaire.

Voici donc la petite barbare, comme la surnomment ses co-détenues. Elle a 23 ans et est sur le point de sortir de prison. Durant son séjour à l’ombre, un psy l’a amenée à écrire son histoire, comme une thérapie. Elle balance tout, pêle-mêle. Nous apprenons donc son enfance subie, la déchéance de ses parents (« un duo de noyés »), la désillusion de sa vie dans sa cité, elle est désabusée. On apprend cette jeune fille perdue, sa cité donc, le sexe qui amène l’argent facile, l’abandon, le désespoir, la médiocrité, l’ignorance, l’impuissance, la déliquescence de son environnement, la violence, l’oubli de soi, de sa vie. La déchéance, l’infernal tourbillon qui l’emmène au fin fond de l’abysse, et puis l’indifférence, le néant.

Elle a un don: elle est belle. Et elle a un ami, à la vie à la mort. L’un entraine l’autre. Elle utilise sa beauté pour se faciliter la vie. Contre un peu de sexe, contre une pipe ou un peu plus, elle rafle l’argent des plus nantis, des bourgeois de la capitale. Le champagne, les paillettes, les robes de luxe, les escarpins vertigineux: un peu de rêve et beaucoup de poudre aux yeux. Avec ses amis, ils s’enfoncent dans la délinquance et la violence. De plus en plus. Jusqu’à l’irréparable. Complicité. Ils ont tué, elle n’a pas bougé le petit doigt pour les en empêcher. Elle s’en fout. De toute façon, elle n’aurait sans doute pas pu les arrêter. En conséquence, case prison.

Elle n’a aucun regret ni remord. D’ailleurs elle n’attend aucun pardon. Elle assume tout. Elle se sait coupable, elle est très lucide, que ce soit sur elle-même ou sur son temps et son environnement. Elle crache des faits. Elle raconte sa chute, sa colère, la pourriture des hommes qu’elle côtoie, que ce soit dans sa cité, à Paris ou en prison. Pas un pour rattraper l’autre.

La petite barbare, c’est aussi l’espoir (de sortir de son enfer personnel, de pouvoir reconstruire sa vie, ….), une soif de vivre inextinguible, un irrépressible besoin de liberté et d’amour.

Bien sur, son histoire interpelle et donne la chair de poule. Bien sur, tout cela n’est pas sans rappeler le gang des barbares et Ilan Halimi, et autres faits divers glaçants et sordides.  C’est un roman abouti qu’on lit d’une traite, sans reprendre son souffle.  Une auteure à la plume acérée dont je suis vraiment curieuse de découvrir un second roman qui viendra très certainement confirmer son talent.

Publicités

6 responses to “La petite barbare, Astrid MANFREDI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :