Kinderzimmer, Valentine GOBY

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En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus de quarante mille détenues. Dans les baraquements, chaque femme doit trouver l’énergie de survivre, au plus profond d’elle-même, puiser quotidiennement la force d’imaginer demain. Quand elle arrive là, Mila a vingt ans. Elle est enceinte mais elle ne sait pas si ça compte, si elle porte une vie ou sa propre condamnation à mort. Sur ce lieu de destruction, comme une anomalie, une impossibilité: la Kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres. Ce roman virtuose écrit dans un présent permanent, quand l’Histoire n’a pas encore eu lieu, rend compte du poids de l’ignorance dans nos trajectoires individuelles.

Voici un roman très prenant, profondément bouleversant. Visiblement très bien documenté.

Il faut se mettre à la place de Mila. On est en 1944, elle a fauté une fois et se retrouve enceinte. Elle a été arrêtée pour avoir aidé un allié et se retrouve à Ravensbrück: le manque d’hygiène, la famine, la fatigue, la vermine, les mauvais traitements, …. Et puis, elle se pose tant de questions… Ne serait-ce que sur sa grossesse. Elle n’a jamais eu aucune information, elle ne sait pas à quoi s’attendre. Tout est très compliqué. Et puis, elle apprend l’existence de la kinderzimmer. L’horreur ne s’arrête pas pour autant. Il n’y a pas de pause au camp. Et elle en apprend tous les jours.

« Peut-être un jour il y aura des gens, comme cette jeune fille à l’anneau rouge, pour vouloir démêler mes regards, déconstruire l’histoire, revenir à la peau, à l’instant, à la naissance des choses, à l’ignorance, au début de tout, quand on ne pouvait pas dire: j’ai marché jusqu’au camp de Ravensbrück, parce qu’on ne connaissait pas ce mot, quand les femmes qui n’avaient pas vu de lac n’imaginaient pas qu’il y en existait un. Peut-être cette fille à l’anneau rouge trouvera ainsi le moyen de se tenir à l’endroit où se tenait Mila en avril 1944, là où Mila ne savait rien encore. Là où il n’y avait qu’ignorance. » (page 218, édition Babel)

« Il faut des historiens, pour rendre compte des événements; des témoins imparfaits, qui déclinent l’expérience singulière; des romanciers, pour inventer ce qui a disparu à jamais: l’instant présent. Elle dira aussi, face au planisphère corné au mur au fond de la classe: il y a des choses en moi qui sont restées intactes. Elle fixera la fille à l’anneau rouge, qui lui ressemble tant à la descente du train, le 18 avril 1944, sur le quai d’une gare allemande que des panneaux indicateurs appellent Fürstenberg; elle lui dira que, par exemple le chien n’a pas mordu, que sa vie a tenu à cela, la vie tient à si peu de choses, à un pari. La vie est une croyance. […] » (page 219, édition Babel)

Une lecture qui m’a fortement touchée.

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